‹ L'indispensable, ou, Nouveau conducteur des étrangers dans ParisChapitre 22 sur 231 · OBÉI.ISQUE · texte numérisé non relu

OBÉI.ISQUE

L'obélisque est un des monuments précieux de Paris sous le rapport de l'antiquité et du caractère original. C'estje plus haut des deux qui restaient à Luxor en Egypte, à moitié enterrés dans les sables.

Le gouvernement français le fit enlever avec l'as sentiment du pacha d'Egypte. Ce monument date du règne de Sésoslris, avant l'ère chrétienne, et compte environ 3,000 ans. Ses faces sont couvertes d'hiéroglyphes entaillés profondément et avec soin dans le granit, et indiquant le régne de Rhamsès. La hauteur totale de ce monolithe est de i 4 mètres. Il est assis sur un magnifique piédestal de granit d'une proportion admirable avec cette belle aiguille. Sur ses faces latérales sont gravés en lettres dorées, l'année de son élévation, le nom du roi et de l'ingénieur Lebas , qui, à la vue de tout Paris, parvint à élever cette masse pesant 250,000 kilogrammes, et à l'asseoir sur sa base. Une grille dorée règne alentour.

Aux extrémités septentrionales et méridionales de l'obélisque, sur le terre-plain dont il occupe le ' milieu, s'élèvent deux fontaines semblables; leur bassin est circulaire et a 102 mètres 5 centimètres de circonférence. Au milieu est un groupe de statues assises, représentant les divinités de l'Océan et de la Méditerranée Au dessus d'eux est un large plateau; au milieu, de ce plateau, un groupe d'enfants supporte un autre plateau renversé et moins large Autour du bassin, sont quatre figures tenant une conque ou un poisson; ce sont deux tritons et deux naïades ; tout l'ouvrage est coulé en fonte. De loin|, l'effet de ces fontaines est assez agréable, mais de près l'exécution ne satisfait pas autant; c'est généralement un peu lourd; le socle sur lequel reposent les figures assises est fait en forme de proues de navires, et figure les armes de la ville de Paris ; le contour du bassin est en pierre.

La chaussée du milieu est en asphalte, ainsi que celles qui l'entourent et qui sont coupées par des issues pavées qui débouchent sur elles. Alentour, de distance en disiance, 20 candélabres élégants en bronze doré éclairent le soir, à l'aide du gaz, le centre de celle place dont l'illumination est complétée par 25 colonnes roslrales portant chacune deux becs de gaz; les ornements sont dorés, le fût de la colonne est bronzé. La forme de cette place est celle d'un octogone; elle est entourée d'un large fossé construit en pierres, bordé de balustrades et de larges trottoirs. Ces fossés étaient autrefois destinés à la défense de l'entrée des Tuileries que l'on abordait par un pont tournant; aujourd'hui ils sont remplis de fleurs et d'arbustes. De chaque côté des ponts formés par les fossés, on a posé, à l'intérieur de la place, les allégories des huit principales villes de France. Lyon, couronnée

— 6?. — de feuilles de vigne et d'un diadème de créneaux, repose enfre deux urnes; ^Marseille, assise sur la proue d'un vaisseau, tient d'une main un gouvernail, et de l'autre une branche de laurier; sa couronne, l'embièmede l'abondance, est composée de raisins et d'épis. Strasbourg, dans l'aitilude fière d'une amazone, a d'une main une clef, sym.bole de la garde qui lui est commise; son autre main est armée d'un glaive , et sous ses pieds est un canon.

Lille a aussi le glaive en main et la fouilre des batailles à ses pieds, près d'elle est un écusson portant une fleur de lys. Brest, couronnée de lauriers, s'appuie sur un canon, et sa main droite lient un gouvernail. Rouen, le caducée en main, siège sur des ballots de marchandises et porte sur son front une branche de pommier chargée de fruits; à ses côtés est un écusson. Ainsi que Brest , Nantes est couronnée de lauriers; elle siège sur la proue d'un navire, des câbles sont à ses pieds, à ses côtés un écusson sur lequel est un vaisseau; lecaducéedans sa main droite complète ses emblèmes. Bordeaux s'asseoit sur des rochers couverts de pampres et de vignes qui forment aussi sa couronne; sa main gauche lient une corne d'abondance, et sa droite un écusson à ses armes, un château surmonté d'un lion.

Ces statues sont généralement belles et d'un beau caractère, mais le pavillon qui leur sert de support n'est pas assez dégagé ou le groupe qui repose dessus est trop affaissé, d'oii il résulte un effet général un peu lourd. On ne peut que louer et admirer les chevaux qui sont placés à l'entrée des Champs-Elysées, et qui font pendant à ceux des Tuileries.

On peut dire de cette place que c'est une des plus belles de l'Europe. Au nord, après les bâti-

nients du Garde-Meuble, apparaît dans toute sa simplicité magnifique le temple de la Madeleine, empreint d'un caraclère religieux sublime; au midi, la façade du palais du Corps législatif comme Je temple où siège la justice des bommes ; à l'orient, derrière desjurdinsmagnilique»., le palaisdes rois, et à l'occi lent, comme un souvenir qui rajeunit toujours, l'Arc de triomphe au milieu de cette carrière glorieuse qui annonce la capitale du monde civilisé.

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