‹ L'indispensable, ou, Nouveau conducteur des étrangers dans ParisChapitre 3 sur 231 · NOTICE UISTORIQUE SUR PARIS · texte numérisé non relu

NOTICE UISTORIQUE SUR PARIS

L'empire du monile siégeait encore à Rome, que Paris n'était qu'un chélif bourg fondé avaiit Jésus- Christ, en 645, par une peuplade du Nord, surun terrain appartenant aux Sénonais. On voyait aiors cinq îles dans la Seine; la plus grande, aujourd'hui la Cité, est celle que choisirent les Parisii pour élever quelques huttes et quelques cabanes défendues seulement par le cours du fleuve, et sur ses rives, de sombres forêts entrecoupées de marais fangeux. César, dans la conquête des Gaules, cinquante ans après, est le premier qui en fasse mention. Lutèce ne joua aucun rôle important sous les Romains; si ce n'est au moment où César y convoque une assemblée des nations alliées pour en obtenir du secours, et l'année d'après, quand la Gaulese soulève, la bataille gagnée parles Romains, qui eut lieu dans la plaine d'Issy. Pendant long-temps les Romains, maîtres de la Gaule, agrandissent et fortifient Paris. Celte ville devient le séjour des empereurs romains pendant que leurs armées défendent le territoire contre les incursions des Normands. Déjà sous l'empereur Julien, en 355, Lutècecompte parmi ses édifices le Palais des Thermes qui, selon les historiens, occupait l'espace compris de nos jours entre la Sorbonne et la Seine ; on voyait un temple à Jupiter, dans la Cité; un temple à Mars, un autre à Isis. Vers le quatrième siècle, saint Martin, un des premiers propagateurs du christianisme dans les Gaules, fonde la basilique de St. -Martin. Rientôt Clovis fait bâtir une église en l'honneur de Stc. -Geneviève la patronne de Paris; St.-Etienne

s'élève à l'emplacement actuel de Notre-Dame de Paris ; Clovis fonde aussi une église dédiée h Noire- Dame. Clolilde, sa femime, fonde Icglise des apô très saint Pierre et saint Paul, où elle est rnierrée en 545. Si.-Germain-des-Prés est bâti par Childe- «lebert à la place du temple d'isis, vers l'année 550. En même temps, St. -Germain l'Auxerrois s'élève sur les bords de la Seine, Childebert y fut enterré.

Grégoire de Tours nous apprend qu'en 5fi6, un violent incendie détruisit presqu'en totalité lesmaisons de la Cité. L'église de St. -Christophe, sous Thierry III, en G9o, était bâtie sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la rue du même nom. Ste. -Opportune date de GOO ; ellea donné son nom à la place. Si.-Séverin date de 700. Sur la fin du huitième siècle, fut bâti St. -Barthélémy , et occupait l'emplacement où est aujourd'hui le ihéàlre de la Cité ou le Prado. Au neuvième siècle, les Normands pillent et saccagent Paris à plusieurs reprises; la ville alors est fortifiée. Déjà les rois tiennent leur résidence dans le palais de Justice. C'est à cette époque qu'il faut placer la construction d'un certain château de Vauvert que les légendes du temps nous montrent possédé par une bande de démon*;, doiJ vient sans doute Télimolologie du nom d^ la rue d'Enfer.

Au dixième siècle, Paris était ceint d'une forte muraille, il comptait parmi ses églises Ste. -Geneviève, St.-Merry, Ste.- Opportune, St.-Je.m, Sl.- Séverin, St.-.Tulien-le-I'auvre, St. -Benoît, St.- Yictor, St.-Germain-des-Prés,, St,-Germain-le- Rond ou l'Auxerrois. Ces deux dernières, que le roi Robert avait fait reconstruire, avaient été presqu'entièrement détruites parles Normands. La ville se divisait en trois parties : la Cité, le Pays La-

tin, et la troisième pariie qui portait le nom de la ville. Vers i iGO, Maurice de Suily jette les fondements de la basilique de Notre-Dame La Cilé préseniait, à cetîe époque, un amas de masures mal bâties, de rues et de ruelles salles et tortueuses. Çà et là on voyait poindre quelques méchantes liabitaiions qualifiées du nom d'hôtels ; le palais du roi, avec ses murailles noirâtres, ses fenêtres et ses meurtrières étroites, surmonté de tours, de tourelles, de clochers et de clochetons. Au milieu de ces masses de maisons groupées autour de l'île, s'élevait de côté et d'autre les églises et les abbayes, les basiliques inachevées de Sle. -Geneviève, St.'-Germain-des-Prés et St. -Germain l'Auxerrois; puis, autour de l'enceinte, un tapis varié de champs Jabourés, de bois, de vignes, semés de monastères, de bourgs, de clôlures. Au douzième siècle, Philippe-Auguste fait paver une pariie des rues de Paris. Les églises St. -Thomas et St.-Mcoias-du- Louvre sont bâties. Ce prince fait enceindre Paris d'une épaisse muraille tlanquée de tours. Le i. ouvre commençait cetfe ligne de défense qui s'étendait en forrnc de for à cheval, comprenant dans son intérieur cinq bourgs, se ternniiait à l'endroii où est aujourd'hui le pont INJarie. De l'autre côté, la ligne s'étendait à peu près de la même manière sans df passer l'espace qu'occupe actuellement la place St. -Michel.

A cette époque, le pont St. -Michel est bâti sur la Seine; un prédicateur fonde l'abbaye de St-Antoine-des-Champsquiadonnésonnoni au faubourg. On fonde l'hôpital de ia Trinité, ouest aujourd'hui la rue Grenelai; une église de St. -Pierre ou du St. -Père est bàMe: elle a donné son nom à la rue actuelle des Sts-Pèr». s. Là s'étendait autrelois le Pré-aux-Clercs, le long des rives de la Seine.

Philippe-Auguslc fait élever aussi l'aqueduc de St.-Gervais, qui amenait les eaux des hauteurs de Romainvilleet de Ménilmontantau village du Pré- St.-Gervais. Dans le même lenipson commence à rétablir la Bastille St.-Anloine; la tour du Louvre et la tour de Xesle s'élevaient sur les bords de la Seine pour en défendre rentrée à la hauteur à peu près oîi est aujourd'hui la rue des Pclits-Augustins A l'autre, ia Tournelle ctla TourdeBilly,qui ont donné leur nom aux quais.

Au commencement du xiie siècle, on bâlit l'église St. -Honoré sur l'emplacement appelé aujourd'hui cloître St. -Honoré. Dans le même temps, St. -Jean en Grève prend le titre de paroisse; la petite église de St.-André-dcs-Arcs s'élève sur l'emplacement actuel de la rue de la Huchette et de la rue St.-André-des-Arcs. Le temple, qui fut considérablement agrandi au treizième siècle, et qui tire son nom des Templiers dont ce monument était la résidence, date environ de liOO. En 1230, St.-NicoUisduChardonnel est fondé par saintLouis; aujourd'hui c'est la rue St. -Victor. Ce même prince , fonde la Ste-Chapelle sur l'emplacement de la chapelle St. -Nicolas, et assure un revenu à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. ^'ers 1250, il favorise l'établissement de la Sorbonno. Ce prince fonde aussi quantité de maisons religieuses et de collèges, celui deCluny. Au commenccmenl de i300, le couvent des Haiidrieltes est fondé sur la rue à laquelle il a donné son nom. Dans le même temps, le fort du Châîelet qui défendait ia tête du pont est à moitié reconstruit. Déjà la vieille muniilie qui enveloppait la Cité avait été abattue sons I>onis XH, et dès lors cette forlifiralion se trouvait dans P ris. De ce côté l'enceinte de Paris, au treizième siècle, commençait à la tour o'e Billy, passait où est actuelle-

ment le canal de l'Arsenal, puis à la porte St. -Antoine, qui a été longtemps une porte très forte, et où a été bâtie la Bastille sous le roi Jean : puis la muraille allait directement vers le haut de la rue du Temple , où était la porte du temple; delà les portes St. -Martin et Si. -Denis qui n'étaient alors que des poternes basses ou porteaux. L'enceinte continuait dans le sens des rues Bourbon-Villeneuve et Montmartre jusqu'à la porte Montmartre, passait où est de nos jours la Place-Boyale, la rue des Bons-Enfants et une partie du Palais-Royal; arrivait à la porte St. -Honoré , et delà à la Seine par la rue St.-Nicaise et finissait par une tour considérable.

En i3C9, Charles V fait rebâtir la Bastille St.-Antoine , le petit Châtelet est encore réparé ; enfin le Louvre reçoit un accroissement considérable. L'hôtel St. -Paul est bâti. On travaille, dans le même temps, au Louvre, à l'hôtel St. -Paul, aupalars de la Cité, au château de Vincennes, et au château de Beauté que ce prince faisait élever près de Melun. Charles V fit bâtir le pont St-. Bernard et le Pont- Neuf; ce dernier fut détruit par les glaces en 1400. En 1390, fut bâti ie palais des Tournelles, qui, au xvie siècle, était en quelque sorte un palais de fées : c'était le plus beau morceau d'architecture gothique et sarrazine. La Place- Royale et la rue des Tournelles sont aujourd'hui sur son ancien emplacement. En 1420, Charles VJ fit bâtir l'église de Sl.-Gervais. Sous Louis XI , on fonde l'École de Médecine et la Poste aux lettres. En 1508, la Tour St. -Jacques est bâtie.

Paris est notablement embelli en 1500, sous le règne de François Kr . Ce prince , ami des arts et des lettres, donne l'essor au siècle de la renaissance. La peinture et la sculpture reparaissent en France.

Le Louvre est continué et rebâti; l'hôtel St. -Paul est démoli ; l'Arsenal s'élève à sa place. Les quais du côlé du midi sont élargis, celui de la Tournelle parliculieiement. En 1620, St. -iîcrry est rebâti dans le style sarrazin. En 1532 , on fonde l'église St.-Eustaciie sur l'emplacement dune ancienne chapelle. St. -Benoît est rebâti en lôiT. Le collège de France est fondé en 162U. Henri II fait faire l'aile occidentale du Louvre, c'est à dire ic vieux Louvre. La fontaine des Innocents est rebâtie sur les dessins de Pierre Lescot et de Jean Goujon. En 15G9 , Charles iX pose la pre:i ière pierre des Tuileries. Le Pont-Xeuf est iini en i60T. lîenri IV achève de joindre le Louvre et les Tuileries, et y fait ajouter quatre corps de logis : ce prince fomle aussi la Savonnerie. Sous Henri 1\', l'aspect de la ville était à peu près le même que sous Charles VI. Les fortifications avaient été consolidées et avaient reçu quelques développements. Sur la rive droite on entr.iitdans Paris par sept portes , et sur la rive gauche , par neuf. On comptait dans Paris six ponts : le pont Notre-Dame, le pont aux Changeurs, le Petit-Pont, le pont St. -Michel , le Pont-Xeuf et le Pont-Marchand ; il y avait quatre quais La Piace-Pvoyale et lePré aux-Clercs étaient à peu près les seules promenades qui exislasseni dans Paris. Quantité d'abbayes étaient encore crénelées et fortifiées comm.e' l'étaient alors les portes et les murs de la viiie. Dans beaucoup d'endroits, la Seine était dépourvue de quais ; les rues étaient saies et tortueuses, et à chaque carrefour ou poterne on rencontrait une potence ou un pilori. L'iiôpital St. -Louis est bâti par Henri IV Marie de Médicis pose les fondations du paljis du Luxembourg. Le collège Louis-le-Grand reçoit des ameiiora-

lions, et le Jardin des Plantes commence par un faible recueil d'objets scientifiques pour devenir , de nos jours, le récepiacle de ia plus belle colieclion du monde. La ligne qui enveloppait alors Paris pourrait être comprise aujourd'hui parla rue Royale-Sl. -Honoré, la Aîadeleine, les boulevarts, la place de la Bastille, la rue de Reuilly, le Jardin des Plantes, le palais du Luxembourg ei la rue du Bac.

Louis XIV, dont on peut comparer le règne à celui d'Auguste sous le rapport des lettres et des arls, fait élever en arcs de triomphe, pour célébrer ses victoires, les portes St. -Denis, St.-AJartin. St. -Antoine et St-Bernard. Les remparts, les murs de clôture et les fossés sont détruits et remplacés par les boulevarts. La place Vendôme , la place des Victoires sont déblayées. Le Louvre s'achève dans le même temps : 1 Hôtel des Invalides est bàli. L'hôpital général et l'hôpital des Enfantstrouvés sont bâtis; on élève l'Observatoire. Sous Louis XV, l'Ecole militaire, le Panthéon, le Palais- Bourbon, le Palais-Royal s'achèvent : les Champs- Élysés sont plantés d'arbres; on termine St. -Eustache, St.-Sulpice. Sous Louis XVI, le Jardin des Plantes est agrandi; on fonde des hôpitaux, plusieurs théâtres, les Français, l'Opéia, la Porte- St. -Martin. Sous l'Em.pire, d'immenses travaux achèvent de donner à cette ville l'aspect grandiose qu'elle conserve. L'arc de triomphe s'élève au bout des Champs Elysées; les quais se prolongent en s'élargissant le long de la Seine : des halles, des fonlaiuts sont construites dans les principaux endroits. L'arc de triomphe du Carrousel, la place du Carrousel, la grille des Tuileries se font sous l'Empire. La colonne de la place Vendôme et la Bourse sont encore des monuments qui datent de ce règne. Un

quartier tout entier vient de s'élever comme par enchantement au-delà de la Madeleine. Sous le règne de Louis-Philippe, d'innombrables travaux ont embelli et assaini la capitale. La Seine a été bordée, d'une extrémité à l'autre, de quais magnifiques. Le palais du quai d'Orsay, l'église Notre- Dame-de-Lorette, le palais des Beaux-Arts, l'arc de triomphe de l'Etoile, le temple de la Madeleine, l'Hôtel-de-Ville ont été terminés. De toutes parts les rues s'élargissent; les trottoirs et les places publiques se couvrent d'un granit solide qui fait croire à l'étranger qu'il va marcher sur un lapis de mosaïque : l'or , le marbre et le bronze sont prodigués de tous côtés et concourent à l'embellissement de la ville. De magnifiques ponts en pierre, d'autres élégamment suspendus à des chaînes, d'autres sur des arceaux si légers qu'on dirait de loin des roseaux entrelacés, joignent partout les deux rives de la Seine : tous ces ponts ont des noms de victoire, lénn, Austerlitz, Conslantine. Damiette, Arcole; les ponts de Bercy, Louis- Philippe, du Carrousel, d'Antiu.

Paris, envisagé sous tous les rapports, peut être regardé comme la plus fameuse ville de l'Europe; sa beauté, ses richesses et son importance lui ont justement acquis !e titre de capitale du monde civilisé. II semhle, à la voir, qu'elle soit arrivée au dernier période de la civilisation; son aspect fascine et é onne ceux même qui ontvulesplus belles villes du monde. Celui qui la parcourt croit être dans un dédale immense de rues, et chaque quartier semble une nouvelle ville. Paris, considéré du sommet d'une élévation est un spectacle magique; la masse de ses maisons se déroule aux pieds du du spectateur et s'étale comme une inondation sur les deux rives de la Seine; cà et là s'élèvent avec

majesté les dômes les 'plus imposants des palais et des églises ; le Panthéon, Notre-Dame, la Madeleine, les tours St.-Suipice, l'Arc de Triomphe, la vieille tour St. -Jacques la Boucherie, et les tours du palais de Justice, seuls restes imposants du vieux Paris; en un mot, l'œil étonné parcourt tous les monuments gigantesques qui élèvent orgueilleusement leurs tètes au-dessus de cette ville immense. Des hauteurs de Montmartre on iouit d'une vue semblable, tandis que sur les édifices les plus élevés, on ne distingue qu'un amas informe et confus de constructions.

Si l'ensemble de cette ville est grand et riche, l'intérieur n'en est pas moins magnifique. Quoi de plus majestueux que cette ligne immense que décrivent les boulevarts, là où étaient autrefois les remparls de Paris? (juoi déplus surprenant que l'allée des Champs-Elysées terminée d'un côté par l'Arc de Triomphe de l'Etoile, et aboutissant de l'autre à une place de la plus grande richesse Dans l'été, les Champs-Elysées sont sans cesse couverts d'équipages et de cavalcades ; à Longchamps, pendant les derniers jours de la semaine sainte, i'affluence des gens opulents y est remarquable; le bois de Boulogne est le terme de ces promenades; placé hors delà ville, ses longues allées prêtent leur ombrages aux promeneurs, tandis que leurs bosquets sont les témoins, tantôt de rendez-vous galants, tantôt de rendez-vous d'honneur. Plusieurs fêtes ont lieu dans cet endroit charmant, car en été les fêtes de campagne appellent de toutes parts le parisien fatigué des bruits monotones de la ville. Alors les charmants bois de Vincennes, île Boulogne, de Homainville, fameux par ses lilas et ses roses, deviennent, conjointement avec les villages environnants, autant de villas délicieuses, où les

grands oublient un instant le bruit du monde, et où le peuple va chercher des plaisirs purs. Bientôt l'hiver ramène avec lui d'autres fêtes ; ce sont les bals masqués. Tandis que, de toutes parts, les personnes opulentes donnent des concerts et de brillantes soirées, l'Opéra et les principaux théâtres donnent, à cette occasion, des bals et des soirées vénitiennes. On peut se faire une idée du luxe et de la foule qui s'y porte, en sonsjeant que , dans la plupart , le nombre des musiciens est de près de 1 50. A cette époque, Paris est un foyer actif de plaisirs. A l'extérieur, Paris a toujours un aspect nouveau; une circulation vive et animée règne partout; dans les quartiers fréquentés, les rues sont resplendissantes du luxe des boutiques; et le soir, l'affluence des lumières est telie, qu'il semblerait que cette ville soit le sein d'une fête éternelle.

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