BASILIQUE DE NOTRE-DAME
L'iiistoirenous apprend que, sousPhilipppe-Aagusle , vers 1 1 60 , Maurice de Sully archevêque de Paris, fonde IS'oire-Dame. Dans des fouilles faites en 171 1, à cause du magnifique aulel que Louis XIV voulait faire élever à Nolre-Danie, on à découvert, à environ 2 mètres de profondeur, deux nuirs de constructions très solides, puis enfin g pierres rouvertes de bas-reliefs et d'inscriptions détériorées, Çarmi lesquelles on remarquait celle-ci en latin : IB. C.'T.SARK AUG. JOVI OPTLM. MAXSUM. XALT^
rAKisiACi pvBLiCF posuKRVNT : Sous Tibère-Céscir Auguste, des bateliers parisiens ont élevé puhliment cet autel à Jupiter trèsbon et très grand. Trois de ces pierres, dont la majeure partie était perdue, laissaient voir sur chacune d'elle trois hommes en costume de guerriers armés de boucliers et de lances; sur l'un était gravé ce nom : EvRiSES, sur la seconde on lisait ces mots : Skxaxi VK IXF, ; l'inscription de la troisième était perdue. Sur une autre éiaii sculpté un taureau avec une grue sur la tête, au-dessus cette inscription : tarvos trigaranvs. Trois autres avec des figures assez:
bien conservées portaient ces noms : Jovis, Vol- CANLS et Esus; puis une autre où l'on distinguait un homme armé d'une lance, s'appuyant sur un cheval, on lisait au-dessus : Castor. D'autres moins bien conservées étaient moins dignes de remarque, si ce n'est plusieurs qui paraissaient avoir servi dans les sacrifices; l'une d'elles renfermait encore, dans une cavité, du charbon enflamniable et de l'encens, ce qui nous apprend, d'accord avec les historiens du temps, que, sous les Romains, cet endroit était occupé par un temple païen. La construction de cet édifice, qui est l'œuvre de plusieurs rois, a duré plus de trois siècles. Il est facile de voir que la façade est composée de trois ordres d'architecture gothique -sarrazine différents entre eux.
Au xvie et au xviie siècle, l'aspect de cette église était bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. De petites maisons sales et obscures se pressaient en s'étayant les unes sur les autres autour de la petite place du Parvis, treize marches conduisaient au seuil de l'église, le temps a élargi cette place et fait disparaître ces degrés; aujourd'hui on entre de plain-pied.
Trois portes en ogives surmontées de voussures sculptées avec soin et dont les détails sont fort curieux, forment un portail sans pérystile.
Au-dessus de la porte principale , sont trois subdivisions marquées par des bas-reliefs, au sommet est assis le Pcie-Ëternel avec deux anges à sa gauche et à sa droite. Le second bas-reliel" représente un diable entraînant après lui les vices sous la figure d'hommes et de femmes, enchaînés pêlemêle. Le troisième se compose défigures de saints et de saintes.
La voussure du portail est ornée de six bas-re-
liefs, figurant presque tous des sujets iofernaui; ces sculptures composées d'enlacements horribles, de monstres, de corps humains, de rois, d'évêques, de saints, de saintes, de démons, d'enfants, les uns dans les supplices , les autres dans des postures obscènes ou ridicules, donnent une idée exacte de l'exaltation et de 1" effervescence de ceux qui ont composé ces sujets où la religion chrétienne, calme et pure, est encore mêlée aux superstitions grossières du paganisme. La porte du midi est ornée de sculptures relatives au martyr de St. -Denis. Dans le portique du nord, on remarque un zodiaque grec : des images des travaux de la campagne accompagnent chaque signe; le douzième, flgurant la Vierge avec l'enfant Jésus dans ses bras, est placé hors de ligne, sur une colonne qui s'élève entre les deux vantaux de la porte. On remarque aussi sur les portes des ornements en fer formant des enroulements et des dessins fort bien exécutés. Au-dessus de celte ordonnance règne une galerie en ogive formée de 27 niches. Avant la révolution de93,vingt-septstatues des roisdeFrance figuraient dans cette galerie ; le premier était Childebert et le dernier Philippe-Auguste, qui fit élever la façade. On a aussi enlevé deux statues, la Foi et la Religion, placées dans des niches avancées qui marquent la séparation des trois portiques. Audessus et au milieu du fronton est la grande rosace de la nef, de chaque côte deux doubles fenêtres eu ogives, surmontées d'un feston, au-dessus est un péristyle de trente-quatre colonnetleshauleset déliées et d'un fort bel effet ; elles sont toutes d'une seule pièce. Puis en dernier lieu , la galerie et la balustrade de pierre de la plate-forme qui conduit aux tours; elles sont carrées, un peu rapprochées l'une de l'autre, percées chacune de deux fenêtres en
Ogive h doubles vantaux ; elles sont remarquables par leur hauteur, qui cependant n'excède pas 63 mètres : 204 pieds). La largeur du portail est d'environ 4 0 mètres, et la rosace du milieu a environ 36 mètres de circonférence.
Un escalier qui commence dans la cour du nord conduit à la plate forme, d'oîi la vue domine sur la place à une hauteur de 5i mètres. On peut, de cet endroit, admirer la structure du vaisseau, ainsi que les détails et les ornements qui sont fort curieux.
Une statue de l'ange du jugement dernier sonnant do la trompette, surmonte le comble qu'on aperçoit entre les deux fours à travers le péristyle de petites colonnes.
' De la terrasse, on gagne la tour du midi; un petit escalier conduit au so'nmet, il est couvert en plomb, surmonté d'un paratonnerre et entouré d'une balustrade. Du haut de celle tour, la vue n'offie qu'un immense amas de maisons; néanmoins du côtécle Iîercy,lc paysage s'étend d'une manière assez agréable, on distingue aussi fort bien les hauteurs de Aîontmartre. Dans celte tour est placée la cloche du bourdon qui fut fondue sous Louis XIV, son poids est d'environ 82 milliers, sa circonférence est de 8 mètres: le battant pèse à lui seul 488 kilogrammes. Dans l'autre tour est placée la sonnerie ordinaire, composée de quatre cloches. La couvertuie de l'église est toute en plomb; la charpenîe qui la supporte, et que Ton appelle la forêt, est un travail fort compliqué et fort admiré, une balu'itrade fait le tour des combles. Les murs de cette église sont élayés de contre forts au-dessus desquels desarcs-boutanls, en passant par-dessus la toiture des galeries latérales , vont soutenir la voûte de la nef ainsi que celle du chœur, autour
duquel ils tournent; la face des nefs latérales est fort admirée, le portail est de la plus jurande élégance, au milieu est une rosace magnifique; le pignon est surmonté d'une statue. La longueur /olale du Taisseau est de 1 30 mètres ; sa forme est celle d'une croix laiine dont les bras oni 4 9 mètres de largeur. Cent vingt gros piliers supportent les voùles en ogive, et l'on voit régner autour de la nef et du chœur une galerie ornée de cent huit petites colonnes toutes d'une seule pierre. La galerie qui circule derrière lechœur est ornée desculpturesqui datent de 1350; elles sont deJeanRavy, maçon de l'église, et de son neveu, Jean lîouîeillicr. Le chœur qui est de la plus grande magnificence est tout en marbre, les balustrades, le pavé, le maiire-autel; le sanctuaire est orné d'une descente de croix en n-arbre blanc, 'sculptée par Coustou , en 1723; ce monument rappelle le vœu de Louis XIH. Des stalles en boiserie régnent autour du chœur, on en admire surtout les bas-reliefs, représentant tous des sujets cmpruiités à l'Ecriture-Sainle La chaire est également en bois. Le chœur est en outre orné de plusieurs tableaux assez beaux, parmi lesquels on dislingue la naissance de la Vierge et h Présentation au temple, at'ribuée à Philippe-de-Lhampagne; une fuite en Egypte et une autre présentation au temple. Lechanir et la galerie du pourtour sont fermés par une grille moderne en fer poli, elle est d'un beau travail, mais cela ne sent pas assez le goût ancien. Au-des<5us de la porte d'entrée sont les orgues, dont le buffet a 12 mètres de largeur et 15 moires de hauteur. Des galeries latérales sont superposées aux galeries qui régnent en bas tout alentour, et qui sont ornées de chapelles ; autrefois leur nombre s'élevait à 45 , elles ont été successivement réduites à 32. Parmi divers tombeaux
assez remarquables, on distingue celui du comte d'Harcourt. Derrière le chœur, celui du cardinal du Belloy , orné d'un bas relief. Dans le caveau sont enteVrés les évêques et archevêques de Paris.
La plupart des piliers sont ronds, de ces piliers s'élancent vers la voûte trois petites colonnes terminées par des chapitaux sur lesquels viennent se reposer les nervures de la voûte. Dans les bascôtés, les chapiteaux des piliers sont ornés d'enroulements de feuilles dans le genre corinthien. On remarque encore huit gros piliers ronds, entourés de cinq ou six colonnettes légères, qui semblent avoir été découpées d'après les piliers, el qui sont d'un effet fort agréable. On admire encore 5 l'intérieur six gros piliers qui s'élancent en gerbe de colonnettes, du pavé à la voûte, et dont le travail réjouit et étonne la vue par sa hardiesse.
Il faudrait un livre entier pour détailler les magnificences renfermées dans cet édifice.
Lorsqu'on pénètre à l'intérieur, la vue est frappée de la lumière harmonieuse et douce qui s'épânche à travers les mille vitraux de couleurs enchâssés dans les fenêtres en ogive; l'oretle n)arbre s'entremêlent aux sculptures, et brillent dans le sanctuaire; les voûtes se prolongent au loin et se multiplient sous les galeries des bas-côtés ; enfin le caractère de grandeur et de majesté qui règne dans ce temple, font une impression sublime sur ceux qui visitent cette antique cathédrale, l'un des plus beaux temples chrétiens.