PREFACE
Dans la revue de Westminster du mois d'avril 860 j'ai publié un article intitulé : Réforme parlementaire : les dangers et les sauvegardes. Dans ;et article j'ai osé prédire quelques-uns des résultats des changements politiques proposés à celle ipoque.
Voici, réduite à sa pins simple expression, la Jiése que je soutenais : a moins que des précauions convenables ne soient prises, l'accroissement de la liberté apparente sera suivi d'une diminution de la liberté réelle. Aucun fait n'est urvenu qui ait pu changer l'opinion exprimée lors. Depuis cette époque la législation a suivi le ■ours que j'indiquais. Des mesures dictatoriales, s multipliant rapidement, ont continuellement à restreindre les libertés individuelles, cela de deux manières : des réglementa-
Il PRÉFACE.
tions ont été établies , chaque année en plu grand nombre, qui imposent une contrainte ; citoyen là où ses actes étaient auparavant complètement libres, et le forcent à. accomplir des actes qu'il pouvait auparavant accomplir ou ne pas accomplir, à volonté. En même temps des charges publiques, de plus en plus lourdes, surtout locales, ont restreint davantage sa liberté en diminuant cette portion de ses profits qu'il peut dépenser à sa guise, et en augmentant la portion qui lui est enlevée pour être dépensée selon le bon plaisir des agents publics.
Les causes de ces effets prédits, qui agissaient alors, agissent encore maintenant; en vérité, leur puissance grandira probablement. Voyant donc que les conclusions tirées relativement, à ces causes et à ces effets se sont vérifiées, je me suis décidé à exposer des conclusions analogues relativement à l'avenir, à y insister même, et à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour éveiller l'attention sur les maux dont nous sommes menacés.
Dans ce but j'ai écrit les quatre articles suivants, publiés d'abord dans la Contemporarg Iieview de cette année (avril, mai, juin, juillet 188i). Pour répondre à certaines critiques et pour écarter certaines objections que l'on ne manquera pas de faire, j'ai ajouté un postscript uni.
NOUVEAU TOHÏSMK
" La plupart de ceux qui passent ii présent pour des libéraux, sont des torys d'un nouveau type. Voilà le paradoxe que je me propose de justifier. Tour faire cette preuve, je suis obligé de montrer d'abord ce jju'élaient ces deux partis politiques à l'origine, et de prier ensuite le lecteur de m'excuser si je lui rappelle des faits qui lui sont familiers, ne pouvant autrement lui faire bien comprendre la nature intrinsèque du vrai lorysme et du vrai libéralisme.
Si nous remontons à urle époque antérieure à l'existence de leur nom, les deux partis politiques représentaient originairement deux types opposés de l'organisation sociale, le type militant et le type industriel, le premier caractérisé par le régime de l'État, pre universel dans les temps anciens, le second par le
L'INDIVIDU CONTRE l.'ÊTAT, régime du contrat, qui s'est généralisé de n principalement parmi les nations occidentales, toul chez nous et chez les Américains. Si, au lieu d'employer le mot « coopération » dans un sens restreint, nous l'employons dans son sens le plus large pour désigner les activités combinées des citoyens sous n'importe quel système de gouvernement, ces deux régimes peuvent Être définis : l'un le système de la coopération forcée, et l'autre le système de la coopération volontaire. La structure typique de l'un nous est présentée par une armée régulière dont les unités, dans les différents grades, doivent exécuter des ordres sous peine de mort, et reçoivent la nourriture, l'habillement et la solde selon une proportion ,ii'ljilr;iire; celie de l'autre est représentée par un corps de producteurs et de distributeurs qui conviennent entre eux de se rendre en retour d'un paiement spéciiié des services spériliés el qui peuvent, à leur gré, après avis préalable, quitter l'organisation si elle leur déplaît.
Pendant l'évolution sociale en Angleterre, la distinction entre ces deu^ formes de coopération, forcément opposées, a apparu graduellement; mais longtemps avant que les noms de tory el de whig fussent en usage, on pouvait remarquer l'existence de ces deux partis el apercevoir vaguement leur rapports avec le militarisme et l'industrialisme. Toul le monde sait que; dans notre pays comme dans les autres, ce furent ordinairement les populations des villes, composées d'artisans et de marchands habitués à coopérer sous le régime du contrat, qui résistèrent à celte réglementation cocreilive qui caractérise ia coopération sous le régime de l'État. Au contraire, la coopération sous le régime de l'État, qui doit son origine et sa constilution aux guerres chroniques, se maintint dans les districts ruraux, originairement habités parles cliefs militaires et leurs subordonnés, chez lesquels survivaient les