‹ L'individu et la société (volume 2)Chapitre 2 sur 27 · MM. H. T · texte numérisé non relu

MM. H. T

Ce témoignage d^ affection projonde.

Aiitagonisiuo de l'iiulividu et de la sociôté. — Doviatioii du progrès. — L'îline : consoiuiic«îde soi. — L'association spontanée. — Inliltratioii de l'autorité, de l'exploitation. — Apparition de la révolte. — L'autorité assise. — Le mal découlant de l'excrcii'»,' de l'aulorilé attribué à ceux (jui la détiennent. — (.)n change (ensuite les formes. — Plus d'autorité. — Les détenteurs de Tautorito doutent de la légitimité d«.' leur rôle. — La peur de Tinconnu. — L'idée niarclie.

L'individu et la Société!... Doux choses — un être et une façon d'être — ({ni, pour avoir été mal comprises, ont vécu ensenible on complet antagonisme. Celui-là se révoltant do temps à autre contre celle-ci, mais retombant

toujours écrasé sous le poids j'ormiduble ( institutions qu'il contribuait à développer et à défendre.

Semblable, en ceci, au inîigicien de la. lé- . " gcnde qui devient eii butle aux iiiétliaticetés du monstre qu'ont animé ses incantations, chaque progrès de l'intelligence humaine,chaque perfectionnement élaboré par les individualités, ont aidé, — àceux quis'étaieotfails lus guides de la collectivité — à resseri'er les cliaines qui entravent l'individu , venant ajouter une entrave de plus, ;i celles qui, gênaient déjà son évolution.

Pauvre être social! voilà des, s|êcl^H et des siècles qu'il lutte pour lebonheui*; qu'il fait des révolutions poui" s'alTranchir; qu'il s'ingénie à transformer les rouages qui lebroient; qu'il poursuit haletant l'émancipation complète de son être qui luit à ses regards comme but suprême de ses ellorts. filais il n'a pas sitôt fait l'expérience de ses nouvelles combinaisons que, pris entre les dents de la ma- clùiio, il ne s'en arrache qu'en y laissant un

l'tle sa chair pantelante, un peu de ceque

^^^r L'INDIVIDU ET LA. SOCIÉTÉ 3

^^^Bs .métaphysiciens ont appelé son k âme » el

^^^iie, pour ne pas (ivoir ;ï fabriquer de mut -

nouveau, nous pouvons continuer à nommer

ainsi, eu }a dépouillant de toute idée méta-

jnhysîque, nous contentant de l'envisager

îomuie un mode particulier de vibration de

i matière dont nous sommes composés, et

3 définissant ainsi : « la conscience de soi »,

^ais dont les matériaux, après notre mort,

i dispersant sous l'oltet delà décomposition,

imi aider aux [combinaisons nouvelles don-

fant naissance à d'autres êtres, d'autres

i moi », d'autres « âmes ».

Et la lutte se poursuit à travers l'histoire; Klltré races, entre nations de mémo race, et Sussi entre individus de même nation, entre l'individu et l'Etat social. Partout, à tous les •es de formation des collectivités, les inté- ^■êts de l'individu à It^gard d'autres individus, de groupe contre groupe, mais encore de l'individu contre son groupe, se dressent anta- Soniijues les uns contre les autres.

Pourtant, lorsqu'ils se rapprochèrent les uns des autres, les individus, cela est de toute évidence, ne le firent que pousses par l'espoir d'y trouver un avantage sur leur état antérieur.

Besoin d'unir leurs forces pour vaincre un obstacle naturel, nécessité de s'entr'aider pour capturer la proie qui défiait leurs efibrts isolés, urgence de se sentir les coudes pour résister à un ennemi plus puissant, quelle que soit la raison qui motiva l'association des individualités humaines — ou de l'ancêtre humain, si l'association se fit avant que l'anthropopithèque eût élargi ses facultés en raison humaine, — toutes impliquent qu'on associant leurs efibrts, ce n'était pas une abdication de leur liberté que faisaient les individus, mais une coordination de leurs facultés, ayant pour but d'arriver à une plus grande puissance d'efiets; de liberté, par conséquent.

Cette association s'est faite, certainement, sans discussions préalables, sans débats ni contrats, sous la pression du besoin et des cir-

Ënstances, chacun réservant implicilement 1 liberté d'agir.

B;Nul doute, encore, que ces premières assoiations ne durèrent qu'autant que dura l'efjfrl à donner, pour se dissoudre une t'ois le BBiiitat obtenu. Ce ne dut être que progressilement que les familles, réunies en vue d'un mort à accomplir, continuèrent de vivre côte •côte, une fois l'elTort donné.

I Au sein de ces associations temporaires, Brtâins. par intelligence plus développée, ieilieure adresse; adaptation plus parfaite, ■ l simple ruse, durent réaliser d'insensibles fcantages qu'ils surent, sans doute, faire enîsager :> leurs associés, comme une prime à SQr Concours plus efficace.

l'Librement consentis par leurs coassociés.

i avantages ne tardèrent par devenir un fOit pour ceux qui se les étaient appropriés, tendant ensuite, entraînant d'autres privi- :és k leur .suite. Et l'élude des peuples primitifs nous retrace cette évolution, en nous ^onti'ant, depuis le groupement de que]que.s pdividus seulement, sans l'ombre de la plus

L'INDIVIDU ICI- LA SflC.lfîTft

jjetite différence entre eux, en passant pai'ceux où l'aulorité du chef est toujours subordonnée ;i la volonté d'obéir Je ceux qui acceptent sa direction, pour aboutii- ù nos organisations politiques les plus compliquées.

Pour pouvoic s'établir, l'autorité a dû s'insinuer. Kt encore non, ce n'est pas là le niotr propre; car Cela laisserait supposer que toute la théorie était déjà formulée en le cerveau de ceux qui en profitaient, tandis que la réalité toute siraiile est que l'autorité el l'exploitation so dévelûppùpcnl au. fur et à mesure que ceux qui furent investis des premiers avantages s'aperçurent que la ruse et la force étaient d'excellents moyens pour trompi-r les imbéciles, mater les récalcitrants. C'est en mangeant que leur vînt l'appétit, c'est à la facilité de commander, que grandireuj. leurs exigences.

Si l'autorité et l'exploitation avaient voulu entrer, armées de toutes pièces, dans les as- . socialions rudinientaires qui écloreiil sous la pression des besoins, elles y auraient échoué, puisque, aussitôt que leur effet devint sensible, aussitôt que certains s'aperr-urent qu'ils

."iNDivinr KT L:V sorn^rrft

Btaienl spoliés, les révoltes se sont faJL ]oiir ■Outre cette déviation de l'évolnlioM sociale.

Eievês soaa la tuielle gouvernementale, les-: iidividus out, par la suite, accepté le fait '• tomme une « loi naturelle. » Les erapiiite- Ëents des privilégiés, jusqu'à ce que la force ] urîùt assurée, ont dû être insensililes ;i bufs d'une existence individuelle. Le-s géii rations passaient sans s'apercovoir que leui's bns s'étaient multipliés.

[Quand ils s'aperçurent de roiqjrcssion, les iHndus se révoltèrent contre, mais trop

. L'autorité avait pris racino, s'était créé, . btour d'elle, des intéri?ts disposés h la défedre. Et ceux-là m^me quî se révoltaient, Snsurgeaient contre les hommes au pouvoir.

lâis n'osaient mettre en doute la nécessité 'uneautorité.Habiluésdéjààreiiti-ave- il semait impossible aux hommes de s'en passer, Qaand on eut bien changé les hommes au ■ lUVoir, on s'aperçut enfin que cela ne chan-

geait rien à l'oppression ; on s'en prit alors aux institutions; mais l'esprit liumain est borné, peu variées sont ses conceptions, et les cliaiigements qu'apportèrent les esprits les plus hardis, n'allaient pas plus basque la surface, quand ce n'était pas qu'un simple cbangcmont de nom le pins souvent.

« Avant de détruire, il faut savoii- quoi reconstruire ». est un axiome courant en sociologie comme en politique. « Avant de détruire sa bicoque qui tombe en ruines et la laisser exposée aux intempéries de la saison, le propriétaire s'avise d'un logis provisoire tout au moins. » Aussi, avant de se débarrasser des liens dont on les chargeait, la principale préoccupation de ceux qui voulaiant s'émanciper. — lorsque ce n'était pas la seule ambition ([ui les guidait — fut de se dire : « Ces liens nous gênent, par quoi pourrions-nous bien les remplacer? » — « Un tel au pouvoir est insupportable, (pli mettrions-nous bien à sa place ? » Ce furent des avisés ceux qui allèreni jusqu'à rêver de^ changer la forme du gouvernement.

Il falJul une longue évolution pour arriver

|â se dire : « Le gouvernement nous géue, ne ■ soyons plus gouvernés r » Cela était trop sim- Iple pour des cerveaux déjà déformés par lej Ipréjugé; Les rares esprits d'élite qui osèrent! Ile formuler, [ne l'eutreviront ijiie coTiiiiin l-idéal irréalisable.

Mais, ayant eu beau changer, les liommes

jiau pouvoir d'abord, lus formes de l'autorilé (elle-môme ensuite, sans trouver d'allégement Eà l'oppression, les générations furent amenéës-l ^à réfléchir; l'évolution de l'idée se fit insensi-l

îilement; à chaque déception nouvelle) les mA I dividus devenaient plus sceptiques quant à l^m Inécessité du Pouvoir; aujourd'hui le pas aétél I franchi, et après avoir été un paradoxe, lel I fi Plus d'autorité ! » a pris di'oit de cité pai-raîj I les desiderata humains, et ne semble plus ah^M Isnrde qu'àceuxquiacceptent,lesyeux fermés,' I l'organisation du passé.

Au lieu d'écraser l'idée sous le rii'e ot W% I dédain, on accepte de la discuter. Elle se for-j mule et se précise : on n'est plus arrêté que"! I par l'ignorance où l'on est de savoir « com- I ment ça marcherait », du joui' où il n'y aurait

plus d'autorité poui- maiulenir les individus dans le respect mutuel de leur liberté.

Bien mieux, le doute ( le doute qui empêche tout élan; le doute qui désarme ceux 'qui n.e sontplus certains de défendre une cause juste; le doute, ferment destructeur de toute croyance, de toute virilité, — lorsqu'il n'est pas provoqué par une idée supérieure, — a péiiélré dans le cerveau des privilégiés I

lia ne sont plus certains de la légitimité de leurs privilèjîes; ils ne sont plus convaincus de la nécessité de leur pouvoir ; l'exploitation qu'ils font peser sur les masses ne leur semble plus aussi légitime- — Il n'y a plus que les lonoinistes et ceux qui se croient « intellecbla », pour affirmer aujourd'hui la nécessité maintien d'une classe servile au ser- ■ioe d'une élite. — Nos maîtres, s'ils parlent core de leurs droits, ne se font plus aucune '.Sion sur la valeur de ces droits, et du

l'individu KT la SOCIl^ITft

MTioment qu'ils ont pprcJu tbt on leur mission, iils ont perdu la force de se défendre.

La pe.ur, Tégoïsme, l'avidité, la soif de jouir,

lleur feront bien l'aire, par à-coups, des ums-

ïsacFes coiDineen 71, des lois aussi idiotes que

iJBcélérates, mais ils n'ont pasl'énergie de coii-

Itiimer la défense de leui taste, ils n'osent pas

Mntinuer, ouvertement, leui- o'uvre de ri^ac-

ïfâon.; Coiiiiue tous les individus faibles, ils

■fassent de la violence la plus outrée à l'ava-

■Çhissement le plus complet. Ils ne croient plus

fin leur rôle social.

Non seulemeni ils n'osent plus apporter la même assurance dans l'affirmation de leurs Jrétendns droits; mais certains, mCme, en Kont arrivés à con.scntir à reconnaître « qu'il Betlt y avoir quelque chose de vrai » dans le Bouveridéal, ne discutant plus que sur le plus ou moins d'éloignement de sa possibilité de réalisation. He qn'ils cherchent, avant tout, ^c'est de sauverl'heure présente, faisant abanijjondel'avenirl

Quand on arrive à douter de la justice de sa ïroppe cause, on n'est plus aple à la défendre,

ni même à inspirer des défenseurs. On pent recruter des mercenaires, qui tiennent lantgue la pâtée est assurée, mais non des dévouements, capables d'en susciter d'autres, allant fiux-mi?mes jusqu'au sacrifice.

Aussi, à l'heure actuelle, l'ordre social est frappé à mort : il se lient encore debout — et peut durer longtemps encore — en vertu de la force acquise, par la puissance et la multiplicité des institutions et des intérêts qu'il a su créer autour de lui; d'autre part, par suite de cette peur de l'inconnu que ceux qui veulent tout systématiser et « scientiliser » ont appelé le mtsonéisme, ouhorreurdu nouveau, fausse explication, car ce n'est pas le nouveau que l'on abomine, mais tout simplement, incerti* tude, et crainte de ce qu'il apportera, parce que l'on ne le connaît pas. Ce qui fait que les foules se cramponnent aux mœurs et aux idées du passé, ne les abandonnant que progressivement — à moins de circouslances parlicuJières, plus fortes, elles, que la volonté L individuelle — à mesure que l'on se familia- B avec une façon d'agir nouvelle.

Les jours de l'état social sont donc comptés; ridée de l'autonomie complète de l'individu, de sa libre expansion, se dégage insensiblement des aspirations vagues qui l'embrumaient; elle se précise, se formule, apparaît de plus en plus lumineuse. L'instant s'approche où elle deviendra le moteur initial de la minorité agissante qui impulse les foules, les arrachant, malgré elles, aux étreintes du passé, les rudoyant, parfois, pour les forcer à progresser.

L'idée maintenant est lancée, elle entraînera le monde.

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