‹ L'individu et la société (volume 2)Chapitre 3 sur 27 · DES ORIGINES DE L AUTORITE · texte numérisé non relu

DES ORIGINES DE L AUTORITE

L'individu sacrifié à la société. — Qui a rautériorité, de l'individu ou delà société? — A quelle épocjue s'est faite l'association dans l'espèce humaine?-*- L'individu n'est pas une cellule. — L'association s'opère à tous les degrés de l'évolution. — Diversité des formes de groupements. — Diversité des institutions gouv(?rnementales. — Unité de la matière. — L'association doit suivre l'évolution individuelle. — L'autorité s'établit par le manque d'initiative. — L'habitude façonne les caractères à la servitude. — Commune origine de l'autorité et de la propriété. — Asservissement des faibles. — L'autorité se fortifie par la guerre. — La religion lui prête son appui. — La hiérarchie se complique. — Les revendications deviennent aussi économiques. — Nouvelles idoles. — Los maîtres changent, mais l'autorité reste.

On a toujours prêché aux individus le renoncement de leur personnalité, toujours on

leur a dit que leur volonté devait s'annihiler devant les besoins sociaux que représentaient plus ou moins — ou avaient du moins cette prétention ■— ceux qui sont au pouvoir !

C'est cette assertion dont il nous faut vérifier l'exactitude, examiner sur quoi repose cette prétention ; si elle est bien conforiîie, non seulement à l'intérêt de l'individu, mais aussi à celui de l'état social au nom duquel on prétend parler.

On se perd en discussions pour savoir qui est antérieur : la société à l'individu ? ou l'individu à la société ?

A quelle époque les honimes se sont-ils groupés ?

Etait-ce alors que commençait à leur venir la parole ? Cela remonte-t-il plus haut, alors que, pas encore débarrassés de leur gangue animale, rien ne les distinguait encore des grands singes dont notre espèce ne serait qu'une ligne collatérale ? ou, datant de plus

ioîn encore, l'esprit de sociabilité nous vientdes espèces ancestrales des mammifères,

pu de plus haut encore? puisque les êtres oi'nisés ne sont, eux-mêmes, qu'une associai de cellules, dérivant de la cellule primi-

som

'uestion difficile à résoudre, et ne présenit, selon nous, qu'un point de science, intéressant peut-être î\ élucider, mais dont la solution n'est nullement nécessaire à celle de question sociale ; les individus — nous y endrons plus loin, dans cet ouvrage — n'étant pas des cellules plastiques ayant :i s'adapter à un fonctionnement vital- coordonné par des conditions extérieures, mais étant, au contraire, des êtres pouvant se dé- .jBlacerj agir, hors du milieu où ils ont surgi, .ant, pouvant délibérer et choisir leur

fonctionnement.

liberté du choix très relative, nous le sn-

puisque ce choix est subordonné à des

[liions de milieu, de développement, de

instances et d'éducation, mais, supé-

malgré tout, à celle de la cellule, puis-

''provoquée par le simple réflexe, inconsciente, jusqu'aux associations conscientes, compliquées, comme celles des fourmis, des aljeilles, pour alioutir à nos sociétôs humaines si enchevêtrées de rouages : lois et institutions. l Plus nous remontons haut dans l'échelle feerévollition, de moins en moins importants EBont les groupements humains; depuis les agjjlomi^rations de millions d'hommes des sociétés plus ou moins civilisées, pour aboutir aux groupes de Pt^cherais ne. comprenant, parfois, pas plus de quatre à cinq individus, pour tomber à moins eucoi'e : la simple association de rhûinine et de la teniuie des Itoschimen.

Pour la complication des institutions, si elle nesuitpas l'importance des groupements, les formes n'en sont pas moins variées. On trouve depuis l'absolutisme le plus complet de certains peuples orientaux, et des peuplades négresd'Afrique, si dilïérents pourtant comme civilisation, jusqu'à l'absence totale d'autorité de certaines tribus septentrionales. Depuis le parlementarisme le plus compliqué

des nations européennes, jusqu'à l'absence presque complète d'aucun lien, comme chez les Védahs.

Mais puisque l'on veut remonter à l'origine de l'évolution, pour quelle raison s'arréteraiton en chemin ? Pourquoi ne pas remonter aux origines de la vie ?

Nous arrivons ainsi à l'être primordial : la cellule, expression première de l'individualité. C'est de l'association des cellules que sont sortis les êtres organisés, dont l'homme !

Mais s'arrêter là, c'est encore de l'arbitraire. Ce sont nos connaissances bornées qui ont divisé la matière en organique et inorganique, parce que nous ne connaissions pas les formes de transition, c'est à la matière primordiale qu'il nous faudrait remonter. C'est le groupement des atomes — . c'est-à-dire, les unités dont elle est formée — qui la composent qui donne naissance aux formes multiples que nous lui voj^ons prendre, sans compter celles qui échappent à nos sens.

Mais, quoi qu'il en soit, on pourrait suivre

dans leurs recherches ceux qui veulent élablii- l'antériorité de la société sur l'individu, il y a on fait positif qui se dégage de ce que nuus venons de constater, c'est que, à n'importe quel stade de son évolution que se soit produit chez l'homme — ou ses ancêtres — le besoin d'association, c'est (oujours l'individu, l'unité, qui est antérieure à la société, à la somme.

Et puis, on s'imagine bien les individus vivant isolés; vivant très mal, cela se conç:oit, revenant à l'état de barbarie, perdant uiio à une toutes les acquisitions de leur cerveau qui les a (franchisse nt de la sujétion du milieu ymbianl. mais enfin contiimant d'exister, tandis que l'on s'imagine mal une société sans individus!

Ici encore, la réponse est des plus catégoriques : l'association n'étant qu'un des stades de l'évolution de l'individu, la société n'existant que par les individus qui la composent, elle n'a de raison d'être que par l'utilité que ceux-ci peuvent eu tirer, elle doit évoluer comme ceux qui m'ont donné naissance, et se

modeler à leurs conceptions nouvelles, se transformer au gré de leurs nouveaux besoins. Vouloir que l'individu se plie aux exigences d'un être abstrait, qui n'a, et ne peut avoir, 'd'existence propre que par une fiction absurde, est une des inconséquences les plus néfastes qui soit sortie du cerveau métaphysique de l'homme.

Nous ignorons donc quand se sont formés les premiers rudiments de nos sociétés humaines, nous ne savons pas davantage comment elles se sont formées.

En remontant à ce que nous pouvons augurer des périodes préhistoriques, en nous aidant de ce que nous savons des souveiurs historiques et de ce que nous racontent les voyageurs sur les peuplades primitives encore existantes, nous pouvons supposer que ces premiers groupements ont été très restreints à leurs débuts, les individus y étant, entre eux, sur le pied de la plus parfaite éga-

litc, n'ayant ni chefs, ni propriété individuelle. ■Comment, dans ces associations, prirent Kssance ces deux pestes? Voih'i encore c« me nous ignorons, et où Von ne peut que Brc des conjectures, faciles, du reste.

^Quelques individus, plus forts, plus inlellik',' geiits, plus adroits ou mieux servis par les circonstances, ayant, à l'uccurreuce, rendu quelques services ii leur groupe, clan ou Iribu, leurs coassociés s'habituèrent à les consulter de préférence ù d'autres lorsque, ayant .'i ayir eu commun, ils ne savaient à quel parti s'ai- "réier ou que, devant la multiplicité des opinions émises, il s'agissait de prendre l'avis de ceux que l'on considérait les plus aptes à résoudre un Cas <UfQcile.

L'iiabitude aidant, les membres du clan en vinrent graduellement à subordonner leur action, selon le degré de confiance qu'ils éprouvaient, aux avis de ceux qu'ils reconnaissaient plus aptes à leur en donner de bons. L'homme est un composé de facultés diverses, contradictoires, parfois. Ce n'est, qu'en Ittaut — CLiiLtrif ht nature, contre les autres

espèces, contre ses semblables — qo'il a dé- Vt:|(i|ipé son cerveau. Tout notre passé histo^ riqm- n'est qu'une lutte sans trêve contre Taulorîté — spirituelle ou matérielle - une longue aspiration vers la liberté, et il a une tendance déplorable à se reposer sur les autres do solû de l'iiiittativc à prendre; il est continuelle, ment porté à se faire Tadorateur de ceux qui lui semblent supérieurs, à annibiler son individualité en se mettant à leur remorque, en ne voyant, ne pensant que par eux, n'agissant que d'après leur volonté.

Ceux qui furent l'objet de cette confiancf en profilèrent pour l;i faire dégénérer en subordination. Sans volonté préconçue île leur part^ certainement; se biissant seulement aller aii cours des clioscs, en profitant des ;ivantages qai s'offraient.

En sft rendaiU utiles en des occasions répétées, leur iniluence s'en qugmcnta, ils en ffo-, illôrent, sans doute, pour se faire octroyer

lelqoes passe-droit», indill'érents b. leurs ca*

lociés, mais qu'après avoir obtenus comme fftveai*, ils s'atlribudrenl comme droit ; des'

nrantagesiiiatt,H'iels en découlèrent sans doute, et, du dévouement et du don volontaires, IIh en lireut une servitude imposée, nu tribut |)cèlBvé. Progressivement, s'aidant l'une l'au- «, l'Autorité et la Propriété firent ainsi leur ■ fctrée dans les sociétés primitives.

F Les uns s'habituèrent à possédur et à comlÉiander; les autres à obéir, à ne se servir p'après que les maîtres avaient d'abord fait itir choix; ensuite à les voir accaparer les fruits de leur travail ou la meilleure partie de leur butin de guerre. Quand plusîem's générations eurent passé là-dessus, les individus étaient halitués à accepter cet état de choses ■comme une des conditions de l'ordre social ! fciusensiblemenl la subordination consentie Btait transformée en sujétion imposée, et ^x qui naquirent au milieu d'uu élat social fesi organisé purent croire qu'il en avait lou- U-s été ainsi, que cela marchait selon l'orp naturel des choses. N'ayant jamais coniui Itre état, il leur sembla légitime que les s possédassent celte terre que. eux, cultiut. Payer une redevance pour obtenir de

•^ ix'iNûiviDCJ sr HA. :iOGiiTrm

Ëècomier de leur :*uearefe de leur travail cette glèbe dont Uj^ élmeiit ib&us^ que, le plus souvent, leurïi- etfoïte a\'aieut contribué à défen tire ou à conquérir, teur sembla un pro«^s immennie. Les- individus s^ habituaient à se contenter de peu.

La propriété ^lablie> c'était rautorité affermie: celui qui attend d'autrui la dii^pensation lies uiowns de travail H'eî>t-il paîs <ifî feit* rinférieur et le sujet de celui «[ui peut le condamner à uiourii* de faim en lui refusant lets^ luovt^us d'utiliser sa foi*ce de production?

D*:mtiv part, celui qui possède n'a4-il pas b»*s«)iu iVxim^ 6}iTe matérielle pour détendre ce «lU il ;i îisurpé:* Quand on comineri«;a à leur /lUit^^stiH* l«'s [irivilétiesiiuils s-'octitjvaient^ il it^îîf '.ïr iir 'îî iTuer nwr nart :\ ceux qui pou- •• tj'îii 't^îi: .'!:*•• 'jLci'es :1 "s.* ci'éa dune Jeî>cas- •s .:u.'-i*iii.«ii.':r. "• < "it.:*^- ceu\ qui ii";iv-jient "■'■^ ^r 'eux \'i.. r.v^s^datii , pouvait-ut leur it '.r.irL- \i:u^ :)i\:' ['i ^ài.jau. l1 ^^'iablit des

l.'iNinvini; i-:t la snr.iftif:

I ta!

ihelons entre ceux qui coniniandaioiit et ux qui obéissaient.

Certains — pour en justifier l'existence — irt'tendent que les clioses seniit'iit sorties di' ■J'asservisse ment des vaincus aux vainqueurs; èternelleiiieiit, les races, nmltiples, se seraient fait la ■juerrt', les phih fortes doniestiquanl. et ^euglobîint les plus faibles.

Cela a pu se produire en certains cas; mais isservissement, la plupart du temps, a certainement commencé par pcIuÎ de la feinuie.

des jeunes, puis des plus faibles de la tribu, pour s'épanouir ensuite en esprit de conquête. Mais, quelle que soit son ori;;!ine. l'exploitation de l'Iinmme par. l'homme n'en est 13s moins arbitraire, monstrueuse: réproupar toutes les notions que nous nous fai- >ns de la justice, et devant disparaître devant conception plus nelte des rapports so-

L'<3qoi qu'il en soit, après avoir aidé à acqué- , l'autorité devint la fidèle sen-ante de ceux i avaient requis. Une fois dévoyée en ce l'évolution humaine devait nous con-

duire à la société d'aujourd'hui, où autorité et propriété sont deux termes inséparables, se maintenant l'un l'autre, tellement identifiés que Ton ne peut combattre Tun sans attaquer r.iutre.

Mais il n'est pas dans la nature humaine (ht se sacrifier bénévolement: quelle que soit l'îiluiégation do celui qui sacrifie ses goûts, sou bieii-rtre. sa volonté, ou son existence, (ffst toujours pour un but déterminé qu'il se ([év(jui» : ou vue d'un bien pour soi, ou pour SOS souiblablos, peu importe, il attend toujours un résultat de sou sacrilice.

Aussi', pour pouvoir s'étendre et durer, lout ou usant do la force pour se faire acceplor, l'autorité dut, aussi, employer la persuasion. Ku nMour de la soumission qu'on leur demandait, los individus crovaient tirer avantage — sécurité intérieure ou extérieure, par exemple — du ou des chefs qu'ils acceptaient.

NeA^oyant que los qualités qu'ils admiraient,

les membres du groupe ne s'apercevaient pas de la part de liberté qu'ils se laissaient enler ver. En organisant des expéditions de pillage chez les voisins, les chefs donnaient à leurs subordonnés l'occasion de prendre chez les autres pour remplacer ce qu'ils leur avaient pris chez eux. Cet appât, sans cesse présenté à la convoitise des individus, assurait ainsi le pouvoir des chefs, les aidant à créer autour d'jeux une classe de plus en plus nombreuse, d'autant plus intéressée au maintien et à l'agrandissement de leur autorité, qu'ils étaient plus aptes à en distribuer des parcelles.

Parallèlement, se développait la religion.

D'abord animisme grossier, inventant les fables les plus saugrenues, sans coordination aucune, pour expliquer lesphénomènes naturels. L'individu ne pouvait comprendre les phénomènes naturels, atmosphériques, qu'eu se les représentant sous la forme d'actes de

personnages invisibles.

L'INDIVIDU tr LA SOCIÉTÉ

En cet ordre d'idées, il ne tardait pas à émerger des individus qui, pour une raison ou une autre, furent considérés coninii? itius aptes à expliquer ces phénomènes, à commenter les mythes reçus des générations précédentes, à les coordonner, à trouver des explications nouvelles.

L'habitude de les consulter amena peu à peu le vulfjaire à les considérer comme les intermédiaires obligés entre eux et les êtres hypothétiques qu'avait anthropomorphisés, puis diviuisés l'imagination humaine; êtres que l'on supposait habiter l'air, l'eau, la terre, les bois, les montagnes, dans les nuages, manier la foudre.

En voyant s'étendre le pouvoir qu'on leur attribuait, ces sorciers ou faiseurs de pluie, ne furent pas sans apprécier les avantages qu'ils pouvaient en tirer, et leurs elVorts se tournèrent à l'agrandir encore.

El la caste religieuse se dressait ainsi, se développant parallèlement à la caste inilitaire, lui apportant le secours de sa force morale, prêchant aux populations — i"i condition qu'on lui fit la part large dans la distribution des

^^■befs, ces représentants de ia Divinité sur la

^^^" Le cerveau de rhomniP s'affinuaiit, la religion abandonnait Ron enveloppe grossière pour s'immalérialiserde plus en plus. Codifiant les idées morales qui se faisaient jour dans les relations sociales, en avance parfois sur la masse, elle en inventait aussi iiour le plus grand jiFolit des puissants ; à ceux qui auraient déployé le plus de vertus ici-bas, on en arriva iromettre une lîteriiité de félicités... dans un lire monde, après la mort. — Et les vertus qu'il fallait pratiquer étaient : le respect des dieux, de leurs intermédiaires, les prêtres, le Lcfou souverain et ses délégués; l'humilité ■plus profonde, la soumission la plus absoà leurs moindres ordres.

Itcomniele pouvoir politique et le pouvoir nomique ne se distinguaient guère encore de l'autre, inutile d'ajouter que les prùn'avaient pas oublié d'ajouter à leur cnignenipnl moral, le respect des biens d'au- , la plus parfaite abnégation de l'individu

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il Tégai'd de ses propres biens, ne possédant ces derniers que do parlagrande bienveillance des chefs à qiii lout appartenait.

Eiitrp temps, les groupements se di-heloppantï l'évolution guerrière poursuivant aussi son cours, les territoires des vaincus s'annexaient aux territoires des vainquem's ; les populations subjuguées devenaient les esclaves des conquérants.

L'asservissement, l'exploitation prenaient des formes nouvelles; la hiérarchie allait se compliquant. Le droit du plus fort, s'il n'avait pas encore ses théoriciens, était largement mis en pratique. De gi-anda empires se constituaient, ajoutant à chaque nouvel agrandissement, des rouages de jilus en plus compliqués, des institutions de plus en plus savantes, h l'exercice de l'autorité primitive.

Mais, ce qui se fonde par la force et repose ^ Sar la force n'a qu'une stabilité temporaire.

Les grands empires se disloquèrent par suite

L'INDIVIDU ET LA SOGllÎTÉ

^desf ^f te

]a décomposiLioniiitiJrieure qu'amenait une évolution dévoyée, par suite aussi des guerres intestines suscitées par des ambitieux ou des peu]iles las de porter le joug. Les populations nouvelles, qu'attiraient les richesses extorquées aux vaincus, n'eurent qu';i se montrer pour triompher.

Révoltés ou nouveaux venus se taillèrent des patrimoines dans les morceaux arrachés; rt selon le degré d'évolution où ils se ironvaient, selon la force d'aJjsorptlon des vaincus, ou la faculté d'assimilation des vainqueurs, des formes nouvelles de civilisation se firent

Les formes d'autorité varièrent à linfini.

Combinant les mœurs des vainqueurs avec les institutions déjà établies. Mais ce ne furenl que les formes qui varièrent : l'autorité n'en fut pas moins l'autorité. Dans toutes ces luttes, elle ne pouvait aller que se renforçant. Les populations vaincues, ceux des peuples victorieux qui ne faisaient pas partie de la « truste » eurent pas moins à peiner pour les maîà courber l'échiné sous le joug, Inllant.

). 'INDIVIDU KT I,A SOl'.IKTf:

([uaHti ils pouvaient, contre les empiétements (lu pouvoir qui grandissait toujours, ou cherrliaif à l'-hidiir les promesses lorsqu'il en avait cfiiisoiUi,

Kl riiiatnire se ctnitinua ainsi, semée de r^volles. de mudilicutioiis, tantôt au profit des uxploités, le plus sauvent àceini des mailres; mais l'évolution des esprits, si, elle, ne réussissait jias à s'accomplir dans le domaine politir|ne, marchait toujours vers lalVranchissemciit de rindividualité.

Et si les revendications économiques se teintaient de religiosité, c'est que la religion avait contribué ïi développer chez l'homme res]irit métaphysique, et fortement marqué de sjn seoauson cerveau et ses conceptions; mal gré tout, nombre de sectes et d'hérésies ne furent cruellement persécutées par l'orthodoxie que parce qu'elles réclamaient le partage des richesses, le retour au communisme primitif, Ma simplicité et à l'tirganisaliun familiale.

Puis, commence ù surgir l'idée des nationalités. Une entité nouvelle se fit jour dans la phraséologie des dirigeants. Après avoir réclamé des populations la fidélité àla personne dn maître, on la leur réclama au nom d'ahs- Iractions; après le hon plaisir du chef féodal, du roi ou de l'empereur, on se réclama des chartesoctroyées, subies ou imposées, on parla ensuite de la Cité, des institutions, jusqu'à 17^3 où la Loi, la Nation, la Patrie, devinn.'nt les idoles devant lesquelles deviiienl., dorénavant, se sacriliei' les populations.

«La Kation nous ordonne ceci, lu Loi veut cela, la Patrie a besoin de ses défenseurs, » devint la formule habituelle. On avait bien proclamé les droits de l'homme, mais cela était pm-ement théorique, en fait, c'était un devoii' toujours pour les exploités, de courber les épaules et d'obéir. Autremeat, ceux qui ■ s'étaient chargés de représenter la Loi ou la Nation se seraient appliqués à leur faire cuniprendi'C que, pour être exigée au nom de perr son nes fictives, l'obéissance n'eu était pas 5 assurée par des personnages réels: le

législateur, le juge, le gendarme^ le policier et le soldat.

Les économistes sont venus ajouter cette troisième entité, qu'ils n'ont pas inventée, mais , qu'ils savent mettre en avant à tous propos : la Société î Et c'est au nom de cette trinité que Ton nous prêche, aujourd'hui, la soumission à tout ce qui nous répugne, l'annihilation de notre individualité, la déchéance de notre être et de notre volonté!

Mais, de tout ce que nous venons de voir, il i:e faudrait pas en inférer que ce processus a suivi un plan déterminé, que toutes les phases ultérieures en avaient été prévues par ceux qui se firent les maîtres de l'humanité.

Non, Fédifice ne s'est fait que de pièces et de morceaux, s'ajoutant les uns après les autres. L'impulsion première détermina Lien les phénomènes ultérieurs; ceux qui s'étaient hissés au pouvoir essayèrent, certainement de canaliser révolution humaine ; mais leurs con-

ceptions ne pouvaient guère embrasacr au delà de leur action immédiate; et plus d'un «lin politique» auquel on attribue, aujourd'hui, des visées il longue échéance, serait fort étonné s'il pouvait avoir connaissance dus « plans » qu'on lui prôte.

L'autorité, lu propriété et toutes les institutions qui en découlent se sont traduites dans les associations d'abord, par les laits, suivant l'impulsion des événements. Ce n'est qu'après coup, lorsqu'elles se furent assises, que vinrent les théoriciens et les apologistes.

Tir

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