‹ L'individu et la sociétéChapitre 14 sur 27 · ET LA FEMME · texte numérisé non relu

ET LA FEMME

L'être humain sans distinction de sexe. — L'affranchissement de la femme ne peut s'opérer qu'avec celui de l'homme. — Inanité des réformes partielles. — Travail d'écureuil. — C'est l'impuissanc^ s'élever qui fait s'attarder aux réformes. — Rapetissement de la question. — Choisir son maître n'est pas s'affranchir. — Les leçons de l'expérience. — Toujours plus haut.

Et la femme ? vont me demander les féministes, me voyant terminer cette étude sans que j'aie seulement nommé cette moitié de l'humanité.

La femme, je ne l'ai nullement oubliée ; si j'ai parlé de l'être humain continuellement au masculin, c'en est la faute aux lacunes de notre langue, mais en parlant de l'être hu-

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main, cela, pour moi, signifiait tons ceux qui font partie de l'humanité : hommes, femmes, enfants.

L'affranchissement de la femme, pour moi, ne doit pas faire une question spéciale de Taffrancliissement humain. Si elle est exploitée par rhomme, ce dernier Test par son semblable. Et, dans l'ordre capitaliste, homme ou femme se valent, pour s'exploiter mutuellement.

La femme est l'égale de l'homme ; la femme est un être humain qui a le droit de satisfaire intégralement tous les besoins que comporte sa nature physique et psychique ; le droit absolu de disposer de son être comme elle l'entend, de le développer en toute son intégrité; c'est le droit et le devoir de tout être, mâle ou femelle.

Mais, s'il y a des exploitées parmi les femmes, il y en a aussi parmi les exploiteurs. Et, quelles que soient les lacunes de la loi, celleslà ont su s'émanciper, parce que la société bourgeoise laisse toute liberté à ceux qui possèdent le levier de toute force en son sein : l'argent.

Toute réforme qui s'opère au sein de la société actuelle est condamnée d'avance à l'impuissance, car elle ne peut s'opérer qu'à condition de ne toucher à aucune des fonctions vitales de l'organisme social.

Si elle amène, dans le sort de ceux en faveur de qui elle est opérée, une amélioration partielle, cette amélioration ne peut être, en plus de son iniimité, que temporaire, car le capitaliste qui a la force s'occupera i\(\ suite à trouver le moyen d'en éluder les effets.

Par conséquent, poursuivre la réalisation d'une réforme c'est tourner comme l'écureuil en sa cage, car, à peine une réforme obtenue, il faut en redemander une autre, et ainsi de suite jusqu'à la consommation ' des siècles, sans que change la situation de ceux qui sont censés en bénélicier, puisqu'ils restent toujours sous la coupe de leurs exploiteurs.

Certes, il y aura toujours des gens qui trouveront plus pratique de demander une petite concession à leurs exploiteurs. Le bon sens

courant, ne dit-il pas qu'il ne faut jamais se montrer trop exigeants si Ton veut obtenir quelque chose I

Le rôle de ceux-là est utile, puisque, quand ils réussissent à faire appliquer une de leurs panacées, ils nous démontrent par le fait, ce que nous affirmons : l'inanité des réformes.

Puisque lois, décrets, règlements nouveaux n'empêchent ni l'exploitation, ni les chômages, ni la misère, ni la faim. Chaque réforme tuée par son application est une démonstration de la nécessité d'une transformation complète.

Mais s'attarder à demander des réformes, c'est rapetisser l'idéal humain , c'est reconnaître la légitimité des abus dont l'on ne parle pas, c'est reconnaître que l'état social actuel est parfait en ses bases fondamentales puisque Ton ne demande que la réforme de quelques-uns de ses détails. Et les féministes, de même, rapetissent la question de la femme, reconnaissent et approuvent, de fait, toutes les restrictions à l'activité humaine que consacre la société actuelle, en ne demandant

qu'une toute petite place, pour la femme, au sein de l'exploitation actuelle.

Quand même la femme aurait, dans la société, le droit de participer à la confection du réseau légal qui nous enserre, en quoi son émancipation aura-t-elle avancé d'un pas pour celles qui seront toujours parmi ceux qui subissent la loi ? — Lorsqu'elle aura le droit de donner sa voix au chef ou à la cheffesse politique de son choix, cela lui donnerat-il du pain, si elle n'a toujours que son travail pour vivre?

L'homme a tous les droits politiques que l'on réclame pour la femme, la majorité d'eux en est-elle moins misérable ?

Puisque ces prétendus droits sont inefficaces entre les mains de l'homme ; puisque l'expérience qu'il en fait tous les jours en démontre l'inanité, que la femme profite de la leçon et porte ses vues plus haut.

Que ceux qui ne peuvent embrasser unt

idée en son ensemble s'attardent à réclamer

des réformes; que ceux qui croient pouvoir rafistoler l'état social actuel tentent de le replâtrer comme ils peuvent, en travaillant à obtenir ce qu'ils considèrent comme un acheminement vers ridcal rêvé, comme un résultat pratique et immédiat, cela est leur affaire, la dure réalité sera toujours là pour souffler sur leurs douces illusions.

Mais à ceux qui voient plus haut et plus juste, à ceux dont le regard a percé Tavenir, de truvaiUer à la réalisation de Tidéal complet : la destruction de Tâutôrité, râbolitian de l'exploitation humaine; a la réalisation d'un état social où tous les êtres humains, sans distinction de sexe, d'âge ou de race, pourront donner libre cours à toutes leurs virtualités.

Paris 15 avril 97.

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