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COMMERCE NAVIGATION — MINES AGRICULTUKE

Voilà pourquoi, malgré le déplacement de la capitale, Tinfériorité actuelle de son budget, de son commerce et de sa navigation, le Tonkin demeure le pays le plus important de Tlndo- Chine. C'est là que se trouve le plus grand avenir.

Déjà, d'ailleurs, le Tonkin a donné la mesure de sa marche dans le progrès. En 1883, le total de son commerce extérieur arrivait à 7.418.SS3 francs, a dépassé, en 1893, 69 millions et s'est maintenu en augmentation régulière jusqu'à ce jour. Le rendement des taxes sur l'alcool accuse un mouvement industriel régulièrement croissant. La vente a augmenté dans des proportions notables.

Le mouvement général de la navigation au Tonkin a beaucoup augmenté dans les dix dernières années. Il n'est pas facile de préciser

exactement cette augmentation par des chiffres, le cadre des statistiques ayant été modifié plusieurs fois, de façon à rendre les comparaisons à peu près impossibles. De 1889 à 1895, Tétat est établi par « tonneaux ». Le nombre de tonneaux pour 1889 est de 21.295 sous pavillon français, et 81.661 sous pavillons étrangers; total, 102.959. En 1891, le tonnage français monte à 86.76i, c'est-à-dire qu'il quadruple ; en 1894, il arrive à 123.613; le tonnage étranger est de 126.466, total, 250.079; c'est-à-dire une augmentation de 150 «/o, de 1889 à 1894.

Actuellement les statistiques sont établies sur un autre modèle. Voici, pour 1898, le tableau relatif au Tonkin,

Entrées,

Nombre Tonnage Val.decharg*".

„ . l français.. 132 132.827 32.470.066

(étrangers. 915 19S.640 12.682.890

Totaux.... 1 . 047 328.467 4S.152.9o6

Sorties.

-, . (français.. 130 130.315 7.091.068 JNavires'

létrangers . 752 186.040 10.334.142 Totaux 882" 316.355 17.425.210

LE TONKIS

Dans ces chiffres ne sont pas comj tage — jonques chinoises et ehaloup navigation fluviale.

La statistique minière du Tonki richesse minéralog^ique du pays. Il j mars 1899 un total de 339 périmèl inscrits au Services des mines dont 1' sur des mines de charbon. I^a disti provinces de ces concessions n'est intérêt. I-a province de Quang-Yen p grandes exploitations de houille : cel Gay et celle de Kébao. Les houilles quoique donnant beaucoup de chale\ eonvénient d'être des houilles maigres bien que si elles sont entassées et un grillage de foyer spécial. Toutefoi que l'extraction atteint des couche fondes, la qualité s'améliore. Les du Yen-Baï paraissent avoir des ce grasses et de longue flamme.

Les exploitations de Hone-Gay et n'ont surmonté qu'à force de patienc* tance et de sacrifices les diflicultés r la nature de ces houilles. L'expl Kébao, compromise un instant, est ( réorganisation.

214 l'inbo-chine

L'exploitation de Hone-Gay, en 1899 a fourni 261.281 tonnes sur lesquelles 226.000, environ ont été exportées .

La province de Yen-Baï compte, à elle seule, 80 demandes de concession de houille ; la province de Hung-Hoa 28; Laokay 6. L'antimoine paraît abondant. Les demandes pour la province de Quang-Yen sont au nombre de 29 ; dans le cercle de Mon-Gay, 28. Il existe 20 périmètres de cuivre ; 8 de pétrole, 31 de lavages d'or, 13 de galène, 2 de zinc. Dans la province Muong, de nombreuses recherches sont en cours. Les Muongs n'ont jamais entrepris l'exploitation des mines, toujours entravée, d'ailleurs, parles mandarins annamites. Quelques lavages d'or avaient été établis par des Chinois. 11 est probable que la reconnaissance géologique des montagnes du nord-ouest donnera des résultats intéressants.

Mais c'est surtout au point de vue de l'agriculture que sont remarquables les progrès du Tonkin. Sans parler de l'augmentation des rizières due à la réfection et à l'entretien des digues du Fleuve Rouge, il faut signaler le mouvement accentué des cultures françaises.

LE ÏONKIN 217

De nombreuses concessions de terres ont été obtenues et des fermes importantes se sont créées dans les provinces de Nam-Dinh, de Hanam (café), de Bac-Ninh (café, thé, élevage, beurre et fromage, une plantation de vignes), de Soniay (mûriers), de Quang-Yen, etc. Dans la région du nord-est le thé, la cannelle ont été essayés. L'agriculture paraît se développer rapidement et les capitaux français commencent à sV porter.

Les industries particulières au pays, la marqueterie d'incrustation, Torfèvrerie, la broderie, la teinture des soies n'ont pas périclité. J'ai déjà dit la quantité considérable d'or en feuilles qui vient de Chine en Indo-Chine (3.283.525 francs en 1898) pour la fabrication des bijoux indigènes. Les ouvrages en laque, en ivoire, en bronze, sont plutôt en augmentation. Des industries nouvelles ont été créées : papeterie, fabriques d'allumettes, fabriques de glaces, distilleries, filatures de coton et de soie, etc.

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HANOÏ ET HAÏPHONG

Les changements qui se produisent dans les grands centres de population donnent également la mesure de la prospérité du pays. A ce point de vue, la transformation qu'en peu d'années ont accomplie les villes de Hanoï et de Haïphong témoigne d'un rapide progrès.

Hanoï, autrefois capitale de Tempire d'Annam, et qui comptait alors 100.000 habitants, assuret-on, était, en 1872, bien déchue et n^ avait même pas 30.000 âmes. En dehors de la citadelle, immense carré de 160 hectares, il nV avait guère que d'assez pauvres maisons, irrégulièrement éparses sur un terrain boueux, semé de flaques infectes. Hanoï est aujourd'hui une très grande et très belle ville de 6S à 70.000 habitants, éclairée à Télectricité, desservie par une canalisation d'eau potable — avantage bien rare dans le Delta, — avec des rues larges, droites, bien pavées, pourvue d'un réseau complet d'égouts, avec de grands marchés couverts — dix grandes

halles de 52 mètres de long sur 19 de large. — Elle est, en un mot, pour la commodité des installations, pour le bien-être et le confortable de ses habitants, semblable à une grande ville civilisée. L'eau provient d'une immense nappe souterraine reconnue au village de Tru-Bac à une vingtaine de kilomètres de Hanoï. L'usine élévatoire peut être pourvue d'une troisième machine à vapeur si le service de la ville exigeait une quantité d'eau plus considérable. Cette eau, parfaitement pure, est livrée par abonnement à fr. 38 le mètre cube — qui coûte près de 4 francs à Haïphong. — H y a dans Hanoï 83 bornes-fontaines, fournissant un litre par seconde et dix bouches à incendie pouvant donner, avec une pression minimum de 6 mètres, quatre litres à la seconde; la pression est assurée par deux réservoirs de 1 .250 mètres cubes chacun.

De grandes et fortes digues garantissent la sécurité de la ville. L'enlèvement du grand banc de sable qui rejetait le Fleuve Rouge loin de ce qui devait être le port de commerce et la construction de quais en eau profonde ont doté Hanoï d'un grand mouvement de navigation. De Hanoï à Haïphong, les chaloupes à vapeur vont

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et viennent avec une fréquence extraordinaire. On compte plus de trois départs ou arrivées chaque jour.

La démolition de la citadelle, la création de magnifiques promenades, la construction de monuments public — Thôpital Lanessan, entre autres, — la création d'un hippodrome, très fréquenté, ont changé, en cinq ou sixans, la physionomie de la ville. On construit beaucoup à Hanoï et c'est un symptôme rassurant pour son avenir.

Haïphong, bien que d'une importance beaucoup moindre, n'a pas moins prospéré. Même on peut dire que, toutes proportions gardées, les changements survenus à Haïphong accusent un progrès plus rapide encore que celui d'Hanoï. La ville compte aujourd'hui deux fois plus d'habitants qu'elle n'en avait en 1872. Sur 15 à 16.000 domiciliés, on trouve 9.000 Annamites, 5.000 Chinois — ce qui est l'indice d'un gros commerce de riz — et 600 Européens, non compris la population militaire.

La ville est bâtie sur l'emplacement d'anciennes rizières et de marais, alternativement envahis par l'eau des fleuves et l'eau de mer. En 1874, on pataugeait dans les premiers embryons

des rues. Aujourd'hui, de belles rues bien pavées, une voirie admirablement entretenue ont pris la place des mares et des flaques boueuses. En 1888, une municipalité a été installée et en douze ans, elle a changé la face du pays. Haïphong est pourvue de tout ce qui constitue Toutillage d'une grande ville : de grands marchés, des abattoirs, des casernes, une mairie, des monuments publics et même. . . une prison. Tout ce qui fait la vie civilisée.

Port fluvial en même temps que port maritime, Haïphong reçoit en même temps les chaloupes qui, sur le Fleuve Rouge, vont et viennent, faisant plus de 1.600 sorties dans l'année. En 1897, Haïphong a reçu 602 navires de haute mer et une quantité innombrable de jonques de cabotage et de caboteurs annamites ou chinois.

Les rues de Haïphong sont, comme celles de Saigon, plantées d'un double rang d'arbres; les boulevards en ont — au moins quelques-uns — quatre rangées. Comme Hanoï, Haïphong a un hippodrome. Mais, — ce que n'a pas Hanoï — Haïphong possède, à 22 kilomètres de distance, une « ville d'eaux », la ville de Do-Son, qui est le Trouville du Tonkin, où le gouvernement lui-

même a un chalet : la Villa Joséphine, Après Hanoï — et avec une importance qui tend à grandir — Haïphong est la plus grande place commerciale et financière du Tonkin.

HISTORIQUE

L'Asie dans Thistoire est d'une bien autre antiquité que T Europe. Les habitants des régions occidentales n'étaient encore qu'à l'état <ie peuplades éparses que déjà de grands empires asiatiques comptaient des siècles d'existence. Et de même que nous rencontrons, à l'hejire actuelle chez des tribus sauvages d'Afrique ou d'Océanie l'humanité primitive attardée encore à l'âge de pierre, les civilisations orientales chinoise, hindoue, assyrienne, égyptienne même, dans un passé dont le souvenir, remonte à plus de. trente siècles avant l'ère chrétienne, côtoyaient les populations aryennes encore ignorante* des métaux.

La nation annamite qui n'est pas une « souche » mais simplement un « rameau » de la

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race mongolique occupait déjà, vingt-cinq siècles avant J.-C, le sud de la Chine et le nord de la péninsule indo-chinoise. Soumise virtuellement à TEmpire chinois, elle vivait à Fétat pastoral^ entre le Yang-Tsé-Kiang et le Song-Ga, c'està-dire dans ce qui compose aujourd'hui la province du Quang-Si et le Tonkin. Ce fut seulement au cours du lu^ siècle avant notre ère que le groupement se fît, suffisamment étroit pour constituer, en dehors de la Chine, im-Etat et une nation qui se trouva resserrée entre la Chine du côté du nord et les Ciampas — malais d'origine — du côté du sud, côtoyée à l'ouest par les Khmèrs dont la grandeur déjà tombait en décadence. Vers la fin du x® siècle, échappant à la domination chinoise, la nationalité annamite se donna des rois de sa race. Au commencement du XVII® siècle, refoulé par les Chinois du nord, l'Annam reflua vers le sud, poussant devant lui les Ciampas qui, pris entre les Khmèrs de l'ouest et les Annamites du nord, se réfugièrent dans la montagne où les Mois et les Mans d'aujourd'hui représentent les derniers vestiges de leur race. Le XVII® siècle fut l'apogée de l'empire annamite qui s'étendait alors des bords du Tsé-Kiang aux

l'annam 227.

bouches du Mékong. La dynastie des Lé, renver^ sée en 1773 — en même temps que la dynastie des Trinh, ses compétiteurs — est remplacée par celle des N'guyen dont l'empereur Gia-Long — • primitivement appelé N'guyen-Anh — a été le Louis XIV. Mais, dès le commencement du xvii® siècle l'Europe entrait en scène dans ces régions et, un siècle plus tard, au moment de sa plus grande puissance, Gia-Long, à qui les Français avaient rendu d'éminents services, pressentait le destin que les convoitises européennes réservaient à son pays. Minh-Mang, son fils, fidèle aux volontés paternelles tint les Européens à distance et leur témoigna la haine la plus défiante. Mais à ce moment déjà la décadence commençait. Le Siam enlevait à TAnnam, le Cambodge et le Laos. Quelques années plus tard, Tu-Duc voyait s'accomplir les prévisions de Gia-Long et le démembrement de son empire auquel la France enlevait d'abord la Cochinchine, puis le Tonkin, plaçant l'Annam luimême sous son protectorat.

On comprend que, remontant aussi loin dans le passé, la monarchie annamite doive posséder un ensemble de traditions, un corps de doc-

trines, de préceptes, de coutumes, un état de Biœurs et d'esprit profondément ancré dans ses institutions et dans les habitudes de son peuple. Le caractère essentiellement stable, immobile, et conservateur des civilisations asiatiques assurait la continuité de Tétat de choses primitif ; et il a fallu l'intervention énergique et parfois brutale de la civilisation européenne pour transformer partiellement le gouvernement et l'organisation de la nation annamitç. .

- Cette transformation, très rapide dans toutes les choses soumises à l'action directe des hommes, demeure infiniment lente et difficile dans sa partie morale. Nous avons en peu de temps, modifié les ressorts du gouvernement et de l'administration ; mais nous n'avons pu le faire qu'en nous conformant aux traditions nationales, en nous abstenant de heurter les mœurs, les croyances,^ les coutumes et les sentiments des masses populaires.

-J'ai dit dans la première partie de ce travail comment l'empire d'Annam était une monarchie de droit divin, autocratique et absolue en principe, constitutionnelle en fait, gouvernant par l'intermédiaire d'une aristocratie viagère et per^

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sonnelle de lettrés, recrutée au concours et sortie des rangs du peuple. Aucune noblesse, aucun Clergéy presque pas de religion, aucune caste privilégiée et Tégalité pour tous devant la loi. '-

Au-deèsous de ce cadre gouvernemental très simple par lequel la puissance descend de la royauté vers le peuple, sont la éommune et le canton par l'intermédiaire desquels les droits et les vœux du peuple montent vers le souverain. Cette organisation sociale très stable et en même temps profondément démocratique et libérale assurait à TAnnam une paix intérieure qui n'a été que très rarement troublée.

Le roi, dans cette constitution, se confondait avec la divinité. Il représentait les ancêtres du peuple dont il devait être, aux termes des livres sacrés, « le père et la mère ». Il se plaçait entre le peuple et la divinité — [Thuong De", le maître des âmes) — comme l'intermédiaire, « fils du ciel » et « père et mère du peuple ». Son rôle consistait surtout à offrir les sacrifices, à accomplir les rites, à prier pour le peuple et, au point de vue politique, à choisir les ministres.

Le choix des hommes qui doivent « assister le roi » doit être, d'après les livres sacrés, le grand

^ouci du souverain. Le Daï-hoc — « livre de la grande étude » — dit que « lorsqu'un roi ne sait « pas élever les sages ni abaisser les méchants, « il ne gouverne pas suivant la droite voie. Ce « n'est pas un roi vertueux qui aime les justes et « déteste les fourbes. »

Et ailleurs : « La prospérité ou la ruine d'un « pays dépendent de ce que les hommes ver- « tueux seront appelés au pouvoir ou de ce qu'ils « eh seront écartés. »

Le principal ofRce religieux du souverain, négligé et abandonné depuis la chute de la dynastie des Lé, consistait à célébrer la fête de l'Agriculture. C'est, d'ailleurs, le plus grand des rites chinois; et, le prince Kong, en 1886, disait à M. Constans, alors ambassadeur à Pékin :

« Chez vous, la grande fête du souverain, c'est « la revue des soldats. Chez nous, la grande fête « de l'empereur, c'est la fête de la Terre. Et c'est « nous que vous traitez de barbares » .

En 1893, les 27 et 28 juin, l'empereur Than- Thaï, pour la première fois depuis un siècle et demi, célébra à Hué la fête de l'Agriculture.

Cette conception quasi divine de la royauté plaçait le souverain au-dessus de l'humàriité, si

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haut que les regards du peuple ne devaient pas l'atteindre. Du fond de son palais, à peiiie accessible à ses plus proches serviteurs qui lui parlaient à genoux, il n'apparaissait au peuple que dans r éclat et la splendeur mystérieuse des

^ cérémonies religieuses. Le palais du souverain

était une ville forte au fond de laquelle daiis une autre enceinte plus forte encore, inaccessible et presque secrète, vivait << le fils du ciel >). Jamais, avant 1885, un étranger, fût-il l'ambassadeur d'une grande puissance, n'avait été admis à l'honneur de la présence impériale.

, Pourtant ce maître omnipotent, régnant par

la grâce de Dieu, n'était, en soitime, qu'un souverain constitutionnel. Son pouvoir ne s'exerçait point directement. Il avait pour intermédiaires et pour conseillers, pour « censeurs », disent les livres sacrés, un certain nombre de ministres et de hauts fonctionnaires. L'institution du Ko-Mat -^ ou Co-mat — ressemble beaucoup à celle d'un

\ cabinet parlementaire. Parfois même, le souve-

rain se réduisant lui-même — ou se vo vànt réduit ^- à l'état dé roi fainéant, le Comat demeurait le seul pouvoir régnant dans l'empire.

Même il est arrivé qu'il ait, de sa propre auto-

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rite, supprimé le maître. L'usage des poisons fut de tout temps familier à l'Orient et les sultans de Constantinople n'ont pas été seuls exposés à boire « le mauvais café » .

Depuis notre intervention eh Annam, l'histoire de ce pays est bien simple : Ming-Mang parvint à tenir la porte de son pays fermée aux Européens. L'exemple de l'Inde conquise par les Anglais l'avait mis en légitime défiance. Tien- Tri, son successeur, fut moins heureux et vit, en 4847, sa flotte de guerre — cinq corvettes — détruites par deux frégates françaises dans la baie de Tourane. Mais les Français, à ce moment, ne jugèrent pas à propos de prendre pied dans le pays.

Tu-Duc fut impuissant à éviter le conflit fatal. Les missionnaires catholiques faisaient, en Cochinchine et au Tonkin, des progrès inquiétants. Il y voulut mettre fin en supprimant les missionnaires. De là, les expéditions purement répressives de 1852 et 1858. Puis, en 1859, com* prenant l'inefficacité de ces opérations, toujours les mêmes, qui consistaient à prendre Tourane— où il était presque impossible de se maintenir — et à bombarder Thuan-An, sans pouvoir allei^

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jusqu'à Hué, Tamiral Rigault de Genouilly Vînt prendre Saigon et occuper la Cocliinchine. Cette fois, la prise de possession commençait ; l'empire d'Annam, entamé au sud, voyait se préparer lé démembrement. *.

^ En 1873, l'attaque se renouvela par le nord.

Dupuis et Garnier prenaient le Tonkin. Tu-Duc demanda secours à la Chine. Obligé de conclure, en 1874, un traité qui, malgré lui, le faisait indépendant de. toute suzeraineté, il écrivait en même temps à la cour de Pékin pour renouveler son hommage et demander appui. Le traité con-

j élu par M. Philastre lui laissait cependant le

Tonkin que nous abandonnions et dont plusieurs milliers d'habitants qui nous avaient accueillis en amis furent massacrés après notre retraite. L'assistance de la Chine avait eu son utilité puisque les irréguliers chinois entraient pour plus de moitié dans les bandes devant lesquelles succomba Garnier. Aussi, en 1883, lorsqu'avec

i la même bravoure, la même imprudence et le

même dénouement, Henri Rivière recommença l'aventure de Garnier, Tu-Duc obtint également le concours des troupes chinoises.

Quelle que fût la duplicité de sa conduite, il

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est impossible de ne pas reconnaître qu'il Taisait son devoir de roi en défendant par tous les moyens son pays et son peuple contre l'invasion étrangère. La défaite des Chinois, suivie, le 11 mai 1884, du traité de Tien-Tsin entre la France et la Chine, obligea Tu-Duc de reconnaître son impuissance et de consentir, le 6 juin 1884, un traité qui le plaçait sous le protectorat de la France et lui enlevait à peu près complètement le Tonkini Tu-Duc ne survécut pas longtemps à ce traité.

De ce moment, ce fut le Co-mat qui prit la conduite des affairés en main, à' peu près ouvertement. D'ailleurs, lès souverains qui se sont succédé sur le trône depuis 1884 étaient mineurs au moment de leur avènement. En 1885, Ham- N'ghi, sous la tutelle du Co-mat et particulièrement dès régents Thu-Yet et Trbng-Hiep^ fut obligé dé prendre la fuite après Tinsurrection comprimée de Hué. Aussi longtemps qu'il crut la lutte possible, le Co-mat résista. Mais après la campagne de Chine et la signature du traité de 1895 par lequel la Chine vaincue se désiùtéressait de TAnnam, le Co-mat cohiprit que toute résistance était vaine et qu'il fallait se résigner,

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au moins en apparence. Hiep-Hoa n'avait fait qu'apparaître et disparaître, victime de F amourpropre national, supprimé par le Co-mat pour avoir admis en sa présence le représentant de la France. Menacé de voir supprimer la monarchie elle-même, le Co-mat céda, éleva au trône Dong-Khanh et fît sa soumission au général de Gourcy.

On ne pouvait pas espérer que la cour et les mandarins fussent assez sincèrement résignés à subir la domination étrangère pour s'y plier bénévolement et de bonne foi. Jusqu'en 1891, par tous les moyens en leur pouvoir, ils ont résisté, entravé notre établissement dans le pays fomenté sourdement Tinsurrection, la rébellion, organisé le trouble. Mais, avec le temps, constatant l'inutilité de la résistance, ils prirent le parti d'accepter franchement le protectorat, pourvu que le protectorat leur fît des conditions d'existence acceptables. Ils s'en expliquèrent nettement en 1887, avec M. de Lanessan, envoyé en mission par le Gouvernement français. Mais pendant quatre ans encore le Gouvernement français ayant pratiqué constamment une politique d'annexion, d'administration directe et

d'hostilité contre la cour, le Go-mat, exaspéré, prêcha presque ouvertement la rébellion qui, si elle ruinait le pays, rendait précaire et même dangereuse la situation des Français au Tonkin;

Mais en 1891, au retour de M. de Lanessan envoyé comme gouverneur général, Fententefut vite faite et la paix conclue. La cour donna la mesure de sa bonne foi et de son influence en publiant une proclamation, revêtue du sceau personnel de l'empereur, ordonnant à tous ses sujets de rentrer dans Tordre et d'obéir au gouverneur général. L'ordre fut immédiatement obéi.

Depuis lors, le gouvernement général ayant persévéré dans cette politique de bon vouloir et de loyauté, la cour et les mandarins ont définitivement accepté sans arrière-pensée la domination française. Le régent Trong-Hiep, le plus influent de tous, qui jusqu'en 1891 avait été l'adversaire le plus résolu de la France devint^ iine fois l'entente fait^, un de ses plus fidèles instruments.

- Et non seulement on n'a pas eu, depuis lors, un reproche sérieux à faire à la cour, mais elle à, d'elle-même, consenti à transformer, à moder^

niser les formes du gouvernement annamite et les traditions mêmes de l'étiquette impériale. D'ailleurs, l'empereur Than-Thaï était, plus que tout autre, désigné pour se prêter à de pareils chan-. gements. Sa Majesté Tan-Thaï, proclamé empe-» reur d'Annam le 31 janvier 1889, était alors âgé de dix ans et portait le nom de. prince Bùu- Lan. C'était un enfant très précoce, d'une intelligence éveillée et d'un caractère très décidé, fin %i délicat de traits et de formes, d'esprit vif et curieux. Sa nature vive et remuante le prédisposait à s'émanciper de la tyrannie un peu sévère dfis rites et des coutumes royales. Depuis que les souverains étaient personnellement en contact avec les Européens, des idées et des sensations nouvelles agitaient le jeune souverain.

Bientôt on apprit-— non sans quelque.scandale dans. le peuple — que Sa Majesté Than-Thaï, enjambant, comme un écolier en maraude, les murs du parc impérial, courait incognito le guilledou dans les tavernes de Hué. Si bien qu'il fallut faire intervenir la reine-mère — l'autorité vénérée et presque divine — pour mettre l'empereur en pénitence et, littéralement, en retenue, au fond de son palais. Du reste, la dignité royale

eut bientôt fait de prendre le dessus. Mais lesk autorités françaises furent assurées qu'elles ne se heurteraient plus jamais à l'obstacle infranchissable des rites anciens, des traditions antiques et du non possumus absolu derrière lequel se réfugiait la cour, en invoquant les règles inviolables des préceptes royaux. Et Taccoutumance a été si rapide, si complète que le roi d'Annam est venu non pas même en roi souverain, maiiien «. invité » aux fêtes de Saigon, en 1898. L'empareur d'Annam faisant le « tour de l'inspection » à bicyclette, c'est toute une révolution : la fin de l'empire asiatique, l'inauguration du protectorat « à l'européenne », l'acclimatation réciproque des pro^ tecteurs et des protégés, désormais familiarisés amicalement les uns avec les autres. Il ne fau-. drait pourtant pas en conclure à la possibilité d'une « fusion » quelconque ou d'une « assimi-. lation ». L'Annamite éminemment sociable, pacifique de caractère et d'ime intelligence très, ouverte, ne sera jamais, cependant autre chose qu'un Annamite et se refuserait à toute assimi-. lation* Ses mœurs, ses coutumes, son. reiqpect religieux des ancêtres sontinkérents à sa Rature.- Et il ne sera un sujet fidèle qu'à la condition de

conserver sa nationalité, ses lois et ses chefs naturels. Si jamais nous commettions la faute de reprendre la politique d'annexion, malgré le rapprochement qui s'est fait entre nos protégés et nous, nous verrions recommencer les temps de trouble et de rébellion.

GEOGRAPHIE

L'Annam actuel, tel que Fa délimité le traité de 1884, est compris entre 102® et 107® de longitude est et 10® 30'— 20® de latitude nord. 11 a environ 1.300 kilomètres de long du nord au midi et sa largeur, entre montagne et mer, varie de 20 à 80 kilomètres. Sa superficie est évaluée approximativement à 70.000 kilomètres carrés. Mais si ses limites sont exactement fixées au nord, où il touche au Tonkin, au sud où il est limitrophe de la Cochinchine, à l'est, où la mer baigne ses côtes sur toute son étendue, ses limites du côté de l'ouest sont assez indécises. Les plateaux et les montagnes boisées qui couvrent le pays entre Annam et Laos sont virtuellement des dépendances de r Annam. Mais leur délimitation exacte n'a point été faite et leur organisation demeure encore sinon tout à fait inexistante, au moins bien rudimen taire. Les pays des Hua-Phans, des Bahnars, des Pou-Euns, des Pou-Thaïs et des Mois sont encore peu connus et point du

: l'annam 241

tout organisés. A peine quelques sentiers prati-^ cables aux bêtes de somme triaverseiit ces régioni^ dont la superficie est évaluée à 50.000 kilomètres carrés. '

Le traité de 1884 a rendu à rAnfiiam ses trois provinces du nord, c'est-à-diré le Thanh-Hoa, le Nghé-An et le Ha-Thinh qui sont les plusfertiles.

L^Annam, longue bande de terre resserrée ^ntre la pioxitagne et la mer, est un pays de petites vallées, étroites, courtes et se, tej*minant vers la mer par de petits deltas bordés d'étangs et de marécages. Les vents et la mer accuniu- Jant.les sables, forment des « cordons littoraux » derrière lesquels les eaux vçnant de la montagne s- étalent en nâarais souvent pestilentiels. Cependant^ au nord, l'Annam possède deux fleuyes de quelque inxportauçe, le Song-Ma, descendajit des. montagnes du pays des Muong^ et dont le delta se confond avec qelui du .Fleuve Rouge ; le Spng- Ga qui yient de Hua-Mong et dont le delta s'étend entre Nghé-An et Ha-Tinh. Vers Je sud, un autre fleuve côtiev, moins important, a son embçuchure au-dessous de Thu-Yen, à Thaï-Moa. Mais des ruisseaux et des torrents nombreux sillonnent

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le penchant des montagnes dont la déclivité rapide vers Test fait de ces petits cours d'eau des torrents redoutables pendant la saison des pluies, des ravins à sec pendant la saison de la mousson du sud-ouest.

Caria disposition des montagnes doutTAnnam est enserré change du tout au tout la saccession des saisons entre la Cochinchine ' et TAnnam. En Cochinchine la saison des pluies est celle des moussons du sud-ouest, d'avrij À octobre. L'Annam, au contraire, n'a ses plides que pendant la saison d'hiver, avec la mousson du nord-est, d'octobre à février, et la température de la saison pluvieuse varie de 15® à 24*^ La mousson du sud-ouest n'amène guère de nuages. Les pluies sont tombées dans la plaine en Coc|iinchine et les nuées, arrêtées par la chaîne c^es monts et des hauts plateaux, oiit achevé de'se dissoudre en eau, La mousson du sud-ouest est donc sèche en pays d'Annam. La température, alors, monte et se maintient de 28** à 35*^. D'août à janvier surviennent les typhons, qui se produisent quelquefois en mai et juillet.

l'annam - 243

FAUNE ET FLORE

Ce climat n'est point sans inconvénients pour Tagriculture. L'eau manque juste a\i moment où elle seî^it le plus nécessaire. Et c'est pourquoi, plus vaste que la Cochinchine, TAnnam produit beaucoup moins de riz et ne suffirait pas à Talimentation de ses habitants. Cependant, avec quelques barrages, on arrive à établir des rizières de bon produit.

Le café, le thé, le coton sont cultivés en Annam sous la direction d'Européens. Le maïs, la patate, le tabac, les arachides, les haricots sont le fonds de la culture indigène. La ramie^ le mûrier, la noix d'arec sont communs. La cannelle et le cardamome s'exportent en assez grande quantité. Enfin, un produit peu ordinaire et très recherché, les nids d'hirondelle qui viennent surtout de l'île Cu-Lao-Cham, à l'embouchure de la rivière de Faï-foo, fait l'objet d'un monopole.

. La faune et la flore de T Annam sont à peu de choses près les mêmes que celles du Tônkin. Dans -la partie boisée des montagnes, le fauve abonde.

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La province de Thanh-Hoa, dans sa partie occidentale, est littéralement infestée de tigres et chaque année on y compte un nombre relativement considérable de victimes humaines. D'après un rapport officiel « il est des régions où on parle d'un habitant enlevé tous les deux ou trois jours ».

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