LES RACES
Llndo-Chine est, sinon la plus vaste, au moins la plus riche et la plus précieuse des colonies françaises. Elle n'a pas l'étendue immense du Soudan; à peine arrive-t-elle, en comptant les acquisitions récentes dont elle n'a même pas encore pris possession effective, à dépasser la superGcie de Madagascar — 850.000 kilomètres carrés contre 735.000; — mais elle a sur nos territoires africains l'avantage d'un climat moins brutal, d'une nature plus généreuse, d'un sol plus fécond et surtout la supériorité morale que lui donne l'héritage des antiques civilisations de l'Asie sur la barbarie universelle de l'Afrique, sur la sauvagerie du nègre, à peine nuancée d'un commencement d'humanité.
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Si dédaigneux que soit l'orgueil européen à l'endroit des « races jaunes » — car pour le gros du public et aussi parfois pour « Thomme du monde » tout asiatique est jaune — il faut cependant convenir que l'Inde Brahmanique et la Chine Boudhique ont, chacune de leur côté, porté, aussi loin que le comportaient leurs principes et leurs dogmes, la civilisation correspondante à leur religion. Il y a, en effet, dans toute religion, un devenir presque infaillible et mathématique. Des croyances découlent les institutions et les mœurs qui sont les éléments cons-
tituants des sociétés. Les dogmes, les rites, les observances créent nécessairement dans les populations un état mental particulier. Les institutions sacerdotales ou guerrières qui, les unes ou les autres et parfois toutes deux ensemble, ont pris possession des peuples à leur berceau, leur ont imprimé un caractère indélébile qui, forcément, a exercé une influence décisive sur leur avenir. Les deux religions qui, jusqu'à Mahomet, se sont partagé l'Asie pendant une série de siècles ont donné tous leurs fruits jusqu'à l'épuisement. La civilisation guerrière, féodale, pour ainsi dire et sacerdocra tique de l'Inde,
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a produit rémiettement d'un grand pays en principautés impuissantes et la pulvérisation d'une immense nation en castes isolées. La grandeur indienne a péri; les monuments colossalement splendides qui nous la racontent ne sont plus que des souvenirs à peine compris d'un passé mort ; mais les populations, aujourd'hui réduites en* servitude, conservent encore le pli de soumission, le caractère respectueux et timide dont les castes supérieures avaient pétri les castes populaires.
Moins précise dans ses dogmes, plus large dans sa morale, encore plus théocratique peutêtre dans sa constitution, au moins théoriquement, puisque l'empereur est « l'émanation de Dieu », la religion chinoise, par cela seul qu'elle n'était point guerrière et qu'elle proclamait l'égalité des hommes devant la divinité, a produit de tout autres résultats : Elle a créé un immense
empire, d'une étonnante cohésion, d'une extraordinaire unité malgré l'isolement réciproque de ses provinces et qui présente ce phénomène étrange d'une nationalité fortement accentuée dans un pays où il n'y a pas, à proprement parler, une nation mais seulement une race.
Cette race pourtant est loin d*être homogène et descend de sources différentes ; mais, façonnée pendant de longs siècles par son institution religieuse, elle en a reçu un caractère uniforme et d'une rare stabilité : Douce, pacifique, patiente, laborieuse, fixée au sol par Tagriculture et, quand elle se déplace par le commerce, ramenée, vivante ou morte, au pays natal pour obéir aux prescriptions sacrées.
Toute guerrière, violente et farouche, la religion musulmane a jeté à travers les couches asiatiques un élément remuant et perturbateur mais impuissant devant la force supérieure que rintelligence et le savoir ont mis aux mains des nations civilisées entre lesquelles se fait et s'accomplira progressivement le partage de la Chine.
Voilà les faits qu'il faut se rappeler et ne pas perdre de vue si Ton veut bien étudier et bien comprendre Flndo-Chine, En effets dans ce pays dont nous avons pris si rapidement la pleine piiasession, la race boudhique prédomine ; mais les races aryennes y sont largement représentées et Fislamisme compte dans les provinces de Chine voisines de nos colonies un nombre considérable de sectateurs dont les insurrections ont fait res-