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LA CONFIGURATION PHYSIQUE ET LE PEUPLEMENT

En tant qu'expression géographique, le mot d'Indo-Chine a changé deux fois au moins de signification. Primitivement, il désignait la partie méridionale de TAsie, qui, limitée au nord par le 23® de latitude et entourée sur tout le reste de son pourtour par la mer des Indes et la mer de Chine, comprenait : La Birmanie, le Laos, le Siam, le Cambodge, TEmpire d^Annam et la presqu'île malaise de Malacca. Par ses vallées et ses rivages occidentaux elle appartenait à l'Inde ; par sa côte orientale et par la vallée du fleuve Rouge elle appartenait à la Chine et dans l'extrémité de la péninsule allongée qui va presque toucher aux îles de la Sonde, elle participait de la Malaisie. Cette idée de voisinage et de mélange s'exprimait en un mot : Tlndo- Chine,

L'intervention de l'Angleterre d'abord, de la France ensuite, changea la situation poli-

tique du pays et, par voie de conséquence, le sens du mot. La partie occidentale de la péninsule tomba sous la main ou sous Finfluence de l'Angleterre, la partie orientale sous la main de la France. L'ensemble du pays cessa d'être « rindo-Chine » et cette appellation se restreignit à ce qui constituait alors l'Empire d'Annam, comprenant à cette époque le Tonkin, TAnnam, la Cochinchine. A l'heure actuelle, depuis Tunifîcation des possessions françaises sous un gouvernement général, en 1887, Tlndo-Chine française — et il n'en existe plus d'autre — comprend les cinq États — on dit officiellement : les cinq pays — du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine, du Cambodge et du Laos.

Ainsi définie, Tlndo-Chine contient une superficie d'environ 680.000 kilomètres carrés; à quoi il convient d'ajouter au moins théoriquement les 170 à 200.000 kilomètres carrés qui représentent la région « entre Mékong et Ménam » concédée à l'influence française par les traités de 1893 avec le Siam, de 1896 avec l'Angleterre.

Ce territoire s'étend du 8« 30' au 23^ 25' de latitude nord et du 97« 40 au 107® de longitude

L Indo-Chine, t

est. Il a pour limites : au nord, la Chine ; à l'ouest, la Birmanie dont il est séparé par le Mékong; puis une ligne conventionnelle avec le Siam; au sud, au sud-est et à Test il est entouré par la mer.

11 se compose presque exclusivement des bassins de deux fleuves : Le Song-Koï, ou fleuve Rouge qui, sauf quelques petites circonscriptions sur la frontière du nord-est, contient tout le Tonkin dont il a formé le Delta ; le Mékong dont les vallées de la rive droite appartiennent encore partiellement à la Birmanie et au Siam, mais dont le Delta forme le Cambodge et les deux tiers de la Cochinchine.

Mais le trait caractéristique, le caractère dominant de ce pays c'est la longue chaîne de montagnes qui, se détachant des hauteurs du Yunnan vers le 25^ de latitude, forme une S immense dont la courbe supérieure circonscrit le Tonkin, dont la courbe inférieure enferme la Cochinchine, dont enfin l'arête médiane resserre entre ses pentes abruptes et la mer la partie habitée de TAnnam.

Cette chaîne de montagnes est la cause naturelle la plus puissante qui ait agi sur ce pays.

Elle a contribué même à en former le sol par rapport puissant des fleuves. Le Tonkin, la Cochinchine et le Cambodge sont, en grande partie, constitués par les limons descendus de ces montagnes. Et les contours des massifs et des plateaux expliquent clairement la composition ethnique des populations, leurs origines, leurs déplacements. Elles expliquent non moins clairement la répartition du peuplement, la densité des populations dans les vallées basses et les plaines à Tembouchure des fleuves, la rareté, l'absence même des habitants dans les hautes vallées et sur les plateaux. Les rivières unissent et les montagnes séparent. Si le Tonkin et la Cochinchine sont peuplés, c'est grâce aux facilités des fleuves ; si le Laos et les hauts plateaux de TAnnam sont presque déserts, c'est grâce aux difficultés de la montagne,

Issu de l'énorme massif du Thibet, le massif du Yunnan dont l'altitude moyenne est à 1.500 mètres se prolonge vers l'Est en un chaînon de médiocre importance qui sépare le bassin du fleuve Rouge, au sud, du bassin de la rivière de Canton au nord; puis, la chaîne principale de rindo-Chine, formant un cercle dont la conca-

vite se tourne vers Touest, se dirige au sud-est et vient vers le 19** se rapprocher de la mer à moins de 80 kilomètres. Là se rencontre un point d'inflexion et, sur une ligne presque droite, le faîte des monts court parallèlement à la mer jusqu'au 16**, à la hauteur de Tourane où se rencontre un autre point d'inflexion, à partir duquel la chaîne décrit, du 16® au 8® degré un autre demi-cercle dont la convexité fait face à la mer de Chine.

Sur son versant occidental cette chaîne se couronne de vastes plateaux boisés ou rocheux, à peine habités. De longs chaînons enchevêtrés descendent, formant des vallées secondaires, vers le Mékong. Des massifs d'un large contour marquent rabaissement des plateaux et donnent naissance à des cours d'eau relativement considérables et d'un cours assez long. Le versant oriental, au contraire, abrupt et entaillé de profondes déchirures, ne donne naissance qu'à des torrents que gonfle l'orage que dessèche le soleil. La « bande orientale » qui constitue l'Annam proprement dit n'est formée que des cônes de déjections de ces torrents et des plaines marécageuses où les eaux stagnantes sont retenues par

le cordon des dunes littorales, des sables poussés par le vent et remués par la mer. Cette bande étroite de littoral qui, par endroits n'a pas 20 kilomètres de large et ces plateaux d'une étendue relativement considérable, forment TAnnam proprement dit. Au nord, le fleuve Rouge et son delta, c'est-à-dire le Tonkin; au sud, le delta du Mékong, c'est-à-dire la Cochinchine et le Cambodge; à Touest, l'immensité du Mékong,. c'est-à-dire le Laos.

Du côté du nord-est, le peu de hauteur des montagnes rend le passage facile de Chine au Tonkin. A l'est, par le littoral, les communications sont quotidiennes. On comprend aisément que la partie orientale de l'Indo-Chine a une population d'origine chinoise. A l'ouest, au contraire, c'est avec l'Inde que les communications ont pu s'établir. Des vallées de l'Iraouaddy et du Ménam, le passage est relativement facile dans celle du Mékong. En tout cas, par le littoral, la voie est ouverte ; et il est aisé de comprendre que le peuplement de l'Indo-Chine occidentale se soit fait par l'immigration de races brahmaniques. Mais si les populations se sont groupées et condensées sur les points aisé-

ment praticables du littoral ou de la plaine, elles sont demeurées rares et clairsemées dans les vallées hautes où Ton n'arrivait qu'en traversant des régions difficiles. Les deltas sont d'une extraordinaire densité ; les hauts plateaux et les hautes vallées sont presque déserts et la population s'y trouve mêlée, les fugitifs des pays voisins étant à peu près les seuls immigrants.

Sur la côte méridionale, des populations d'origine malaise ont été sans aucun doute les premiers habitants. Remontant vers le nord, le long de la presqu'île de Malacca, même arrivant par la mer, elles ont occupé le rivage. Plus tard, refoulés vers Tintérieur par les envahisseurs de race mongole venus du nord-est, par les envahisseurs de race brahmanique venus du nordouest, ces premiers occupants ont formé des peuplades sauvages auxquelles ont été donnés les noms les plus divers : Mois en Gochinchine, Muongs, Thôs, Mieus au Tonkin, Bahhars ou- Bolovens sur les plateaux de TAnnam, Lao, Thaïs, Khas, Youns, Méos, Hos au Laos. Toutes ces émigrations, en général, sont antérieures aux temps dont l'histoire a gardé le souvenir.

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Les dispersions et les mélanges sont tels qu*on ne peut présumer les origines que d'après les caractères ethniques les plus généraux. 11 est hors de doute, par exemple, que les Mois sont de race malaise, que les Cambodgiens Khmers jsont d'origine aryenne et brahmanique et les Laotiens de source aryenne fortement métissée de race mongole. Les Muongs du Tonkin, qui forment presque une nationalité sont venus probablement du Laos, et les Thôs se rapprochent davantage du type mongol. Mais toute précision plus complète serait téméraire et il convient de rester dans l'hypothèse.

Caractères géologiques

Les montagnes dont le relief a exercé sur le peuplement de Tlndo-Chine une si grande influence n'ont été reconnues géologiquement que dans leur ensemble.

Leur ossature est, à peu près partout granitique et la couverture schisteuse. L'éruption granitique a disloqué, en les soulevant, les couches du schiste ancien, les a plissées, brisées, obliquement dressées sur les parois latérales

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des montagnes dont le sommet émerge en plateaux de granit.

Sur la couche des schistes anciens et soulevées avec elles, reposaient des couches plus récentes de grès schisteux et de schistes multicolores, riches en sels de fer. Ces schistes forment souvent à eux seuls de petite^ montagnes mamelonnées dont la hauteur ne dépasse guère 3 à 400 mètres.

Ils ont été attribués à la période dévonienne par M. Fuchs qui les a étudiées le premier.

C'est dans ces schistes que se trouvent les minerais de fer à l'état de fer oligiste, d'hématite, de limonite, de fer spathique.

Dans le Nord de Tlndo-Chine, on trouve sur certains points, au-dessus des schistes dévoniens, une formation de calcaires marmoréens. Au nord et au sud du Tonkin, ces calcaires forment des montagnes peu élevées, mais toujours à pic, sur une ou plusieurs faces, souvent dressées en hautes falaises au bord des cours d'eau. C'est par ce calcaire que sont formés les îlots innombrables épars dans les baies de Ha-long et de Fitz-long^ Entre eux les navires

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