‹ L'Indo-ChineChapitre 33 sur 34 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

trouve former tout naturellement une g^rande nation, en possession d^une organisation bienfaisante qui, chaque jour, se complète et marche vers le bien-être matériel et moral d'une civilisation supérieure.

Des sauvages?. . . il n'y en a déjà plus. Tenez ! voici dans cette vitrine des produits, « des articles de commerce », expédiés du Bas-Laos, du pays des Khas et des Bahnars, dont^ en 1880, le docteur Harmand constatait « l'état misérable de sauvagerie primitive ». Voici, provenant des province nord-est du Tonkin, de celles-là même où la piraterie, jusqu'en 1892, avait eu ses plus redoutables repaires, voici des produits précieux : du thé, de la cannelle, du coton. Et nous apprenons que les anciens chefs pirates, désormais ralliés et conquis corps et âme, se sont faits agriculteurs, commerçants, entrepreneurs de travaux publics et marchands de bois.

Quelles preuves plus complètes peut-on désirer de la pacification, de la sécurité matérielle et morale d'un pays?

Une autre impression, non moins profonde, se dégage de cette rapide inspection de l'Exposition indo-chinoise. Il est évident que, désor-

mais unanimement, protectem's et protégés, ont la conviction, la confiance, la certitude absolue que « cela durera ». Jusqu'en 1891, dans tous les esprits subsistait, quoi qu'on fît, cette idée, qu'un moment où l'autre « nous nous en irions ». Une fois déjà, par le traité de Philastre, la chose était arrivée à peu près. Une seconde fois, en 1885, M. le général de Courcy avait proposé l'évacuation du Tonkin. Il était possible qu'un échec, un revers comme celui de Lang-Son, une insurrection réussie, eussent pour conséquence le départ des Français.

Aujourd'hui, cette idée n'est plus dans la pensée de personne. La paix a rendu définitive, inébranlable, plus encore dans l'avenir que dans le présent, la domination française. Ce n'est plus par la force toujours incertaine et précaire des armes, c'est par le bienfait de la paix, de la justice, du travail que cette domination s'est imposée ; et la France a obtenu par la reconnaissance une confiance et une affection bien autrement efficaces et durables que l'obéissance tremblante et révoltée des opprimés devant la force.

La paix et la confiance ont permis, d'autre part, d'entreprendre les grands travaux publics

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qui sont en même temps le signe visible et l'instrument tout puissant des prises de possession définitives. Le jour où elle a consacré 200 millions aux chemins de fer et aux autres entreprises indo-chinoises, la France s'est pour toujours établie dans ce pays et, désormais, il ne peut plus venir à la pensée de personne que jamais elle puisse Tabandonner. Cette certitude absolue, cette confiance inébranlable dans la durée du régime ont immédiatement donné Tessor à l'activité laborieuse du pays. On a pu se permettre les entreprises de longue haleine, les plantations, les industries qui demandent, pour devenir rémunératrices, la garantie de la paisible durée. Dans cet ordre d'idées, vingt batailles gagnées ne font point, tant s'en faut, le même effet qu'un pauvre petit kilomètre de chemin de fer. On se dit qu-'après les batailles gagnées peuvent venir les batailles perdues ; mais après le kilomètre de voie ferrée, on sait que d'autres encore se construiront et que, plus il s'en fera, plus le pays aura de richesse et de bien-être.

Cette rapide prospérité s'attîrme par des signes éclatants. Elle est écrite en chiffres lumineux sur les vitrines du « Pavillon des produits ».

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exposés n'accuse que des différences de nuance dans un type commun. Il est permis, peut-être, de regretter, au point de vue du pittoresque, cette uniformisation. Mais comme elle se fait dans le sens d'une amélioration et d'un progrès notables, il ne s'en faut point affliger outre mesure. C'est l'art civilisé qui attire à lui l'art naïf et maladroit des populations primitives. C'est le type le plus élevé qui modifie et relève le niveau général. L'infériorité des races brahmaniques s'efface par une fusion rapide avec les races boudhiques. L'Annamite, plus ouvert^ plus intelligent — et aussi plus mobile — absorbe les autres populations et, en même temps, une nationalité nouvelle se crée à la place de l'ancienne nationalité annamite : la nationalité indo-chinoise à laquelle la France donne l'unité, la cohésion et, pour ainsi dire, l'âme commune.

Paris, 23 mai 1900..

E. BONHOURE

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