‹ L'Indo-ChineChapitre 32 sur 34 · GÉOGRAPHIE — POPULATIONS · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE — POPULATIONS

En effet, pour ce pauvre paj^s dévasté, pillé, opprimé depuis des siècles, Tintervention française a été non seulement une délivrance, mais un inappréciable bienfait.

En moins de six ans la face du pays a été changée. En 1880, M. le docteur Harmand, dans son ouvrage sur le Laos et les populations sauvar/es de V Indo-Chine^ écrivait que les Khas riverains du Mékong, comme les habitants des vallées transversales, viv'kient misérablement, dans un état de véritable sauvagerie.

Cet état de choses non seulement a duré mais s'est aggravé pendant les dernières années de Toccupatron siamoise. En 1893, Kemmarat était presque désert; Stung-Treng et ses environs n'avaient pas 10.000 habitants. Et, en 1899, la circonscription de Stung-Treng compte 60.000 âmes. Le Bas-Laos a exporté, en 1898, pour près de 350.000 piastres de marchandises diverses, et pour plus d'un million d'animaux : éléphants, buflles, bœufs, etc. Stung-Treng devient une

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ville ; le Mékong est desservi *^^\SP^^^^f^^^^l^^^^ de bateaux à vapeur et il y a sept^Bïïre'aux de postes et télégraphes au Laos.

D'ailleurs ce sentiment de délivrance se traduisit immédiatement. Le roi de Luang-Prabang, dès le 29 septembre, écrivait à M. Lugan, agent français au Laos, non seulement pour affirmer sa soumission, mais pour le prier de demander ■au gouvernement français, qu'il obtînt du gouvernement de Bangkok le renvoi au Laos des <( fils de princes et mandarins, retenus dans les « écoles de Bangkok, pour les renvoyer, si le « gouvernement voulait bien les recevoir dans « les écoles françaises. »

Et depuis que nous occupons le Laos, la tranquillité n'a jamais été t^oublée, la sécurité y est •complète.

Mais le traité du 1®** octobre 1893 ne suffisait pas à nous donner la pleine et paisible possession du Laos. Il fallait encore négocier avec la Chine qui occupait, sinon effectivement^ au moins virtuellement le territoire du Muong-Hou et avec l'Angleterre, qui, au nom de la Birmanie , élevait des prétentions sur le cours du Mékong avec l'arrière-pensée, presque avouée, d'en faire « la route la plus courte » pour arriver en Chine.

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Le Muong-Hou, territoire de 4.500 kilomètres carrés, compris entre le 20® 15' et 22*» 40' de latitude nord et le 99« 12 et 99® 40 de longitude est, se trouve à cheval sur le Nam-Hou, affluent du Mékong, qui, coulant du nord au sud, naît dans les montagnes du Yun-Nan et tombe dans le fleuve un peu au-dessous de Luang-Prabang.

Ce territoire faisait partie des « Douze Muongs » (Muong veut dire : province, circonscription) qui constituaient les Sip song pannas (1.200 rizières) appartenant au royaume de Xieng-Hong, c'est-à-dire à la Chine.

Le Muong-Hou payait au Xieng-Hong — dont le « roi » n'est pas reconnu roi par la Chine mais seulement comme « mandarin de rang supérieur » — un tribut de 300 taëls — à peu près 10.300 francs. — Il a une population d'environ 8.000 habitants.

Les Dégociations avec l'Angleterre furent plus longues, j On discuta viYemcyat la création d'un « Etat tampon » entre les possessions des deux puissances. Enfin aboutit l'accord du 15* janvier 1896 qui donnait le Mékong pour limite à la Birmanie et au Laos, ç 'est-à-dire restituait au Laos sur la rive gauch«t^ le Muong-Sing,

occupé jusqu'alors par des forces anglaises, cédait à l'influence française « la zone entre Mékong et Ménam » et ratifiait le traité siamois del893.

Au-dessous des deux Muongs, le royaume de Luang-Prabang forme la plus grande partie du Haut-Laos. Ce royaume était « à cheval sur le Mékong. )) Il ne paraît pas, cependant^ que les rois de Luang-Prabang aient repris possession de toute la partie de leurs Etats qui se trouvait sur la rive droite. Ce qui leur en reste n'a pas la superficie qui devrait lui appartenir ; ce territoire est administré par le second roi. Le « vieux roi » gouverné la rive gauche, bien autrement grande et peuplée. Et, en thèse générale, on peut dire que la France a mis une certaine négligence à profiter des avantages qui lui ont été concédés. Il y aura lieu de régler, un jour ou l'autre, certaines questions indécises ou litigieuses qui subsistent encore entre le Siam et rindo-Chine à ce sujet. D'autant que nous comprtons dans les territoires deXieng-May, Lakhone, Lampoun, Phré et Nan environ 13.000 protégés français et que, d'autre part, le consul français de Lakhone a dû abandonner son poste par suite des .mauvais procédés des Siamois.

Le pays des Hua-Phans-Tang-Hoc, à Test de Luang-Prabang, est voisin de TAnnam. Bien qu'il soit admis que la ligne faîtière des montagnes sépare le Laos de l'Annam, le pays des Hua-Phans est à cheval sur la crête des plateaux et les rivières qui le traversent appartiennent au bassin de la rivière Noire ou du Song Ma.

Jusqu'à ce jour le Haut-Laos nous était assez mal connu. Doudartde Lagrée — après Mouhot: — et Francis Garnier en avaient été les premiers explorateurs qui en eussent rapporté des renseignements scientifiques. Les missions de M. Pavie avaient complété ces « reconnaissances ». Mais bien des régions demeuraient inexplorées.

Aujourd'hui Torganisation, encore rudimentaire, mais efficace déjà, qu'a reçue le Laos nous a permis de préciser les notions sommaires qu'on avait sur les races, les populations, les productions du pays.

Le Laos, de temps immémorial, périodiquement envahi ne pouvait manquer d'avoir une population très mélangée. Il est difficile de dire avec certitude quelles étaient les races autochtones qui ont servi de subsiratuni à toutes les couches d'envahisseurs étrangers. Les Thaïs, ou

Thays^ et les Lus se prétendent aborigènes ; et il est probable, en efTet, que ce sont sinon les « fils de la terre » mais au moins les occupants les plus anciens dont on ait trouvé la trace. Les Thays et les Lus sont probablement d'origine mongolique ; mais le type mongol a été, chez eux, modifié par des mélanges de sang aryen.

Leur langue, quoiqu'elle contienne des mots^ chinois, se rapproche des dialectes parlés en Annam et au Siam. Leur écriture est phonétique, leurs pratiques religieuses rappellent assez celles de rinde boudhique. Les Lus^ cependant, quoique tendant à se confondre avec les Laotiens, participent davantage du type chinois. Les Thays du territoire de Luang-Prabang . — [Phou- Thais) — sont dits : Thays noirs parce qu'ils ont le teint beaucoup plus foncé que les habitants de Lai-Chaii, appelés Thais blancs. Il est à supposer que les premiers sont plus fortement mâtinés de chinois et les seconds d'annamite.

Parmi les Thays laotiens — Lao — on distingue les Youns établis sur la rive droite du Mékong, àXieng-Mai, Muong Nam, etc. On les appelle « Laotiens à ventre noir ^)[Lao-phoung dam) parce qu'ils se tatouent le ventre, tandis

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que les Phou-Tha vs de la rive gauche se tatouent les cuisses et le haut des jambes et sont appelés Lao-phouTi'j'khso. Laotiens à ventre blanc. Les Kh'js^ Me'h'js, Yaos^ habitants des montagnes, cultivateurs de maïs et de pavot, sont d'origine chinoise : les H'js sont des Chinois récemment venus et restés dans le pays.

Dans le Bas-Laos, et aussi dans une partie du Haut-Laos, se rencontre une population assez nombreuse de Khas. Bien que les légendes laotiennes prétendent que les Laotiens et les Khas sont sortis « de la même citrouille »

— Xam-tao-phoum ' — il est certain que les Khas sont d'oriîxine Khmer avec un certain mélanire d'Annamite et de Malais. Ce sont les restes des peuples Khmer repoussés du Cambodge au moment — an té-historique — où périt la puissance des Khmers. Réfugiés dans les montagnes ou dans les forêts qui bordent le Mékong, ils ont dû nécessairement se trouver en contact avec les Malais repoussés du littoral. Ils ont également reçu les fugitifs de l'Annam et même du Siam.

Toutes ces peuplades, d'ailleurs, éparpillées sur des surfaces immenses, ont modiCé, selon

les conditions de leur existence, leurs mœurs et même leurs traits secondaires. Il est facile de constater des différences notables entre des tribus qui cependant appartiennent à la même origine.

Tous ces petits peuples pratiquent un boudhisme assez mal défini et mélangé de superstitions étranges. Les bonzes sont partout très respectés ; ils sont vêtus de jaune et portent un jupon et une draperie rejetée sur l'épaule. Ils sont en même temps maîtres d'école. C'est généralement parmi les bonzes que se recrutent les « phia » ou chefs Laotiens.

Comme en Chine — comme dans presque tous les pays non civilisés — les éclipses de soleil ou de lune sont pour les populations un objet d'épouvante. Elles s'expliquent par l'intervention d'un « Kop » — tigre — du ciel qui « dévore » l'astre et qu'on met en fuite à force de bruit. En somme, comme dans tous les pays boudhistes, la religion se réduit à peu près à un culte pieux des. ancêtres et aux principes de la morale.

Les peuples du Laos sont doux et timides de caractère et ce n'est pas sans un sourire qu'on peut évoquer le souvenir des légendes terrifiantes

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répandues en 1893 sur le compte des « farouches montagnards » du Laos contre lesquels il fallait envoyer des forces considérables si on ne voulait pas s'exposer à des désastres certains. A ce moment, si l'on eût écouté les conseils de certains journaux, c'est toute une armée qu'on aurait mise on route pour Stung-Treng et Luang-Prabang où deux compagnies suffirent. Le Laotien, paisible, indolent et apathique, s'émeut difficilement. La race, accoutumée depuis des siècles à être foulée, opprimée, pillée et battue, ne sait pas se révolter. Mais elle sait apprécier la paix et la justice et c'est pourquoi, n'ayant jamais employé la force contre ces populations, nous pouvons compter sur leur affection et leur fidélité.

Les Laotiens sont en général de taille élevée et robustes. Ils ont les traits assez réguliers, une physionomie ouverte. Ils sont très sobres et se nourrissent presque exclusivement de riz gluant, cuit à la vapeur d'eau, qu'ils accompagnent de poisson salé ou de piments. Ils boivent de l'eau pure, bien que le thé soit cultivé dans le Muong-hou. Le vêtement des hommes se rapproche beaucoup du costume annamite : un

large pantalon et une veste. L'homme porte leis cheveux en brosse.

Les femmes portent une jupe qui descend jusqu'à la cheville et monte jusque sous les bras recouvrant les seins. Une veste très courte et une écharpe jetée sur l'épaule complètent le costume. Les femmes mariées font de leurs cheveux un chignon. Les jeunes filles les laissent tomber

dans le dos, attachés avec un ruban. Leurs bijoux, bracelets, colliers, épingles à cheveux,

etc., sont en argent.

Le Laotien est commerçant par nature. Les Khas sont plutôt cultivateurs. Il y a un marché permanent à Luang-Prabang et les échanges y sont très actifs. On calcule qu'à certains jours ces marchés attirent 5 à 6.000 personnes.

Les Khas répandus entre le Mékong et les montagnes d'Annam sont les moins civilisés.

Très indolents, très superstitieux et, d'ailleurs, n'ayant que peu de besoins, ils ne travaillent que le moins possible. Ceux qui habitent dans les environs des rivières aurifères s'établissent pendant une quinzaine de jours sur le bord des sables et lorsqu'ils ont ramassé une quantité d'or suffisante pour payer l'impôt — 5 fr. par

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tête — et pour acheter quelques buffles, ils abandonnent le travail. Il n'est pas possible de compter sur la main-d'œuvre des Khas pour exploiter les gisements aurifères. Quand on leur offre du travail, ils ont toujours la même excuse à donner : « les phis — esprits ou génies — ne veulent pas » ; ou bien « Toiseau n'a pas bien chanté ». Le chant des oiseaux, en effet, joue un grand rôle dans la vie des Khas. C'est le chant des oiseaux qui indique l'emplacement des villages et des cultures.

Pour leurs cultures, ils pratiquent le système des « raïs » qui consiste à incendier une partie de forêt pour déblayer le terrain. Il en résulte que, déjà sur une grande étendue, ils ont déboisé les plateaux de la région d'Attopeu et des Bolovens. Quand il n'y a plus de forêts à brûler, les tribus émigrent. C'est ainsi que les Bahnars et même les Sédangs, se plaignent d'être envahis par des Khas venus du sud à la recherche de forêts à brûler. Il y a là des précautions à prendre pour éviter l'appauvrissement du pays et la disparition des forêts.

En prenant possession des territoires du Laos, nous avons respecté leur organisation et leurs

autorités indigènes. Dans les Muongs, ce sont des administrateurs « Muongs » qui gouvernent le pays. Dans le pays des Hua-Phans — ou Opans — le pouvoir est confié à quatre mandarins principaux dans chacun des six Hua-Phans — littéralement : mille têtes ^ c'est-à-dire, grand village — canton — qui forment une sorte de conseil et s'occupent tous ensemble de l'administration générale.

Le royaume de Luang-Prabang, comme tous les Etats d'origine Khmer, a deux rois dont le premier seul gouverne. Le « vieux roi » de Luang Prabang, le « châu « (chao) signe dans les pièces officielles : « Chau Sakkarine Tap Ritti Tamroug, roi de Luang Prabang. »

La législation des Laotiens est passablement vague. Toutefois elle pratique volontiers le système de « la composition » qui faisait jadis le fond des coutumes franques et germaines, c'està-dire le rachat des offenses, des fautes et même

des crimes movennant une indemnité tarifée.

Climat. — Le Laos est un pays de montagnes, de plateaux et de vallées. Le climat est donc variable selon les régions. Sur les hauts plateaux il est excessif allant du froid — zéro — à

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Textrême chaleur j- do^ — Mais dans sa

moyenne, il est plus tempéré que le climat du Cambodge et de TAnnam. La saison sèche va de novembre à avril ; c'est la meilleure, la plus saine, la saison des voyages pour les caravanes du Yunnan et du pays des Shans Birmans. De juin à fin octobre, la saison des pluies, commençant par de violents orages, est féconde en bourrasques. Du 1®^ juin aii 30 octobre on a compté de 85 à 88 jours de pluie. C'est la saison où la navigation est active sur le Mékong.

Population, — La population du Laos avait été estimée à près de trois millions d'âmes.

[Annuaire colonial^ 1898, p. 727.) Mais ce chiffre est grandement exagéré. Le Bas-Laos, d après les renseignements officiels, n'a guère que 280.000 habitants. Le royaume de Luang Prabang en a près de 300.000 ; le Muong-Hou, 8.000 ; les Hua-Phans, 33.000 ; le Muong-Sing, de la à 20.000 ; à peu près 360.000 âmes pour le Haut-Laos ; soit de 6 à 700.000 habitants pour tout le pays.

Dans les premiers temps de l'occupation, le Laos fut divisé en deux territoires : Le Haut- Laos, administré par un commandant supérieur

civil, et le Bas-Laos, gouverné par un commandant supérieur militaire.

Actuellement, le Laos dans son entier est administré par un résident supérieur. Le Haut- Laos est divisé en 8 commissariats, le Bas-Laos en a sept. On compte aujourd'hui ces 13 commissariats pour 15 provinces.

Luang-Prabang n'est plus la capitale française du Laos. On a fait choix d'une position plus centrale et d'un accès plus facile. La résidence supérieure est à Savannakek, à l'extrémité du deuxième bief du Mékong qui, de Savannakek à Vien-Tian, est navigable sur une longueur de 500 kilom. Une route est en construction du Mékong à Hué par le col d'Aïlao. Plus tard une ligne ferrée conduira du Mékong à Tourane les produits du Laos.

FAUNE ET FLORE

* La faune du Laos diffère peu de celle du Tonkin et de l'Annam. L'éléphant s'y rencontre en troupeaux. La capture et le dressage de ces animaux est une industrie laotienne. En 1898, le Bas-Laos a vendu au Cambodge et au Siam 330

éléphants. Ceux du Haut-Laos, un peu moins nombreux, se vendent au Siam.

Le tigre, la panthère, l'ours. Tours des palmiers, une grande variété de singes, le cerf, le buffle sauvage, se rencontrent dans les forêts. Tous les oiseaux migrateurs et tous les oiseaux d'eau se rencontrent dans les régions basses. Le paon, le coq des bois, diverses espèces de faisans habitent les clairières et les abords des cultures. Les rats sont nombreux et, en particulier le rat des rizières qui fait de grands dégâts dans les plantations.

Productions. — La flore varie du nord au sud. Celle du Haut-Laos se rapproche de celle de la Chine. Le thé s'y trouve à l'état sauvage, .le mûrier également. Il s'y rencontre des bois de teck, rares dans les autres parties de l'Indo- Chine.

Le coton et le riz sont cultivés sur de plus grandes surfaces au Bas-Laos. Le pavot, au contraire, réussit mal dans la plaine, et sa culture est restreinte à peu près aux montagnes des Hua-Phans.

Le Haut-Laos, plus cultivé cependant que le Bas-Laos, ne produit guère que la quantité de

riz suffisante pour nourrir ses habitants. Il exporte, par la Birmanie, dont les shans fréquentent le marché de Pnom-Penh, du coton, de la cire d'abeille, récoltée abondamment dans les forêts des Hua-Phans, du cardamome, du benjoin et du sel assez impur, extrait par ébullition de divers puits situés dans le Muong-Hou. Mais la difficulté des transports et leur cherté restreignent beaucoup le commerce. De Luang- Prabang à Bangkok, on met 40 jours, et le fret coûte de ISO à 200 piastres la tonne.

Les Hua-Phans, qui sont sur le versant oriental de la montagne, construisent dans la saison des pluies, en décembre, des radeaux sur la rivière de Nam-Ma et Nam-Nam et peuvent ainsi amener leurs marchandises sur les marchés de TAn- ' nam, à Than-Hoa ou Ngê-an. Un des articles

qu'ils achètent le plus fréquemment au retour, ce sont... les parapluies. Les Lus et les Chinois, colporteurs ou caravaniers, qui viennent chaque année dans le Hua-Phans importent surtout de la pacotille allemande : étoffe, toile blanche, miroirs, etc. Ils achètent toute la soie qu'ils trouvent dans le pays, car les Hua-Phans ont des mûriers. Les charrues avec lesquelles ils

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labourent leurs rizières sont en bois, d'une seule pièce et attelées d'un seul buffle.

Le Muong-Hou et le Luang-Prabang ont du coton, du thé médiocre, qui se vend 18 piastres le pi cul, du pavot, de Tortie chinoise, du cardamome, du benjoin, de la cire, des cuirs. Il existe dans le pays une espèce de vigne à Tétat sauvage, mais les raisins n'ont qu'une pulpe grossière. La banane n'y est point comestible. Les oranges et les mangues sont les fruits les plus abondants.

Le Bas-Laos produit surtout du riz, du cardamome, de Tortie de Chine, des peaux et cornes. En 1898 il a exporté 4.675 piculs de cardamome valant 102.850 piastres, '12.469 piculs de paddy valant 4.987 piastres ; 904 piculs d'ortie de Chine d'une valeur de 8.136 piastres ; 601 pirogues au prix de 18.030 piastres (soit 30 fr. la pirogue). On voit que la valeur du cardamome et son abondance en font un produit précieux.

Or le cardamome abonde au Laos.

Les richesses minières du Laos, encore imparfaitement connues, paraissent devoir être considérables.

L'or se rencontre en assez faible quantité dans

le Haut-Laos, dans les régions de Pak-Beng et de Long-Tong. Il est recueilli par lavage à la « battée » dans les sables des rivières. Mais dans le Bas-Laos et principalement dans la région d'Attopeu, les lavages sont fructueux et il existe, dit-on, des filons sur certains points. Ces terrains ont été concédés à la « Société d'études des mines d'or d'Attopeu ».

On a reconnu dans les Muongs du Nord des gisements de cuivre ; dans la province de Luang Prabang plusieurs gisements d'argent, de plomb et d'antimoine. Mais ils ne sont exploités que pour les besoins locaux. Le prix du pl<Hnb est de 9 piastres le picul, soit fr. 36 le kilog.

Le sel est recueilli dans des puits d'eau salée.

Toutefois une exploitation singulière se rencontre au Mnong-Hou dans un îlot de très faible étendue — deux hectares environ — sur la rivière du Nam-Phak, affluent de droite du Nam-Hou. Le procédé d'extraction est étrange : On étend chaque, soir sur l'îlot une couche de terre meuble rapportée. Le lendemain cette terre est couverte de cristaux de sel. On lave et on évapore.

Le roi de Luang-Prabang avait fait exploiter pour son compte, en 1896, diverses salines.

Mais, faute d'un rendement suffisant, Texploitation a été abandonnée.

Les indigènes exploitent par des procédés fort imparfaits les minerais d'étain d'un gisement situé sur le Nam-Paten, affluent de gauche du Nam-Hin-Boun, lequel est un affluent de gauche du Mékong. Le minerai est extrait d'une couche ou filon qui se trouve à 1 mètre de profondeur. On le pile, h la main, dans un mortier en bois, avec un pilon en bois armé d'une petite calotte de fer ; et les fourneaux où on le fond ne peuvent donner que quatre ou cinq kilos de métal.

,La concession de ces mines ainsi que des gisements de la vallée de Nam-Hin-Boun a été faite, le 9 octobre 1896 au « Syndicat minier du Laos ».

On signale des mines de fer — chez les Sédangs, il en existe qui sont exploitées — des gisements de soufre et des sables à pierres précieuses, rubis, émeraudes, etc. Mais la difficulté des explorations, l'absence de toute main-d'œuvre et les distances ne permettront pas de longtemps la recherche et l'exploitation industrielle des mines du Laos.

L'argent et l'or sont les métaux d'échange les plus usités. L'or se pèse et n'est point à

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l'état de monnaie. L'argent, en barre ou en u galettes », est souvent impur et adultéré d'un alliage de plomb. Le fer à l'état de « piochettes » valant p. 05 — cinq cents — sert aussi de monnaie chez les Khas. On se sert également de barres de cuivre et de lingots de fer. La roupie indienne, au taux de 1 60 et le tical au même taux, sont assez répandus. La monnaie d'Indo-Ghine «st également reçue. On emploie même les cauries, en chapelets de 100. Mille cauries valent 0, 66.

Les poid& et mesures sont les mêmes que ceux du Gambodg^^

liS BUDGET

Le budget du Laos pour 1899 se montait à 692.531 piastres. Mais sur ce chiffre la subvention accordée par Tlndo-Chine est de 535.805 piastres.

En 1897, les recettes réalisées se sont élevées à la somme de 182.283 p. On n'a prévu pour 1899 qu'une recette de 158.686p. 11 y a lieu d'es« pérer que ce chiffre sera largement dépassé.

Bien que Luang-Prabang ne soit plus la capitale du Laos, c'en est encore la ville principale.

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Assise au pied d'une colline nommée Kham- Khas et sur laquelle subsistent les ruines d'anciennes fortifications, la ville consiste en une grande rue qui longe le fleuve et que coupent quelques ruelles. Sur la colline s'étagent quelques pagodes et, extérieurement à la ville le « palais » du roi, composé d'un certain nombre de bâtiments en bois d'un confortable douteux. Le palais, entouré de palissades, touche à la paroi de la colline et par un escalier de plusieurs centaines de marches, communique avec la « pyramide sacrée » qui surmonte le sommet.

La ville est un marché perpétuel. Les boutiques se touchent tout le long de la grande rue. Sur le fleuve c'est un mouvement continu de bateaux et de pirogues. La population est d'environ 10.000 habitants; mais on peut compter de S à 6.000 âmes de population flottante aux jours de grand marché.

Lorsque la navigation du Mékong aura été suffisamment améliorée pour que la marchandise puisse arriver, sans rompre charge, jusqu'à Khône, le marché de Luang-Prabang prendra, certainement, une importance bien plus considérable.

La France a fait récemment, à proximité du Tonkin, une acquisition importante par ellemême, mais plus précieuse encore par les conditions accessoires contenues dans le contrat qui nous l'a donnée.

Par une convention signée le 10 avril 1898, la Chine a donné à bail à la France pour 99 ans, la baie de Kouang-Tchéou-Wan. La même convention contenait la concession du chemin de fer de Laokay à Yunnan Sen, et confiait à la France l'organisation et la direction du service des postes en Chine. De plus la Chine s'interdisait d'aliéner sans l'assentiment de la France aucun territoire dans les provinces limitrophes du Tonkin (Yunnan, Kouang-Si, Kouang-Tong) et dans l'île de Haï-Nan. Les difficultés suscitées par les mandarins locaux au moment de notre prise de

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pr>ssession et l'assassinat de deux officiers de marine, les enseîgrnes Gourlaouen et Koun, tués par des réguliers chinois au cours d'ime reconnaissance, ont motivé d'autres revendications de la part de la France qui a demandé et obtenu la concession in gloho des mines du Leï-Tchéou, du Kao-Tchéou et du Lien-Tchéou. Les gisements houillère reconnus déjà dans le Leï- Tchéou donnent à cette concession une valeur considérable. Enfm^ la France aura le droit de construire un chemin de fer d^un point quelconque de notre nouvelle possession à Ompon, c'est-à-dire à la baie d'Ompon qui est une sorte de port naturel sur la côte ouest de la presqu'île de Leï-Tcheou. Ce chemin de fer traverserait Tisthme qui relie la presqu'île au continent. La France aura seule le droit de construire à Ompon des appartements, des magasins, une garde, etc. Les navires de guerre français et les chinois — en temps de paix seulement — pourront seuls stationner dans la rade d'Ompon.

La baie de Kouang-Tchéou-Wan est située par 21** de latitude nord et 108® de longitude est (méridien de Paris). Elle constitue Testuaire de la rivière de Ma-Tshe. Elle est fermée et abri-

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tée par deux grandes îles : Tîle des Aigrettes, au nord, séparée du Kao-Tcheou-Fou par le canal des Aigrettes, qui est un chenal navigable à tous navires, d'une longueur de 15 kilom.

Sur une longueur variant de 2 à 5 kilom. L'île des Aigrettes a environ 12 kilom,* de long sur 8 de large en moyenne ; au sud, l'île de Tong-Haï — ou Than-Haï — qui forme un carré long, prolongé en pointe à ses quatre extrémités et poussant au nord une pointe allongée en son milieu. Plusieurs petites îles se rencontrent dans l'espèce de mer intérieure que ferment l'île des Aigrettes et Tîle de Tong-Haï. Cette baie communique avec la mer par un détroit d'environ quatre kilomètres de large entre les deux îles et deux fortes collines dominent les bords du détroit : la colline verte sur Tîle des Aigrettes, la colline rouge sur Tong-Haï. Une autre passe, longue et étroite, sépare Tong-Haï de la presqu'île de Leï-Tcheou. Il ja donc là une immense rade d'environ 30 kilom. de long sur une dizaine dé kilom. de large, parfaitement abritée, naturellement défendue et servant d'estuaire à une rivière dans laquelle les plus forts navires de guerre peuvent remonter jusqu'à plus de 20 kil.

La baie n'a nulle part moins de cinq brasses et demie de profondeur. Au sud de Tong-Haï se trouve une île plus petite, Nao-Tchéou accompagnée d'un îlot appelé le Fer-à-Cheval. L'îlede Nao-Tchéou est défendue par plusieurs forts sur sa côte ouest.

La délimination signée le 15 novembre 1899 nous donne dans le Kao-Tcheou-Fou, un territoire de 18 kilom. de long sur 10 de large; à l'Est la limite passe par le milieu de la rivière de Mui-lon. Un certain nombre de petites îles en dépendent. A TOuest, ce territoire constitue la rive gauche du Matshé. Dans le Leï-Tchéou la concession s'étend sur un territoire de 25 kilom. de long sur 15 de large. La limite passe par les villes ou villages de Tché-Kam, Té-Moun, Te-Man — inclus — laissant la ville de Leï- Tcheou-Fou, capitale de la péninsule, k une dizaine de kilomètres au sud. Sur la rive droite de Matshé, à son embouchure, nous avons construit un fort appelé Fort-Bayard.

La population de ce territoire est très dense. On n'en connaît pas encore exactement le chiffre, mais il paraît considérable.

A l'heure actuelle Kouang-Tcheou-Wan est

desservi par les bateaux à vapeur des Correspondances fluviales qui font le voyage de Hong- Kong et, au retour, touchent à Kouang-Tcheou- ^ Wan, à Hoï-Hao, sur la côte nord de Haï-Nan où nous avons pris pied et où nous avons un consulat, et à Pak-Hoï, où nous sommes établis depuis quelques années.

Le commerce de Kouang-Tcheou-Wan est considérable. La région avait déjà des relations très suivies avec Macao et avec Canton par Kong-Moun, sur le Tsi-Kiang, par où passaient les marchandises à destination de Canton. Mais la position exceptionnelle de Kouang-Tcheou- Wan, mieux abritée que Hong-Kong, absolument inattaquable, à proximité de mines de houille qui permettent de créer un grand dépôt de charbon, fait espérer un grand développement. Il est probable que, — si ce n'est déjà fait — les Messageries maritimes feront escale à Kouang-Tcheou-Wan. C'est le premier point de relâche qui se rencontre sur la route directe des paquebots qui vont en Chine et au Japon. Si nous savons tirer parti de la position, Kouang- Tcheou-Wan doit, à bref délai, supplanter Macao et rivaliser avec Hong-Kong.

* Il est déjà question de relier Kouang-Tchéou- Wan au Tsé-Kiang, — rivière de Canton — par chemin de fer. Les Anglais proposent de construire cette ligne, probablement avec Tarrière-pensée de se créer dans cette région des droits et une position qui limiteraient nos progrès et empêcheraient dans l'avenir, toute extension de territoire en notre faveur.

Les conventions nous donnent, pour la sûreté des exploitations minières qui pourraient être entreprises dans les trois territoires de Leï- Tchéou, de Kao-Tchéou et de Lien-Tchéou, un droit de contrôle sur les phu (préfectures) de ces trois circonscriptions.

La possession de Kouang-Tchéou-Wan est une garantie, presque une hypothèque prise pour sauvegarder nos intérêts au cas — assez probable — d'éventualités graves. Nous avons, maintenant, « pris une bonne position ». Nous pouvons attendre.

Mais il n'y aura pas de temps perdu. La prise de possession définitive a eu lieu et Torganisation du nouveau territoire vient d être complétée. Un décret du S janvier 1900 avait placé Kouang- Tchéou-Wan sous l'autorité du Gouverneur

général de Flndo-Chine. Par un arrêté du 27 janvier, le Gouverneur général à fixé Torganisation administrative de la nouvelle province. Elle sera gouvernée par un administrateur civil de rindo-Chine représentant le Gouverneur général tant pour les affaires intérieures que pour les relations avec les autorités chinoises des territoires voisins.

Le territoire sera divisé en trois circonscriptions : la rive gauche de la rivière Mat-Thé, c'est-à-dire la partie détachée du Kao-Tchéou, et rîle des Aigrettes; la rive droite, c'est-à-dire la partie détachée du Leï-Tchéou ; enfin les deux îles de Tong-Haï et de Nao-Chau. Ces trois circonscriptions seront gérées par des administrateurs adjoints.

L'organisation indigène est maintenue.

Gomme dans les pays annamites elle a pour base la commune administrée par le Kong-Hu — conseil des notables — sous la direction executive d'un chef responsable devant les autorités françaises.

- Pour l'administration de la justice l'administrateur-gouverneur exercera les attributions d'un juge de paix à compétence étendue sta-

tuant d'après la procédure et la législation établies en Gochinchine parle décret du 17 mai 1895 et devenues communes à Tlndo-Chine.

Un tribunal mixte, composé de l' administrateurprésident et de deux assesseurs indigènes choisis par lui, connaîtra des affaires indigènes au civil et au criminel. La peine capitale ne pourra être appliquée qu'après approbation du Gouverneur général. Dès qu'un Français, un Européen ou assimilé, sera partie au procès, la juridiction française sera seule compétente.

il sera institué un budget dont les recettes se composeront des impôts, taxes, fermages locaux qui seront établis ultérieurement et dont les ressources seront employées à solder les dépenses des administrations française et indigènes et à faire des travaux publics.

Le Gouverneur général s'est rendu lui-même à Kouang-Tchéou-Wan pour procéder à l'installation de l'administrateur chef du service. Cette installation a eu lieu dans les premiers jours de février.

Il sera fait appel pour le 15 mars, aux Compagnies qui voudront bien faire des offres pour établir une ligne maritime postale de Haïphong

à Kouang-Tchéou-Wan avec un voyage par quinzaine dans les deux sens.

Jusqu'à l'arrivée de nos troupes, les habitants de cette région n'avaient jamais vu d'Européens ; et ils ont manifesté une curiosité mélangée de frayeur en voyant les étrangers que les autorités locales appelaient : « Les diables du soleil couchant. »

L'Indo-Chine aura été pour la France une grande école de colonisation. Nous y avons fait successivement l'épreuve de tous leiS systèmes et de toutes les politiques. En Cochin'chine et au Tqpkin, nous avons pratiqué le régime de la conquête, du militarisme et de l'administration directe. En Annam, nous avons subi tous les inconvénients de Tannexionnisme et du protectorat apparent mais peu loyal et oppressif. Au Cambodge comme en Annam, nous avons, en 1885, employé la force pour imposer nos volontés ; et nous avons pu juger, par les résulats, la valeur de ces procédés. Le Tonkin nous a coûté plus de 200 milions. Il nous a valu deux fois la guerre avec la Chine, guerre sans résultats profitables mais non sans pertes vivement ressenties. Et si, en 1892, le Gouvernement général avait écouté les rapports et suivi le? sugges-

lions de Tautorité militaire, alors que le général Reste annonçait « une invasion chinoise de o à 10.000 réguliers », une troisième guerre eût été déclarée à la Chine, une autre série de déficits eût commencé.

Par contre, dès que, renonçant à considérer la colonisation au point de vue exclusif des intérêts personnels du militaire et du fonctionnaire, nous avons bien voulu tenir compte des populations, respecter leurs lois, leurs habitudes, leurs droits et leur liberté, nous avons immédiatement obtenu la paix, l'obéissance, la fidélité et mâme rattachement des indigènes. Quoi de plus logique et de plus naturel ? Il semble en vérité que cette politique eût dû, dès le premier jour s'imposer d'elle-même et que pas un esprit raisonnable n'ait dû la contester. Cependant, il a fallu vingt ans de combats, de troubles, de déficits, de mécomptes, d'accidents et parfois de désastres pour qu'il fût possible d'éssayet» timidement une politique moins militaire et moins violente. Et si nous avons, en Indo-Chine, établi un régime de paix, de justice et de bonté, nous en sommes encore loin dans nos possessions de l'Afrique centrale où se multipliaient

encore, il y a peu de temps, les expéditions armées.

Notre ignorance presque absolue des choses coloniales, notre orgueil et notre chauvinisme national sont pour beaucoup dans cette déplorable conduite. Pour l'immense majorité du public français, et il n'en faut même pas excepter la plupart de nos hommes politiques, tous les indigènes de nos possessions coloniales sont des sauvages, encore plongés dans les ténèbres intellectuelles, vivant à l'état de barbarie, incapables de toute civilisation. Ce sont des « races inférieures » auxquelles il est impossible de rien apprendre, et qu'il faut gouverner par la force, faute de pouvoir les gouverner par la raison. Et, convaincus non pas seulement de notre supériorité mais de notre infaillibilité de civilisés, nous brusquons sans les comprendre ces pauvres gens, sous prétexte de leur apporter « les bienfaits de la civilisation. »

Brutalisés et opprimés, ces malheureux se défendent et nous les rendons responsables d'hostilités qui sont notre œuvre. L'Afrique, sur ce point, nous offre un témoignage impossible à récuser : Les premiers explorateurs qui, seuls et

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sans armes, se sont aventurés dan§ les pays vraiment sauvages, ont trouvé partout un accueil pacifique et souvent hospitalier. Ce n'est que dans les pays relativement policés, chez les musulmans qui, déjà, par un certain contact avec les nations européennes étaient devenus hostiles à leur pénétration, que les sultans et les almamys ont molesté, attaqué et parfois masi^acré les voyageurs. Mais aujourd'hui, par toute TAfrique centrale, Tétatde guerre est permanent et les explorateurs n'y marchent que les armes à la main.

Le règne du militarisme colonial n'est pas encore complètement fini. Ce n'est pas en une dizaine d'années que peuvent disparaître sans laisser de traces une organisation, des lois, des mœurs, des habitudes et des préjugés, alors surtout que cette disparition blesse des amourspropres et compromet des intérêts. Jusqu'au 14 mars 1889, les colonies ont appartenu au département de la marine, et cela se comprenait parce qu'à cette époque, les colonies étaient indispensables à la marine. La navigation à voiles exigeait des marins de métier. Pour fournir des matelots à la flotte de guerre, il fallait une

marine marchande qui fît des matelots. Et pour que cette marine marchande pût se créer et prospérer, il fallait des colonies où elle pût porteries produits français, d'où elle rapportât ce qu'on appelait alors les « denrées coloniales ». Tout cela se tenait et s'enchaînait étroitement. C'était la marine de guerre qui s'emparait, aux pays lointains, des points où Ton pouvait s'établir. Quand la flotte avait fait une conquête, il était tout naturel qu un amiral fût chargé de l'organiser et de la gouverner. Et ce gouvernement, le plus souvent, était pacifique, l'action de la marine militaire ne pouvant s'exercer que sur les côtes et dans un très faible rayon vers l'intérieur. De sorte que, la plupart du temps, le gouvernement des amiraux se rapprochait beaucoup d'un gouvernement civil et nous lui devons des colonies qui nous ont été profitables..

Mais depuis que, la surproduction industrielle ayant obligé toutes les nations d'Europe à chercher de nouveaux débouchés, l'expansion coloniale est devenue pour elles une nécessité absolue, les petites colonies, restreintes au littoral, sont devenues insuffisantes. Tous les gouvernements se sont rués à la conquête des « vastes

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territoires ». Il a fallu substituer à Taction de la flotte celle des troupes de terre. L'infanterie et l'artillerie de marine sont devenues Tinstrument des acquisitions coloniales. Et notre domaine s'étendant sur des espaces immenses, le gouvernement a dû s'émietter, se diviser. Au lieu d'un grand chef, capable et responsable, gouvernant un pays à peu près organisé, il a fallu multiplier les commandements éparpillés sur des centaines de lieues, confier à des officiers de grade inférieur une autorité toujours absolue et que les circonstances forçaient à devenir bientôt despotique, sur des populations qu'ils ne connaissaient pas, qu ils ne comprenaient pas et qu'ils ne pouvaient comprendre.

Dès lors, il était inévitable que toute grande colonie devînt un champ d'exercice et de manœuvre, propice aux actions d'éclat faciles et peu dangereuses, une occasion continuelle de combats et de victoires. La guerre, la petite guerre, constituait désormais l'objectif principal, le seul but important de la politique coloniale, et la colonisation, négoce ou culture, passait au second plan, tenue désormais pour secondaire ou même gênante. C'était l'ayè-

nement dans toutes nos colonies nouvelles de cette domination exclusivement militaire, qui nous a valu en Algérie soixante ans de guerre, d'insurrections, de stagnation coloniale et dont les conséquences fâcheuses pèsent encore si lourdement sur la colonie.

Cette politique militariste a connu ses plus beaux jours précisément à l'époque où les colonies, soustraites au gouvernement direct du département de la marine, passèrent aux mains d'un sous-secrétaire d'état civil. Rue Royale, les officiers de l'infanterie de marine et de l'artillerie se sentaient sous l'autorité d'un chef militaire supérieur en grade et appartenant à une autre arme. Cette autorité cessait d'être aussi absolue dès que le sous-secrétaire d'Etat ne dépendait plus directement d.u ministre de la marine. Devant un civil, l'autorité militaire s'émancipait davantage. Aussi, l'action militaire s'est-elle exercée avec une sorte d'omnipotence pendant cette longue période. Le Soudan et le Tonkin en savent quelque chose. Le budget de la France, de 1884 à 1899, en porte les marques. Qu'on additionne les crédits — extraordinaires et supplémentaires — absorbés par les expédi-

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lions coloniales et on arrivera bien près du milliard.

Le transfert du gouvernement des colonies au ministère du commerce, puis la création (20 mars 189i) du ministère des colonies firent naître un autre danger : celui de la centralisation administrative à outrance et du fonctionnarisme.

Obéissant aux vieilles traditions administratives, à la conception d'une réglementation uniforme et d'une hiérarchie étroitement centralisée, les bureaux, la haute direction, prétendirent gouverner directement les colonies depuis Paris, à leur façon, d'après des lois et des règlements identiques, « comme autant de départements français. » Pendant plusieurs apnées il fut admis que les gouverneurs étaient tout simplement des sous-ordres et que les tenant « au bout du fil » on les dirigeait par le télégraphe. Toutes les affaires coloniales devaient ressortir directement aux bureaux compétents du pavillon de Flore.

On obligeait les colonies à prendre leurs fournitures en France ; on leur imposait, à propos de la moindre affaire des formalités tantôt impossibles, tantôt interminables. Et le nombre des fonctionnaires expédiés de Paris allait toujours

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croissant. C'est l'époque où le Tonkin comptait quinze ou vingts résidents de plus qu'il lî'y avait de résidences, où oii envoyait par vingtaine des instituteurs alors quil n'y avait pas d'écoles, où on expédiait à Madagascar, avant même que le gouverneur y fût arrivé, toute une cour d'appel qui ne possédait pas un seul justiciable.

Cependant le décret du 21 avril 1891 avait proclamé d'autres principes, inauguré une autre politique.

L'autonomie administrative des colonies s'y trouvait établie eji principe et leur personnalité garantie. D'autre part, la subordination expresse de l'autorité militaire au gouvernement civil sanctionnait un changement absolu de politique. C'était pour les colonies la promesse d'un régime de paix et de liberté.

Mais, les intérêts lésés ne se résignant point facilement, les résistances furent vives et, au 29 décembre 1894, la brusque disgrâce de M. de Lanessan remit en cause tout le régime colonial. Il a fallu la persistance énergique de M. Doumer pour obtenir enfin les décrets des 3 juillet, 31 juillet, 8 août 1898, des 13 février, 2 mars 1899 etc. pour assurer définitivement la supré-

matie du pouvoir civil et la décentralisation administrative des colonies.

C'est une ère nouvelle qui s'est ouverte, pour rindo-Chine, tout au moins, en attendant que les autres pays en profitent. Il est admis, désormais, qu'on gouvernera non plus par la force mais par le droit et la justice ; que la civilisation se manifestera par des travaux utiles et non plus par des combats ; qu'elle s'affirmera par la route et par le rail et non plus par la fusillade et les coups de canon ; qu'au lieu de brûler et de détruire on s'occupera de construire et de cultiver.

Il est admis encore — et vraiment il en était temps — que, respectant le droit et la liberté, même chez les « sauvages », l'administration centrale renoncera désormais à ses idées « d'assimilation », n'essaiera plus d'imposer aux populations indigènes ses réglementations uniformes, déjà répudiées même par les départements français.

Les mœurs, les lois, les coutumes, l'organisation intérieure des pays occupés par nous seront désormais respectés et nous les laisserons s'administrer et vivre comme ils l'entendront sous

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notre protection et notre tutelle. Ce que faisaient les Romains il y a tout à Theure deux mille ans, nous avons enfin compris qu'il était utile pour nous aussi de le faire.

Tel est le grand enseignement qui ressort de l'histoire indo-chinoise, surtout dequis les dix dernières années: jusqu'en 1891, la guerre, le trouble, la ruine; depuis 1891 jusqu'à ce jour, la paix, le progrès, la prospérité, la richesse. Ces deux résultats jugent les deux politiques.

J'ignore encore ce que sera l'Exposition indochinoise. Je me souviens fort exactement de ce que fut celle de 1889 ; et j'ai la conviction profonde que celle de 1900 sera une révélation, un témoignage puissant et merveilleux de ce que peut produire dans un pays comme l'Indo-Chine une politique de paix et de liberté.

Pour l'avenir de l'Indo-Chine comme pour celui de toutes nos colonies, il est nécessaire que ces constatations soient faites et que chacun puisse apprendre à connaître avec certitude les besoins, les produits, les richesses de nos possessions coloniales. Pour que le parlement vou* lût bien accorder crédit à l'Indo-Chine et lui permettre de faire appel aux capitaux, il a fallu

que la paix y fût rétablie, que la réputation de ce pays, fâcheuse au début, se fût réhabilitée et que le public français eût appris à le connaître s Il reste encore beaucoup à faire dans cet ordre d'idées. Jusqu'à présent, les capitaux français, prompts à s'engager, même avec la rémunération, bien restreinte, d'un revenu de 3 ^ j ^^ lorsque le gouvernement leur promet garantie, sont d'une timidité, voire même d'une défiance extraordinaire lorsqu'on les sollicite de s'employer dans les entreprises industrielles d'ordre privé. La même épargne, — la petite épargne, surtout^ — qu', dans l'espoir d'un gros revenu, se précipite aveuglément sur certaines valeurs étrangères à grand tapage, s'abstient et se refuse quand on lui demande de se porter sur des entreprises françaises, moins bruyantes, plus modestes, mais plus honnêtes et plus sûres. Bien des millions sont partis sans retour pour le Honduras, l'Argentine, le Portugal, etc., qui, s'ils s'étaient employés dans les colonies françaises, auraient enrichi en même temps la France et les colonies.

Et ce n'est pas seulement la timidité naturelle de capitaux français qu'il faut accuser. Le par-

lement et la presse sont pour beaucoup dans ce discrédit irraisonné des entreprises coloniales. Depuis quinze ans, les passions politiques luttent à coup de calomnies et de dénonciations réciproques. Si bien que le mot « d'affaires » est devenu synonyme de « concussion ))ou de « brigandage » ; et que, pour condamner définitivement une entreprise quelconque, il suffît de dire que c'est « une spéculation ». L'ignorance du public aidant, cela suffît pour couper tout crédit aux entreprises coloniales.

Pour détruire ces tendances et ces préjugés déplorables, il n'est qu'un remède : la lumière. Il faut faire connaître au public français la vérité sur ces pays que leur éloignement lui fait voir à travers tant de fables, de mensonges et d'idées fausses. Avec la vérité viendra la confiance î avec la confiance, le crédit qui engendre la prospérité.

C'est pour aider à cette vulgarisation de l'exacte vérité que j'ai entrepris cette étude. Si peu qu'elle ait de mérite, elle aura du moins celui de l'exactitude et de la bonne foi.

POST-SGRIPTUM

Pendant que s'imprimait ce livre, TExposition indo^chinoise s'est ouverte, apportant à ses affirmations la confirmation la plus éclatante.

L'Exposition de 1889 avait révélé les richesses naturelles de ce pays; celle de 1900 révèle avec une incomparable puissance non seulement sa richesse matérielle, mais surtout sa prospérité morale.

A ce point de vue, la visite, même rapide et sommaire du « Pavillon des produits > , est profondément suggestive. L'origine seule des objets exposés suffît à justifier, on peut même dire, à glorifier le régime politique dont les effets se traduisent par d'aussi merveilleux résultats. Car voilà qu'aujourd'hui, venant de régions jadis inaccessibles, de provinces où régnaient, il y a

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dix ans, la piraterie et la famine, arrivent des produits précieux dont Tabondance et la richesse attestent que, dans ces contrées autrefois ensanglantées et désertes, régnent aujourd'hui la paix, la sécurité, la confiance et le travail. . .

Il est impossible de parcourir cette Exposition sans éprouver une impression réconfortante de calme, de stabilité, sans ressentir la conviction absolue qu'il -s'est fait là non plus une œuvre éphémère et chaque jour compromise, de conquête et d'occupation militaire, mais une œuvre définitive, pacifique et désormais inattaquable : la création d'un grand Etat, on peut même dire la reconstitution d'une nation et d'un pays.

Car ce n'est pas seulement pour le profit particulier de la France que s'est accomplie et définitivement réalisée l'unité de l'Indo-Chine ; c'est surtout pour l'Indo-Chine elle-même qu'en est le bénéfice, pour ces populations autrefois divisées, souvent ennemies; pour ces peuplades éparses, ignoréee presque, débris misérables de nationalités mortes et disparues, retombées à la sauvagerie, vivant péniblement d'une vie purement animale et dont aujourd'hui l'ensemble se

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