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L'OCCUPATION FRANÇAISE

C'est dans l'espace d'une vingtaine d'années, que s'est accomplie cette prise de possession si complète de l'Indo-Chine par la France. Et, dans la façon dont elle s'est réalisée, dans les mécomptes des premiers jours, dans les rapides succès des dernières années, il y a pour tous ceux qui s'intéressent à la politique coloniale de précieux renseignements et une grande leçon.

Depuis longtemps les convoitises européennes visaient l'Indo-Ghine. Les jésuites, en 1610, fondèrent la mission de Cochinchine. Diverses tentatives d'établissements au Siam et au Tonkin furent faites, par Duplessis, en 1681; par Venet, en 1686; par de Forges (avec cinq vaisseaux et un régiment), en 1687; par Dumas, gouverneur des Indes, en 1737; par Pierre Poivre qui, en 1749, conclut avec le roi Vo-Vuong un traité autorisant la fondation d'un comptoir à Tourane. Il n'en était rien résulté. Ce fut le vicaire apostolique de Saigon, Pigneau de Béhaine, qui, le premier, parvint à négocier

avec le roi Gia-Long, auquel il avait donné asile dans un moment critique de la lutte qu'il soutenait contre ses compétiteurs au trône, un traité de quelque importance, le 28 novembre 1787.

Ce traité n'eut pas de suite sérieuse, la Révolution française ayant détourné sur de plus graves sujets l'attention et les forces de la France. Pourtant, quelques officiers français vinrent apporter à Gia-Long leur concours. Ce fut l'un d'eux, le capitaine OUivier, qui fortifia Saigon, Hué, Mytho dont les soldats français devaient, plus tard, prendre d'assaut les forteresses.

Gia-Long avait compris tous les dangers de l'intervention européenne : « Sois reconnaissant aux Français », disait-il à son fils, « mais ne leur permets jamais de mettre le pied dans ton empire. »

L'occasion, cependant, se présenta plus d'une fois. Les démêlés des missionnaires avec les autorités indigènes — et aussi avec les populations — et les massacres qui les accompagnèrent firent paraître souvent le pavillon français sur les côtes indo-chinoises. Enfin, en 1847, les premiers coups de canon furent tirés à Tourane par Rigault de Genouilly, alors capitaine

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de frégate ; et, en 1858, ramiral Rigault de Genouilly prenait Tourane d'abord et ensuite Saigon. L'amiral Page et l'amiral Charner, qui lui succédèrent, manquant des forces nécessaires pour achever la conquête de la Cochinchine, se maintinrent cependant à Saigon. L'amiral Bonard, ayant reçu des renforts, prit Bien-Hoa, Vinh-Long, réprima une insurrection redoutable à Go-Gong, Rach-Gia, Thioc-Nien et signa, le 5 juin 1862, à Hué même, un traité qui nous concédait en pleine propriété les trois provinces méridionales de la Cochinchine.

Les premiers essais d'organisation ne furent pas heureux. L'amiral Bonard, se défiant des fonctionnaires annamites, les remplaça de son mieux par un personnel, choisi parmi les ambitieux qui venaient offrir leurs services et qui, pour la plupart, n'étant point mandarins, manquaient totalement d'autorité. Des désobéissances et des troubles s'ensuivirent. L'amiral La Grandière, mieux inspiré, constitua un corps d'administrateurs dont il organisa le recrutement. Les créatures douteuses de l'amiral Bonard furent écartées, et ce fut aux autorités élues, aux chefs de canton, aux municipalités des villages qu'on demanda leur concours.

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Dès lors, tout devint facile. Les institutions fondamentales du pays — le mandarinat et la commune — étant respectées, les populations se soumirent et se rallièrent. Malgré les tâtonnements, les erreurs, les fautes, — à peu près inévitables d'ailleurs — la prospérité de la Cochinchine s'accrut rapidement et ce fut bientôt la seule colonie française qui pût se suffire à elle-même et qui rendît à la métropole un bénéfice.

Donnant raison aux craintes de Gia-Long, la France, une fois établie à Saigon, ne tarda pas à étendre la main sur le reste de Tlndo-Chine.

Profitant de contestations, pendantes entre la Cochinchine et le Cambodge à propos de leurs frontières respectives, Tamiral La Grandière imposa au Cambodge le protectorat de la France par un traité passé le H août 1863.

Pendant quelques années, la paix se maintint entre la France et TAnnam. La cour de Hué semblait se résigner à abandonner définitivement les provinces du Sud. Mais, en 1872, de nouveaux incidents se produisirent. Un négociant français, M. Jean Dupuis, remontant le fleuve Rouge, parvenait jusqu'au Yun-nan et passait

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avec le maréchal Ma, commandant des forces chinoises, des marchés de fournitures diverses : armes, sel, etc. Il ramena du Yun-nan une cargaison d'étain. Mais les mandarins annamites s'opposèrent à toute tentative de M. Dupuis pour remonter le fleuve avec sa cargaison de sel. Sur la demande de M. Dupuis, Tamiral Dupré, gouverneur de la Gochinchine, envoya au Tonkin un de ses officiers, M. Francis Garnier, pour « faire une enquête ». Avec une poignée d'hommes et quelques renforts que fournit l'expédition de M. Dupuis, Garnier, — Garnier et Dupuis pour mieux dire, — prirent d'assaut la citadelle d'Hanoï. En quelques jours les villes principales du Delta furent occupées. Mais la Chine, qui se prétendait suzeraine de l'Annam, poussait contre les Français non seulement ses propres soldats, mais les bandes de « Pavillons noirs », restes de l'insurrection desTaï-Ping. Et Garnier, assiégé dans Hanoï, fut tué dans une sortie. Alors intervint, à la suite de négociations menées par M. Philastre, le traité du 13 mars 1874 par lequel l'Annam reconnaissait le protectorat de la France et se déclarait indépendant de toute autre puissance. La France, en

échange, abandonnait la possession directe du Tonkin. Il était évident que ce traité nous préparait des difficultés sérieuses avec, la Chine. D'ailleurs TerapereurTu-Duc, que la suzeraineté de la Chine inquiétait beaucoup moins que le protectorat français, écrivait en 1876 à l'empereur de Chine une lettre, rendue publique par le Tsong-li-Yamen, par laquelle il reconnaissait et proclamait la suzeraineté chinoise sur TAnnam. En 1878, des bandes chinoises envahissaient le Tonkin et la Chine prenait possession des provinces du Nord. En 1882, la France prit une décision, envoya le commandant Rivière au Tonkin. La prise d'Hanoï, puis la défaite et la mort de Rivière — le 19 mai 1883 — furent le point de départ de la conquête française. Le 23 août, après avoir bombardé Thuan-An, l'amiral Courbet signait un projet de traité que la France n'a point ratifié. La Chine, officiellement, réclamait ses droits de suzeraineté sur le Tonkin. On lui répondit par la prise de Son-Tay et l'occupation du Delta; et, le 6 juin 1884, un traité fut conclu avec TAnnam qui, reconnaissant le protectorat français, nous accordait le droit de « faire la police » au Tonkin et dans toute l'étendue du royaume d'Annam.

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Ce traité qui, virtuellement, subsiste encore bien que les événements en aient tenu peu de compte, contenait des dispositions qui ont fait commettre aux gouverneurs français du Tonkin une erreur féconde en résultats désastreux. Cette erreur, accréditée presque bflîciellement depuis l'expédition de Dupuis, consistait à con sidérer le Tonkin et TAnnam comme deux pays différents, dont l'un, le Tonkin, pays conquis, était opprimé par TAnnam, pays conquérant. Le rédacteur du traité de 1884, s'inspirant de cette pensée absolument fausse, avait fait au Tonkin et à TAnnam des situations différentes. L' Annam demeurait autonome, en dehors de notre action gouvernementale. L'impôt y était perçu et les fonctionnaires nommés sans notre intervention, par la Cour d' Annam directement.

Le Tonkin, au contraire, passait sous l'administration directe des autorités françaises. L'impôt devait être « centralisé » aux mains des résidents français. Les services publics seraient payés, avec le produit de l'impôt par l'autorité française, et le reliquat — s'il en restait — pourrait être versé à la Cour d'Annam.

Cette erreur, sur laquelle il faut insister, car

elle a pesé lourdement sur la politique française au Tonkin, s'aggravait d'une autre méconnaissance du pays, d'une autre idée non moins fausse et non moins dangereuse qui consistait à croire que les populations tonkinoises, regrettant leur nationalité perdue et conspirant pour le rétablissement de « la famille de leurs anciens rois » — la famille des Lé, disait-on — exécraient les mandarins annamites qui les administraient. Ces deux erreurs conduisaient tout naturellement à une politique de « délivrance du Tonkin », c'est-à-dire à une politique d'annexion et d'administration directe.

C'est cette politique erronée et dangereuse qui, de 1884 à 1891, a dirigé la conduite du gouvernement. On s'était même flatté, tant on méconnaissait le caractère et les traditions annamites, que la Cour de Hué se résignerait aisément à l'abandon de « sa conquête » et consentirait à l'annexion du Tonkin. Puis, allant plus loin, on en vint à préconiser non plus seulement l'annexion, du Tonkin, mais celle de l'Annam lui-même et aussi, accessoirement, celle du Cambodge.

Une pareille politique n'était pas faite pour

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assurer la paix. Elle produisit tout de suite des résultats déplorables : la révolte dans toute r Indo-Chine et la guerre avec le gouvernement de Pékin.

De septembre 1882 au 6 juin 1884, la France avait occupé le Tonkin. Son-Tay, Bac-Ninh, Thaï-Nguyen, Hung-Hoa ; nous étions maîtres du Delta. Mais partout nous avions rencontré avec les combattants annamites les réguliers chinois. Et ce fut le refus des Chinois de presser l'évacuation du Tonkin qui amena la collision de Bac-Lé [Hoa-Hoc) et la guerre avec la Chine.

11 n'est pas nécessaire d'en rappeler tous les incidents : le bombardement de Fou-Tchéou et la destruction de l'escadre chinoise ; l'expédition de Fprmose, les combats livrés de Hanoï à Lang- Son par le général Brière de Lisle et Tinsuccès de Lang-Son qui occasionna la chute du ministère Ferry; enfin la signature du traité de Tien- Tsin, le 9 juin 1885.

La paix faite avec la Chine, la politique d'annexion fut reprise aussitôt. Le 5 juillet 1885, la citadelle de Hué fut occupée par le corps expéditionnaire du général de Courcy.

Se sentant directement menacée, la Cour de

Hué tenta de se défendre. Les régents Thu-Yet et Thu-Ong attaquèrent dans la citadelle même les troupes françaises. L'attaque fut victorieusem3nt repoussée, mais la révolte et Tinsurrection commencèrent dans tout le pays sous rimpulsion de Thu-Yet et du roi Ham-N'ghi qui s'étaient échappés après leur défaite.

Il n'y avait pas à se méprendre sur la politique et sur les projets du général de Courcy. En effet, le 26 juin, neuf jours avant son entrée dans la citadelle de Hué, il demandait au mi~ nistère de la guerre — et c'est là un point à noter — l'autorisation d'un « coup de force ». Le 8 juillet, après la fuite de Thu-Yet et de Ham-N'ghi, les propositions qu'il télégraphiait à Paris étaient formelles : la déchéance de la dynastie^ l'annexion pure et simple de VAnnam, Il considérait, d'ailleurs, déjà, le Tonkin comme virtuellement annexé.

Des proclamations lancées au nom du roi fugitif par Thu-Yet appelèrent le peuple aux arm3s, pour chasser l'étranger, venger les incendies, le massacre des serviteurs du roi, l'expulsion des trente mille indigènes qui vivaient autour du roi, dans la citadelle de Hué.

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L'insurrection fut sérieuse. Il fallut renoncer à la conquête de TAnnara, négocier avec ce qui restait du Co-mat, introniser un nouveau roi, Dong-Khanh, le 19 septembre, traiter, sous la direction de MM. de Champeaux et Sylvestre, avec le régent Thu-Ong qui n'avait pas voulu prendre la fuite avec Thu-Yet. Un projet de convention fut signé le 30 juillet qui, s'il avait été accepté par la France, aurait abouti certainement à une prompte pacification.

Mais les destinées de Tlndo-Chine étaient encore, à ce moment, dans les mains de Tautorité militaire; et M. le général Campenon, ministre de la guerre, télégraphia non seulement son refus d'accepter la convention, mais le texte d'une convention tout autre, élaborée sans avoir été communiquée à la Cour, pas même aux représentants de la France à Hué, convention beaucoup plus dure que le traité de 1884.

La Cour, exaspérée, se soumit en apparence et, sous main, poussa ses sujets à l'insurrection. Les chrétiens recrutés par les missionnaires furent presque partout massacrés. Le général de Courcy constata lui-même que le Tonkin

n'était plus tenable et il en proposa Févacuation. En même temps, il crut intimider les résistances en exilant Thu-Ong qui mourut prisonnier à Poulo-Condore. Devant cet acte souverainement impolitique, M. de Champeaux donna sa démission. Et quelques jours après, épouvanté des difficultés de sa tâche, M. de Courcy demanda son rappel.

Malgré sa haute intelligence, malgré ses intentions bienveillantes à Tendroit des mandarins, Paul Bert, nommé résident général au Tonkin, subit, lui aussi, Terreur officielle et, rêvant l'annexion du Tonkin, puis la conquête de TAnnam, il accentua de son mieux la séparation du Tonkin d'avec TAnnam. On avait réussi à lui faire croire que la reine-mère consentirait volontiers à l'abandon du Tonkin en échange de l'abandon par la î^rance du protectorat de l'Annam. Si bien qu'à la fin de septembre 1886, six semaines avant sa mort, il faisait présenter à la Cour un projet de convention dans ce sens. Or, précisément à la même date, le Co-mat adressait à la Résidence générale une lettre officielle dans laquelle il protestait énergiquement « contre les actes contraires au

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« traité de 1884 commis en Annam et au Tonkin « par les agents français, h On était donc bien loin de s'entendre.

L'anarchie régnait en Annam comme au Tonkin. Ce fut une période de combats, de massacres, d'incendies, d'exécutions sanglantes. Les villages que ne brûlaient pas les révoltés étaient bi-ûlés par les Français. M. Bihourd, après un an de résidence générale, se reconnut impuissant à pacifier le pays. M. Filippini mourut à la peine.

M. Constans, à ce moment, revenait de Pékin où son ambassade avait réussi. A l'escale de Hong-Kong, il trouva une dépêche du gouvernement qui lui offrait non plus la résidence générale du Tonkin — situation trop inférieure pour qu'on pûtla lui proposer — mais le gouvernement général de l'Indo-Chine, conformément à un décret qu'on venait de prendre, le 17 octobre, c'est-à-dire cinq jours avant la mort de M. Filippini et douze jours avant le décret qui nomma M. Constans. Ainsi fut fait le premier pas vers l'unification de l'Indo-Chine. Trop avisé pour suivre une politique violente, M. Constans réussit à atténuer les dangers de la situation. Il ras-

sura la cour de Hué, cessa de poursuivre ouvertement Tannexion du Tonkin, obtint pour les Français le droit de posséder des terres au Tonkin et à Tourane. M. Richaud qui lui succéda le 8 septembre 1888, M. Piquet qui succéda à M. Richaud subirent les conséquences des fautes de leurs devanciers. On continua de couper des têtes et de brûler des villages en Thônneur de la politique annexionniste, à laquelle, cependant, M. Piquet paraissait vouloir renoncer.

Cependant, l'envoi en mission^e M. de Lanessan, — mai 1887 — préparait Tavénement d'une politique nouvelle. Dans ses conversations avec les régents à Hué, M. de Lanessân avait pu se convaincre que, le jour où la cour serait rassurée sur son existence, respectée dans sa dignité et traitée avec les égards qui lui devaientêtre accordés, la pacification serait bientôt faite. Il acquit la conviction que les « pirates » du Tonkin, ceux du Delta, tout au moins, n'étaient que des révoltés, des sujets fidèles du roi défendant leur roi contre l'étranger. Si la cour ne leur prêchait pas ouvertement la rébellion, au moins ne la condamnait-elle pas ; et même, il était à peu près sûr qu'elle l'encourageait. Aussi

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le désordre était-il complet. Malgré les expéditions et les colonnes militaires, la rébellion persistait. Dans les provinces du Nord, les pirates, les Chinois déserteurs, dans les provinces maritimes, les forbans de mer mettaient le pays à sac, et dans le Delta, les villages occupés par les troupes ou simplement soumis à l'autorité française, brûlaient, étaient pillés ou détruits. En même temps, le budget devenait désastreux. D'un côté, les dépenses militaires exigeaient des millions. Et ces millions, employés à détruire, non seulement grossissaient les dépenses, mais supprimaient les recettes. Les villages incendiés, les rizières détruites cessaient de payer l'impôt et même de nourrir le pays. Dans le trésor le déficit, dans le pays la misère et presque la famine, telle fut, de 1889 à 1891, la situation du pays. C'étaient les résultats inévitables des fautes commises.

De retour à Paris, M. de Lanessan parvint à faire comprendre au gouvernement la gravité de ces fautes. Il put convaincre les ministres — et M. de Freycinet le premier — qu'il n'y avait pas en Indo-Chine deux pays distincts, l'Annam et le Tonkin et deux peuples ennemis, mais bien

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une seule nation; la nation annamite, un seul Etat, l'empire d'Annam, et que la politique d'annexion éterniserait les révoltes.

Le décret du 21 avril 1891 qui, nommant M. de Lanessan gouverneur général, lui conféra les pouvoirs les plus étendus, marqua l'ère d'une politique nouvelle. L'unité de Tlndo-Chine date, en réalité, de ce jour-là ; de ce jour-là date la véritable prise de possession de l'Indo-Chine par la France. Et les progrès immenses que, depuis cette date, l'Indo-Chine a réalisés attestent que la (c politique du protectorat loyal », la politique d'unité gouvernementale et d'autonomie administrative était la seule qui pût donner à la puissance protectrice comme à la puissance protégée la paix, la sécurité, la prospérité.

Ce n'est pas, toutefois, sans résistance que cette politique nouvelle a pu être pratiquée. Tout changement heurte des préjugés, blesse des intérêts. Le régime des répressions militaires et des dictatures locales favorisait évidemment l'avancement des officiers et l'indépendance des fonctionnaires locaux, autocrates au petit pied dans leurs circonscriptions. La centralisation administrative qui mettait à la discrétion des

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bureaux du Ministère les nominations à peu près arbitraires de presque tous les fonctionnaires coloniaux, recevait, par le décret du 21 avril, une atteinte telle qu'il était impossible qu'elle ne fût pas cruellement ressentie. Etcependant, malgréla disgrâce de M. de Lanessan et son brusque rappel le 29 décembre 1894, malgré le succès momentané des annexionnistes belliqueux, la politique inaugurée par M. de Lanessan, acceptée ou plutôt subie forcément par M. Rousseau, reprise et complétée par M. Doumer, s'est imposée par sa justesse, par ses résultats et par Tacquiescement absolu des populations indo-chinoises.

L'effet de cette politique fut, d'ailleurs, écla- •tant et immédiat. Après quelques jours d'explications loyalement données, après les premières dispositions prises, la cour de Hué, qui connaissait depuis 1887 les vues de M. de Lanessan, lui donna la preuve de la plus sincère soumission en publiant une proclamation de l'empereur, scellée du sceau impérial — ■ que jusque là les gouverneurs généraux ne connaissaient pas — ordonnant à tous ses sujets de déposer les armes, de rentrer dans l'ordre et d'obéir au gouverneur général: Tous les rebelles aussitôt désar-

mèrent. En moins de trois semaines, le Delta fut pacifié, tant il était vrai qu'il s'agissait d'une insurrection approuvée par la cour et non pas d'un brigandage de pirates. Dans le nord et à Touest, sur la frontière chinoise, la piraterie continuait. Elle était assez intense pour que les autorités militaires fussent, un instant, convaincues que la Chine envahissait le Tonkin avec des troupes régulières. M. de Lanessan divisa ces régions en quatre « territoires militaires », y fit ouvrir des routes, créer des postes fortifiées et la répression de la piraterie put être poursuivie avec succès.

Ce n'est point ici le lieu de faire par le menu l'historique du gouvernement de M. de Lanes-^ san et de ses successeurs. Dans les monographies consacrées à chacune des parties de rindo-Chine, nous en constaterons les actes et les résultats. Mais il était nécessaire de faire bien comprendre l'importance des directions politiques suivies par les pouvoirs qui se sont succédé en Indo-Chine de 1872 à 1899 ; de souligner les conséquences désastreuses de la politique violente, des coups de force et des erreurs annexionnistes ; de souligner, au contraire, les résultats

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heureux obtenus depuis 1891 par la politique de protectorat loyal.

Cette politique dont le point de départ était la subordination du pouvoir militaire au pouvoir civil*, c'est-à-dire la substitution des moyens pacifiques aux procédés violents, eut bientôt démontré sa supériorité par la balance du budget. Depuis qu'il existait un budget au Tonkin, c'est-à-dire depuis le 7 juin 1883, date de la nomination de M. leD**Harmand comme « commissaire général de la République française au Tonkin » le déficit demeurait continu. La métropole avait à peine soldé les dettes d'une année qu'il fallait lui demander 8, 12, 13 millions pour équilibrer l'année suivante. Mais, à partir de 1891, le déficit disparut et le budget de Tlndo- Ghine n a plus connu que les excédents de recettes. Quelques chiffres suffiront à préciser ce changement.

En 1889, le déficit avait atteint le chiffre de 2.392.000 francs, rien que pour l'Annam central.

En 1890, il s'élevait à 1.519.384 piastres, ce qui faisait, la piastre valant à cette époque 4 francs environ, près de 6.100.000 francs. A la fin de 1890, le déficit de Tlndo-Chine arrivait à plus de

12 millions. Le budget de 1892, au contraire, se solda par 358.911 piastres d'excédent. Celui de 1893 que, cependant, on avait grevé de travaux publics considérables, se solda par un excédent de 148.124 piastres; celui de 1894 par 200.000. A rheure actuelle, llndo-Chine possède dans ses caisses une réserve de plus de 5 millions, produits des excédents successifs de ses budgets.

On a fait de la bonne politique ; on a obtenu de bonnes finances.

En même temps, notre domaine s^agrandissait. Pendant qu au Tonkin, dans les territoires raiKlaâceSy nous prenions possession effective du pays en constmissttt des routes, en établissant des postes, les envahiss^asMits des Siamois dans la vallée du Mékong obligèrent la France à intervenir.

De tout temps le Laos, pris entre la Cbine^ l'Annam et le Siam, a été Tobjet d'invasions réitérées. Dès le xv® siècle, la Chine dévastait le pays ; l'Annam en avait fait la conquête et les Siamois, à diverses reprises, avaient occupé Tien-Viane, puis Luang-Prabang. En 1891, ils intronisèrent par la force le fils du premier roi.

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Ils avaient passe le Mékong, occupé Stung-Treng et, sans s'occuper d'autre chose que de lever des contributions, ils poussaient leurs empiétements vers Test. La cour d'Annam protesta, demanda l'intervention de la France. Des mesures furent prises avec prudence et fermeté pour contraindre pacifiquement les Siamois à évacuer la rive gauche du Mékong. Le guet-apens où fut assassiné l'inspecteur Grosgurin obligea le gouvernement à agir vigoureusement. Les canonnières françaises V Inconstant^ et la Comète^ furent envoyées à Bangkok pour appuyer l'ultimatum que M. Pavie, consul de France au Siam, avait remis au roi. L'ultimatum. H'ayanf pas été accepté, lès navires français forcèrent lapasse et vinrent mouiller devant Bangkok, à côté du Lutin qui gardait déjà le consulat de France. Un nouvel ultimatum, plus dur que le premier, fut présenté et accepté. Il contenait les conditions suivantes : 1® occupation par la France de Chantaboun jusqu'à complète évacuation par les Siamois de la rive gauche du Mékong; 2® interdiction au Siam d'entretenir des forces militaires à Battambang et Siem-Réap et d'établir des postés fortifiés à moins de 23 kilomètres de

la rive du Mékong; 3® interdiction d'avoir des bateaux armés sur le Grand lac (Tonlé-Sap).

Ces conditions ont été converties en un traité signé le 1^' octobre 1893. Et comme l'Angleterre, au nom des Etats Birmans, — • et aussi « dans rintérêt du Siam » — élevait des contestations sur la délimitation des frontières, demandant la création d'un « Etat tampon », des négociations furent engagées qui aboutirent à un traité, le 15 janvier 1896. Ce traité reconnaissait à la France la peine possession du Muong-Hou. II neutralisait « le territoire situé au nord du bas- « sin du Ménam entre la frontière anglo- « siamoise, le Mékong et la limite orientale du « bassin du Mé-Ing ». La zone de 25 kilomètres et la neutralisation de Battambang et Siem-Réap étaient également reconnues. Le Laos appartenait désormais à la France. Et ce fut avec un véritable sentiment de joie que les Laotiens accueillirent cette domination nouvelle qui leur assurait la paix, la sécurité, la justice.

L'unité indo-chinoise date du 21 avril 1891.

Les décrets de 1887 avaient établi un gouverneur général, mais non pas un gouvernement.

L'union budgétaire n'était faite que pour les dépenses. Les recettes se composaient uniquement de « subventions » demandées à la métropole et aux différents Etats qu'on laissait subsister en Indo-Chine et dont on confirmait l'existence particulariste en leur demandant une contribution prélevée sur leurs budgets locaux. D'autre part, les attributions et les pouvoirs du gouverneur n'étaient point exactement définis et la direction politique demeurait toujours aux bureaux du ministère. Le décret du 21 avril inaugura toute une organisation nouvelle. Il disait dans son article 1®** :

« Le gouverneur général est le dépositaire « des pouvoirs de la République dans l'Indo- « Chine française. Il a seul le droit de corres- « pondre avec le gouvernement. Il communique

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« avec les départements ministériels sous le « couvert du ministre chargé des colonies, « etc. »

Dans les articles 2 et 3, se trouvent définies les attributions du gouverneur quant au personnel. Le gouverneur a la nomination de tous les fonctionnaires, sauf les chefs de service qui sont nommés par décret sur sa présentation. L'article 4 — le plus essentiel peut-être — mettait l'autorité militaire sous les ordres du gouverneur.

C'était, au point de vue politique, un grand progrès, une révolution bienfaisante. Mais au point de vue matériel, je veux dire financier et économique, la réforme demeurait insuffisante. Avec ce décret, le gouverneur pouvait pacifier le pays, rétablir la sécurité; mais il ne lui était pas possible de travailler efficacement à la prospérité du pays en lui donnant l'outillage économique dont il avait besoin. Le Tonkin, devenu pour les masses populaires un épouvantail, une sorte de « bête noire », avait coûté trop cher — il venait encore d'absorber 13 millions en acquittement de son déficit — pour qu'on pût lui donner de l'argent et pour qu'on osât lui per-

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mettre un emprunt : « Ne nous demandez pas un centime, » avait dit le ministre au gouverneur général. De sorte que, pour faire face aux travaux urgents — le casernement des troupes, la création d'hôpitaux, l'assainissement des villes, etc. — M. de Lanessan dut recourir à des contrats de concession, à des entreprises payées par annuités. Il ne recula pas devant les responsabilités et prit hardiment les initiatives nécessaires. Plus tard ces initiatives lui furent reprochées. Couvert par la régularité de ses actes, il fut, d'autre part, amnistié par le succès. Mais il y avait là une situation précaire pour le gouvernement, une cause d'impuissance et de stagnation.

Cependant, la paix rétablie, le budget équilibré, la confiance revenait et le successeur de M. de Lanessan, bénéficiant de ses efforts, put obtenir l'emprunt de 80 millions nécessaire à l'entreprise des grands travaux publics et notamment des chemins de fer du Tonkin.

Mais le chiffre était insuffisant et à la mort de M. Rousseau — le 10 décembre 1896 — l'œuvre inachevée demeurait en souffrance.

D'autre part, l'organisation administrative et financière de l'Indo-Chine, incomplète et com-

pliquée par la multiplicité des gouvernements locaux, exigeait une prompte modification. Le nouveau gouverneur général, M. Doumer, — nommé le 27 décembre 1896 — après avoir patiemment préparé l'unification de Tlndo-Chine — notamment par la suppression du Kinh-Luoc ou vice-roi qui différenciait le Tonkin de TAnnam — obtint enfin, le 31 juillet 1898, un décret qui, créant un « budget général de Tlndo-Chine », réalisa définitivement Tunité indo-chinoise. Et, à la suite de ce décret, Tlndo-Chine unifiée put obtenir, le 20 décembre 1898, l'autorisation de contracter, pour achever ses travaux publics, un emprunt de 200 millions dont ses finances assuraient, désormais, le remboursement facile.

Parle décret du 31 juillet 1898, Tlndo-Chine devint un Etat fortement constitué, où tous les droits régaliens se trouvaient placés dans la main du gouvernement central, où le budget général réunissait toutes les recettes et toutes les dépenses de souveraineté. Ces dépenses « d'intérêt commun » devaient être « arrêtées par le gouverneur en conseil supérieur de Tlndo- Chine ».

Ce conseil qui, dans une certaine mesure, joue

le rôle d'un parlement colonial — non élu — a été institué par les décrets successifs des 17 octobre et 19 novembre 1887, — au moment où M. Constans fut nommé gouverneur général — réorganisé à plusieurs reprises par les décrets des 7 décembre 1888, 26 août 1889, 3 juillet 1897 et 8 août 1898.

Il se compose, aujourd'hui, des membres suivants :

Le gouverneur général, président ;

Le général commandant en chef les troupes ;

Le contre-amiral commandant en chef la division navale d'Extrême-Orient ;

Le lieutenant-gouverneur de la Gochinchine;

Les résidents supérieurs du Tonkin, de l'Anna m et du Cambodge ;

Un représentant du Laos désigné par le gouverneur général ;

Le directeur du contrôle financier ;

Le chef du service judiciaire en Indo-Chine ;

Le directeur des douanes et régies de l'Indo- Chine ;

Le président du conseil colonial de Cochinchine ;

Les présidents des chambres de commerce de Saigon, Hanoï et Haïphong;

Les présidents des chambres d'agriculture de la Cochinchine et du Tonkin ;

Les présidents des chambres mixtes de commerce et d'agriculture de l'Annam et du Cambodge ;

Deux notables indigènes ;

Le chef de cabinet du gouverneur général, secrétaire^ avec voix délibérative.

• Les membres indigènes sont désignés chaque année par le gouverneur général.

Bien que Saigon soit officiellement la capitale de rindo-Chine, la session du conseil supérieur ne se tient pas obligatoirement à Saigon. Sa tenue est accompagnée de grandes solennités et fêtes officielles. En décembre 1897, il a siégé à Saigon — où vint à cette époque S. M. Than- Thaï, empereur d'Annam qui s'y montra fort disposé à adopter les mœurs européennes. — En septembre 1898, ce fut Hanoï qui reçut le conseil ; et en octobre 1899, la session se tint à Pnom-Penh où se rendirent, à cette occasion, les deux rois du Laos.

Le gouverneur général est également assisté d'un « Conseil de défense de l'Indo-Chine » où siègent, sous sa présidence, le commandant en

chef des troupes, vice-président, le commandant en chef des forces navales, rofiîcier supérieur commandant les troupes sur le territoire où se réunit le conseil, le chef du service administratif, le chef des services de Tartillerie, un chef de bataillon ou d'escadron, secrétaire et le chef de l'administration de la province où siège le conseil. Ce membre, lieutenant-gouverneur ou résident général, « prend rang après le commandant en chef des forces navales ».

Dans cette organisation, « les cinq pays » autrefois distincts et autonomes, même après le décret de 1887, deviennent des provinces, de grands départements, administrés par des préfets qui portent le titre de lieutenant-gouverneur en Cochinchine, de résident supérieur dans les autres pays. Ces fonctionnaires, outre les relations politiques ou diplomatiques avec les souverains des pays de protectorat, ont la charge des budgets locaux et de l'administration provinciale. Depuis le décret du 31 juillet 1898, leur rôle s'est considérablement amoindri; jusqu'alors c'étaient presque des vice-rois ; depuis lors, et surtout depuis l'arrêté du 18 février 1899, ce ne sont plus que des sous-ordres, de rang su-

périeur, il est vrai, mais étroitement subordonnés. Les services généraux en effet, c'est-à-dire les services militaires, les services maritimes, les services judiciaires, la direction dés affaires civiles, les directions du contrôle financier, de l'agriculture et du commerce, des travaux publics, les administrations des douanes et régies, des postes et télégraphes sont placées sous l'autorité directe du gouverneur général. Et s'ils « exercent, auprès des autorités indigènes, les attributions conférées au représentant de la République française par les traités et conventions » s'ils ont une « action directe sur le personnel des services locaux », s'ils préparent le budget local, si, d une façon générale, ils disposent d'un pouvoir quelconque, c'est toujours en sous-ordre et « par délégation permanente du gouverneur général ».

Cette centralisation du pouvoir rendue nécessaire par les tiraillements et les conflits qui, plusieurs fois, s'étaient produits d'une administration à l'autre, entre militaires et civils surtout et parfois entre les résidents supérieurs, a été réalisée par une série de décrets et d'arrêtés organisant les services généraux : 20 janvier

1899, création d'une direction des affaires civiles au gouvernement général ; 2 mars 1899, fixant les attributions du cabinet du gouverneur général; 4 mars 1898, créant une direction de Tagriculture et du commerce; l*'*' mars 1899, organisant cette direction; 9 septembre 1898, organisant le service des travaux publics ; 30 décembre 1898, organisant le service de la douane et des régies; 8 août 1898, organisant le service de la justice. On voit que l'organisation gouvernementale est complète et que, seules, les affaires purement locales demeurent dans la compétence des résidents généraux. Peut-être même cette centralisation est-elle, sur quelques points, un peu excessive, étant données les différences profondes que la diversité des races et des mœurs a établies et maintient entre les divers pays. Mais à la condition qu'on n'exagère pas cette centralisation jusqu'à la rapprocher du pouvoir personnel, l'expérience et la pratique en atténueront certainement les quelques défauts.

Le budget général. — L'organisation financière est, naturellement, calquée sur l'organisation politique. Le décret du 31 juillet 1898 qui

créa le budget général de Tlndo-Chine, porte que « les dépenses d'intérêt commun à l'Indo-Ghine « sont inscrites à un budget général arrêté au « conseil supérieur de l'Indo-Chine, par le gou- « verneur général, et approuvé par décret rendu « en conseil des ministres, sur la proposition du « ministre des colonies. »

(( Le budget général de Tlndo-Chine pourvoit aux dépenses : 1® du gouvernement général et des services qui en dépendent directement ; 2® de Finspection mobile des colonies; 3® de la portion des services militaires mis à la charge de rindo-Chine ; 4® du service de la justice française ; 5® des administrations des douanes et régies et autres contributions indirectes ; 6® des travaux publics et d'intérêt général dont la nomenclature sera arrêtée chaque année par le gouverneur général, en conseil supérieur de Tlndo-Chine, et approuvé par le ministre des colonies; 7° du service des postes et télégraphes.

Pour faire face à ces dépenses, le budget général dispose : des recettes des douanes et régies ; des contributions indirectes et taxes diverses.

Les budgets locaux doivent pourvoir : aux dépenses de trésorerie; aux frais de perception

wm

des impôts directs et assimilés ; aux travaux publics d'intérêt local ; aux dépenses de la colonisation, de linstruction publique, des services médicaux, de la police, de la justice indigène, des services pénitenciaires et, en général, des services locaux.

Toutes les recettes qui n'ont pas été attribuées au budget général appartiennent aux budgets locaux. Disons, en passant, que les pays — comme le Laos — qui n'ont pas de recettes suffisantes pour couvrir leurs dépenses, reçoivent sur le budget général, une subvention « d'équilibre ».

Parmi les recettes des « régies » , il faut compter la ferme de l'opium. Cette ressource adonné lieu à d'assez bruyantes critiques pour mériter une attention spéciale.

Gréé en 1887, par M. Bihourd, le monopole de l'opium fut renouvelé en 1890 par l'administration centrale, moyennant une augmentation du prix de ferme. Mais il avait de tels inconvénients que sa suppression s'imposa, tout au moins au Tonkin où la proximité de la frontière chinoise facilitait la contrebande et produisait la piraterie. En janvier 1893, il fut racheté et con-

verti en régie au Tonkin, conservé comme fermage en Annam central. Dans Tannée qui suivit le rachat, la régie au Tonkin produisit 950.000 piastres, c'est-à-dire un bénéfice de 200.000 piastres sur le prix de l'annuité du rachat.

Les tarifs de douane sont fixés par la loi du H janvier 1892 et le décret du 29 novembre de la même année promulgués en Indo-Chine, le 3 janvier 1893.

Les taxes indirectes portent sur les alcools, le sel, les tabacs, les huileis minérales, les légumes secs, Tarée, les allumettes, enfin la taxe à la sortie des riz. Le produit de ces taxes est évalué pour Texercice 1900 à 13.500.000 piastres — la piastre étant comptée à 2 fr. 40. — Sur cette somme les alcools européens doivent donner 350.000 piastres, les alcools indigènes, 2.500.000, la régie de Topium 6.000.000 de piastres, — ce qui mérite quelque attention, Topiomaniè étant en Extrême-Orient ce qu'est Talcoolisme en Europe. — Les tabacs ne donnent que 150.000 piastres, les sels 2.200.000, la taxe à la sortie des riz 1.800.000.

Les douanes figurent aux recettes pour 5.800.000 piastres.

Le taux des taxes indirectes est relativement assez élevé, surtout sur l'alcool qui paie 2 fr. SO par litre d'alcool pur sans que la perception puisse être inférieure à 1 fr. 75 par litre de liquide. Le tabac paie : en cigares, 1 piastre 50 le kilog ; en cigarettes et tabacs européens, 75 centimes ; en feuilles et en tabacs chinois, 50 centimes. — Les huiles minérales, 4 francs les 100 kilog. Les sels par picul (60 kilog) en gros, 20 centimes ; en détail, 25 centimes.

Le budget général pour l'exercice 1900, tel qu'il a été arrêté en conseil supérieur, à Pnom- Penh, le 20 octobre 1899, s'élevait, savoir :

En recette, à 20.803.000 p.

En dépense, à 20.796.000 p.

Excédent prévu 7.000 p.

Il est à remarquer que la valeur de la piastre continue à baisser. En 1864, elle était de 5 fr. 50. En 1 892, elle était de 4 francs. En 1897, elle était tombée à 2 fr. 70. Au budget de 1900, elle n'est comptée que pour 2 fr. 40

Dans les dépenses figurent : 2.615.739 piastres pour annuité de remboursements de dettes et

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