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CHAPITRE III

Son intervention doit être générale, et, pour ménager l'avenir, savoir prendre parfois contre elle-même les intérêts de la colonisation.

Mais surtout il serait profondément injuste de livrer k une minorité de colons européens le sort dune multitude indigène qui est silencieuse, et qui paye. — D'ici longtemps, la tutelle de l'administration française et de son chef, le Gouverneur général, qui est leur protecteur naturel, devra tenir lieu aux indigènes asiatiques d'un mode plus européen de représentation , qu'ils ne sont point encore aptes k recevoir : les essais qui en ont été hasardés quelquefois n ont pas été assez heureux pour qu on soit tenté de les étendre. Les expériences prématurées de l'amiral Ohier en Gochinchine et de Paul Bert au Tonkin n'ont pas donné les résultats satisfaisants qu'en espéraient leurs auteurs. Aujourd'hui même, les indigènes qui siègent dans les divers conseils, grands ou petits, de l'Indochine, n'ont d'autorité que celles qu'ils tiennent de leurs services, de leurs grades universitaires, ou des intérêts économiques qu'ils représentent. Les autres restent muets et inutiles, ou sont k la merci de la première intrigue. Plus aptes k saisir la forme que le fond , c'est en effet le jeu des combinaisons électorales que leur esprit souple comprend et retient le mieux d'un système politique dont le vrai sens politique leur échappe : ils se contentent d'y apporter leurs séculaires habitudes, et, sous le vêtement d'emprunt des formules européennes, c'est toujours la vieille âme asiatique qui reparaît, et qui demeure. D'ici que cette mentalité sera changée, si elle doit l'être , les véritables représentants de la population indigène continueront d'être ses chefs naturels, à qui la haute culture de l'esprit et l'éclat des services rendus donnent, chez nos protégés annamites notamment, yne grande autorité morale, et que recommande souvent auprès de nous leur loyalisme à notre cause. Il serait tout k fait inexact de croire que ces porte-paroles, que le peuple annamite reconnaît comme ses mandataires, non pas seulement à cause du prestige de

leur rang, mais parce qu'ils sont sortis directement de lui, en s'élevant par les moyens les plus démocratiques, ceux: du talent sanctionné par des examens et des concours, ne savent point prendre la parole. Ils sont au contraire fort écoutés. Il nous souvient ^d'avoir vu fréquemment l'un des plus remarquables d'entre eux, S. Exe. Nguyen-trong- Hiêp, dont nous avons eu le grand regret d'apprendre la mort, survenue pendant la composition de cet ouvrage, se rendre au Gouvernement général à Hanoï pour entretenir le Gouverneur des questions intéressant ses compatriotes. Au Conseil supérieur, dont il était membre, il suivait avec grande attention tous les travaux et se 1 faisait traduire les discussions pendant les séances. C'était d'ailleurs une figure. Comme Régent de la Cour d'Ànnam il avait été notre adversaire. Un voyage en France, dont il avait rapporté un fort curieux poëme, avait forcé son estime et l'avait convaincu de l'inutilité de lutter, avec nous, et du profit que devait retirer son pays de notre protection. Il y était, sinon rallié, correctement résigné tout au moins. Son extrême politesse rendait aisées les relations quotidiennes qu'il entretenait avec la Résidence supérieure du Tonkin et le Gouvernement général, et, dans ks réceptions officielles, au milieu des toilettes et des uniformes qui remplissaient les étroits jsalons de là Concession, des égards respectueux allaient à la réserve de ce vieillard, immobile dans sa belle robe brodée, avec une rare expression de sérénité et de noblesse.

Ces divers, éléments de représentation ont été réunis dans le Conseil supérieur de l'Indochine, qui est son conseil de gouvernement, et dont la composition reflète assez bien la physionomie politique d'une grande possession extérieure. Là se retrouvent, avec le Général commandant supérieur et le Vice-Amiral commandant là force navale des mers d'Orient, qui représentent l'occupation militaire et le maintien de la paix française, Tétat-major des hauts fonctionnaires qui représentent

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