‹ L'IndochineChapitre 39 sur 218 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mais infime de nombre. Cette minorité doit équitablement être réduite encore, au point de vue purement politique, du contingent des fonctionnaires, qui, agents du gouvernement protecteur, n'ont pas qualité pour mettre en question l'exercice de cette protection, et doivent seulement la servir de leur zèle le plus actif, en aidant à préparer et à exécuter les décisions du Gouverneur généial, mais non en usurpant quoi que ce soit des pouvoirs dont il est le seul dépositaire, et dont il est seul responsable vis-à-vis du Gouvernement | de la République. Leurs intérêts de carrière sauvegardés par les décrets, sont encore défendus par eux-mêmes et par leurs chefs hiérarchiques, par la presse, par le député de la Cochinchine et les délégués au Conseil supérieur des colonies, par la vigilance continuellement exercée du Ministre , qui dispose d'une partie des sanctions disciplinaires et contrôle toutes les autres, et laisse encore un recours possible au tribunal suprême du Conseil d'Etat et à l'intervention parlementaire : ils ne sauraient masquer à un Gouverneur général, à moins de rabaisser son gouvernement à une politique de sous-préfecture, les intérêts autrement considérables dont il est l'unique défenseur, et dont dépend, avec le sort d'un grand pays, celui de toute notre œuvre en Extrême-Orient. La vie politique française se trouve donc presque exclusivement concentrée dans la population indépendante des colons, de plus en plus nombreuse tous les jours, qui vient aider à la mise en valeur de l'Indochine en y montant des entreprises. Or, c'est un fait d'expérience à quel point ils sont, pour le moment, indifférents aux questions politiques. La nature même des choses le veut ainsi. Nos discussions métropolitaines ne passent pas les mers, et les grands débats qui départagent indéfiniment l'opinion française n'ont plus de sens, à moins de vouloir à toute force se quereller sur des mots, pour les Français dont le libre épanouissement des' droits d'homme et de citoyen n'est bridé, à des milliers de lieues de la métropole, par aucune entrave. Quiconque

a vécu en Indochine peut témoigner du sang-froid avec lequel nos compatriotes y accueillent la nouvelle que leur porte IVHavas» quotidien des incidents qui passionnent le plus nos crises politiques. Leur attention est retenue par d'autres soins , singulièrement passionnants aussi , à vrai dire , et qui suffisent à accaparer les volontés et les intelligences. Ils ont à lutter contre le climat et contre la terre, à voyager, à risquer des cultures et des industries , à faire l'éducation d une maind'œuvre , à rechercher des débouchés nouveaux , à poursuivre chaque jour l'étude pratique ou scientifique de la nature et des hommes. A ces travaux, ils exposent leur fortune, leur santé et leur avenir : l'avenir de notre possession est lié en grande partie au succès de leurs efforts. Il y a donc là des intérêts de premier ordre, qui doivent être très exactement représentés et défendus. Plus tard, lorsque le pays sera outillé, aménagé et peuplé, on verra sans doute apparaître au sein d'une importante colonie européenne des divergences d'opinion qui restitueront peut-être quelque lointain écho des grandes et libres discussions métropolitaines. Pour le moment, c'est en vain qu'on s'attacherait à les découvrir : l'Indochine travaille et se tait, toute à sa propre formation, qui la fait vivre d'une vie politique restreinte et d'une vie économique intense.

Toutefois il pourrait y avoir inconvénient à confier la direction des affaires et la gestion des finances de notre possession à la seule représentation des intérêts des colons français. Par la force même des choses, et quelle que soit la valeur des hommes, chaque représentation est portée k voir ses intérêts d'abord, et surtout ses intérêts immédiats. Les colons venus en Indochine pour y faire ou y accroître leur fortune peuvent être assez naturellement tentés de subordonner toute autre considération à celle-là, et de désirer une exploitation rapide des richesses du pays. Il a fallu que l'administration intervînt pour protéger contre une exploitation de ce genre les réserves de caoutchouc-

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