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CHAPITRE PREMIER

DÉPENDANCE DE L'INDOCHINE DE SON MILIEU ASIATIQUE. - LA ROUTE DE MER. - LA CONFIGURATION DU SOL. CHAÎNE MEDIANE. VALLEES DU MEKONG ET DU FLEUVE ROUGE. DELTAS. - LE CLIMAT. ALTERNANCE DES MOUSSONS ET DBS SAISONS. LES TYPHONS. LE CRACHIN TONKINOIS. - LES DIVERS ÉLÉMENTS DE LA POPU- LATION. LA RACE ANNAMITE. - LA CONQUÊTE ET L'OCCUPATION FRANÇAISES JUSQU'EN 1902.

Dans les questions de politique extérieure, et de politique asiatique en particulier, lune des causes d'erreur les plus fréquentes provient non pas seulement de ce que les données dont on tire argument sont parfois inexactes, ou incomplètes, mais encore de ce qu'on en fait souvent un usage que la nature des choses n'autorise pas. L'appréciation de la distance, de l'étendue, de la population , des ressources, et des intérêts de tout genre d'une possession coloniale, ne saurait se régler, comme elle l'est dans le langage courant, à la mesure de nos habitudes métropolitaines, de nos tendances, ou de nos souvenirs. C'est ainsi que la comparaison de la superficie de l'Indochine à celle de la France, qui lui est sensiblement inférieure, n'a que la valeur d'un mot, puisqu'il est constant qu'une notable partie du territoire indochinois est occupée par des terrains médiocrement utilisables, et nullement comparables à la généralité de nos terres françaises. Et de même on peut trouver quelque plaisir à dire que l'Indochine est notre Inde, si l'on veut, par là, flatter le regret sentimental que quelques personnes conservent encore de la perte de l'empire de Dupleix, dont il semble bien que le temps aurait pu, à la

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longue, les consoler. Mais cette concession ne doit pas faire perdre un instant de vue que notre Indochine est environ] cinq fois moins étendue et quinze fois moins peuplée que l'Inde anglaise. Les mêmes réserves demeurent applicables à tous les genres d'argument dont il est d'ordinaire fait état, et qui ne valent que dans la mesure où ils sont empruntés à la nature même des choses, c'est-à-dire, quand il s'agit de l'Indochine, à son origine et à son milieu asiatiques.

C'est une vérité banale assurément, utile à rappeler néanmoins, que l'Indochine est étroitement soudée au monde asiatique. Elle en dépend par la géographie et par l'histoire. Elle ne peut pas plus s'affranchir de son passé, ni se soustraire, dans le présent, à, la répercussion des événements qui affectent son voisinage, qu'elle ne saurait se dérober au contre-coup des perturbations atmosphériques qui troublent le ciel à l'entour d'elle. Aussi l'un des plus signalés services qui lui aient été rendus en ces derniers temps est-il peut-être d'avoir établi chez elle à demeure les institutions scientifiques chargées de procéder à l'exploration du sol asiatique et à l'étude des civilisations extrêmeorientales. Il est permis d'espérer en effet que la science ne profitera pas seule des découvertes qui sont déjà escomptées, et que notre politique, sachant que le passé contient en puissance la majeure partie de l'avenir, ira demander compte aux savants des éléments qui ont déter-* miné jusqu'à ce jour l'évolution de l'Indochine, et du sens suivant lequel cette évolution , désormais dirigée par nous , doit normalement se poursuivre.

II ne peut être question ici d'anticiper sur ces recherches, encore moins de refaire ce qui est déjà connu de la géographie et de l'histoire de l'Indochine. Il suffira d'en rappeler les principaux traits pour situer en quelque sorte notre possession vis-à-vis de la France et de l'Asie jusqu'à l'année 1909. On se souvient que l'Indochine fran-

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