CHAPITRE PREMIER
çaise, qui n'est d'ailleurs que la partie orientale de la péninsule indochinoise, occupe, entre le tropique du Cancer et l'Equateur, et autour du 100 e degré de longitude à l'Est de Paris, une remarquable position où vinrent confluer jadis les courants des trois grandes civilisations de l'Inde, de la Chine et de la Malaisie, et qui est encore aujourd'hui avantageusement placée sur la grande route maritime d'Europe en Extrême-Orient. C'est à- peu près exclusivement par la mer, où les paquebots couvrent en trois semaines la distance qui sépare Saïgon de Marseille , que l'Indochine demeure reliée à sa métropole. Les énormes massifs du plateau du Thibet et de ses contreforts maintiennent notre possession isolée de l'Inde et de l'Asie centrale, et la voie de terre par le Nord demeure, dans l'état actuel des communications, difficile, onéreuse, et lointaine. Un certain nombre de voyageurs indochinois prennent, à la vérité, depuis quelque temps, pour regagner la France,' le chemin de fer transsibérien : d'autres lui préfèrent quelquefois le retour par le Japon et l'Amérique. Mais ces diverses voies, pour intéressantes qu'elles soient en elles-mêmes, n'intéressent guère que le tourisme et ne sauraient faire concurrence à la route de mer, qui semble appelée à assurer longtemps encore, surtout au point de vue commercial, les communications les plus pratiques et les plus courtes avec Saïgon et Hanoï.
L'Indochine n'a accès , par cette voie , soit à l'Europe soit à l'Extrême- Orient, qu'en passant par l'un ou l'autre des grands ports — anglais, comme le sont d'ailleurs toutes les escales de la route de France, sauf Djibouti — de Singapore et de Hong-Kong, placés chacun à deux ou trois jours de mer de Saïgon, et qui influencent dans une appréciable mesure le mouvement de la navigation et du commerce indochinois. Aussi bien la nature semble avoir imposé à notre possession une importante vie maritime en lui donnant un développement de côtes très considérable (supérieur d'un sixième environ à l'ensemble des côtes de
à • L'INDOCHINE.
France), bien qu'assez mal partage au point de vue du nombre et de la valeur des ports. L'orientation de cette étendue de littoral n'est pas non plus une indication à négliger, et il peut y avoir intérêt à retenir que, sauf la partie relativement petite qui regarde, à l'Ouest, les eaux siamoises, toute la côte de l'Indochine est dirigée vers l'Est et le Sud, c'est-à-dire vers les jners de la Chine et du Japon , de l'Insulinde et de l'Australasie.
Sur terre , les frontières que les traités ont données à notre possession, frontières presque toutes purement diplomatiques, et ne correspondant guère à de grandes divisions naturelles, la laissent encore plus étroitement dépendante du groupement asiatique avec lequel elle fait corps. Par le Tonkin/que commande le plateau yunnanais, et dont la haute région orientale n'est pas très différente des régions avoisinantes du Kouang-si et du Kouang-tong, l'Indochine est intimement associée au monde chinois. Par sa longue frontière ouverte sur la vallée du Mékong, elle est intéressée de très près à la vie siamoise. Au reste, si elle était tentée d'oublier ce double voisinage, l'obligation où elle se trouve d'exercer une très vigilante police militaire, douanière et sanitaire , pour défendre l'intégrité de son territoire et de son budget contre les maraudeurs chinois, les contrebandiers de partout, et les diverses épidémies qui menacent l'homme ou le bétail, le lui rappelleraient amplement.
La configuration intérieure de l'Indochine, on s'en souvient, est des plujs simples : une chaîne de montagnes d'environ 900 kilomètres, départageant le pays en deux grandes vallées, en constitue essentiellement l'ossature. Cette chaîne annamitique , issue du plateau du Yunnan (ou Yun-nan), qui semble lui-même descendre par gradins successifs jusqu'au delta tonkinois, s'attarde d'abord en plissements multiples et tourmentés dans la région insalubre du haut Laos, puis elle s'infléchit