‹ L'IndochineChapitre 87 sur 218 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sépare; ils se dissipent, comme neige au soleil, à la pénétrante clarté de l'évidence.

La cause de l'unité indochinoise fut gagnée ainsi. Le décret du 3i juillet 1898, qui constitue, avec celui du 21 avril 1891 sur les pouvoirs du Gouverneur général, la charte de notre possession, confie au budget général de l'Indochine le soin de pourvoir aux dépenses des grands services communs à tout le pays : Gouvernement général , participation aux dépenses militaires du budget général de l'Etat, justice française , administration générale , Douanes et Régies , Postes et Télégraphes. Le budget général assure donc d'abord sa propre existence, comme en 1887 : mais ce serait peu pour être utile si son rôle essentiel n'était pas de pourvoir l'Indochine du grand outillage économique qu'elle attend depuis qu'elle est, et que l'isolement des diverses administrations locales avait toujours été impuissant à lui obtenir jusqu'alors. Jamais l'union ne fit plus littéralement la force : l'Indochine n'a commencé d'exister comme Etat que le jour où elle a été unie. C'est de ce jour aussi qu'elle a commencé à compter en Extrême- Orient, et à rendre en bons offices au commerce et à l'industrie française, et à notre pacifique influence, une part des lourds sacrifices qu'elle avait jusqu'alors coûtés à la mère-patrie.

Pour faire face à ces dépenses le budget général a prélevé la meilleure part des recettes. Il s'est réservé , en plus des produits des exploitations industrielles et du domaine, ceux des douanes et des impôts indirects, laissant aux taxes directes le soin d'alimenter les budgets locaux. Sans doute le rendement de ces taxes est moindre , et ce serait déjà une raison de n'en point faire une recette de grand budget ; mais, d'autre part, il est certain que le fonctionnement des impôts directs est particulièrement affecté par les diverses conditions de la vie locale. Nous avons vu que l'assiette, le mode de perception et jus-

qu'à la tarification de la taxe foncière et personnelle varient dune contrée à l'autre de l'Indochine; l'amélioration de la fiscalité y suivra l'amélioration de l'action administrative : elles se trouvent liées ensemble. Il est, de même, peu de contributions d'un caractère plus étroitement local que celle des patentes. On a pu dire enfin que les conditions de la perception des impôts directs, perçus sur rôles établis par les administrateurs locaux, en rendaient le versement plus sensible aux indigènes que celui des impôts de consommation, et qu'il y avait intérêt, par conséquent, à ne pas en affecter le produit à un emploi trop éloigné de leur vue. Cette considération paraît devoir être encore plus vraie pour l'avenir qu'elle ne l'est dans le présent, car, à quelques exceptions près , le sens politique des indigènes ne semble pas , d'une manière générale, encore assez développé pour qu'ils puissent exercer un contrôle de l'emploi des deniers publics au delà de leurs budgets provinciaux. Mais, si la perception des impôts directs peut rester locale, il importe, en revanche, beaucoup que la perception des impôts indirects soit générale , et fortement centralisée. La rentrée des principales recettes du grand budget de l'Indochine ne saurait être à la merci de la bonne volonté des chefs des administrations locales ou des chefs de province. Ils doivent aux agents des contributions indirectes leuc plus zélé concours, mais le personnel percepteur lui-même ne doit pas cesser d'être hors de leur dépendance, et, entièrement à la disposition d'un chef unique, seul responsable, le Directeur général des Douanes et Régies. L'universalité de la consommation rend d'ailleurs logique et naturelle l'unité du service chargé de lui appliquer les taxes.

Les prévisions du budget général de l'Indochine pour l'année 1 902 étaient de 27,142,000 piastres pour les recettes et 27, 12.8,000 piastres pour les dépenses, soit environ 65 millions de francs au taux de

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