CHAPITRE VI
lieu à économie : de toute manière, d'ailleurs, la substitution de la perception européenne à la perception indigène est une économie à la fois pour le trésor et pour le contribuable. Les dépenses militaires prennent 2 6.5 du budget. Les dépenses des travaux publics, y compris les dépenses de chemins de fer et les annuités de remboursement des emprunts contractés pour les travaux, absorbent, avec leurs 9,6 3 6,000 piastres, 35,5 p. 100, soit plus du tiers du budget général {l) .
L'histoire budgétaire de l'Indochine serait intéressante à faire, non seulement parce qu'elle est une transcription plus fidèle de l'histoire politique que les plus fidèles témoignages, mais parce qu'elle comporte un enseignement, en montrant par quelles méthodes la politique extérieure de la France a pu passer de la période où elle justifiait les critiques qui la représentaient comme onéreuse et stérile à celle où, coûtant de moins en moins, elle commence déjà d'être féconde. H faudrait mettre à part le budget de la Gochinchine, qui, longtemps,
(1> A la session de mai 190 s des délégations financières algériennes, M. de Solliers, délégué financier, rapporteur général au nom de la commission des finances chargée d'examiner le projet de budget pour l'exercice 1 903 , donnait, dans un passage qui nous est signalé par l'obligeance de M. Edmond Cleray, la politique financière de l'Indochine en exemple à l'Algérie :
«Si Ton groupe dans ce budget (celui de l'Indochine), dit-il, les dépenses afférentes aux travaux publics et à l'agriculture, on voit qu'elles s'élèvent à 4o p. îoo, alors que les frais d'administration et de justice n'atteignent que îa p. 100, ou 17 p. 100 avec les dépenses des postes et télégraphes. L'an dernier, pour le projet de budget de 190a, nous avions trouvé 37.3 p. 100 pour les dépenses de tra-
vaux publics, des forêts, de la colonisation et de l'agriculture, et 58.5 p. 100 pour les dépenses d'administration et de justice, qui sont ainsi en Algérie quatre fois plus élevées qu'elles ne le sont en Indochine. Encore convient-il de remarquer que l'Algérie ne supporte pas de contingent militaire comme l'Indochine.
Si notre colonie d'Extrême-Orient était sur ce point aussi avantagée que nous le sommes, ce n'est pas Ao p. 100, mais 60 + 20.7 p. 100 ou 61 p. 100 de son budget, près des deux tiers par conséquent, qu'elle consacrerait au développement de la richesse, c'est-à-dire près de trois fois plus que nous, qui n'y consacrons que a 7 p. 100.» M. de Solliers fait toutefois ses réserves sur les frais de perception , qui sont de a i.4 p. 100 en Indochine, alors qu'ils ne sont que de 1 & p. 1 00 en Algérie.
Sfi.
comme les budgets heureux, n'eut pas d'histoire, et versa avec régularite d'importants contingents , tantôt à la métropole, tantôt à ses possessions indochinoises, mais qui commençait pourtant, quand intervint la constitution du budget général , à connaître , lui aussi , le déficit. En Annam-Tonkin, pendant la conquête, le trésor français fit directement emploi des crédits votés par le Parlement, et presque tous ouverts aux budgets de la marine et de la guerre. Le budget local de l'Annam- Tonkin date du 1 er janvier 1887, et, jusqu'au i 6r janvier 1892, il fut alimenté par les impôts de toute nature perçus au Tonkin, une partie seulement de ceux perçus en Annam, les produits des douanes et des postes, — les autres recettes restant la propriété du gouvernement annamite , — le produit de certaines fermes , la subvention de la métropole et le contingent versé directement par la Gochinchine. Le budget local ainsi établi devait payer toutes ses dépenses civiles et militaires. Néanmoins les recettes demeurèrent insuffisantes , et l'administration dut contracter un emprunt de 3, 200, 000 francs à la Banque de l'Indochine. Le Parlement intervint à son tour par deux fois, et liquida, en 1890, par le vote d'un crédit supplémentaire de 1 3 millions 100,000 francs, en 1892, par un crédit de 12 millions la situation obérée du protectorat. A partir de 1892 la métropole encaisse le contingent de la Gochinchine, mais porte à son budget les dépenses militaires et maritimes (c'est le système auquel elle est revenue aujourd'hui). De fait, le budget français décharge ainsi le budget de l' Annam -Tonkin d environ 8 millions de francs de dépenses, ce qui permet à ce budget de s'équilibrer à peu près. Mais cet équilibre était illusoire, et, tandis que les opérations budgétaires étaient en apparence satisfaisantes , un arriéré s'aggravait de plus en plus dans les opérations de trésorerie. L'avance de 10 millions de francs consentie par la métropole devait être portée à i5 millions, et il devenait nécessaire de libérer le protectorat du payement des dé-