CHAPITRE VI
cours indigènes. La part versée jadis au gouvernement annamite sur les impôts indirects perçus par le gouvernement français était du tiers des produits, et, par conséquent variable : les conventions conclues par le dernier Gouverneur général tant en Annam qu'au Cambodge ont remis au protectorat français la perception de tous les impôts et la gestion des budgets, contre versement dune liste civile fixée une fois pour toutes. On imagine difficilement ce que les finances locales ont gagné en régularité à ce changement, et ce qu'ont gagné les contribuables et le pays en emploi utile de leurs ressources. Les dépenses de la cour, de la famille impériale et de l'administration indigène, en Annam, prennent environ la moitié du budget, soit 935,000 piastres, auxquelles il faut ajouter la pension servie au prince Ung-Lich en France. Les dépenses de la cour, de la famille royale, de l'administration et de la justice cambodgiennes absorbent seulement le tiers du budget du Cambodge, soit 695,605 piastres, sur lesquelles la dotation personnelle du Roi Norodom est de 372,000 piastres, et celle du second roi, ou uparâj, de 3 6,0 00 piastres. Il va sans dire que les souverains demeurent entièrement maîtres de leurs dépenses de maison, et que le gouvernement protecteur n'y intervient pas plus qu'il n'intervient, sauf abus notoire, dans les détails de la vie intérieure des palais. Les dépenses des budgets locaux effectuées par l'administration française sont affectées aux travaux publics, à l'agriculture, au commerce, à l'instruction publique, aux services d'assistance et à la police. La solidarité qui doit unir les différents pays de l'Indochine, dépendant à 4m titre égal de la politique française en Extrême-Orient, qui est une, se marquait jadis d'une manière tout artificielle. La Cochinchine, pays riche, se voyait imposer d'office des contingents qui allaient s'engloutir dans les budgets des pays voisins, non seulement sans qu'elle en tirât en retour un profit appréciable, mais même sans qu'elle eût la consolation de voir son aide profiter à des
budgets perpétuellement en déficit* 1 *. Il était naturel qu'elle n' acceptât pas sans quelque humeur cette assistance obligatoire et inefficace. Le Laos a, lui aussi, quelque temps vécu sur les cotisations réparties suivant une proportion ingénieuse, mais "factice, de ses frères aînés en Indochine. La réforme financière de 1898 a rompu avec ces errements, en mettant fin aux discussions d'intérêt qui sont de nature à troubler les familles les plus unies. Le budget général assume le fonctionnement des services et l'exécution des œuvres d'intérêt commun à toute l'Indochine: il n'y a donc plus pour aucun des pays qui la composent ni humiliation ni aumône; mais, en revanche, chacun d'eux a été émancipé, et doit suffire seul à sa vie locale. Le principe fécond de la responsabilité a porté, en finances comme en politique, tous ses fruits. A l'ancienne méthode coloniale , qui consistait à emprisonner les colonies dans un réseau de précautions contre leurs prodigalités possibles, mais à intervenir, en fin de compte, pour réparer les prodigalités une fois faites, on a substitué cette doctrine de liberté, plus digne et plus sûre, que les pouvoirs locaux ne doivent compter que sur eux-mêmes dans la disposition de leurs recettes et de leurs dépenses, et que, si leur gestion a été hasardée, ils en porteront seuls les conséquences et un sauveur du dehors n'interviendra pas. La France n'a plus à intervenir en Indochine, même pour garantir ses emprunts. En Indochine le budget général s'est donné pour principe de ne pas intervenir davantage dans la gestion des budgets locaux, et c'est pour maintenir à ce principe toute sa rigueur que l'ancien arriéré de la Gochinchine avait été laissé à son compte#Gependant cette rigueur ne pouvait être absolue que pour les budgets qui avaient
(,) On a calculé qu'elle avait ainsi verse, de get général, dès sa constitution, a pu débuter
1859 à 1895, une contribution globale d'en- par un chiffre très élevé : il verse 1 1 millions
viron 120 millions de francs, soit une moyenne et demi pour Tannée 190a, et ce contingent
d'environ 3 millions et demi par an. Le bud- ira sans doute en augmentant.