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CONSIDÉRATIONS SUR LES MINES D'OR EN GÉNÉRAL

L'industrie aurifère a pris, dans les dix dernières années du xixe siècle, un développement si rapide et si considérable qu'il est impossible de lui attribuer comme cause une raison d'engouement passager des marchés financiers. Par l'importance des capitaux engagés, par l'intensité des efforts humains déployés, par l'ingéniosité des moyens de recherche et d'extraction du précieux métal, l'ère des mines d'or restera comparable, dans le cycle du développement des grandes industries, à celle des chemins de fer et de la métallurgie de l'acier qui l'ont précédée.

De tout temps les mines d'or ont vivement frappé l'imagination des peuples, et l'histoire des périodes les plus reculées de l'humanité a porté jusqu'à nous le souvenir des prospecteurs fameux et des eldorados successifs avec leurs miroitantes richesses. Môme dans les temps modernes il reste, dans la plupart des esprits, cette croyance enracinée à une sorte de propriété mystérieuse des mines d'or, corrélative à des bénéfices aussi rapides que fabuleux. Il suffit de présenter dans une vitrine quelques belles pépites ou des échantillons de quartz farcis d'or libre — des échantillons « d'actionnaires » — comme disent les gens du métier, pour voir aussitôt accourir la foule, contemplant d'œil avide cette richesse accumulée,

sans que personne ne songe à savoir ce qu'elle a coûté à produire. C'est sur cette observation que se basent les innombrables créations d'affaires aurifères fictives, qui trouvent toujours des actionnaires, malgré les désastres répétés et les avertissements de l'expérience.

Ces abus ont un double inconvénient : ils détournent les capitaux sérieux de ce genre d'affaires, en les englobant toutes dans une môme défiance, et ils les font refluer vers les emplois dits : « de tout repos » par l'intermédiaire de la vaste organisation des Etablissements de Crédit qui couvre tout notre pays.

Modifier cet état d'esprit du public français est une entreprise vaine, tant qu'on n'aura pas changé la croyance enracinée que les mines d'or sont une industrie à part, qui offre, par son essence même, des risques d'insuccès beaucoup plus grands que toute autre entreprise minière et qu'on doit considérer, en somme, toute participation à ce genre d'industrie comme un billet de loterie.

Pour atteindre ce but, il est indispensable de dissiper l'ignorance où se trouvent la plupart des Français, des plus élémentaires principes qui régissent les mines d'or. 11 faut donc, dans un ouvrage comme celui que je présente ici, élargir le cadre qui avait suffi jusqu'ici à ce genre de traités, écrits uniquement pour un public de spécialistes. Un ouvrage sur l'industrie aurifère ne peut plus, de nos jours, se contenter d'être un simple exposé didactique, plus ou moins complet, des divers procédés d'extraction de Tor, avec monographies des meilleures installations à titres d'exemples : il faut indiquer au public comment se créent les affaires aurifères, quelles sont les dépenses à prévoir pour installer tels et tels procédés de traitement et quels sont les prix de revient de ces procédés. En un mot, il faut lui apprendre à juger par lui-même. On arrivera ainsi à le convaincre que les mines d'or sont, comme toutes les autres, sujettes aux aléas inséparables de toute affaire industrielle, mais que ces aléas peuvent être estimés, jugés à leur réelle valeur et comparés aux bénéfices normaux qu'on doit et qu'on peut exiger des affaires minières en général.

Je chercherai donc, dans le corps de cet ouvrage, à insister sur le côté pratique et économique des exploitations d'or, sur le prix de revient des installations nécessaires dans les divers cas qui se présentent et surtout sur les frais de production de l'or dans les méthodes passées en revue.

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