GÉNÉRALITÉS SUR LES GISEMENTS D'OR
Avant d'entrer dans la description des méthodes de recherches et d'exploitation des gisements aurifères, et dans l'exposé des procédés d'extraction de l'or de ses minerais, il convient de donner quelques notions sur la façondont se présentent les mines d'or, sur les terrains où on les rencontre et sur la forme sous laquelle se trouve le métal précieux dans les différents cas.
On pourrait écrire un gros traité de géologie pure et appliquée si l'on voulait aborder le sujet sur ses différentes faces, car, comme pour toutes les questions qui n'ont pas reçu de solution définitive, on a beaucoup discuté et écrit et l'on discutera longtemps encore sur l'origine de l'or, sur son mode de concentration dans les terrains qui le renferment, question passionnante, surtout pour nous autres Français, toujours imbus des idées de généralisation à outrance qui nous sont particulièrement chères. Les hommes de ma génération, notamment, qui ont été élevés, au point de vue géologique, dans des idées absolument abstraites, ont dil s'imposer un effort réel, après avoir constaté Unanimité de ces théories en présence de la vie pratique, pour arriver à élargir leurs idées. Ils ont pu acquérir ainsi une conception, plus nette et plus conforme à la réalité des faits, de la genèse des gîtes métallifères en général, et de ceux d'or en particulier.
Mais, fidèle à la ligne de conduite que j'ai esquissée en tête de cet ouvrage, je chercherai plutôt k m'attacher au mode de formation
des gisements aurifères et à en donner une classification rationnelle, plutôt qu'à discuter sur l'origine de ces formations.
En tout état de cause, la question de l'origine de l'or, pas plus que celle de l'origine des autres métaux, pas plus que celle de la matière, ne peut recevoir de solution satisfaisante dans l'état actuel d'entendement de l'esprit humain, tandis que nous pouvons, avec une exactitude assez grande, nous rendre compte du phénomène, beaucoup plus intéressant au point de vue pratique, de la concentration du métal précieux dans tels ou tels terrains où nous allons l'extraire. Ici, les monographies abondent, et chaque jour en amène de nouvelles qui sont de plus en plus précises, les procédés d'investigation se perfectionnant à tout instant, ce qui nous permet de réunir des matériaux qui déterminent de mieux en mieux les conditions du problème.
Nous nous apercevons ainsi que les idées émises jusqu'à ce jour sont loin de répondre à la réalité des faits et que l'or, bien qu'il soit généralement localisé dans les terrains anciens, s'y rencontre non seulement à l'état de filons, de couches ou d'amas, mais encore comme constituant intégral de ces roches elles-mêmes. Sans trop généraliser cette extrême diffusion de l'or, sans le trouver en quantités payantes dans les meulières des environs de Paris ou même dans l'eau de mer (ce dernier gisement étant périodiquement exploité, à ma connaissance, au moins tous les dix ans par des sociétés qui trouvent toujours des actionnaires), on peut dire que les découvertes récentes, notamment en Sibérie et à Madagascar, ont jeté un jour nouveau sur cette question de l'or en tant qu'élément constitutif des terrains. L'industrie alluvionnaire a été, en réalité, la cause de cette découverte, vu les cas très nombreux de placers payants trouvés dans des endroits où il n'y avait pas trace de gisements filoniens susceptibles, par l'érosion superficielle, de donner comme résidu les quantités d'or récoltées dans les alluvions.
Des preuves directes ont permis de constater que, même de très faibles teneurs dans la roche initiale suffisaient, grâce aux énormes volumes détruits par l'érosion sur des terrains restés constamment émergés depuis les époques les plus anciennes de consolidation de la croûte terrestre, pour expliquer la présence de placers payants dans les vallées creusées à travers ces terrains.
Cependant, au point de vue pratique, les gîtes aurifères propre-
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ment dits, c'est-à-dire ceux qui, dans le sein même de la terre, possèdent une teneur suffisante pour laisser un bénéfice, après prélèvement des frais d'exploitation et de traitement, sont les seuls qui présentent actuellement de l'intérêt ; je me bornerai donc à en donner la classification usuelle, à savoir : gisements en place, et gisements secondaires, ces derniers provenant de la décomposition ou du transport des premiers par des agents naturels.
Gisements en place. — Dans cette classe, figurent en première ligne les filons ou amas quartzeux, les conglomérats, ou pour mieux dire, les bankets du Transvaal et enfin les roches aurifères proprement dites dont j'ai parlé plus haut.
Le banket, dont la vogue a été établie par le succès du Transvaal, pourrait, à la rigueur, être classé parmi les gisements secondaires ; nous en reparlerons, à propos de son exploitation, dans 'la seconde partie de cet ouvrage; je mepontente ici de le signaler.
Dans les filons ou amas quartzeux, aussi bien que dans les bankets, les parties voisines de la surface sont en général profondément altérées, par suite de la circulation souterraine des eaux. Elles y ont détruit toutes les combinaisons auxquelles l'or est fréquemment associé et le résultat de ces actions postérieures est de donner des minerais dans lesquels le métal précieux est totalement amalgamable. C'est ce que les Anglais appellent les « free milling ores ». Au-dessous de cette zone, le minerai se présente en partie avec or libre et en partie avec or combiné; enfin, en profondeur, au-dessous du niveau hydrostatique de la région, les minerais n'ont subi aucune altération, et l'or y est, en grande partie, totalement même dans bien des cas, mélangé ou combiné h d'autres éléments [sulfures, tellures, sélémures, antimoniures, etc.), qui en rendaient, jusqu'à ces dernières années, le traitement onéreux et parfois impossible [refractory ores, rebellious ores, etc.).
Gisements secondaires. — Dans les gisements secondaires, se classent toutes les allumons aurifères récentes ou anciennes, ainsi que la latérite, roche de décomposition superficielle qui a pris dans ces dernières années une importance non soupçonnée jusqu'alors, par suite du développement des affaires aurifères dans les pays à climat tropical.
On désignait autrefois sous le nom de latérite une roche ferrugineuse décrite tout d'abord à Ceylan (de Lapparent) et qu'on a reconnue exister sous le nom de cascajo sur tout le continent Sud-Américain, couvrant ainsi d'immenses surfaces en Colombie, au Venezuela, dans les Guy ânes et jusque dans le Brésil.
L'ouverture récente des mines de l'Ouest africain a permis de reconnaître aussi la présence dans ces pays de ce manteau superficiel, plus ou moins continu, tantôt argileux, tantôt ferrugineux, au point de constituer un véritable minerai de fer (roche à ravets de la Guyane, minerai oolithiquedu Fouta-Djallon).
Cette latérite, que j'ai étudiée spécialement dans d'autres ouvrages, est, en réalité, le résultat de la destruction superficielle de roches formant l'ossature principale du pays, ce qui explique les variations de sa composition et la prédominance générale de la silice dans sa constitution, les autres éléments ayant été détruits ou entraînés sous forme de sels solubles^La présence du fer, même en très grande quantité, comme cela se produit fréquemment, s'explique par la facilité avec laquelle cet élément, provenant des pyrites contenues dans la roche mère, se dissout et se précipite sur place sous forme de sels insolubles dont la quantité augmente d'autant plus que ce phénomène de destruction superficielle a plus longtemps duré. 11 est donc naturel de trouver dans ces latérites l'or contenu dans la roche mère et aussi celui provenant de la destruction des filons que renfermait la masse initiale. Nous en verrons des exemples tout à fait caractéristiques à propos des exploitations filoniennes de la Guyane, qui ont jeté un jour nouveau sur cette question jusqu'ici si controversée de la formation latéritique superficielle.