‹ L'Industrie aurifèreChapitre 34 sur 241 · ALLUVIONS AURIFÈRES · texte numérisé non relu

ALLUVIONS AURIFÈRES

Généralités. — Définitions* — Tout le monde sait que le lavage des sables alluvionnaires contenant de l'or natif en grains ou pépites de volumes variables, qui composent les gisements connus sous le nom générique de placers, constitue la première phase de l'exploitation de l'or dans les contrées favorisées par la présence du précieux métal.

La facilité avec laquelle l'or, grâce à son poids spécifique élevé, se sépare des stériles qui raccompagnent, permet d'opérer le lavage avec les instruments les plus rudimentaires : bâtée en bois, longtom ou sluicç portatif, tous ces appareils, ingénieux somme toute, qu'emploie le prospecteur d'or, il les emprunte à la forêt voisine.

Période héroïque. — La période de début, qu'on peut qualifier d'héroïque, tant par les efforts et les privations qu'elle exige de la part des aventuriers chercheurs d'or, que par les gains inespérés qu'elle procure, n'est généralement que de courte durée. Bientôt la nécessité de s'organiser, de défendre les biens acquis, conduit les exploitants à délimiter les « claims » occupés ou vacants et pousse les camps miniers h s'établir d'une façon stable. Des magasins, des cabarets — creusets, auxquels vient aboutir le soir la récolte de la journée — s'élèvent comme par enchantement ; l'ensemble se complète dans les pays Anglo-Saxons par un bureau de poste et une banque, peu après par l'église et par l'école. Cette période, de courte durée est généralement marquée par quelques trouvailles retentissantes. Celles-ci entretiennent la fièvre jusqu'au moment où, les nids riches ayant été vidés, l'annonce de la découverte d'un nouveau champ aurifère amène l'exode en masse des chercheurs d'or, race toujours famélique, mais toujours pleine d'espérance, toujours à la veille, dans ses rêves d'orT du coup de fortune qui enrichit son homme en un jour!

Période rationnelle. — C'est alors qu'on entreprend sur les placers << écrémés » l'exploitation de sables plus pauvres, avec des moyens techniques moins primitifs, quoique coûteux encore. On relave les déblais des premiers prospecteurs, en attendant qu'une troisième couche d'exploitants, de moins en moins gourmands, viennent relaver le résidu des résidus. On voit dans les anciens placers californiens sur des déblais qui ont été lavés avec profit par quinze exploitants successifs, des chinois venant relaver avec patience et profit les restes de leurs prédécesseurs. Les procédés, dès ces premières reprises, sont déjà moins barbares : on ne compte plus uniquement sur la gravité pour séparer l'or de ses gangues. On s'aide du mercure pour amalgamer l'or fin que les moyens purement mécaniques seraient impuissants à retenir, à « sauver », suivant l'expression imagée des Anglo- Saxons. Cette période, que j'appelle rationnelle de l'exploitation des placers, est celle qui donne à la fois les plus grandes quantités d'or et les profits les plus beaux et les plus sûrs. Le pays est déjà «dégrossi», s'il est permis d'employer ce terme, le passage des premiers exploitants, tout en démontrant l'existence des alluvions ((payantes» est loin d'avoir épuisé la couche aurifère qui n'a été qu'effleurée, écrémée, par des travaux exécutés sans plan et sans méthode : la récolte est abondante et sûre.

L'exploitation rationnelle des placers exclut l'emploi de la bâtée, qui reste le prototype, l'instrument classique des temps héroïques. On voit alors apparaître les méthodes permettant d'économiser la main-d'œuvre tout en opérant sur de grandes masses à la fois. C'est ainsi que les Américains ont inventé la méthode hydraulique pour l'abatage et le lavage de leurs alluvions pliocènes de la Californie, accrochées sur le flanc des vallées actuelles, permettant par conséquent d'évacuer sans peine les résidus des cubes colossaux de déblais qu'ils déplacent grâce à ce procédé brutal, mais économique. A ce même ordre d'idées se rattache le dragage des placers situés en contre-bas des rivières ou des marais, qui prennent maintenant une place importante, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Guyane, en Afrique centrale, dans les régions en un mot où le procédé hydraulique est rendu impossible par suite de la position même des placers, ou interdit par les lois, vu les conséquences désastreuses qu'il apporte dans le régime des rivières que la masse de déblais qu'on leur envoie fait déborder et divaguer sur les terres fertiles des plaines.

Page 1