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PREMIÈRE CLASSE LAVOIRS MOBILES

a. — CHANTIER A BRAS AVEC LAVOIR MOBILE

Sluice portatif* — Le principe de la méthode consiste dans l'emploi d'un sluice portatif alimenté par une retenue d'eau faite

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en amont du chantier. Ce sluice est placé dans le chantier même d'abatage et se déplace d'aval en amont en môme temps que le front de taille.

L'appareil est uniformément composé d'un nombre variable de boites : boxes en anglais, dalles en français créole, pour employer l'expression consacrée par les placériens guyanais. Ces dalles sonl légèrement rétrécies à l'une de leurs extrémités, de manière à pouvoir s'emboîter les unes dans les autres. Leur longueur constante est de 3m,60 (12 pieds), et leur largeur moyenne est deOm,30 environ, avec des faces latérales ayant aussi 0m$& à 0m,30 de hauteur. L'ensemble est supporté par des piquets, plantés à même dans le bedrock.

La pente peut être réglée aisément au moyen de crochets de suspension en fer, de forme spéciale, fixés sur les piquets au moyen d'encoches. L'ensemble, tel qu'il est représenté à la figure 58, est, comme on le voit, extrêmement simple et portatif. La planche de fond est toujours sciée d'une seule pièce, et elle est recouverte d'un double fond dont le détail sera donné plus loin. Les dalles sont emboîtées les unes dans les autres au droit des supports successifs et leurs joints sont rendus étanebes par une garniture d'argile.

Longueur des sluices. — Le nombre de ces éléments varie naturellement suivant la nature de l'alluvionà désagréger; mais il est, comme on le comprend, toujours limité par le mode même d'installation que je viens de décrire. On comprend en effet que la tête du sluice ne peut pas dépasser la hauteur du canal d'amenée par lequel arrive l'eau destinée au lavage, préalablement captée au moyen du barrage fait en amont; et d'ailleurs, en surélevant cette partie du sluice, on rend d'autant plus difficile aux ouvriers le jet dans l'appareil, de l'alluvion qu'ils exploitent au moyen de leurs pelles.

D'autre part, l'extrémité inférieure du sluice ne doit pas être trop près du sol, si on veut conserver un bon écoulement au chantier et empêcher le « refoulement », suivant l'expression des placériens, c'est-à-dire l'envasement, le colmatage du canal de fuite. C'est là le point faible de la méthode; aussi la plupart des chantiers guyanais sont-ils très mal partagés au point de vue de leur assèche-

ment. On verra en effet dans la description qui va suivre que le canal de fuite ne peut être maintenu en état que par un « débourrage » constant, qui finit par revenir fort cher.

Il résulte de ces considérations qu'un sluice guyanais dépasse rarement 12 boîtes, c'est-à-dire une longueur de 42 mètres environ. C'est même déjà là une longueur notablement supérieure à la moyenne qui est de 9 boîtes, soit environ 32 mètres.

Pente des sluices. — La pente moyenne du sluice varie entre 8 et 12 0/0, suivant la nature des matières à passer. On voit que, pour une pente moyenne de 10 0/0, une longueur de 32 mètres de sluice correspond à une différence totale de niveau entre la tête et la queue de l'appareil, de 3 mètres à 3m,20 au minimum. Il est vrai qu'il faut déduire de ce chiffre la penle du bed-rock lui-môme, pente qui est généralement de 1 1/2 à 2 0/0, de sorte qu'en résumé la différence de niveau entre la tête du sluice et le bed-rock au droit du chantier d'abatage est, pour un sluice de 32 mètres, de 2m,50 au moins. C'est déjà une hauteur trop grande pour charger commodément ; aussi se contente-t-on dans ce cas d'établir le point de chargement à une certaine distance de la tête réelle du sluice et, dès lors, toute la partie de l'appareil située en amont du point de chargement ne rend absolument aucune espèce de service au point de vue du débourbage et du lavage.

Débourbage. — C'est certainement la partie du travail qui laisse le plus à désirer dans l'appareil guyanais. Voici, en effet, comment sont répartis les obstacles destinés à débourber l'alluvion et à arrêter For au passage.

Considérons, par exemple, un sluice de 9 dalles, tel qu'il est représenté en élévation et en plan à la figure 58, qui est la reproduction exacte d'un sluice considéré comme très bien installé sur un des placers que j'ai dirigés.

Le point de chargement se trouve au milieu de la deuxième dalle, de sorte que les matières n'ont, en réalité, à parcourir comme trajet utile que 7 dalles et demie, soit 26 mètres. Sur ce nombre 4 dalles et demie sont simplement garnies d'un double fond en planches pleines et unies, destiné simplement à empêcher que le frottement des cailloux sur le fond véritable ne vienne trop rapidement mettre

l'industrie ADRIFÈRË

ce dernier hors d'usage. Ce double fond laisse entre les parois latérales et ses propres bords un vide formant rigole continue d'environ 2 centimètres de large. C'est dans cette rigole que se logent les grosses pépites. A l'extrémité des dalles garnies d'un double fond plein, s'en trouve une munie d'un double fond formé d'une plaque de fer ayant la même largeur que le sluice et percée de trous en quinconce, de 12 millimètres de diamètre, séparés par des intervalles de 25 millimètres. Cette feuille de tôle est maintenue par des tasseaux à une distance de 25 millimètres environ du fond du sluice. Aussitôt après la dalle à plaques, et placé immédiatement au-dessous du ressaut formé par l'emboîtement de cette dalle avec la suivante, se trouve le riflle en foute, dont le plan et la coupe sont donnés

par la figure 59. Ce petit riffle sert à retenir, pendant la durée du travail et surtout au moment de la récolte, l'amalgame d'or resté dans l'appareil. Comme on le voit, cet engin est de dimensions très petites ; il serait immédiatement comblé par le sable et les cailloux, s'il n'était maintenu propre par une des deux femmes, occupées constamment à enlever du sluice les plus grosses pierres et les mottes d'argile non désagrégées entraînées par le courant.

Ces mottes sont mises à part pour être lavées à la fin de la journées, ainsi qu'il est expliqué plus loin.

Améliorations ù introduire. — On voit immédiatement les deux défauts capitaux de cet appareil : la désagrégation et le débourbage des parties argileuses ne peuvent pas s'effectuer vu l'absence de toute espèce de ressaut, riffle ou barrage quelconque entre le point de chargement et le riffle en fonte. D'autre part, la séparation des gros cailloux ne se faisant qu'à la main, au sein d'un courant rapide et boueux, est forcément incomplète; il en résulte qu'il passe

beaucoup de gros graviers avec le sable et, dans ces conditions, la perte totale de l'or fin est à peu près inévitable* Il est d'ailleurs facile de remédier à ces deux défauts par des dispositifs très simples et peu coûteux qui sont les suivants :

1° Améliorations du débourbage. — 11 faut remplacer, sur toute la longueur du sluice comprise entre le point de chargement et leriffle en fonte, le double fond en planches lisses actuel par une série de riffles en fer destinés à assurer la désagrégation des matières d'une façon éminemment plus efiicace que le simple passage sur une planche unie.

2° Séparation automatique des gros cailloux. — A l'extrémité des dalles consacrées au débourbage, remplacer le rifûe en fonte par un , séparateur automatique formé d'une grille à double pente en forme de toit, dont les barreaux, distants de 10 à 15 millimètres, laisseront passer les matières fines contenant encore de l'or, en rejetant à droite et à gauche du sluice les cailloux d'une dimension supérieure. En disposant un petit plancher portatif en tôle ou en planches au-dessous de cet under-current, on donnera à l'ouvrier chargé de ce travail toute les facilités possibles pour rejeter à la pelle, derrière lui, en tas, les gros cailloux, séparés ainsi d'une manière absolument complète et automatique du restant de l'alluvion à traiter.

Au-dessous de cette grille, les matières s'écouleront dans la deuxième partie du sluice, dont la pente pourra, dès lors, être très notablement diminuée, puisqu'il n'y aura plus à entraîner que des matières uniformes et fines, et on utilisera l'action du mercure pour aider au sauvetage de l'or fin. Dans la partie comprise entre le point de chargement et l'under-current, l'emploi du mercure n'est pas nécessaire.

On reportera enfin le riffie en fonte tout à fait à l'extrémité du sluice, où son emploi aura surtout pour but, tout en retenant le mercure qui tendrait à s'échapper pendant le cours du lavage, de recueillir l'amalgame aurifère au moment du nettoyage journalier.

L'ensemble de ces modifications, très simples comme on le voit, très faciles à apporter et dont le coût est insignifiant, est représenté à la figure 60.

Emploi des ri if Iles en bois. — J'ai fait, pendant mes séjours en Guyane, plusieurs applications de ce système ; n'ayant pas de

riffles en fer sous la main, j'ai dû me borner, avec des résultais moins complets, mais cependant très appréciables déjà, à l'emploi des riffles en bois.

Les plus simples d'entre eux se fabriquent sur place en pratiquant, au moyen d'une scie, dans les planches lisses du double fond, une série de trous rectangulaires disposés cncbicane (ftg. 61), destinées à multiplier les ressauts favorables au débourbage. Les résultats sont bons, mais les angles vifs du bois s'émoussent rapidement, et de pareils riffles, surtout quand l'alluvion contient beaucoup de gros cailloux, n'ont qu'une durée très limitée.

Emploi des riffles à losanges en fer. — Je recommande comme très économique et particulièrement avantageux l'emploi

Rifile à losanges

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en bois

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Fig. 61.

Fio. 62.

dans ce but des grillages à losanges, universellement répandus comme essuie-pieds à l'entrée des maisons (fig. 62) et dont l'efficacité sur les boules d'argile est d'autant plus grande que le fer mince dont sont formés ces losanges, coupe l'argile qui compose les pelotes roulantes et les délite dans un parcours très restreint. Ces grillages, une fois usés d'un côté, se retournent sur l'autre, et leur durée, avec une alluvion môme chargée de cailloux, est de trois mois au moins.

La multiplicité de leurs alvéoles est très favorable au dépôt de l'or fin, et leur extrême légèrelé rend très facile le nettoyage journalier.

Organisation du travail. — Le lavage desalluvions comporte deux séries de travaux:

1° Les travaux préparatoires, qui sont, en outre du déboisement dont nous avons déjà parlé, la construction d'un barrage en amont,

l'établissement d'un canal d'amenée d'eau partant du barrage et venant en tète du chantier, et enfin le décapelage, c'est-à-dire l'enlèvement des stériles qui recouvrent la couche aurifère ;

2° Les travaux d'exploitation proprement dits comprenant: l'abatage de l'alluvion, son lavage ausluice et l'évacuation des stériles.

Examinons rapidement la manière dont s'exécutent ces diverses opérations.

Exécution des travaux préparatoires. — Construction des barrages. — La construction des barrages, qui s'impose dans toutes les exploitations de « shallow placers », a toujours été regardée, à juste titre, comme une opération de la plus grande importance et sur laquelle il n'y a pas à lésiner. De la résistance du barrage aux coups d'eau qu'il aura à supporter par suite des inondations subites, dépend en effet l'existence même des exploitations situées en aval. Le barrage, une fois emporté, est généralement très difficile à réparer: les eaux, en l'aiïouillant, y creusent souvent une grande cavité, un abîme; les exploitations en aval sont en tous cas suspendues pendant toute la durée de la réparation. Innombrables sont les cas où l'abandon de parties parfaitement payantes de placers n'a pas eu d'autres causes que la rupture d'un barrage mal fait.

Ces ouvrages s'exécutent toujours en terre et en bois. Le plus simple, quand la rivière ne dépasse pas 10 à 15 mètres de large, est de choisir un endroit où les berges sont nettement escarpées, de pratiquer sur chacune des rives deux rainures verticales distantes de 2 à 3 mètres (fig. 63) et de remplir ces rainures avec de gros troncs d'arbres superposés. Il ne reste plus qu'à combler ce batardeau improvisé avec de la glaise damée et de la défendre par un double piquetage de pieux jointifs battus en amont et en aval, contre les afTouillements par le pied. On établit le trop-plein sur une des rives et, sur l'autre, se trouve la prise d'eau allant au chantier, prise d'eau qui sert aussi de trop plein pendant les inondations.

De pareils barrages, pourtant bien simples, ne sont pas les plus nombreux. Bien souvent on se contente de planter des piquets en travers du cours d'eau, de les réunir par une traverse longitudinale et d'appuyer sur cette dernière une série de rondins jointifs inclinés

de l'amont vers l'aval. On garnit ce Ht de rondins de larges feuilles et on dame dessus une bonne épaisseur de terre pour le rendre étanche (fig. 64). Les ouvriers guyanais, habiles à ce travail, exécutent un barrage semblable en quelques journées.

Du canal d amenée. — Ce dernier n'est jamais très long. A moins qu'il ne s'agisse de desservir des chantiers à flanc de coteau, lavant des terres de montagne, ou de distribuer l'eau de la crique principale dans les criques latérales qui en manquent, les barrages ne

Jiarragepermanent

ij*

Plan

Coupe

"Barrage volant

-Feuilles

Fio. 63.

s'exécutent guère à plus de 200 ou 300 mètres en amont du chantier pour l'exploitation duquel ils sont créés.

Le canal d'amenée a des dimensions tout à fait médiocres : 0"\50 au plafond est déjà considéré comme une mesure respectable. Comme le canal est généralement entaillé à flanc de coteau dans la glaise jaune du déblai, on l'exécute au moyen de la pelle à vase (fig. 49), qui permet de couper verticalement les parois.

La pente de ces canaux n'est nullement ménagée. On l'exécute au coup d'œil, de façon à arriver au-dessus du niveau du sluice dans le chantier. Naturellement, le canal est prolongé au-delà de ce dernier, de façon que, lorsqu'on suspend le travail, l'eau de la crique aille se rendre dans le canal de fuite au-delà de la limite des travaux et n'inonde pas ces derniers.

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