CHANTIER CHINOIS ET CORÉEN
Chantier chinois. — Les Chinois, Coréens et, en général, tous les orpailleurs de race jaune ou mongole travaillent par la méthode •dite du « tail race », c'est-à-dire en maintenant un écoulement souterrain à travers les tailings qu'ils accumulent derrière eux, en enterrant leur écoulement, constitué soit par un caniveau en pierres sèches, soit par un canal ou même par une galerie en bois ou en planches.
Voici, par exemple, la description d'un chantier que j'ai visité en Corée, au Sud-Ouest de Vladivostok, sur le versant méridional de la crête séparatrice, formant la frontière russe.
Il y a beaucoup de travaux chinois sur le versant en question. Ces travaux sont de deux sortes :
en terrain incliné, en terrain horizontal.
Travaux sur pente.
— C'est la méthode dite du tail race que les Chinois et Coréens ont employé ici avec beaucoup d'habileté. Voici comment ils l'ap-
Fio. 72. — Chantier chinois (environs de Vladivostok).
pliquent : un artiel (chantier) de 6 à 12 membres vient se loger sur place dans la vallée aurifère, y construit une baraque et commence à attaquer l'ulluvion dans le lit même du cours d'eau. Plusieurs artiels s'étagent ainsi de 100 en 100 mètres, ce qui rend tout travail de dérivation impossible en amont. L'eau est d'ailleurs utilisée pour faire un premier débourbage sur place h la pelle. Les gros cailloux servent à faire des parements en pierres sèches derrière lesquels on loge les déblais après lavage, et le chantier progresse ainsi au fur et à mesure que le travail avance.
L'appareil employé est un « long-tom » de 0m,40 de large et de 2 mètres de longueur. L'eau sortant du long-lom est évacuée par le canal réservé entre les murs de pierres sèches et descend au chantier en aval {fig. 72).
On ne peut enlever ainsi qu'une portion de l'or, tout l'or fin et même moyen reste dans les déblais. Seules les têtes d'alluvîons aurifères peuvent être ainsi traitées. Sont pierdus aussi tous les sables aurifères qui ne se trouvent pas dans le lit de la rivière actuelle. C'est justement le cas dans le placer que j'ai visité en deuxième lieu, dont la zone riche se trouve actuellement de 30 à 40 mètres du lit moderne.
Dans ce cas, les Coréens ont eu recours à des travaux souterrains, grossiers, il est vrai, mais néanmoins remarquables pour des gens aussi dénués de moyens que ces ouvriers-là. Ces travaux demandaient un fort boisage dont on voit encore les restes et ne pouvaient être rémunérateurs que pour des teneurs supérieures à 1 zolotnik par 100 pouds.
En tout cas de pareils travaux sont loin d'avoir pu épuiser totalement les gîtes. Us ne peuvent avoir d'importance que dans les parties hautes des placers qui sont généralement très resserrées. Tous ces déblais sont d'ailleurs à repasser dans des appareils mieux adaptés que le long-tom à la récolte de l'or fin.
Travaux en plaine. — En arrivant dans la plaine, les alluvions aurifères s'épanouissent en éventail et perdent leur pente. Voici comment les Chinois exploitent ce genre d'épanchements : c'est exactement la méthode employée à Minas Géraes (Brésil) jusqu'à la fin du siècle dernier. Il est curieux de voir l'identité des moyens adoptés dans des pays aussi éloignés, n'ayant aucun rapport direct l'un avec l'autre, et ce, à des époques aussi différentes.
C'est le procédé par entonnoirs successifs («yammt/s» en russe), sur les bords desquels le stérile est remonté à bras ou sur la tête jusqu'à ce qu'on arrive à la couche aurifère, qu'on emporte pour en opérer le lavage. La vallée est criblée de travaux de ce genre, à travers lesquels circule la route, ce qui, entre parenthèses, se traduit par une série de montées et de descentes, désagréables en tarentasse {fig. 73).
Les entonnoirs ont en général 15 à 20 mètres de diamètre à la surface, 5 à 6 mètres de profondeur, de sorte que, même dans