‹ L'Industrie aurifèreChapitre 68 sur 241 · ORGANISATION D UN CHANTIER DE LAVAGE · texte numérisé non relu

ORGANISATION D UN CHANTIER DE LAVAGE

Un chef de chantier surveille l'ensemble de ses opérations ; c'est lui notamment qui est chargé d'essayer constamment à la bâtée les diverses parties du front de taille, pour se rendre compte de la direction que suit la veine de richesse maxima.

Il prend aussi de temps à autre une prise d'essai dans les sables sortant du sluice pour vérifier si l'appareil donne de la perte au lavage. C'est enfin lui qui donne le signal du commencement et de la fin du travail. Au-dessus de lui se trouve le chef- de l'établissement dont dépend le placer, qui, lui, n'est pas astreint à la présence continue sur le chantier, d'autant plus qu'il en a généralement plusieurs à surveiller à la fois.

En résumé, la répartition du personnel desservant un chantier comportant un seul sluice est le suivant :

Piocheurs 2 hommes

Chargeurs à la pelle 4 —

Débourbeur 1 —

Enlèvement des grosses pierres 1 femme

Entretien du riffle 1 —

Débourrage 2 hommes

Surveillance \ —

Total 12

Emploi du mercure. — On verse dans le sluice, au début du travail, environ 2 kilogrammes de mercure en plusieurs fois. Il est réparti sur toute la longueur du sluice, de sorte que tout l'or, môme le plus gros, est soumis à son action.

Récolte de l'or. — La récolte de l'or ou, pour employer l'expression locale, la levée de la production (le Clean-up des Anglais) s'opère tous les jours à quatre heures. Cette opération ne présente aucune particularité remarquable et s'effectue en nettoyant, d amont en aval, les diverses parties du sluice. Le seul fait à signaler, c'est qu'avant de recueillir l'amalgame, on passe dans le sluice toutes les pelotes d'argile que les femmes ont recueillies dans la journée. Ces pelotes, qui proviennent des premiers centimètres entaillés dans le bed-rock glaiseux, ont généralement une excellente teneur ; d'autant plus qu'en roulant dans le sluice, elles happent au passage beaucoup d'or resté sur le double fond qui garnit la tête de l'appareil. Le triage de ces pelotes au moment de leur rapide passage au sein

162 1. I.NOLSTHIE AL'RIFÈKE

d'un courant bourbeux, devant les deux femmes censées occupées à ce travail {fig. 70), est naturellement très imparfait, et c'est en grande partie à ce fait qu'on doit attribuer la teneur élevée des tailings laissés en Guyane par le premier lavage. Fréquents sont les cas où le deuxième traitement rend autant que le premier. Les pelotes à désagréger sont portées à la lôlc du sluîce ; la venue

Fig. 10. — La levée de ta production (débourbage des pelote* d'argile).

d'eau est un peu diminuée, et l'ouvrier débourbeur les délite dans le courant d'eau, pendant que les femmes placées en aval achèvent le travail a la main.

L'opération une fois finie, on procède à la récolle de l'amalgame en enlevant les riffles successifs par ordre descendant tout en maintenant dans l'appareil un léger courant d'eau claire.

Lesluïce est ensuite brossé et finalement, après enlèvement des plaques perforées, sous lesquelles s'est réuni l'amalgame, on concentre définitivement ce dernier dans les riffles en fonte. Leur con-

ORGANISATION d'[JN CHANTIER DE LAVAGE 193

tenu est versé dans une bâtée; le mercure est séparé des cailloux restants et passé enfin dans un morceau de toile à voile à grain serré, qui retient l'amalgame et laisse échapper le mercure, qu'on recueille dans une bouteille pour l'opération suivante. L'amalgame, fortement pressé et secoué à la main, est évaporé à la poêle, en perdant le mercure.

Conduite du chantier. — On a vu plus haut qu'indépendamment du travail de lavage proprement dit le chef de chantier doit constamment étudier son front de taille pour diriger l'abatage suivant la ligne d'enrichissement maximum. Il règne en effet une incertitude complète sur l'allure de la richesse dans une alluvion en cours d'exploitation. Les trous de prospection ne sont, on peut le dire, presque jamais exécutés suivant un tracé méthodique, ni alignés à des distances régulières suivant une série de lignes parallèles, perpendiculaires au sens général delà vallée. C'est pourtant le seul moyen rationnel de se rendre compte de l'allure de la richesse et d'éviter, lorsque le gisement se présente par poches, — ce qui est un cas fréquent, surtout à l'approche des têtes à criques, — de passer sans les exploitera proximité d'enrichissements isolés.

En résumé, les exploitations de ce genre sont conduites, comme on dit vulgairement, « au petit bonheur », et il arrive fréquemment qu'on arrête un chantier parce qu'il est resté plusieurs jours de suite avec un rendement insuffisant, alors qu'à quelques mètres plus loin à peine on allait entrer de nouveau dans une autre zone payante.

Assèchement des excavations* — Il esta peine nécessaire do faire remarquer que tout l'outillage si varié des engins d'épuisement (pompes aspirantes et foulantes, pompes rotatives, norias, milsomètres, etc.) peut être utilisé pour l'assèchement des excavations. Mais il ne faut pas oublier que le lavage des graviers aurifères précède, en général, le développement de l'industrie proprement dite dans les régions où il peut s'effectuer avec fruit; aussi est-il d'ordinaire plus rationnel d'avoir recours à des engins moins perfectionnés, il est vrai, mais susceptibles d'être construits sur place parles laveurs d'or eux-mêmes et avec les matériaux qu ils trouvent sous la main. •

C'est ainsi qu'au Klondykeoù tous les ouvriers savent travailler le bois on a fréquemment recours à la pompe dite californienne, qui elle-même n'est qu'une variété de la pompe chinoise [fig. 71).

Cette pompe consiste essentiellement en une série de palettes en bois, fixées normalement à une courroie sans fin; le brio inférieur de cette courroie se meut dans une conduite inclinée, également en bois, dont l'une des extrémités plonge dans la fosse a assécher,

Fin. 11. — Au Klondyke : une pompe chinoise.

tandis que l'extrémité supérieure décharge l'eau hors de la fosse. Les palettes et le caisson agissent ainsi à la façon d'une noria, et le tambour supérieur, sur lequel passe la courroie, est mû, soit à la main, soit à l'aide d'un moteur hydraulique ou à vapeur.

Dans la pompe chinoise, la courroie est remplacée par de petites plaquettes en bois assemblées à charnière.

Dans le môme ordre d'idées, on peut signaler l'emploi de siphons, formés de tuyaux en tôle atteignant souvent de grandes dimensions. Raymond cite un siphon de 300 mètres de long et de 10 centimètres de diamètre, employé en Californie, qui a permis d'assécher une excavation de ôm,50 de profondeur, l'eau s'écoulantsous une charge de 7 mètres.

Page 1