I. — Travaux a ciel ouvert
A. Avec écoulement naturel à ciel ouvert. — C'est le cas le plus facile et le plus communément répandu. Une alluvion ab
Chantier Sarte sur terrasses émergées
Fio. 75.
(ftg. 75) se trouve déposée sur les berges d'une rivière dont le thalweg s'est creusé depuis l'époque du dépôt de l'or. L'assèchement est donc naturel et complet. Il suffit d'opérer par tranchées, en partant ou non du bord de la rivière, de séparer grosso modo les gros cailloux qu'on entasse derrière soi et de porter les sables au lavoir placé en contre-bas, au bord de l'eau. Parfois on fait une petite saignée à un affluent voisin pour amener l'eau jusqu'au chantier et économiser le transport à la rivière ; mais, en général, on descend les sables à traiter sur le bord de la rivière, où un
camarade les lave avec le petit long-tom déjà décrit.
Les anciens lits aurifères suspendus, comme à Mazar-Sou, se travaillent de la même manière.
Les Sartes passent par jour et par lavoir environ 60 pouds (1.000 kilogrammes), soit un volume de 1/2 mètre cube environ.
Le chantier desservant un lavoir comporte, en général, trois
hommes et un gamin. Il faut que les -hommes gagnent au moins i tengui et demi et le gamin 1 tengui { pour qu'ils se décident à entreprendre le travail d'une alluvion en place. - Cela fait comme limite d'exploitabilité 3 X 1,5 + 1 =5 tenguis et demi par 60 pouds cubant environ 1/2 mètre cube, soit 11 teng. ou 1\65 par mètre cube, équivalant, en mesures métriques, à 4/r. 50 au mètre cube, soit, approximativement, 1 gramme et demi au mètre cube. En mesures habituelles des placériens russes, cela représente environ 27 à 28 dolis pour 100 pouds (Voir, p. 71, le tableau de transformation des teneurs russes en chiffres métriques).
C'est là un grand minimum, car je n'ai guère trouvé moins de 30 à 40 dolis aux 100 pouds, soit environ 6 francs au mètre cube, comme estimation des nombreuses bâtées que j'ai lavées moimême sur les chantiers sartes. Seulement il faut remarquer que les sables sur lesquels j'opérais étaient déjà :
1° Epierrés de toute pierre plus grosse que le poing, ci : 33 0/0 au moins de triage préalable, effectué dans le chantier môme;
2° Ensuite, les Sartes ne manquent jamais, quand ils le peuvent, d'arroser abondamment, soit dans le chantier môme, soit sur le carreau du lavoir, le front (Ta bat âge, de manière à enlever ainsi le plus possible de boue et de cailloux fins.
Tout cela fait qu'une alluvion que je dose 30 à 40 dolis au lavoir n'en contient, en réalité, que 15 ou 20 en place, en tenant compte, comme on doit le faire, du volume total de l 'alluvion.
Souvent môme, pour leurs sables les plus pauvres, les Sartes fout deux opérations :
1° Un débourbage dans une sorte de sluice, à pente ménagée, dans lequel ils pellettent l'alluvion pour la diluer et la débarrasser des grosses pierres ;
2° Les sables enrichis sont portés au lavoir à bras, garni de peaux de mouton ou de feutre en poil de chameau, autre (excellent tissu pour arrêter l'or fin.
B. Avec écoulement à ciel ouvert, mais ménagé par les
i. Il ne circule, en Boukharie, que des monnaies d'argent, qui s'échangent, à bureau ouvert, contre, la monnaie et le papier russes sur la base suivante : 1 tengui — 15 kopeks = 40 centimes de notre monnaie.
ouvriers eux-mêmes. — C'est le cas général pour ceux qui travaillent dans les lits des rivières, car les alluvions qui se trouvent dans le cas précédent commencent à se faire rares, ou, du moins, ont été déjà lavées et relavées par des générations successives se contentant de bénéfices décroissants.
Dans le lit des rivières, voici comment procèdent les Sartes. Ils n'opèrent ainsi, cela va sans dire, que dans les cours d'eau ayant au moins 4 à 5 0/0 de pente. C'est le cas ordinaire dans les vallées de Talbar, de Tabi-Dara, d'Obi-Sanghi-Khergow, etc.
La figure 76 indique la marche du travail. L'assèchement s'opère suivant a0 et, quand on considère le niveau de la rivière en 8, on
Ghoati»
Coupe or p
Coupe T S
Lavoir
Chantier Sa rie daos le lit d'une rivière
Fig. 76.
est tout étonné de voir le chantier à sec, bien que l'eau bouillonne à quelques mètres de là, à un niveau évidemment plus élevé.
Lorsque le travail est poursuivi sur une certaine longueur au delà de son point d'attaque, la dénivellation atteint plusieurs mètres.
Bien entendu les grosses pierres sont utilisées pour maintenir autant que possible l'écoulement bien ouvert et facile. Les Sartes travaillent de cette manière des sables à 15 ou 20 dolis, c'est-à-dire, comme je l'ai expliqué plus haut, à 40 dolis quand ils sont portés au lavoir. Us débourbent beaucoup dans le chantier même, ayant constamment les pieds dans l'eau, car, dans cette méthode-là, on conçoit que le fond du chantier est toujours inondé, puisque c'est le niveau de l'eau qui guide, et il est facile d'hydrauliquer le front de taille avec des écuelles. Du reste, tous ces sables ou graviers provenant de la démolition des conglomérats sont à peine glaiseux et ils se délitent avec une facilité extrême. 11 n'y a pas à s'occuper
du débourbage : cette opération n'existe pour ainsi dire pas. C'est là un avantage énorme quand on connaît les ennuis que causent les alluvions glaiseuses à diviser et à débourber d'une manière complète, avant de les envoyer dans les sluices. Les argiles ont une tendance déplorable à se mettre en boule dans les appareils et y occasionnent de fortes pertes d'or.
J'attribue la majeure partie des facilités qu'ont eues les Sartes à tirer parti de leurs alluvions à cette absence presque complète de glaise.