MANŒUVRE ET PAPILLON NAGE
Comme contre-partie, diamétralement opposée, on peut citer les sluices sibériens, dont la longueur ne dépasse jamais 9 mètres et dans lesquels on arrive cependant à retenir d'une manière très complète l'or, même fin, contenu dans l'alluvion.
Les dispositifs pour l'or gros et moyen varient à l'infini, et il serait oiseux de vouloir en faire ici la nomenclature. Pour For fin, qui constitue la difficulté majeure de ce captage du métal précieux, je ne connais rien de plus efficace et de plus simple que les tapis en fibres de coco {cocoanut-matting), recouverts soit de plaques métalliques, perforées en quinconce, soit même simplement d'un réseau de fil de fer.
VI. Manœuvre et papillonnage. — Papillonnage sur point fixe. — Je suis arrivé à simplifier considérablement la manœuvre des dragues h or et à assurer le nettoyage complet du bed-rock constituant le fond des placers, en remplaçant le papillonnage sur câbles ou chaînes par le papillonnage autour d'un point fixey constitué par un pieu traversant la coque et venant s'implanter dans le fond du terrain.
On sait que la manœuvre du papillonnage consiste dans le mouvement alternatif de va-et-vient qu'on imprime h la drague pour présenter successivement chacun des godets de la chaîne à une portion non entamée du front de taille sous-marin. En combinant ce mouvement latéral avec des abaissements successifs de l'élinde après chaque passe, on arrive, h raboter, pour ainsi dire une série de gradins dans le fond de l'eau jusqu'à ce qu'on atteigne à la profondeur maxfma de dragage. 11 faut, quand on opère simplement au moyen de quatre chaînes, un chef de drague très habile pour qu'il ramène, après chaque va-et-vient, l'appareil dans sa position initiale. Il en est rarement ainsi, et il reste généralement entre deux passes consécutives des triangles allongés de terrain non excavé. Cet inconvénient n'a pas une grande importance dans les dragages maritimes et fluviaux ordinaires; mais il n'en est pas de même dans les dragages aurifères. Ces lambeaux inattaqués de l'alluvion voisine du bed-rock sont, en effet, les parties les plus riches en métal précieux, et c'est justement après avoir dépensé beaucoup d'argent pour enlever les déblais superficiels stériles ou légèrement aurifères qu'on laisse échapper la meilleure partie de la recette par un dépouillement insuffisant du fond.
Le papillonnage sur piquet fixe supprime cet inconvénient, car toutes les passes, s'exécutant autour d'un même centre, forment un tore à axe vertical descendant depuis la surface jusqu'au bed-rock lui-même. Une fois cette limite atteinte, l'emploi des piquets permet, comme on va le voir, d'avancer d'une quantité déterminée, qui, par construction, est justement égale à la longueur sur laquelle les godets mordent et rabotent horizontalement le fond sous-marin du champ de dragage.
A cet effet, mes dragues sont munies de deux forts piquets en bois ou en fer encastrés à frottement doux dans une gaine reliée à la coque. Les piquets métalliques sont constitués par deux grands tubes en tôle d'acier de 0m,40 de diamètre terminés par une pointe en fonte durcie. Chacun de ces piquets pèse 1.500 kilogrammes. On fait varier leur poids, à volonté, en les remplissant plus ou moins d'eau. Leur étanchéité à vide permet de les faire flotter, de les remorquer sur les rivières et de leur faire passer les sauts, au moment du transport avant le montage. Ils sont manœuvres par une potence avec renvois de poulies, actionnées par un treuil à vapeur, ce qui permet de les relever ou de les mouiller au commandement du chef de manœuvre.
Les piquets en bois dur, qui sont fournis par la forêt voisine, sont plus souples et plus recommandables que ceux en fer. Il faut leur donner au moins 0m, 60 de diamètre.
La distance de ces piquets est égale à celle dont il faut avancer la drague à chaque passe nouvelle pour assurer le dépouillement complet du fond.
Le papillonnage s'exécute en prenant pour centre l'un quelconque des piquets, l'autre étant relevé; et la manœuvre de va-et-vient s'opère uniquement au moyen de deux chaînes passant à tribord et à bâbord sur des renvois de poulies, actionnées par un treuil à vapeur. Lorsqu'on veut procéder à l'avancement de la drague, après avoir atteint le bed-rock, on commence par relever l'élindeau niveau supérieur de l'alluvion, puis on fait à blanc la manœuvre suivante :
Supposons que la drague se trouve dans sa position normale droite au courant, et qu'on papillonne sur le piquet bâbord.
1° Venir de 30° sur bâbord et planter le piquet tribord ;
2° Relever le piquet bâbord et papillonner de 60° sur tribord ;