UTILISATION DES RESSOURCES DES UNIVERSITÉS
pire. Nous allons voir maintenant comment elle est mise en œuvre par Tindustrie et quels sont les bienfaits que celle-ci en retire.
La chimie est depuis longtemps, en Allemagne, une carrière. Il n'est pas une usine de produits chimiques, de matières colorantes, de produits pharmaceutiques ; il n'est pas une teinturerie, pas une fabrique de tissus imprimés, etc., qui n'emploie un ou plusieurs chimistes. Il en est même, et elles sont relativement nonîbreuses, qui, à côté des ateliers de fabrication toujours dirigés par des chimistes, possèdent de vastes laboratoires, de véritables usines de recherches qui, au point de vue des aménagements, peuvent rivaliser avec les plus beaux instituts des universités. Ces laboratoires sont peuplés de chimistes qui, la plupart, ont déjà fait leurs preuves, et dont la fonction est de poursuivre des recherches, dans une direction déterminée et utile à l'industrie qui les emploie (1).
Le choix de ces collaborateurs ne se fait pas au hasard, et il ne suffît pas d'être muni d'un diplôme pour être accrédité ; coînme dans les universités, beaucoup d'entre eux sont appelés sur la foi des travaux qu'ils ont publiés et la réputation qu'ils ont acquise dans la spécialité à laquelle ils se sont voués.
Les industriels sont toujours à l'affût et au courant des
(I) Comme exemples nous ne citerons que les suivants : la Société Badoise de Ludwigshafeu occupe 80 chimistes dont 2 sont directeurs ; — la Fabrique de matières colorantes de Hôchst en emploie également 75 à 80; — la Fabrique de couleurs d'Elberfeld en accuse 76 ; — la Société par actions pour la fabrication des couleurs d'aniline de Berlin en occupe 30.
originalités qui se révèlent, et sont prêts à faire les offres les plus brillantes aux laborieux qui, par leur découvertes, peuvent ajouter à la prospérité de leur établissement.
Un trait non moins significatif qu'il convient de citer: lors même qu'ils sont rétribués par les usines auxquelles ils sont attachés, beaucoup de chimistes gardent la propriété scientifique de leurs découvertes, dont l'exploitation seule, protégée par la prise de brevets, appartient à l'usine. Enfin, dans la plupart des usines, pour susciter l'émulation, on attribue à l'auteur d'un produit nouveau, d'une amélioration, une part des bénéfices qu'entraîne la découverte ou le perfectionnement. Voilà pour le travail intérieur des usines.
Mais celles-ci ne se bornent point à mettre en action leur propre personnel. Elles s'attachent encore régulièrement, comme conseils, les professeurs d'universités les plus renommés, ou s'assurent la propriété de leurs découvertes éventuelles.
Les savants, en Allemagne, ne dédaignent d'ailleurs point de prendre, eux-mêmeset en leur nom, des brevets qu'ils cèdent ensuite aux fabriques qui désirent les exploiter.
On le voit, c'est un vrai drainage de la production scientifique au profit de l'industrie. Toutes les réactions, tous les procédés de synthèses nouveaux, qui sont susceptibles de recevoir une application immédiate ou éventuelle, sont brevetés et monopolisés par l'industrie nationale.
Il faut cependant reconnaître que, si les progrès de la chimie pure ontexercé une influence féconde sur l'indus-