RESSOURCES DES UNIVERSITÉS ALLEMANDES
Ajoutons aussi que les États sont pénétrés de l'idée que -« nulle ressource, nulle opulence, ne doit être ménagée ^ renseignement supérieur, car c'est de lui que tout •découle ». On peut lui appliquer une expression arabe •et dire : Il est « tête de source » et « père de la fécon- <iité (1) ».
Le budget des 22 universités de l'Empire s'est élevé, en 1891-1892, à 24,891,241 francs. Les 10 universités du royaume de Prusse disposaient à elles seules de 13,765,020 francs. A cette somme il convient d'ajouter des dépenses extraordinaires qui, pour la même année, se sont élevées à 5,961,216 francs, ce qui, pour l'ensemble des universités allemandes, fait un total de 30,852,457 francs. Sur cette somme, 6,091,447 francs viennent de fonds leur appartenant, intérêts de capitaux, revenus de biens-fonds, immatriculations, cotisations et fondations (2).
Répartie sur la population entière de l'Empire, cette somme correspond à Ofr. 50 par tête d'habitant, tandis qu'en France l'impôt, de ce chef, atteint seulement fr. 35 par tête d'habitant, le budget de notre enseignement supérieur ne dépassant pas 14 millions de francs. Dans ce chiffre sont compris les budgets du Collège de France, du Muséum, de l'École normale, de l'École des chartes et de l'École des langues orientales (3).
Nous ne possédons pas les budgets des différentes écoles d'application allemandes, dont il a été question
(1) Maxime du Camp, Le Crépuscule.
(2) Die dçutschen Vniversitàten.
(3) Liard, Universités et facultés,
Haller. — Industrie chimique. 2
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plus haut, mais il doit être très élevé, étant donné le nombre considérable d'élèves qui fréquentent ces établissements.
En ce qui concerne les études chimiques, c'est à Liebig que l'Allemagne doit leur extension et l'influence heureuse qu'elles ont exercée sur les progrès de l'industrie. Dès 1825, Liebig, alors professeur à l'Université de Giessen, comprit l'importance que pouvait avoir, pour le développement de l'industrie, la formation de chimistes pratiques, possédant à fond tous les procédés analytiques et familiarisés avec les méthodes en usage dans les laboratoires.
L'exiguïté de son installation ne lui permit d'abord de prendre que 9 élèves ; en 1838 il en eut 38, et en 1841-1842,50 suivirent son enseignement pratique (1). Son exemple fut bientôt suivi par d'autres universités, comme Marbourg, Gôttingue, Leipzig, Breslau, Greifswald, Heidelberg, etc., où Bunsen, Wôhler, Erdmann, etc., prirent la direction de l'enseignement.
Les résultats obtenus tant au point de la science pure qu'au point de vue de ses applications engagèrent les pouvoirs publics des différents États à doter leurs universités de nouveaux instituts, dont Tinstallation fût en rapport avec les progrès accomplis. C'est ainsi que, dans les vingt-cinq dernières années, surgirent les beaux laboratoires de Bonn (1867) et de Berlin (1868) avec Kekulé et Hoffmann comme directeurs ; puis ceux de Leipzig (1868), de Munich (1877), de Kiel (1880), de Fribourg,
(1) Wirthschaftliche Bedetifung chemischer Arbeit, par le docteur H. Wichelhaus.
LABORATOIRES DE CHIMIE EiN ALLEMAGiNE. 27
deGiessen, de Strasbourg (1885), de léna, de Tubingue, de Gôttingue (1888), de Greifswald, de Halle, de Heidelberg(1892), de Kônigsberg, de Marbourg, de Munster, etc. Les Écoles polytechniques d'Aix-la-Chapelle, de Carlsruhe, de Brunswick, de Charloltenbourg, de Darmstadt, de Dresde, de Hanovre, de Munich, de Stuttgart, les Écoles d'agriculture, les Académies des mines de Berlin, de Clausthal, de Freiberg furent, elles aussi, largement pourvues de laboratoires où les recherches de chimie pure se font concurremment avec celles de chimie appliquée.
Nous ne saurions trop le répéter, la direction de tous ces laboratoires est toujours confiée à des hommes d'une haute autorité scientifique et qui se donnent pour tâche, non seulement d'initier les jeunes étudiants à la pratique de la chimie, mais encore et surtout d'éveiller en eux l'esprit de recherches et de susciter leur initiative dans la voie des découvertes.
C'est avec de tels moyens et avec une telle conception de leurs devoirs que les chimistes allemands sont arrivés à accumuler cette masse de matériaux dans toutes les branches de la science chimique ; c'est en instituant ces usines de science pure et appliquée, qu'ils ont réussi à former ces légions de chimistes qui peuplent non seulement les laboratoires et les fabriques allemandes, mais encore bien des universités et des usines étrangères. Il est en effet à remarquer que ce ne sont pas uniquement ses nationaux que l'Allemagne attire et instruit, mais encore les étrangers. Ceux-ci y affluent, en partie à cause de la réputation des universités, en partie aussi, il faut le reconnaître, à cause de la facilité avec laquelle
on y obtient des grades ; et, de retour dans leurs foyers, ils gardent le souvenir des maîtres qui les ont instruits et de la nation qui les a accueillis. C^est ainsi que, rémigration aidant, se fait la diffusion de la science allemande, des idées allemandes, et des marchandises et produits allemands. Propagande naturelle, n'exigeant point d'effort et toute au bénéfice de l'Allemagne qui recouvre ainsi au centuple les sacrifices qu'elle fait pour son enseignement. Dans notre voyage à travers les États-Unis, nous avons été témoins de cette diffusion ; dans toutes les Universités qu'il nous a été donné de visiter, de New- York à San Francisco, la plupart des maîtres (i) ont fait leurs études en Allemagne, et se sers^entde produits et d'instruments allemands. Persuadés que l'enseignement supérieur en France est l'apanage exclusif de nos grandes écoles qui sont fermées aux étrangers, « ceux-ci traversent notre pays, visitent nos villes et nos monuments et vont s'instruire en Allemagne » I Seules nos facultés de médecine attirent un certain nombre d'étudiants du dehors.
Nous venons de donner un aperçu des ressources dont, dispose la science allemande et des nombreux foyers d'où cette science rayonne et se répand à travers l'Em-
(1) En 1891-1 89*2, il n'y avait pas moins de 446 étudiants de nationalité américaioe dans les universités allemandes, et sur ce nombre 2ô3 fréquentaient les facultés de philosophie qui comprennent, en Allemagne, les lettres et les sciences. D'autre part, les Écoles polytechniques, d'agriculture, les Académies des mines, etc., reçoivent aussi des étrangers, de sorte qu'on évalue à 800 environ le nombre* de jeunes Américains qui suivent annuellement le haut enseignement de l'Empire allemand.