LES FABRIQUES DE PRODUITS DE LA GRANDE INDUSTRIE CHIMIQUE
ALLEMAGNE
Abstraction faite de l'influence considérable que Liebig a exercée sur le développement de l'industrie chimique en général, par la vigoureuse impulsion qu'il a su donner aux études de chimie dans les universités, c'est à partir de l'époque où le grand savant a introduit dans la pratique agricole l'emploi des engrais artificiels, que date en Allemagne l'importance toujours croissante de la grande industrie chimique.
L'utilisation rationnelle des produits des mines de Stassftirt ne fut également pas étrangère à cette rapide prospérité.
Enfin, l'exploitation du procédé de fabrication de soude à l'ammoniaque, concuremment avec celui de Leblanc, et la lutte, féconde en résultats, qui en a été la conséquence, ont aussi contribué pour une large part à la rapide extension des usines de produits chimiques»
En 1891, l'Allemagne a produit 627,392 tonnes (1)
(1) Tous ces chiffres sont tirés du Guide «à travers rexposition chimique allemande, rédigé avec beaucoup de soin et de méthode par M. Witt, professeur de chimie à l'École technique de Charlottenbourg, et membre du Jury international des récompenses & l-Exposition de Chicago.
Haller. — Industrie chimique. 4
d'acide sulfurique ordinaire avec le soufre et les sulfures suivants :
Tonnes.
Pyrites allemandes 138,910
Pyrites espagnoles 359,480
Sulfure de zinc 75,313
Soufre provenant des masses d'épuration
du gaz 10,000
Minerais sulfurés traités dans les usines métallurgiques de Freiberg, Oker et Mansfeld. 43,689
On estime cette production d'acide à 18,750,000 francs.
Indépendamment de l'acide à 66 degrés, les usines allemandes produisent encore de l'acide fumant, d'après la méthode de Winkler, acide qui est surtout employé dans les fabriques de matières colorantes. En 1890, cette production s'est élevée à 3,963 tonnes, d'une valeur totale de 406,248 francs.
La fabrication de l'acide sulfureux, qu'on livre à l'état liquide dans des cylindres en acier, s'est également introduite dans les usines et augmente d'année en année. L'industrie de l'acide azotique, celles des engrais et du salpêtre consomment pour près de 66,250,000 francs de nitre du Chili par an (i).
L'Allemagne est une des contrées les plus riches en sel, de l'Europe et même du monde entier. Elle est donc en mesure de fabriquer tous les produits dérivés de ce corps, comme de l'acide chlorhydrique, du chlore, du carbonate de soude, de la soude caustique, etc. En 1891, les seules mines de Stassfttrt ont produit
(1) Chiffres de 1890.
2,548,600 tonnes de dififérents sels estimés environ 41,875,000 francs. Cette masse de sels se décompose en :
Tonnes. Valeur.
Sel gemme 666,802 3,723,750 fr.
Sel à la poêle 503,200 16,836,250
CaraalUte 906,400 } ,« ,-^ «^
Kaïnite 472,200 ) 2-c,di/,75U
L'exportation de sel a atteint 196,578 tonnes pour l'année 1890-1891, tandis que l'importation, pour la même période, n'a pas dépassé 24,499 tonnes.
L'industrie même des sels de Stassfttrt, c'est-à-dire le traitement méthodique des produits de la mine, a fourni en 1891 et en 1892 :
Tonnes. Valeur.
Chlorure de potassium. . . 143,487 24,587,500 fr.
Sulfate de potasse 18,980 2,887,500
Sulfate double de potasse
et de magnésie 12,453 1,204,570
Sulfate de magnésie. . .*. . 28,559 363,943
Chlorure de magnésium. 16,877 363,913
Ces nombres ont fléchi dans de notables proportions pendant l'année 1892, comme le montre le tableau suivant :
Tonnes.
Chlorure de potassium 114,311
Sulfate de potasse 15,465
Sulfate double de potasse et de magnésie. 12,550
Sulfate de magnésie 23,854
L'industrie de la soude qui, en 1877, ne produisit que 42,000 tonnes de carbonate, quantité insuffisante pour la consommation nationale, puisqu'il fallut importer 27,000 tonnes, travaille actuellement pour l'exportation.
Ainsi, en 1890, on fabriqua 195,000 tonnes de ce produit, dont 33,200 tonnes furent exportées, tandis qu'on n'importa que 1,300 tonnes. 80 p. 100 de cette soude sont fabriqués par le procédé à l'ammoniaque.
Le carbonate de potasse obtenu par 12 fabriques qui exploitent le procédé Leblanc a atteint, pour l'année 1891, le chiffre de 23,000 tonnes, estimées à iO millions de francs. L'excédent de l'exportation sur l'importation s'est élevé, pour 1890, à 9,584 tonnes évaluées à 45,000,000 francs. Jusqu'en 1875, l'Allemagne était encore tributaire des nations étrangères et surtout de la Russie qui importait ses potasses.
La découverte de procédés électrolytiquespour la préparation des bases alcalines et du chlore contribuera également, dans une large mesure, à la prospérité de l'industrie allemande. Pour le moment, on ne fabrique que du chlore, de la potasse et du chlorate de potasse par ces procédés, mais le moment n'est pas loin où ils seront économiquement applicables à la décomposition du chlorure de sodium.
L'Allemagne ne produit guère de chlorure de chaux, l'acide chlorhydrique qu'elle fabrique trouvant son emploi comme tel. Mais cette fabrication ne tardera pas à être entreprise, si la décomposition du sel par voie électrolytique devient rémunératrice. Les usines deGriesheim (1) transforment d'ailleurs déjà en chlorure de
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites le procédé de la Société de Griesheim a été mis en exploitation par la Société « Electron » à Bitterfeld, près de Magdebourg.
Une Société concurrente s'est même installée dans la même région, à Rathenow.
chaux le chlore provenant de Télectrolyse du chlorure de potassium. Comme nouveauté industrielle, il convient de citer le chlore liquide, que la fabrique de produits chimiques de Mannheim et la Rhenania^ d'Aix-la-Chapelle, livrent au commerce dans des cylindres en acier.
Indépendamment des sels de potasse et de magnésie, rindustrie des sels de Stassfttrt fournit encore de l'acide borique, qu'elle extrait de ses gisements de boracite. La production totale de cet acide a été jusqu'à présent de 2,000 tonnes.
En 1891, le traitement des eaux mères provenant de la fabrication du chlorure de potassium a fourni à ces mêmes usines 463 tonnes de brome, d'une valeur totale de 1,375,000 francs.
L'industrie des chromâtes et, en particulier, celle du bichromate de soude qui tend à remplacer de plus en plus le bichromate de potasse, la fabrication des silicates, des combinaisons fluorées et cyanées, de l'acide carbonique, de l'oxygène, se sontégalement développées en Allemagne, et contribuent pour leur part à la prospérité toujours croissante de la grande industrie chimique de ce pays.