PRODUITS
Les produits principaux qui caractérisent la grande industrie chimique sont :
1^ Les trois acides minéraux (acide sulfurique, acide chlorhydrique, acide azotique);
2** Le chlore, sous la forme de chlorure de chaux;
3^ Le carbonate de soude et la soude caustique.
Indépendamment de ces produits qui se fabriquent sur une vaste échelle, la grande industrie en prépare d'autres, d'une consommation plus restreinte, comme les sels de potasse, les cyanures simples et doubles, les sels d'alumine, les sulfates de fer, de cuivre, etc. Bien que beaucoup de ces substances aient des modes de formations qui leur sont propres, il en existe cependant dont la production est enchaînée à celle d'un petit nombre de produits.
Deux corps semblent en effet régir toute la grande industrie chimique et lui servir dç base fondamentale : ce sont le carbonate de soude et le chlore, ce dernier sous la forme d'hypochlqrite de chaux.
Intimement combinés l'un à l'autre dans un des produits naturels les plus répandus sur la surface du globe, le chlore et le sodium, sous leur forme utilisable dans la pratique journalière, jouent un rôle des plus importants dans l'industrie.
Du mode de préparation de l'un d'eux dépend non seulement celui de l'autre, mais encore celui de tout un cortège de produits, de fonction et de nature parfois opposées.
Il est donc facile de comprendre que tout changement introduit dans la préparation de l'une des combinaisons employées amène nécessairement une perturbation dans la production de sa partenaire.
L'industrie de la soude, d'après le procédé Leblanc, avait pour corollaire naturel celle des acides suif uri que, chlorhydrique, azotique, du chlorure de chaux et de la soude caustique. Les deux éléments du sel étaient livrés sous la forme sanctionnée par l'usage, et, dans ce cycle de réactions, on ne perdait en somme, jusque dans ces derniers temps, que le soufre.
Le procédé de Chance-Claus, qu'on a introduit dans les fabriques Leblanc, permet aujourd'hui de récupérer une partie de ce soufre, de sorte qu'aucun chaînon ne manque plus à l'anneau de la méthode, bientôt séculaire, de Leblanc. Ajoutons, toutefois, que l'on n'a songé à récupérer le soufre, à fermer le cycle, que poussé par Vaiguillon de la concurrence.
• Entre-temps a, en effet, surgi un nouveau procédé d'obtention de la soude, procédé plus élégant, d'une exploitation plus simple et donnant un produit plus beau
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et plus pur. Mais la mise en pratique du procédé à Tammoniaque a détruit toute harmonie dans cette belle suite de réactions, qu'une longue pratique était parvenue à équilibrer, et a jeté une perturbation profonde dans l'industrie. Pendant plusieurs années, te procédé Leblanc a été sujet à toutes sortes de fluctuations, et l'on n'a cessé de deviser sur son sort. Maintes fois on a cru sa fin prochaine, et toujours il s'est relevé par un perfectionnement nouveau, une meilleure utilisation des ressources dont il dispose. Malgré toutes les améliorations dont il a été l'objet, il ne doit cependant son maintien dans la pratique industrielle qu'aux lacunes qui existent dans l'ensemble du procédé à l'ammoniaque. Celui-ci permet bien de retirer la soude du sel, mais il a été jusqu'à présent impossible de lui adjoindre un procédé réellement pratique et avantageux, qui permît de retirer le chlore éliminé sous forme de chlorure de calcium. Les tentatives, pour aboutir à un résultat, ont été cependant nombreuses et variées. Les procédés Weldon Pechiney, Schlœsing, Mond, etc., témoignent des efiForts qui ont été faits dans cette voie. L'expérience n'a pas encore pu prononcer un jugement définitif sur la valeur de ces nouveaux procédés, de sorte que les fabriques de soude Leblanc auraient encore quelque chance de vie, si un nouvel intrus n'était sur le point de compromettre leur existence ainsi que celle de leurs rivaux.
Il s'agit de la découverte des procédés électrolytiques auxquels l'avenir appartient sans conteste.
Comme nous le ferons remarquer dans la suite, déjà l'on fabrique de la potasse et du chlorure de chaux, en
dissociant par la voie de Télectrolyse le chlorure de potassium, et le moment est proche où la même méthode nous permettra probablement d'avoir de la soude et du chlore en partant du sel.
' Le jour où les réactions seront simplifiées au point de ne nécessiter, pour leur mise en jeu, que les forces électriques, la grande industriq chiipique sera bouleversée de fond en comble.
On sera contraint de restreindre .la fabrication des acides sulfurique, chlorhydrique, celle de Tam^aoniaque ; il faudra trouver un autre emploi du bioxyde de manganèse, chercher de nouveaux débouchés pour le soufre, etc.
Une ère nouvelle s'ouvrira pour les chercheurs, ère qui ne sera pas moins féconde que celle qu'a ouverte à l'activité industrielle l'apparition du procédé à l'ammoniaque.
Aux prochaines assises internationales des arts et de l'industrie., le problème sera probablement résolu d'une façon définitive, et une étape nouvelle s^ra franchie dans cette marche incessante du progrès. .
Dans le rapport qui suit, nous, avons cru devoir adopter une méthode qui, à notre connaissance, n'a pas encore été suivie par nos devanciers. Persuadé. que nous sommes que, lorsqu'il $'agit d'une exposition internationale faite hors de France, tous les renseignements, quelques modestes qu'ils soient, peuvent être utiles à nos compatriotes, nous avons pensé à fg,ire précéder l'exposé des principaux progrès réalisés depuis 1889. dans la fabrication des produits chimiques, par la liste des exposants de toutes les nations qui ont
participé au concours de Chicago, et aussi par Tindication sommaire des moyens dont ils disposent pour soutenir d'une façon efficace la lutte pour l'existence.