DÉVELOPPEMENT DE L'INDUSTRIE EN ALLEMAGNE
l'empirisme régnait en maître, il en fut autrement.
A ce moment, il fallut à l'industrie une armée de travailleurs instruits, familiarisés avec toutes les méthodes des laboratoires scientifiques, pourvus de l'esprit d'initiative et sachant tirer parti, non seulement des connaissances accumulées par leurs devanciers, mais encore des découvertes qui se poursuivaient parallèlement dans le monde entier.
Cette armée, il faut le reconnaître, l'Allemagne la possédait à point nommé (nous verrons plus loin comment "elle s'est formée), et c'est au concours de ces forces réunies et à une judicieuse organisation, que son industrie doit son épanouissement actuel.
Sans doute les conditions politiques, résultat d'une guerre heureuse, sont pour quelque chose dans cette prospérité. Mais elles ne sont pas tout, et ce n'est pas seulement à notre situation de vaincus qu'il faut attribuer le malaise dont soufiFre notre industrie.
Qu'il nous suffise de dire que l'Angleterre est non moins atteinte que nous; depuis dix ans elle aussi jette des cris d'alarme et cherche les causes réelles de la diminution progressive de ses exportations.
Elle n'a cependant pas de défaite à invoquer; mais chez elle, comme en France, les mêmes causes ont produit les mêmes effets.
La rivale commune est l'industrie allemande, qui est entrain de conquérir le premier rang dans toutes les branches de la fabrication des produits chimiques. Il serait puéril et même dangereux de le méconnaître.
Elle règne déjà en maîtresse dans bien des domaines de rindustrie, en particulier dans celui des matières colorantes artificielles, des produits chimiques et pharmaceutiques, des parfums artificiels, etc. Sa grande industrie chimique, tout en n'atteignant pas encore le développement qu'ont atteint ses similaires de France et d'Angleterre, progresse constamment aux dépens de ces dernières.
Comment l'Allemagne est-elle arrivée à conquérir cette suprématie? Quelles sont les causes réelles de cette prospérité ?
Elles sont nombreuses, et varient naturellement avec le point de vue auquel on se place. Elles sont d'ordre moral, d'ordre écomomique et d'ordre scientifique.
Parmi elles, il faut signaler en première ligne les qualités mêmes du peuple allemand, son esprit pratique et non pas idéaliste, comme on l'a cru longtemps en France, son talent d'organisation, la notion très juste qu'il possède de l'utilité d'une division rationnelle du travail, son esprit de suite, ses habitudes de discipline, qualités auxquelles il faut ajouter un immense désir de conquérir la suprématie en toutes choses, une assurance non dissimulée de la supériorité intellectueUe qu'il croit avoir, un discernement judicieux dans l'art de la réclame, une persévérance dans la lutte qui touche parfois à l'àpreté, une activité remuante que rien ne rebute, etc. (1).
(1) Pour doDner un exemple de cet esprit pratique des Allemands, rappelons seulement que l'année dernière (1894) à la suitede rËxposilion, le gouvernement a reconnu l'utilité d'adjoindre