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Société Badoise pour la fabrication de couleurs

d'aniline et de soude.

(La Société possède des succursales à Neuville-sur- Saône, en France, et à Butirki, près Moscou, en Russie.)

Fondée en 1865 par la fusion de divers établissements qui avaient été créés peu de temps auparavant, la Société Badoise

commença avec un personnel de 30 ouvriers. Grâce à une intelligente direclion et à une bonne organisation, elle prospéra rapidement, et elle occupe actuellement 4,000 ouvriers.

Son capital-actions atteint 20,625,000 francs.

80 chimistes, dont deux directeurs, et 24 ingénieurs, sont chargés delà marche de la fabrication, ainsi que des recherches nouvelles, tandis que la partie commerciale est confiée à un autre directeur, qui a sous ses ordres 180 employés.

Les terrains appartenant à la Société ont une superficie de 7,785 ares dont 2,000 sont couverts par 323 ateliers de fabrication, 380 habitations ouvrières et 75 maisons d'employés.

Outre les usines de matières colorantes, la Société possède des fabriques d'alcalis et d'acides nécessaires aux besoins de sa consommation.

Située sur les bords du Rhin, les marchandises, la houille, dont elle consomme 160,600 tonnes par an, et les pyrites d'Espagne lui sont amenées par voie d'eau.

Un chemin de fer, d'une étendue de 25 kilomètres, avec 250 wagons, dessert les différents ateliers entre eux et les relie à la voie ferrée principale delà contrée.

66 chaudières de 8,200 chevaux fournissent la vapeur nécessaire à tout l'établissement. 159 machines motrices de la force de 3,500 chevaux, 3 moteurs à gaz (16 chevaux), 1 moteur électrique de 3 chevaux font marcher 10 compresseurs à air, 10 pompes à vide, 4 pompes à eau et 3 machines dynamo-électriques.

L'usine à gaz produit annuellement 8 millions de mètres cubes de gaz, et la consommation de l'eau atteint 9 millions de mètres cubes.

Les matières premières employées sont, indépendamment du goudron de houille, la pyrite, le nitre du Chili, le calcaire, le sel, le bioxyde de manganèse, les sels de chrome, l'indigo, l'acide gallique, etc.

Avec de tels moyens et une pareille organisation, faut-il s'étonner que la Société Badoise ait été le siège de nombreuses découvertes dans le domaine des matières colorantes

comme dans celui de la science pure, et qu'elle ait enrichi la palette du teinturier des couleurs les plus brillantes et les plus variées.

Une énumération rapide des principaux produits découverts et exploités nous permettra de faire voir toute la part qui revient à la Société Badoise dans cette marche ascendante delà science, alliée à l'industrie. En 1868, la première de toutes les usines, elle monta la fabrication de l'alizarine, dont MM. Grœbe et Liebermann venaient de faire la synthèse au moyen de l'anthraquinone, dibromée. De concert avec M. Caro, on modifia le procédé primitif, et Ton fabriqua cette substance, ainsi que Tanthrapurpurine et la flavopurpurine, en partant des acides anthraquinonesulfoniques.

En 1874, elle versa sur le marché les belles couleurs dérivées de la résorcine : les éosines A, S et BN (tétrabromofluorescéine, son éther éthylé et la bromonitrofluorescéine).

En 1875, elle fabriqua pour la première fois industriellement l'orange d'alizarine (bétanitroalizarine). La purpurine synthétique (1876), le bleu méthylène (Caro), le sulfoconfugué de fuchsine, le violet acide 4BN (1877), le p naphtolazonaphtionate de soude (rouge solide, 1878) se succédèrent rapidement.

En 1878, elle rendit industrielle la production de la belle matière colorante bleue découverte par M. Maurice Prudhomme, en chauffant la nitroalizarine avec de la glycérine et de l'acide sulfurique. Ce bleu d'alizarine, insoluble, acquit une plus grande importance quelques années plus tard, quand il fut rendu soluble par sa combinaison avec les bisulfites alcalins (Brunck, 1880). Son emploi en teinture ne cessa d'augmenter à partir de cette époque.

L'année 1879 vit apparaître le jaune de naphtol S, le vert lumière S, un des premiers verts acides livrés au commerce.

En 1880, année de la belle découverte de M. A. von Bœyer, elle fabriqua industriellement l'acide o. nitrophénylpropiolique, destiné, par l'intermédiaire d'agents réducteurs, à

produire l'indigo sur la fibre même. Le prix élevé de cet acide rend encore son application restreinte.

Le premier noir azoïque connu parut en 1882, sous le nom de noir bleu B.

De 1883 à 1885, la Société fit valoir Je procédé découvert par M. Kern et exploité en collaboration avec M. Garo, pour la préparation de toute une série de couleurs du triphénylméthane, par l'emploi du gaz phosgène. Parmi les nombreux dérivés obtenus, les suivants ont survécu industriellement :

Violet cristal (1883) ;

Violet éthyle (1883);

Bleu Victoria A et 4R ;

Bleu nuit (1884);

Auramine (1884) ;

Violet alcalin (1886).

En 1885, le violet acide 7B de G. L. MuUer, la tartrazine de J. H. Ziegler et le marron alizarine furent livrés au commerce.

En 1886, ce fut le tour du bleu acétine (G. Schrader) de la galloflavine de R. Bohn, du brun d'anthracène et du rouge naphtylène (A. Rômer). L'année 1887 vit apparaître un nouveau noir azoïque, le noir violet, et l'on tira en même temps de l'oubli la naphtazarine que Roussin avait découverte en 1861, et dans laquelle on reconnut une matière colorante de valeur. Bohn la combina aux bisulfites et elle a pris rang en teinture sous le nom de noir d'alizarine S.

Non moins importante fut la découverte des phtaléines basiques (Gérésole), parmi lesquelles nous citerons la rhodamine S de Gnehm, du bleu Nil de Reissig, de l'azocarmin de Schraube, du jaune coton G de G. L. Muller, enfin du jaune carbazol, du vert d'alizarine, du vert bleu d'alizarine et de l'alizarine indigo de R. Bohn.

L'année 1889 fut également féconde en résultats. Elle vit naître le jaune d'alizarine A de R. Bohn, le rouge saumon de G. L. Muller et le jaune d'alizarine G de N. V. Nencki.

Hallbr. — Industrie chimique. 15

iU MATIÈRES COLORAyrES ARTDICIELUS.

En 1890 et WH R. Bohn décooTre Faiariiie et le Uea d'anthraeène, P. iolîas le Mea Indien, et C L. Mnller le violet acide 6BN-

L^énumération des prodoil» déconTerts et exploités par la Société Bad' * ;e prouve combien est grande la part qu'elle a prii^e au développement de llndostrie des colorants tiré» du goudron de houille. Ajoutons aussi qu'un certain nombre de ses découvertes ont été fiructneuses non seulement pour la technique, mais aussi pour la science pure.

Qull nous suffise de citer un exemple : c*est à la suite de la fabrication industrielle du bleu de M. Prudhomme que M« Grœbe, en étudiant ce bleu, reconnut le rôle que jouent dans cette préparation le corps nitré et la glycérine. Cette étude conduisit Skraup à préparer. Tannée suivante, la quinoléine synthétique, en chauffant un mélange d^aniline, de nitrobenzine, de glycérine et d'acide sulfurique.

Depuis lors, la réaction est devenue classique, et a ouvert la voie à de nombreuses synthèses.

4. — Fabrique de produits chimiques, connue autrefois sous la raison sociale J. W. Weiller, à Ebrenfeld, près de Cologne sur le Rhin.

(Société par actions.)

(Uil établissement fondé en 1861, fut érigé en Société par actions en i889, avec un capital de 2,656,000 francs. On y prépare les matières premières pour la fabrication des couleurs artificielles.

Ces matières sont tirées du goudron de houille, et livrées dans un grand état de pureté, il en est ainsi des carbures de la série du benzène, de leurs dérivés nitrés, comme le binitrubenzène et le binitrotoluène, de Taniline, des toluidines, des xylidines et des naphtylamines.

Les acides azotique et sulfurique, nécessaires à ces nitrations, sont également préparés dans l'usine même.

Cet établissement a exposé les produits suivants : Benzène, toluène, xylène, nitrobenzène, nitrotoluène, nitroxylène aniline, toluidine, orthotoluidine, paratoluidine, xylidine, méthylaniline, sels d'aniline et de xylidine, nitronaphtaline, naphtylamine , binitrobenzène, binitrotoluène, binitronaphtaiine.

5. — Fabriques de produits chimiques dérivés du goudron de houille de Rut-Rûtgers, à Berlin.

Succursales à Schwientochlowitz (Haute-Silésie) et Witkowitz

(Moravie) .

Le siège de la Société est à Berlin.

L'usine de Schwientochlowitz fut fondée en 1888 pour la fabrication du goudron au moyen des fouies à coke, des huiles de goudron et de l'ammoniaque. Elle traite annuellement 300,000 quintaux métriques de goudron, et parait être la plus grande fabrique de son genre sur le continent.

Les produits qu'elle livre au commerce sont purs. A part le carbolinéum, dont elle exporte de grandes quantités aux États-Unis, toute la fabrication est consommée en Europe.

L'usine occupe 5 chimistes, 1 ingénieur et 18 employés. Le personnel des ouvriers se compose de 220 hommes et de 20 femmes.

La fabrique de Witkowitz a été érigée en 1892, et est susceptible de traiter 100,000 quintaux métriques de goudron provenant des fours à coke.

La fabrication de cette maison comprend l'ensemble des produits bruts et raffinés que l'on tire du goudron de houille.

Nous citerons les différentes variétés de benzène commerciales, le toluène, les trois xylènes, le cumène, l'huile de créosote, les bases pyridiques employées pour la dénaturation de l'alcool, le phénol pur, du crésol, de l'anthracène brut et cristallisé de la naphtaline brute, cristallisée et sublimée, du sapocarbol, du carbolinéum, de l'a mé-

Ihylnaphtaline, de la p naphtaline, deTacridine et son chlorhydrate, de Fa, p et Y pyrocrésol, de la pyridine, de la quinoléine, de î'acétanphtène, du phénanthrène, etc.

Avant de donner les modes de production et la composition des différentes couleurs nouvelles, nous allons exposer, d'une façon sommaire, les idées qui ont cours sur la constitution des matières colorantes artificielles, et les tentatives qui ont été faites pour en déduire une classification.

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