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CHAPITRE IV

Travail do Braaie.

I. Aspect général et conditions de l'industrie du bronze. — On n'a qu'à jeter les yeux autour de soi dans la capitale de la France pour deviner les ressources que l'industrie bronzière y possède. Des monuments nombreux et divers, ici des colonnes triomphales, là des statues

équestres, ailleurs les portes gigantesques d'un temple, y proclament bien haut sa puissance. La réputation de nos fabriques s'étend au delà de nos frontières, et beaucoup de cités étrangères doivent à nos bronziers les ouvrages qui ornent leurs places publiques ou qui enrichissent leurs musées. Le goût de nos artistes a conquis à nos fabriques une réputation analogue à celle que se créèrent jadis Venise pour ses verreries et Tolède pour ses armes, et dont le temps a dépossédé ces deux villes. En ce genre nos œuvres d'art ont le monde entier pour marché, et nos exportations sont considérables. On peut donc à juste titre considérer l'industrie des bronzes comme une de celles où la supériorité de la France, pour les articles de luxe, est des plus incontestées. Nous avions vu figurer dans nos Expositions nationales, et nous avons rencontré à l'Exposition universelle de 1855, soit clans la nef, soit dans les galeries, les noms de plusieurs habiles fabricants qui, pour maintenir à nos produits leur vieille renommée, ont su résister aux tentations d'une fabrication purement mercantile. On ne saurait trop encourager, dans l'intérêt de cette industrie, les fabricants qui restent fidèles aux saines traditions, soit pour le choix des sujets, soit pour la fabrication même du bronze. Le bronze est cher quand il est de bonne qualité; celui qu'on vend à bas prix est défectueux. L'emploi des meilleures matières convient seul aux fabrications des articles de goût.

Le bronze, comme on sait, n'est pas un métal simple; c'est un alliage dont les éléments mêmes varient. La composition s'en obtient le plus habituellement en combinant avec le cuivre, d'après certaines proportions, le plomb, le zinc et l'élain. La série des usages auxquels le bronze est appliqué correspond à des professions variées,

telles que celles des mouleurs, fondeurs, tourneurs, sculpteurs, ciseleurs. marbriers, horlogers, lampistes, etc. Il y a des traits curieux dans les procédés usités pour les différentes applications du bronze. Quelquefois plusieurs sont réunies dans un même atelier; il en est d'autres qui s'exécutent isolément et forment ainsi une industrie spéciale. La fonte de bronze est une opération qui date de fort loin, comme l'attestent les monuments de l'ancienne civilisation. De tout temps, on a reconnu que l'alliage constituant le bronze, était plus fusible que le cuivre seul, et que les objets fondus étaient plus à l'abri de la dégradation. Si on reprenait la fonderie du bronze dans les temps les plus reculés, au siècle d'Alexandrele-Grand, par exemple, à l'époque où florissait le statuaire sicy onien, Lysippe, pour redescendre jusqu'au dernier siècle aux œuvres si justement renommées des frères Relier, on ne trouverait pas les traces de notables progrès dans la fonte même du métal. C'est à notre temps que revient le mérite d'avoir simplifié, d'avoir perfectionné les procédés mis en usage. L'industrie des bronzes exige des ouvriers fort habiles, surtout pour quelques-unes de ses opérations. Quand on voit étalées confusément sur la table d'un atelier les cent pièces qui doivent être réunies pour composer un seul modèle, il est facile de comprendre que la main qui les ajustera ne saurait être la main d'un simple manœuvre. Les monteurs, les ciseleurs et les metteurs en couleur ont besoin, chacun pour sa part de travail, d'avoir à un certain degré le sentiment de l'art. II. Trophées des bronzes. — Deux trophées avaient été dressés par l'industrie du bronze dans la nef du Palais de l'Industrie. L'un était affecté aux bronzes d'art, et l'autre aux bronzes d'ameublement. Nous devons employer ces dénominations que l'usage a consacrées, bien

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qu'elles ne soient pas rigoureusement exactes. Les articles classés daus la catégorie des bronzes d'art deviennent à tout moment, par la destination qu'ils reçoivent, des objets d'ameublement. Ces derniers, au contraire, communiquent avec le domaine de l'art, parce qu'ils supposent la création d'un modèle. Sachons seulement que la catégorie des bronzes d'art embrasse, en général, les produits de la sculpture mécanique ; et celle dos bronzes d'ameublement, les applications si diverses de ce métal dans la fabrication des pendules, des candélabres, des lampes, des vases montés en porcelaine et en cristal, des socles destinés à 1a marbrerie et à l'ébénislerie, etc. Cette distinction n'empêche pas que le goût du fabricant puisse faire passer ces derniers ouvrages dans la catégorie de l'art.

Le premier de ces deux trophées se composait principalement de reproductions, sous une forme réduite, des plus belles statues antiques, de vases et de candélabres également empruntés à l'antiquité, et de quelques statues modernes.C'estM.Barbedienne qui avait érigé ce trophée. La réduction des modèles est opérée par lui d'après les ingénieux procédés inventés par M. Collas, et qui peuvent passer pour une des belles inventions de ce tempsci. Ce mécanisme avait éveillé, il y a une vingtaine d'années, l'attention de tous les amis des arts. La réduction de la Vénus de Milo, dont l'original enrichit le musée du Louvre, fut le premier exemple, soumis au jugement du public. Il avait été fort admiré à l'Exposition nationale de 1839. Avant cette découverte qui a donné naissance à l'industrie de la sculpture mécanique, on ne pouvait avoir que des copies des œuvres de l'antiquité. Or, comme ces copies sont nécessairement fort chères, elles ne sortaient guère de l'enceinte des collections pu-

bliques. De plus, elles sont rarement fidèles. 11 est difficile que l'artiste qui copie un modèle n'y mette pas quelque chose de son propre fonds. S'il porte en lui quelques étincelles de ce feu sacré qu'on appelle le génie, il court gros risque de se laisser aller, sur un point ou sur un autre, à oublier pour sa pensée personnelle celle du sculpteur primitif. S'il manque , au contraire , d'inspiration, il ne comprendra pas suffisamment celle du maître. Les copies se ressentent même de l'époque à laquelle elles sont faites, et empruntent toujours quelques traits de son caractère et de son goût. Considérez une œuvre de ce genre datant du règne de Louis XIV, une autre de celui de Louis XV, et enfin une troisième de la fin du xvmc siècle, du temps de David, vous verrez comme l'antiquité peut être différemment comprise et rendue quand elle est livrée à nos mobiles impressions.

L'industrie de la sculpture mécanique a permis d'exécuter des reproductions mathématiquement exactes, et par conséquent de multiplier tes images les plus parfaites du beau, qui se soient produites à travers la succession des âges. Elle a rendu possible de propager ces exemples et de populariser les chefs-d'œuvre en abaissant considérablement le prix des copies, dont la forme réduite s'accommode d'ailleurs bien mieux aux dimensions des demeures particulières. On lui adresse cependant certaines critiques. On reproche notamment à sa rigidité mathématique d'altérer l'expression du sentiment de l'artiste. S'il s'agissait de la peinture, qui est un art plus vague et plus sentimental que la sculpture, on comprendrait l'insuffisance d'un procédé mécanique; mais pour une stalue, le beau est dans les formes, et comme les formes sont parfaitement saisissables, on conçoit très-

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bien qu'elles puissent être reproduites avec une fidélité rigoureuse.

Un mot maintenant sur les procédés suivis par M. Barbedienne. Ils sont assez curieux pour que nous en recueillions la notion en passant. Lorsque M. Collas commença ses premières recherches, on connaissait déjà l'instrument appelé tour à portrait, inventé par Hulot, vers Tannée 1750, et à l'aide duquel on pouvait opérer la réduction des bas-reliefs de toute grandeur. M. Collas est parti de ce premier point. Son idée, de même que toutes les idées justes, une fois qu'elles se sont traduites en fait, parait bien simple aujourd'hui; toutefois, elle a reçu de M. Collas lui-même des améliorations importantes. A l'origine, la méthode consistait à transformer les modèles en bas-reliefs avant d'en exécuter la réduction. Ainsi voilà cette Vénus de Milo qu'on voulait ramener à de plus petites dimensions : on l'avait moulée d'abord, puis on avait divisé le modèle en fragments, qu'on avait traités comme des bas-reliefs, sauf à recomposer ensuite la statue par la réunion de tous les fragments. Le tour à portrait avait dû subir, pour ce nouvel usage, d'importantes modifications effectuées avec bonheur par M. Collas. Celte manière primitive de procéder a été complètement transformée. Un second instrument qui procède non plus du tour à portrait, maisdupanlographe a été substitué à celui à l'aide duquel on avait opéré la réduction de la Vénus de Milo. Il n'est plus nécessaire de ramener le modèle à l'état de bas-relief; on ne le divise même en plusieurs fragments que dans des cas assez rares, et quand quelques parties en sont trop contournées. L'instrument est garni de deux branches correspondant l'une à l'autre et revêtues d'une broche. Tandis que l'une est promenée très-légèrement sur le modèle, l'autre passe

sur un bloc de plâtre, sur lequel s'opère la réduction. On se servait à l'origine, au lieu de plâtre, d'un morceau de savon blanc très-dur ; mais on a reconnu que le plâtre, moyennant certaines préparations spéciales, se prête mieux à l'opération. L'appareil demande, du reste, à être manié avec une extrême délicatesse ; il est muni d'un ressort à l'aide duquel on peut sans peine en régler les mouvements. Le modèle lui-même est posé sur une base solide qui permet de faire présenter successivement toutes ses faces à rinstrjgpent. Outre les reproches formulés contre la sculpture mécanique en général, il en est d'autres qui ont été plus particulièrement dirigés contre les procédés suivis par M. Barbedienne. Il est impossible, a-t-on dit, de conserver exactement les proportions primitives avec la soudure des fragments qui suit la réduction. Une telle critique ne pouvait tout au plus s'adresser qu'aux procédés primitifs abandonnés depuis longtemps. Chose singulière ! elle s'est perpétuée ; mais ce n'est que par ignorance des transformations accomplies. Une preuve que les obstacles ont été suffisamment surmontés, c'est que les artistes vivants pour leurs œuvres, et les admirateurs de l'antiquité pour ses modèles, quoique fort difficiles à contenter les uns et les autres, ne se plaignent point du défaut d'exactitude.

On fait usage d'un autre procédé de réduction qui présente dans les détails quelque analogie avec celui de M. Collas, mais qui en diffère sÔus des rapports essentiels, à savoir : du procédé de M. Sauvage. Avec ce dernier, on ne ramène pas non plus le modèle à l'état de bas-relief en le brisant. L'instrument réducteur est également muni de broches; mais on ne s'écarte pas assez des données du pantographe. Les branches de l'instrumept nous ont paru manquer de points d'appui suffisants et de

régulateur. Aussi, quoique ce mécanisme soit employé avec beaucoup d'intelligence et d'art par MM. Sauvage fils et Caffort, il ne produit point des résultats aussi finis, aussi délicats et aussi fidèles que l'appareil de M. Collas. Les applications industrielles auxquelles il a donné lieu sont infiniment moins nombreuses que celles de ce dernier système. Il a cependant ses partisans. On pouvait d'ailleurs comparer aisément à l'Exposition les résultats obtenus de part et d'autre, car la Diane de Gabies rajustant sa chlamyde, et la Vénus de Milo, réduites par les procédés de M. Sauvage, étaient exposées dans la nef sur un même piédestal, non loin des réductions opérées par M. Barbedienne.

Dans la mise en œuvre du système Collas, M. Barbedienne s'est voué à la reproduction des chefs-d'œuvre avec une véritable passion, mais avec cette passion réfléchie et persévérante qui sait triompher des obstacles pour atteindre son but. Il n'a pas reculé devant les difficultés commerciales inhérentes à une opération qui supposai tune transformation complète dans les habitudes du public. Chez lui, le commerçant s'efface au besoin derrière l'homme de goût. Ce fabricant est véritablement entré dans une voie nouvelle. Il ne s'en est pas tenu à opérer isolément quelques réductions qui auraient difficilement trouvé leur place parmi nos décorations d'intérieur. Il a été plus loin : il a exécuté, pour les appartements, des ameublements qui s'approprient au caractère des statues antiques. Sa collection de modèles est fort riche ; elle est unique dans le monde. C'est là une industrie tout à fait française et dont les produits paraissent arrivés à toute la perfection réalisable par le mode employé. Aucune négligence ne saurait être signalée dans l'exécution. Ici, pas de pièce défectueuse sous le rapport de l'art. M. Bar-

bedienne, qui fait aussi le bronze, n'a jamais cherché à pendre ses articles d'une circulation plus facile en les fabricant avec du métal de qualité inférieure. Outre la réduction de la Vénus de Milo, empruntant un réel intérêt à sa date, on remarquait, dans le pavillon de la grande salle de l'Exposition, la Diane de Gabies, une Amazone, une statue de Polymnie, le groupe des Lutteurs, un cratère consacré à Bacchus, de superbes candélabres antiques, etc. Parmi les réductions de statues modernes, ou voyait celle des trois Grâces de Germain Pilon, celle de la Cléopâtre de M. Daniel*Ducommun, etc. Le fond du pavillon était occupé par la porte principale du Baptistère de Florence, exécutée, comme on le sait, au commencement du xvc siècle, par Lorenzo Ghiberti. On a réduit à la moitié linéaire cette porte, dont les vantaux, partagés en dix bas-reliefs, retracent les scènes les plus émouvantes de l'Àncien-Testament. Ces belles pages de l'Histoire Sainte sont reproduites avec une finesse vraiment merveilleuse. Nous rencontrerons bientôt un ouvrage d'un tout autre genre, sortant aussi des ateliers de M. Barbedienne. Il s'agit d'un dressoir en noyer sculpté dans le style de la renaissance. Nous en faisons mention ici parce qu'il avait dû d'abord figurer dans le trophée, et aussi parce que les ornements dont il est revêtu le rattachent à l'industrie des bronzes d'art.

Le second trophée des bronzage cehû des bronzes d'ameublement, avaitété composé parunfahrfcjantdont le nom compte depuis de longues années fort honorablement dans cette branche de travail, M, Denière fils. Cette maison obtenait une médaille d'argent à l'Exposition de 1819, et à celle de 1823 une médaille d'or qui a été rappelée à toutes les Expositions postérieures. Dès 1823, on signalait les progrès réalisés par M. Denière père dans la do-

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pure mate. À notre Exposition de 4849, le chef actuel de cette fabrique entrait en lice pour la première fois en son nom personnel. On n'apas oublié le dressoir commandé par lord Breadalbanc, qui fut alors l'objet d'une curiosité générale. En 1855, sur le devant du trophée de la nef, figurait un surtout splendide pour un service de vingtquatre couverts, commandé par un personnage qui a rempli en France une haute fonction diplomatique, interrompue par la guerre d'Orient, M. de Kisseleff. Cet ouvrage, vendu 60,000 fr., est fabriqué en bronze doré dans le style Louis XVI ; il est ciselé avec le soin le plus minutieux. A l'exception de ce service et d'une jardinièrelustre du style Louis XV, de grande dimension, destinée à être placée au milieu de quelque vaste salon dans un édifice public, on ne rencontrait plus dans l'étalage de M. Denière que les articles de son commerce habituel. G'était là le caractère de cette exhibition, et c'était aussi son mérite. Le fabricant avait montré ce qu'il fait communément. Il s'agit, il est vrai, de pièces de luxe; mais ce sont les articles de la vente ordinaire de cette maison. Les regards s'arrêtaient sur divers modèles de candélabres et de pendules dont l'idée et l'exécution nous ont paru également heureuses.

III. Grands ouvrages en bron%e. — Dans la fonderie des grandes pièces en bronze, qui vont d'abord attirer nos regards, l'iûtéfét s'attache à la hardiesse des procédés industriels; il provient aussi des services que l'industrie du fondeur rend aux beaux-arts. C'est comme produits de fonderie que de tels objets avaient été classés dans le Palais de cristal. Nous n'avons pas à nous inquiéter si quelquesuns n'avaient pu se faire admettre dans l'enceinte réservée aux beaux-arts. L'artiste demeure, pour ainsi dire, inconnu pour nous; nous n'avons sous les yeux que te tra-

vail du fabricant, l'œuvre du fondeur. Au point de vue de la décoration de la salle, où figuraient principalement ces produits, il était plus difficile de ne pas tenir compte de la part revenant à l'auteur primitif. Ces groupes, ces statues, ces animaux gigantesques produisaient comme objets d'art un contraste fort agréable avec les articles purement industriels auxquels ils étaient mêlés. L'aspect de la nef devait à ce mélange une partie de son originalité pittoresque.

Les bronzes exposés dans le transept étaient pour la plupart d'origine française. Quelques pièces seulement venaient d'Angleterre. La nef renfermait deux groupes sortant de l'usine de MM. Eck et Durand. L'un de ces groupes représente Thésée terrassant le Minotaure , et l'autre un cheval sauvage renversé par un tigre. Sous le rapport de la fidélité dans la reproduction des modèles comme sous le rapport de la fonte, ces morceaux échappent à toute critique. Ils sont dignes de tant d'autres ouvrages fondus par la même fabrique, soit pour le Gouvernement, soit pour diverses villes de France. On connaît notamment les deux statues de l'empereur Napoléon Ier exécutées pour les villes de Lyon et de Napoléon-Vendée, la statue du roi René pour Angers, celles du maréchal Drouet-d'Erlon pour Reims, de Jean Bart pour Dunkerque, de Fabert pour Bourges, du maréchal Bugeaudpour Alger, et les statues de Monge, Descartes, Molière, Bichat, etc. Les magnifiques port* de la Madeleine, dont les bas-reliefs mettent en action les commandements de Dieu, sont sorlies des mômes ateliers. MM. Eck et Durand avaient obtenu déjà deux fois la médaille d'or, et ils ont reçu la médaille d'honneur en 1855. Tous les artistes reconnaissent le mérite qui distingue leur fabrication. On leur doit de notables progrès réalisés dans le travail des grands sujets.

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Deux pièces, la Chute d'Icare el un aigle gigantesque, fondues avec un véritable bonheur, venaient des ateliers de M. Vittoz (ils, dont le jury de 1849 signalait le talent, bien qu'il n'eût alors rien envoyé sous son propre nom. Artiste et fondeur, M. Vittoz porte, dans la spécialité qu'il a adoptée, un goût des plus remarquables. En fait d'ouvrages analogues, on doit mentionner encore la Toilette de Vénus et le Bûcheron, exécutés par M. de Labroue ; le Génie <U la Chasse, par MM. Susse frères ; les Chevaux de Marly, par M. Moris fils; un Indien tuant un serpent, par M. Victor Thiébaut, etc. Ces fabricants avaient, en outre, dans la galerie particulière réservée aux bronzes et dont nous aurons à parler tout à l'heure, des étalages où nous retrouverons l'art du bronzier sous les formes les plus diverses.

Les bronzes anglais provenaient d'un établissement déjà cité plus haut, celui de MM. Elkington et Mason, à Birmingham, sauf une statue envoyée par la Compagnie métallurgique de Coalbroak-Dale. Le groupe de la reine Boadécea, dont le motif est emprunté à l'histoire des Bretons d'Outre-Manche, ne pouvait avoir un grand intérêt pour nous; mais les autres sujets traités par MM. Elkington et Mason étaient vus avec plaisir par nos compatriotes. Habitués à l'élégance des bronzes parisiens, ils remarquaient une sorte de rigidité dans les articles anglais, exceoté pourtant dans une charmante figure de Lesbie ; mais ils devaient reconnaître que les manufacturiers de Birmingham s'appliquent sérieusement, en fait de bronzes d'art, à élever le niveau de leur fabrication. Il se trouvait bien dans la nef, sur une cheminée en marbre décorée de médaillons en bronze, deux flambeaux à sujets un peu lourds; dans leurs splendides vitrines placées sous les galeries, MM. Elkington et Mason nous

montraient des pièces du mémo genre plus heureusement exécutées. Leurs bustes do l'Empereur et de l'Impératrice étaient admirablement fondus. Celui-ci reproduit le modèle de M. le comte de Nieuwerkerke ; celui-là le travail de M. Barre, qui se distingue par une mâle énergie, comme un autre modèle également renommé, celui de Mme Lefèvre-Deumier, par l'inspiration, La Compagnie métallurgique de Coalbroak-Dale avait moulé une statue qui a été grandement admirée en Angleterre, le Tueur d'aigles, par John Bell. La fonte de cette pièce offrait certaines difficultés à cause de la pose du personnage qui se renverse en arrière pour lancer une flèche au roi des airs, et qui la suit dans l'espace d'un œil à la fois fier M inquiet. Vigoureusement conçu, le sujet a été vigoureusement exécuté.

IV. Le groupe des brm%iers. — L'industrie des bronzes est, comme on a pu le voir déjà, une industrie essentiellement parisienne. Les ouvrages dont nous avons parlé peuvent, à la rigueur, nous donuer une idée des bronzes parisiens en différents genres. Cette idée cependant resterait incomplète si nous devions nous en tenir à ces premiers aperçus. Le pavillon dos bronzes artistiques de M. Barbedienne, celui des bronzes d'ameublement de M. Denière, et les grands morceaux épars <;à et là dans le transept, formaient en quelque sorte une avant-garde. Nous avons encore à passer en revue le corps d'armée.

L'industrie des bronzes occupait au rez-de-chaussée du palais trois vastes salles où elle semblait encore logée fort à l'étroit, tant les aspects de la production sont variés, tant les étagères étaient surabondamment garnies. A l'origine, ces salles se trouvaient séparées les unes des autres par des cloisons ; on reconnut bientôt la nécessité d'établir entre elles une communication directe, sans la-

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quelle il eût été difficile d'embrasser l'ensemble) de rette fabrication. Le public se pressait constamment clans ces galeries. C'est qu'en effet les bronzes d'un genre plus ou moins riche, d'un goût plus ou moins irréprochable, sont désormais entrés dans l'ameublement de toutes les familles un peu aisées. Souvent, dans nos demeures, ces ouvrages sont à eux seuls les représentants de l'art. Réservés presque exclusivement aux églises et aux palais durant les derniers siècles, les bronzes sont définitivement entrés aujourd'hui dans le champ de la consommation générale. Cette extension, on la doit surtout au développement de l'aisance publique. Mais la fabrication s'est-elle perfectionnée? On devine sans peine qu'une expansion aussi large et aussi imprévue ait dû, au premier moment surtout, donner carrière à des innovations qui ne pouvaient pas toutes favoriser le progrès de l'art. Tandis que les fondeurs du temps de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI pouvaient s'adonner tranquillement à leurs travaux, les bronziers de nos jours se sont vus harcelés par une concurrence effrénée, par le besoin de satisfaire aux demandes du commerce à bon marché. Tous les procédés industriels du siècle ont été mis en œuvre pour amoindrir le prix de revient. Disonsle, cependant, les saines traditions n'ont jamais péri tout à fait. À travers des phases diverses, elles ont été sauvegardées par quelques hommes de goût, et parfois aux dépens de ces derniers. Quelles tendances se manifestent à l'heure qu'il est dans cette industrie? Y voit-on fléchir ou monter le niveau moyen delà fabrication? Nous pourrions répondre par une observation dont la généralité s'appliquerait à tous les produits du luxe. En interprétant le sentiment du beau, les ouvrages vraiment artistiques profitent indirectement aux articles les plus courants. Ils

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sont un modèle pour les manufacturiers, et le public qui les contemple devient moins facile h se laisser abuser par des fabrications vicieuses.

Quand on veut ramener à son expression la plus simple la tâche du fabricant de bronzes, on peut dire qu'elle consiste à n'employer que de la bonne matière, à fondre ses pièces avec soin, à les monter solidement, à savoir ménager suivant la nature des produits les nuances qu'il leur donne, et enfin, s'il les argenté ou s'il les dore, à les revêtir de couches uniformes et durables. Voiià bien, en eflel, quelle est ici la part du travail industriel. Le dessin, la sculpture, et môme la ciselure, quand elle est portée à un certain degré de recherche, relèvent de l'art proprement dit. Cependant, le public n'a pas l'habitude de se livrer à cette analyse. L'œuvre qu'il a sous les yeux, il la juge dan 5 son ensemble, sans distinguer l'art de la fabrication. Comme c'est le fabricant qui choisit les modèles, on peut sans injustice le tenir pour responsable de l'exécution définitive d'une œuvre. En ce sens, le public a raison de confondre dans sa pensée l'élément artistique et l'élément industriel. Sans doute, le fabricant est obligé lui-même, relativement à l'art, de proportionner ses exigences aux destinations qu'il donne à ses produits. Pour ne parler que de la ciselure, on peut doubler le prix d'un ouvrage de bronze suivant qu'on réclame un travail plus ou moins fini. Le bronzier doit se contenter , d'une ciselure un peu sommaire s'il s'agit d'articles à bon marché. Nous n'en sommes plus d'ailleurs à ce temps où le ciseleur se substituait, pour ainsi dire, au statuaire. Nous nous contentons, en général, de lui demander le poli nécessaire à la satisfaction des yeux. Toutefois, même pour les objets les pla*courants, il y a place encore pour le bon et le mauvais goût.

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Le faisceau de l'industrie des bronzes parisiens, ce faisceau qui résume le mouvement de tant de bras, est, ainsi qu'on Ta vu, composé de branches multiples, traitées parfois dans la même maison, mais formant souvent aussi des spécialités distinctes. Pour faire bien comprendre celte variété, de même que pour faciliter notre examen, citons les principales applications de l'art du bronzier. Voici les bronzes d'église : croix, tabernacles, candélabres, reliquaires, bénitiers, etc.; voici les statues monumentales et toutes les pièces de grande dimension. Viennent ensuite les bronzes d'art de moins large module, consistant dans des reproductions réduites des œuvres de l'antiquité oir de sujets modernes. Les statuettes, les groupes, les figures d'animaux, les coffrets, les vases, les coupes, etc., se rattachent à cette classe, ainsi que mille petits objets de fantaisie. Une catégorie distincte comprend les pendules, les candélabres, les consoles, les guéridons, les étagères, les jardinières, etc.; une autre, les lustres, les bras, les pieds de lampe ; une autre encore, les surtouts, les corbeilles de table, etc. Il faut ranger à part les bronzes de foyer, devants de feu, chenets, etc. ; de même que les articles de bureau : écritoires, cachets, couteaux à papier, etc.

Il est un reproche que nous adresserons aux bronzes d'église, et que nous avons déjà fait pressentir, celui d'offrir fréquemment une certaine roideur d'aspect qui vient peut-être de ce que l'artiste cherche trop à se pénétrer de la gravité de leur destination. Les fabricants les plus habiles rachètent ce défaut par une fidélité remarquable dans la reproduction du style particulier aux diverses époques. Ainsi l'exposition de M. Villemsens, cité déjà dans l'orfèvrerie pour un grand autel, se distinguait dans une série de spécimens d'ornements d'autel

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empruntés au style gothique, par un extrême scrupule à représenter sous les traits de leur physionomie originelle toutes les variations d'un goût qui se lie si intimement à l'histoire religieuse. Nous avons remarqué, en outre, dans le même étalage, un grand bénitier orné de figures dont l'expression, digne et modeste, s'adapte admirablement à la décoration des temples. Trois morceaux, d'une conception sévère, rappelaient les magnifiques bronzes du tombeau de l'Empereur sous le dôme des Invalides. M. Villcmsens avait été choisi par M. Visconti pour l'exécution de ces pièces capitales.

En fait d'oeuvres monumentales, outre les compositions placées dans la nef et sur lesquelles nous nous sommes expliqué, outre les ouvrages de MM. Eck et Durand qui possèdent des moyens exceptionnels de fabrication, ceux de M. É. Vittôz qui se voue complètement à cette branche de l'art, ceux de M. de Labroue et de quelques autres bronziers, les salles des bronzes offraient à nos regards des modèles vraiment remarquables. On contemplait, par exemple, sur les gradins de la maison Eck et Durand, la statue monumentale de la princesse d'Espagne, Françoise de Paule, destinée à couronner le mausolée élevé à sa mémoire dans le palais de l'Escurial. Agenouillée devant un prie-Dieu, la princesse est revêtue d'un costume royal d'une très-grande richesse. La ciselure de cette statue atteste beaucoup plus de soin qu'on n'en met ordinairement dans de pareils morecoux. Due à M. Mourrey, la dorure est aussi d'une exécution parfaite. Sans atteindre à des proportions aussi grandioses, d'autres ouvrages frappaient aussi par leurs dimensions : tels deux vases gigantesques exposés par M. Graux-Marly, et d'une remarquable beauté. Entre les exposants de grandes pièces, je dois nommer MM. Delà-

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fontaine, Charpentier, Moris fils, Gautier, etc. Si nous analysions en détail les différentes compositions étalées sous les yeux du public, nous aurions à blâmer dans quelquesunes des amalgames de styles assez étranges. Ce sont 15, pourtant, des exceptions qui n'empêchent pas que cette branche du travail des bronzes, considérée dans son ensemble, ne fasse beaucoup d'honneur au travail parisien. La catégorie des bronzes d'art et de fantaisie, de moyenne et petite dimension, si riche en applications variées, fournit au fabricant plus qu'aucune autre l'occasion de signaler son goût. C'est ici surtout qu'il est dangereux de se laisser dominer par un esprit purement mercantile. Et cependant, si le bronzier visait trop à Tort, s'il voulait, par exemple, atteindre dans les détails de la ciselure au même degré de perfection que telle ou telle autre industrie plus somptueuse, l'orfèvrerie d'or et d'argent, par exemple, il verrait bientôt se resserrer le champ de sa clientèle. Les objets qu'il confectionne, ne l'oublions pas, sont destinés à être vendus. On ne saurait exiger d'un fabricant qu'il se livre rigoureusement à l'art pour l'art même. Entre ces deux termes extrêmes il existe un milieu où un homme de goût doit savoir se tenir. Parmi les exposants de 1855, plusieurs tendaient visiblement à s'y placer d'une manière systématique. L'effort général de la fabrication à notre époque paraît même dirigé dans ce sens. Les galeries renfermaient plus d'une vitrine où l'industrie satisfaisait honorablement aux doubles exigences du goût et de la fabrication. M. de Labroue, sur les gradins duquel la reine d'Angleterre avait choisi un groupe, celui du Lion amoureux, doit assurément être cité pour l'excellence de ses modèles. Les sujets élégants, comme les sujets sérieux et qui font penser, abondaient dans son exposition. Je mentionne le touchant

symbole du Vendredi saint. Je mentionne encore les Deux Femmes esclaves , l'esclave noire et l'esclave blanche. Les teintes du bronze ont été admirablement ménagées pour rendre l'expression particulière à Tune et à l'autre. La femme de couleur n'a pas l'air de sentir l'opprobre de sa situation, elle paraît faite à son état ; l'autre, au contraire, garde, dans son humiliation, le sentiment de sa dignité perdue. Ces bronzes sont d'un fini remarquable, qui convient à la délicatesse de la composition. Une exécution plus sévère a été appropriée avec bonheur à l'idée de sujets d'un autre ordre, tels que celui de la Résignation. M. Delafontaine a su parfaitement se classer parmi les hommes de goût; son exhibition en témoignait avec éclat. Nommons encore à cette place des fabricants distingués : MM. Charpentier, Lerolle frères, Gautier, Graux-Marly, Boyer, etc., en exprimant le vif regret de ne pouvoir procéder à un examen minutieux des exhibitions individuelles. Les statuettes sont une des parties les mieux traitées dans la galerie des bronzes d'art ; on en découvrait de belles chez presque tous les bronziers.MM. Susse frères, qui possédaient deux estrades, l'une dans la nef et l'autre dans les galeries latérales, étalaient en ce genre des types d'une remarquable correction. Les réductions de l'antique sont un des traits particuliers de leurs spéculations. Entre les deux procédés de réduction usités aujourd'hui, et que nous avons analysés plus haut, celui de M. Collas, que pratique la maison Barbedienne, et celui que mettent en œuvre MM. Sauvage fils et Caffort, c'est ce dernier seulement qui figurait dans l'exposition de MM. Susse.

En face des pièces les plus finies, on admirait les fontes abruptes d'une admirable venue, de M. Victor Thiébaut, exécutées la plupart pour M. Barbedienne.

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Coulées d'un seul jet, elles attestent une rare habileté dans l'art de la fonderie. Peut-être s'étonne-t-on de n'avoir pas déjà rencontré le nom d'un des hommes qui, d'un avis unanime, entendent le mieux le traitement du bronze, M.Victor Paillard ; mais, comme M. Paillard était membre du jury international, nous avons voulu le séparer du groupe des fabricants qui ont concouru aux récompenses. On pouvait voir comment il manie la matière en regardant les Vénus placées dans son pavillon, et le groupe d'Hercule et d'Antée. Deux artistes bien connus, M. Barye et M. Lechêne (de Caen), réclament une citation spéciale. Tout le monde sait quelle vigueur extraordinaire M. Barye donne à ses compositions. On dirait que la vie circule dans ces muscles tendus, et que ces poitrines battent sous l'aiguillon de la passion. Quant à M. Lechêne, il exécute avec une finesse incomparable les moindres détails de ses ouvrages.

Les coupes et les vases, soit dans le goût antique, soit dans le goût moderne, s'étalaient en grand nombre à l'Exposition ; ils étaient, en général, travaillés d'une manière satisfaisante. Il est une autre branche de l'industrie bronzière, une branche des plus répandues, à laquelle nous ne saurions rendre un pareil témoignage : nous voulons parler des pendules. Cette spécialité doit être fort ingrate ou fort négligée, car les modèles de bon goût sont devenus excessivement rares. Comme ce genre est le genre le pins courant de tous, c'est aussi celui que l'esprit mercantile exploite avec le plus d'âpreté. Il y méconnait souvent les règles les plus élémentaires de l'art. Çà et là quelques pièces échappent seules à cette critique. Nous en avons trouvé de belles chez MM. Susse frères, chez MM. Paillard, Raingo frères, de Labroue, Charpentier, Marchand, etc. ; de même encore chez MM. Weygand, Daubrée, De-

sorcy, etc. Je cite la pendule monumentale de M. Delesalle, représentant le premier consul en Italie et les types militaires du temps. Cette pièce ne pouvait avoir sa place que dans un palais impérial. Mais ces mentions exceptionnelles n'ôtent rien à nos observations générales sur la pauvreté du genre. Et pourtant c'est en France, comme l'indiquent les envois du dehors, rares d'ailleurs, c'est en France qu'on trouve encore les modèles les moins défectueux. Ceux qui nous viennent de l'étranger ne sauraient même soutenir un moment d'examen.

Les lustres exposés valaient bien mieux que les pendules. Non-seulement les maisons spécialement vouées à l'exploitation de cette branche, comme les maisons Marquis, , Lacarrière, etc.» nous offraient des modèles qui allient l'élégance à la richesse, mais encore beaucoup de bronziers avaient appendu au-dessus de leurs gradins des lustres d'une grâce charmante et d'un bon goût incontestable. La série des bronzes pour ameublement proprement dit, tels que les jardinières, les tables, les guéridons, les consoles, les étagères, les toilettes» etc., présentaient également aux visiteurs des échantillons d'un style riche et correct* La fantaisie s'est emparée depuis quelque temps des bronzes servant à la garniture des foyers. Les devants de feu, les chenets considérablement agrandis, sont devenus des objets d'art. Des échantillons variés étaient étalés par MM. Bion> Morisofc, Wagner, Marquis, etc. Les formes sont généralement assez bonnes ; quelquefois pourtant, à force de viser à l'originalité, on tombe dans des combinaisons de la plus choquante invraisemblance. N'a-t-on pas imaginé, par exemple, de placer sur un garde-feu d'énormes colimaçons allongeant leurs grandes cornes et se promenant fièrement, comme s'ils devaient éprouver du bonheur à se sentir brûler !

l'art et i/industrik. %$

Le zinc reçoit aujourd'hui toutes les applications dont nous venons de parler. Il revêt sous toutes les formes l'aspect du bronze. M. L. Foex l'emploie dans les objets destinés à la décoration religieuse ; MM. Miroy frères, dans les objets d'art de tout module. La statue équestre de l'empereur Napoléon III, qu'on voyait en dehors de l'enceinte du Palais, faisant face au jardin des Tuileries, était en zinc, et sortait des ateliers de M. Paillard. La Prusse possédait dans la nef de grands échantillons en ce même métal. Nous ne contestons pas les avantages considérables qu'offre l'emploi du zinc sous le rapport du prix ; mais comme cette matière est cassante de sa nature et sujette à se gercer, ce n'est pas dans le domaine de l'art qu'elle peut, à notre avis, recevoir sa meilleure application. La galvanoplastie occupait une place notable, à plus d'un titre, dans les salles du bronze : elle n'en est là cependant qu'à ses débuts. Un voile nous cache encore assurément une grande partie des emplois dont elle est susceptible; mais on entrevoit déjà une source féconde destinée à être exploitée de plus en plus. Dans le discours prononcé à la distribution des récompenses, en 1849, le président du jury, M. le baron Charles Dupin, pouvait déjà dire avec raison : « La galvanoplastie milice tiplie les miracles de son application d'un métal sur a l'autre, avec des variétés et des succès infinis. » Depuis lors, les variétés, auxquelles faisait allusion le savant orateur, se sont considérablement développées et les succès n'ont fait que grandir.

Prise dans son état actuel et avec tous ses éléments, l'industrie bronzière apparaît, en 1855, sous un jour plus favorable qu'à nos expositions antérieures : ses conditions se sont améliorées, même depuis l'Exposition de 1849. Un mouvement d'ascension y semble général ; tou-

tes les branches tendent à se spécialiser pour atteindre à une perfection plus grande. Nos fabricants montrent aussi plus de scrupule qu'autrefois pour conserver un sujet dans les termes de l'exécution primitive. Il ne se produit presque plus de ces altérations qu'on pratiquait pour se dispenser de renouveler des modèles. On se contentait parfois de changer une partie d'une pièce, la tête d'une statuette, par exemple, et on produisait* comme nouveau un travail complètement dénaturé. Les industriels paraissent, d'ailleurs, jaloux de s'avancer sur la voie où i!s sont placés : ils comprennent le péril des temps d'arrêt. On a vu, en effet, des maisons célèbres tomber et disparaître entièrement de la scène, parce qu'elles avaient cru pouvoir se ralentir dans leurs efforts. On a vu tel ou tel nom, justement couronné à plusieurs de nos Expositions nationales, s'effacer de la liste des bronziers. Quelle leçon pour les fabricants qui ont à soutenir une réputation acquise et pour ceux qui aspirent à s'élever aux premiers rangs ! Il est une condition indispensable aux progrès ultérieurs de l'industrie des bronzes : le développement de l'étude du dessin. Que cette étude se propage dans toutes les branches de la fabrication, l'intérêt commun le réclame impérieusement. Fort importante pour les ouvriers de la plupart des industries parisiennes, la connaissance du dessin peut rendre des services particuliers aux ouvriers du bronze. Elle peut seule leur permettre de s'élever dans leur état. Grâce à Dieu, cette vérité commence à être reconnue, et, si vous visitiez, par exemple, les écoles du soir de la rue Ménilmontant, vous verriez un grand nombre d'ouvriers qui, après avoir manié le bronze tout le jour, viennent s'exercer dans le maniement du crayon.

S'il convient de faire ressortir les avantages de la con-

l'art et l'industrie. .97

naissance du dessin dans l'industrie des bronzes, il est juste aussi de signaler les personnes auxquelles on doit des innovations favorables à l'enseignement. Au nom de M. Lequin, qui dirige si habilement l'école de la rue Ménilmontant et à le nom de son fils, professeur à l'école Chabrol, nous devons joindre le nom de M. Belloc, directeur de l'école impériale de la rue del'École-de-Médecine. On est redevable à ce dernier d'une innovation des plus utiles récemment introduite dans nos écoles gratuites de dessin. Nous voulons parler de l'étude de la plante vivante, qui a déjà rendu de véritables services à l'industrie parisienne en général. Le bronzier, en particulier, rencontre à tout moment dans son travail l'occasion d'appliquer cette partie de l'art. Celui qui connaît bien le dessin est plus apte qu'un autre à saisir les délicatesses d'un ouvrage; il est porté naturellement à en traiter les diverses parties avec un soin toujours égal. Cette uniformité du travail est un des signes les plus caractéristiques d'une bonne fabrication. Examinez attentivement des ouvrages en bronze, et il vous sera facile de vous en convaincre. Chez les fabricants d'une habileté médiocre, les extrémités sont toujours plus ou moins négligées, même quand le corps du sujet a été traité avec un soin réel. Celte circonstance ne frappe pas seulement pour les pieds et les mains des statuettes et des groupes, mais dans tous les genres de fabrication. La connaissance du dessin est de nature à faire disparaître ces inégalités choquantes. Elle servira à maintenir l'industrie des bronziers parisiens dans la sphère élevée où elle règne sans rivale.

CHAPITRB V.

Ouvrage* en tonte de fer. — Applications diverses.

— Fabrication française.—

Fentes artistiques de Berlin et d'Ilsenaurg.

La fonderie de fer est devenue une* industrie trèscurieuse à cause des applications nouvelles et multipliées qu'elle a reçues depuis vingt à vingt-cinq ans, et parmi lesquelles on en compte plusieurs qui ont un caractère tout à fait artistique.

Durant de longs siècles, la fonte n'avait guère servi qu'à fabriquer du fer. La fonte, comme vous le savez, c'est le fer môme arrêté à un certain degré de sa fabrication, c'est-à-dire avant d'avoir passé par la forge et reçu l'affinage. Aujourd'hui la fonte, sans parler de son rôle toujours croissant dans la construction des machines de tout genre, rend des services sans nombre à l'architecture et à la décoration, comme à la reproduction des œuvres d'art. Nulle part on ne pouvait être mieux placé que dans le Palais de l'Industrie pour se rendre compte de l'emploi de la fonte dans le bâtiment. Si on y jetait les yeux autour de soi , on s'apercevait que ces colonnes, ces entablements, toutes ces pièces métalliques qui composent le système de ce vaste édifice, sont en fonte de fer. Exécuter le même ouvrage en fer forgé, c'eût été absolument impossible : la dépense serait arrivée à des chiffres fabuleux, tes articles les plus simples, ceux qui ne reçoivent aucune façon, tels que les colonnes placées dans la devanture des boutiques ordinaires, coûteraient à peu près moitié plus cher en fer qu'en fonte. S'il s'agissait d'ouvrages travaillés , s'il s'agissait de décors

l'art et l'industrie. 90

comme ceux qui abondent dans le Palais de l'Exposition, la différence prendrait des proportions colossales. Dès qu'on veut aborder l'exécution sur une grande échelle, on arrive donc bien vite à une véritable impossibilité.

Dans les beaux-arts, la fonte prend place à côté du bronze ; sans doute elle n'a pas toutes les qualités de ce dernier métal; elle n'en a ni le poli ni la dureté; aussi n'aspire-t-elle pas à le remplacer d'une manière absolue, mais seulement à concourir avec lui pour la reproduction de certains modèles. Elle offre, en effet, sous le rapport du prix, des avantages qui varient suivant l'étendue du sujet. La différence est environ des deux tiers pour les grandes pièces, et d'un tiers pour celles de moyenne dimension. Pour les petits objels, la différence est naturellement faible, presque nulle, parce qu'il y a peu de métal employé et que la main-d'œuvre reste la même, soit dans Tune, soit dans l'autre matière. Avant d'être appliquée aux beaux-arts, la fonte de fer avait servi à la confection d'ouvrages d'abord très-communs qui se multiplièrent bientôt; mais on ne croyait pas qu'elle fût susceptible de recevoir des applications d'un ordre plus élevé C'était vrai des anciennes fontes, presque toujours grossières et peu fusibles. Dès que l'éveil eût été donné sur la possibilité d'un nouvel emploi, l'industrie métallurgique s'efforça de perfectionner cette matière ; on ne fabriqua plus seulement de la fonte en vue des forges, mais en vue de destinations toutes spéciales. Nos fontes actuelles, ou, du q&oins, certaines de nos fontes, sont aussi dociles que le bronze à prendre les impressions. L'Exposition en offrait des preuves irrécusables, particulièrement dans les galeries affectées à l'industrie de la Prusse.

Puisque nous mentionnons les fontes prussiennes , il

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l'art et l'industrie. 101

voyait à l'Exposition de 4827 une borne-fontaine en fonte, nul ne s'était livré à des essais, nul n'avait obtenu des résultats dignes d'être cités. M. Calla père est donc le créateur du genre que son fils a si considérablement étendu. Celui-ci a eu encore le mérite de s'occuper le premier des moyens d'exécuter les grandes statues en fonte de fer. Après avoir obtenu en 4830 un prix de 6,000 fr., à raison d'un mémoire sur le perfectionnement du moulage de la fonte, il sut mettre ses théories en pratique et les justifier par des faits éclatants. Les statues de la fontaine Louvois, cette œuvre admirable de Yisconti, la plus belle de toutes les fontaines établies de nos jours dans la capitale, furent une réponse triomphante aux doutes qui pouvaient exister encore sur les propriétés attribuées à la fonte de fer. Un savant physicien qui avait étudié avec une égale pénétration d'esprit les branches les plus diverses des sciences naturelles, Réaumur, avait, il est vrai, procédé à des essais sur certaines applications de la fonte aux décors pour l'architecture; mais ces essais, d'ailleurs fort restreints, étaient oubliés depuis longtemps, quand ils furent repris par l'usine Calla, qui, en réunissant au bon goût des dessins la solidité du travail, propagea rapidement l'emploi de ces nouveaux produits.

A côté des avantages incalculables qu'offrait la fonte de fer pour une multitude de cas, elle avait cependant certains côtés faibles, contre lesquels il fallait se prémunir. Ainsi la fonte est, comme on sait, essentiellement oxydable ; on essaya divers enduits pour la mettre à l'abri de l'oxydation. La peinture à l'huile, bien exécutée, diminue singulièrement sa défectuosité sous ce rapport. Ce moyen n'est pourtant pas infaillible. Le champ est encore ouvert aux recherches. L'oxydabilité de la fonte

lût L1DU9TBII COftTOOOftAIHI.

forme peut-être le principal signe de son infériorité par rapport au bronze, pour la reproduction des objets d'art destinés à figurer en plein air. On peut reprocher encore, il est vrai, à la fonte de fer d'être cassante; mais ici l'inconvénient est moindre qu'on ne Ta parfois prétendu. La force relative de la fonte et du fer peut être assez exactement indiquée au moyen d'une distinction très-simple, facile à retenir, et résultant d'observations recueillies par les hommes les plus versés dans le traitement de ces métaux. Quand le fer forgé plie, la fonte casse. C'est déjà un résultat considérable que d'en être arrivé là. Une telle force suffit aux plus amples applications architecturales, elle est complètement surabondante pour l'exécution des statues et d'une multitude d'articles d'ornement. Dans les morceaux de cette dernière catégorie, le mérite du fondeur consiste à reproduire d'un seul jet la pièce entière, ou du moins les parties les plus grandes. En fondant un sujet par nombreux fragments, qu'on rapproche ensuite les uns des autres au moyen d'assemblages plus ou moins bien dissimulés, on rend le travail plus facile, mais on augmente les chances de rupture et d'altération. Plus un ouvrage est compacte, et plus il est solide. C'est là un des mérites du saint Jean-Baptiste de M. Calla. Le croirait-on en voyant ses proportions colossales? Il est venu d'un seul jet, excepté le bras droit qui est rapporté entre le coude et l'épaule. Pas un seul coup de lime dans cette statue. Elle n'a pas subi la moindre retouche. Parmi tant d'autres pièces si remarquables du même genre sorties des ateliers de M. Calla, nous n'en connaissons pas d'aussi parfaite. C'est là un chef-d'œuvre de fonderie.

Une histoire touchante se mêle intimement à la confection de cette statue. Comme nous ne sommes pas

l'art et l'industrie. 101

ici renfermés dans le domaine de la technologie pure, quelques lignes consacrées à ce court épisode ne jureront pas, ce nous semble, avec la spécialité de notre sujet. Peut-être, d'ailleurs, le pieux dessein dans lequel l'œuvre avait été commandée servira-t-il à fixer davantage dans l'esprit de quelques lecteurs les traits particuliers de la fonderie de fer. Cette statue, on la doit à un sentiment de tendresse maternelle. Elle était destinée à consacrer la mémoire d'un fils unique mort déplorablement. Ce jeune homme, que rongeait une douleur intime , avait été pour ainsi dire contraint par sa famille d'entreprendre un voyage en Italie, dans l'espoir que les grands spectacles de la nature et des arts distrairaient son imagination troublée. Interrompant tout à coup sa course, il s'était arrêté dans une bourgade des montagnes forésiennes, sous prétexte de s'y reposer. Le voyageur inconnu, dont l'arrivée était un événement dans un village où les étrangers ne s'arrêtaient pas d'habitude, fut retrouvé le lendemain matin au coin d'un champ de blé, baigné dans son sang. Après une nuit tourmentée, il était sorti dès l'aube du jour, le cerveau en délire, l'âme vaincue par son chagrin, avec un pistolet dans sa poche. Quand on le releva, il respirait encore. Fidèles à leurs traditions hospitalières, les habitants de ces montagnes, dont les âmes simples, résignées et fortes, auraient eu peine à croire auparavant à la possibilité d'un suicide, recueillirent le mourant et l'entourèrent de soins vigilants, n>?is inutiles. Accourue pour recevoir son dernier soupir, la mère de cet infortuné promit de faire bâtir sur la place du village une fontaine surmontée de la statue de saint Jean-Baptiste , patron de son fils. Ce n'était point là un de ces vœux formés légèrement dans la première effusion de la douleur, et que des distractions emportent bientôt

104 INDUST1ÏE COlfTEWORAINE.

de nos cœurs oublieux. Le chagrin d'une mère est plus profond et plus durable que tous les autres. La statue fut exécutée , et la voilà prête à mettre en place. Cependant le vœu ne sera pas accompli! la fontaine ne sera pas construite! La mère a déjà rejoint le fils, emportant avec elle une promesse qui n'était écrite que dans son âme.

Quittant à regret celte statue sans destination désormais, et pour ainsi dire sans maître, nous allons voir quelques autres pièces de fonderie fort importantes, qui nous rappelleront la construction projetée dans la montagne, car ces pièces sont précisément des fontaines. Trois ouvrages de ce genre, tous trois de grande dimension, contribuaient à décorer la nef. La fontaine du milieu, qui frappait les regards dès qu'on pénétrait dans la salle par la principale porte de l'édifice, et dont l'eau s'échappait au milieu d'un parterre de fleurs, avait été fondue dans l'usine du Val-d'Osne, habilement dirigée par M. Barbezat. Au point de vue architectural, cette œuvre est admirablement conçue ; elle produit un effet des plus satisfaisants. Elle a été esquissée par un artiste justement renommé en fait de dessins et de sculptures d'ornement, M. Liénard. Deux vasques superposées, de diverses grandeurs et soutenues par des statues, versent l'eau dans un large bassin inférieur. Toutes les parties de ce monument témoignent d'un goût réel et d'un sentiment très-juste des proportions. Gomme pièce de fonderie, la fontaine du Val-d'Osne n'a p^ l'importance qu'elle aurait eue avant les nombreuses constructions analogues qui décorent nos places publiques. C'étaient là autant de modèles à consulter, et dont quelquesuns sont difficiles à surpasser. La fontaine de M. Barbezat n'en doit pas moins compter pour une œuvre très-

l'art et l'industrie. 106

remarquable par sa hardiesse. Le nombre des usines en état de fondre de pareils morceaux n'est pas fort élevé en France: à peine en avons -nous quatre ou cinq. L'établissement du Val-d'Osne est celui de tous qui possède le plus vaste assortiment de modèles.

La seconde fontaine avait été exposée par M. Brochon. Elle est fort gracieuse d'aspect, quoique en la regardant un peu attentivement, on y découvre une certaine disproportion entre la largeur de la vasque principale et la hauteur du pilastre. Beaucoup moins grande et beaucoup moins ornée que la pièce du Val-d'Osne, elle est établie sur un plan analogue, avec deux vasques placées Tune au-dessus de l'autre. Ce travail nous a paru mieux sculpté que fondu. Les bords ne filent pas, comme on dit dans la langue du métier. Entre les deux premières fontaines, se rangeait, à notre avis, au point de vue de l'art du fondeur, la troisième pièce de ce genre, qui venait des usines de MM. Muel, Wahl et comp. à Tusey. On doit déjà au même établissement les deux monuments érigés sur la place de la Concorde, à droite et à gauche de l'Obélisque. L'œil de tous les connaisseurs a pu reconnaître un progrès très-sensible dans la fonte de la nouvelle composition ; l'exécution en est beaucoup plus fine. On remarquait bien certaines pièces de rapport, telles que les bras des enfants placés aux angles, qui sont trop visiblement soudés ; la cheville de jonction saute aux yeux ; mais, dans son ensemble, cette fontaine est une œuvre excellente. Elle avait, d'ailleurs, un mérite qu'on ne saurait trop apprécier, celui de n'avoir pas été établie en vue seulement de l'Exposition, et en dehors de la fabrication habituelle. C'est un ouvrage de très-bonne exécution courante. Le dessin, composé par M. Barbet, sculpteur, sort des lignes ordinaires. Il n'y a plus là de grandes

106 INDUSTRIE 0ONTBMPO1AINE.

vasques; les bassins sont petits et placés à la môme hauteur, c'est-à-dire sur un plan parallèle. Des statues de femmes supportant le faite du monument les séparent les uns des autres. L'eau tombe dans chaque bassin en sortant d'une fleur ou d'une coquille entourée de feuillages. Sur une place publique d'une étendue restreinte, cette fontaine produirait un effet ravissant. Elle avait dans la nef un désavantage sur les deux autres : c'est qu'elle n'était point alimentée d'eau. La mise en scène n'était donc pas complète. Il fallait y suppléer par l'imagination. *

A deux pas de celte pièce, les Anglais avaient dressé une grille dans laquelle se combinaient le fer forgé et la fonte. Cette grille appartenait à MM. Baily, de Londres. Le dessin en est beau, les proportions parfaites, et, ce qui n'est pas commun de l'autre côté de la Manche, l'aspect général vraiment élégant. Ce morceau atteste un progrès de la part de l'Angleterre dans la confection des pièces d'ornement. Nos voisins, qui traitent la fonte aussi bien que nous pour les applications mécaniques , nous sont bien inférieurs pour les décors. Ils cherchent à imiter nos formes; mais, le plus souvent, ils les imitent mal. J'ai eu l'occasion de voir moi-même à Londres, chez un fabricant qui possède de grandes usines en Ecosse, des pièces de fonte que les caboteurs de la mer du Nord, remontant la Tamise, venaient, à marée haute, décharger jusque dans ses magasins. On trouvait là de nombreuses reproductions de nos modèles ; la différence pourtant était choquante, même chez un des plus habiles fabricants anglais en fait d'articles de ce genre. Si l'Angleterre s'est surpassée elle-même dans la construction de la grille de la nef, elle n'a pas reculé devant des frais exorbitants. Nous consignerons ici une observation en sens

l'art et l'industrie. - 107

inverse de celle que nous présentions à propos de la fontaine de Tusey. L'ouvrage de MM. Baily n'appartient pas à la fabrication courante; c'est une pièce d'exposition représentant une somme énorme de travail. Sans parler de la sculpture, dont le prix peut-être évalué à 3,000 fr., la part revenant aux ouvriers constructeurs a élé trèsforte, à cause du grand nombre de pièces de rapport dont cette œuvre est composée. Sans doute, comme nous l'avons indiqué tout à l'heure, les morceaux de rapport, qui sont un des secrets du métier, simplifient le travail du fondeur ; mais, quand on veut dissimuler les assemblages, quand on veut fondre, pour ainsi dire, à l'aide du marteau et de la lime, des pièces éparses en un seul tout, des opérations minutieuses et multipliées renchérissent singulièrement le produit. MM. Baily demandaient 13,200 fr. de leur grille ; à ce prix-là, de l'avis d'hommes très-compétents, on peut être sûr qu'ils n'y gagnaient pas trop, j'allais même dire pas assez. Une telle somme est énorme, cependant, pour une pièce d'aussi peu d'étendue. Le progrès ne sera réel que le jour où les produits deviendront moins coûteux.

Un exposant autrichien, M. Kitscheldt, avait mis dans le transept quelques objets en fonte de fer, parmi lesquels il en est un qui peut passer, à bon droit, pour une des pièces de ce genre les mieux exécutées de toutes celles que renfermait le Palais de l'Industrie. U ne s'agit plus ici d'un ouvrage de grande dimension, mais d'un vase de 50 à 60 centimètres de hauteur. Quoiqu'il fût entouré d'autres vases de grandeur analogue, imitant la fonte, on le reconnaissait aisément à l'extrême délicatesse de ses attributs, à ses figurines, à ses guirlandes de Heurs, dont la perfection ne saurait être surpassée.

108 15DUSTME CÛNTEMPOKAIKE.

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