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CHAPITRE Ier. v

L'Imprimerie typographique. — Sa constitution et ses ressources actuelles.

Dès qu'on avait érigé des pavillons d'honneur à nos principales industries dans la nef du palais des Champs- Elysées, il est facile de comprendre l'idée qui en a fait attribuer un à l'imprimerie typographique : on avait voulu rendre hommage à celle des découvertes modernes qui a le plus contribué aux progrès des sociétés civilisées.

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L'imprimerie se présente, d'ailleurs, avec un double caractère : si d'un côté elle se lie étroitement au mouvement intellectuel du monde, dont elle est le plus puissant auxiliaire, de l'autre, par le nombre de bras qu'elle occupe, par la masse de capitaux qu'elle fait mouvoir, elle a une importance notable dans l'ordre économique. En mettant Paris à part, nous avons en France des villes de premier et de second rang qui sont le centre d'opérations très-étendues, et d'où sortent, chaque année, on peut le dire, des montagnes d'imprimés. Je cite en première ligne Tours, Limoges, Lyon, puis Strasbourg, le Mans, Lille, etc. A Paris, la somme des affaires, pour l'imprimerie seulement , sans parler des industries accessoires comme celles des fondeurs de caractères , des marchands de papier et d'encre , des brocheurs , des relieurs, etc., atteint de 15 à 16 millions de francs. L'emploi des procédés mécaniques qui s'est introduit depuis une trentaine d'années dans les ateliers typographiques de la capitale a complètement transformé cette industrie. L'ancien matériel a disparu. Le vieux système a été renouvelé de fond en comble. On a réalisé, sous le rapport de la rapidité du travail, des progrès merveilleux, progrès qui ont permis de dire qu'il y avait autant de différence entre les procédés d'aujourd'hui et les procédés du siècle dernier, qu'entre les presses de Gutenberg et l'antique méthode des copistes. Dans son rapport sur l'Exposition de 1849, M. Ambroise-Firmin Didot qui connaît à fond l'histoire et la statistique de l'imprimerie, estimait que tel établissement de Paris pouvait à lui seul fabriquer autant de produits qu'auraient pu le faire toutes les imprimeries parisiennes vingt-six années auparavant.

De <néme que la découverte de l'imprimerie était

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venue m^eUlwypcntA la veilte d'injft époque ow r activité de l'iiprit humain allait ^tre soHHei^e de toutes parts, de même l'intention de ce* infatigables engins qui répandent à Ilots pressés les copies à'wâ ^rit, se développe aujourd'hui pour s'adapter aux*besdms d'un temps où une mass£ d'individus chaque jour croissante est appelée à jouir du bienfait de l'instruction. L'art de fixer sur le papier la pensée humaHé, à l'aide de caractères mobiles, aurait, du reste, failli à sa destinée, s'il était demeuré stationnaire dans un siècle où une autre découverte, peut-être plus étonnante encore que l'imprimerie, nous permet de faire franchir à nos idées des distances incommensurables avec la rapidité de l'éclair. Les besoins se sont tellement accrus que, malgré la puissance des nouveaux appareils, le nombre des ouvriers typographes occupés à Paris est plus élevé qu'avant l'emploi des agents mécaniques. Ce nombre dépasse le chiffre de quatre mille. Les principales imprimeries sont de véritables usines où la vapeur joue un rôle presque aussi grand que dans les filatures de coton et les impressions sur tissus. La mécanique cependant n'y a pas dit son dernier mot, et il reste plus d'une branche de travail, rebelle encore à son pouvoir, qu'elle finira par envahir. Certes, les premiers imprimeurs qui viprent s'établir à Paris, il y a bientôt quatre cents ans, sous le patronage de la Sor bonne, vingt années après les heureuses innovations de Gutenberg , ne pouvaient guère soupçonner les perfectionnements aujourd'hui réalisés. Il nous est plus facile à nous de prévoir les futurs compléments des conquêtes actuellement effectuées.

Si, du trophée de l'imprimerie, nous pouvions porter nos regards dans quelqu'un des établissements de la capitale, nous verrions comment le travail s'y partage entre

lea hommes ef J» machfces. B ne sera f>a* hors de propos de consacrer quelques lignes à ft l'expliquer itt j ear un des {ftus vifeirtérêts«pi'ait offerts l'Expésition universelle, a été d&nous faciliter l'étude du régime intérieur tfes différentes fabrications, de placer en quelque sorte devant nos yeux, comme sur un tableau dffimé, tout le mécanisme delà production industrielle. Disons-le d'une manière générale : la composition, c'est-à-dire l'arrangeaient des caractères, appartient à l'homme; le tirage des feuilles, aux appareils mécaniques. Pour l'accomplissement de la tâche qui leur est réservée, les ouvriers se divisent en plusieurs catégories. La plus nombreuse est celle des compositeurs, à qui sont remises les feuilles manuscrites, mais qui se bornent à composer des lignes se* succédant les unes les autres comme les colonne? d'un journal. Au-dessus d'eux viennent les metteurs en pages, qui coupent ces longues colonnes de manière à former, ainsi que l'indique leur nom, les pages d'un livre. Les correcteurs sont, pour les imprimeries, une autre classe d'auxiliaires dont le concours est indispensable pour réparer les fautes que laisse inévitablement passer le rapide mouvement de la composition. Enfin toute la hiérarchie est dominée par les protes, qui sont les véritables chefs en ce qui concerne le mouvement intérieur de l'atelier. Le personnel de l'imprimerie parisienne est réparti dans quatre-vingts établissements. D'après des notes statistiques publiées en 1854 par M. Gauthier, ouvrier typographe, le nombre des presses à bras serait, à Paris, de 572, et celui des presses mécaniques, de 276. On a calculé que ces appareils, dont une partie d'ailleurs est toujours au repos, à cause des soins particuliers qu'exigent certains tirages de luxe, absorbent par année de quatre à cinq millions de kilo-

grammes de papier pour les livres seulement, sans parler des journaux.

Peut-être ayrait-il été nécessaire de grouper les résultats obtenus par des efforts collectifs pour composer un trophée qui parlât suffisamment aux yeux. C'eût été le seul moyen 4e réaliser le tableau complet des améliorations contemporaines; mais, ainsi conçu, le trophée eût exigé plus de place qu'on ne pouvait lui en attribuer. Les éléments divers de cet ensemble se retrouvaient, tau surplus, soit dans les salles des galeries latérales réservées aux étalages particuliers, soit dans les annexes, où étaient exposées quelques presses de nouvelle invention. Ces traits épars, nous les avons réunis dans nos études. L'intérêt de la typographie française le réclamait. Nos imprimeries n'étaient pas seules en lice dans le concours universel. D'autres pays, l'Autriche par exemple, avaient apporté des échantillons qui ont été remarqués. L'imprimeur qui avait été chargé de la difficile mission d'ériger le trophée delà nef est un homme habile dans son art. Ne suffit-il pas de nommer M. Pion, pour qu'on sache tout de suite que des éléments pleins d'intérêt devaient se rencontrer dans son pavillon. L'imprimerie est redevable à M. Pion de plus d'une recherche utile. Il s'est livré notamment à des essais patients et curieirf que le succès a couronnés, au moins jusqu'à un certain point, sur l'impression en couleurs qui avait déjà valu une réputation européenne à M. Silbermann (de Strasbourg). Rien n'est plus difficile que de pareilles applications. Comme pour imprimer une page en plusieurs couleurs il faut apposer la planche une fois pour chaque couleur, on conçoit quel risque l'on court de ne pas retomber toujours exactement à la même place. Tous les efforts tentés dans cette voie, surtout lorsqu'ils se produisent sous un aspect aussi sérieux

que les recherches de M. Pion, méritent d'être encouragés. Le' Livre du mariage est l'échantillon le plus complet de ses travaux en ce genre. On distinguait aussi dans le trophée différentes épreuves d'aquarelles tirées typographiquement, notamment plusieurs exemplaires du portrait de Mme Dubarry. Ces épreuves, avec leur cadre, n'étaient cotées qu'au prix de 20 fr. Parmi les exemples d'exécution typographique figuraient les Fables de La Fontaine, édition diamant, dont le caractère est fort net, et qui rappelle Y Horace de Pierre Didot. Le même ouvrage, dans le format in-8°, avait été fort heureusement tiré sur parchemin, recto et verso. C'est un exemplaire unique. On avait eu l'idée d'exposer aussi la presse mîniature qui a servi à la petite édition des Fables. On la faisait fonctionner sous les yeux du public. Je dois citer encore un assortiment de caractères, et des matrices pour la fonte des caractères, qui étaient fort remarquables. Il y avait là des lettres ornées, très-vivement gravées au burin dans la fonte, puis nettoyées à l'aide d'une machine à raboter.

Malgré de si louables efforts, des pages imprimées étaient, il faut le reconnaître, des objets un peu ingrats pour un groupe placé dans la nef, au milieu de tant de vitrines resplendissantes. Le panneau revêtu de ces pages se trouvait en outre trop éloigné des visiteurs pour que l'œil pût en bien saisir les détails. On avait placé sur le devant du trophée le modèle réduit d'une machine à fabriquer le papier, munie de son appareil sécheur; elle remplissait un vide impossible à éviter dans un tel pavillon. Mais devant cette puissance de l'imprimerie, qui a soumis le monde, l'esprit ne manquait pas de sujets de réflexion.

On remarquait encore dans la nèfle modèle d'une im-

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primerie avec son outillage, ses produits, et je pourrais presque ajouter avec son personnel. Cette pièce, qui représentait l'établissement de M. N. Ghaix, à Paris, pouvait donner une idée complète d'une vaste imprimerie en activité. Les détails d'exécution étaient reproduits avec une vérité parfaite. Rien n'y manquait, ni les presses à bras, ni les machines, ni le cabinet des protes, ni celui des correcteurs. Ce plan réunissait en outre tous les éléments particuliers, ordinairement si divisés, de cette branche spéciale de travail : la typographie, le brochage, la reliure, la gravure, la lithographie, etc. Sans doute, l'établissement de M. Chaix n'est pas le seul où soient concentrées les différentes opérations de la typographie et des fabrications accessoires. Dans les salles particulières réservées à l'imprimerie, on voyait quelques puissantes maisons où les divers éléments de ce qu'on appelle, dans le langage des protes, la production littéraire, sont également centralisés. Mais l'atelier de M. Chaix, avec son arrangement symétrique, offre l'aspect original d'un vaste instrument qui serait mû par un unique ressort. C'est, à coup sûr, pour ce motif; que les agents chargés du classement des objets avaient affecté à ce modèle, dans le transept, une place d'environ 30 mètres de superficie (1).

(!) Durant le cours de l'Exposition ce modèle fut transporté sur un autre point de l'édifice; mais il n'y fut pas remonté.

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