‹ L'industrie contemporaineChapitre 31 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Appareils* dloplrk|MS. — Phares. — lastrameBls astrana-

miqnes.

Les phares étaient placés dans la nef; ils étaient au nombre des objets qui se trouvaient le plus en vue. Aussi bien, c'est leur destination d'être mis en évidence, puisque les meilleurs sont ceux qui peuvent être aperçus de plus loin. La valeur intrinsèque de pareils produits ne pouvait être appréciée dans de simples visites rendues au Palais de l'Industrie. Les objets qui tiennent à l'optique, comme ceux qui se rattachent à la physique en général, et comme tous les instruments de précision, exigent, pour être jugés, des essais attentifs qui demandent beaucoup de soins et de temps, et des connaissances toutes spéciales. On ne peut, ici, s'en rapporter à ses yeux. Qu'importe qu'un appareil de cette espèce sôit brillamment établi, sises divisions ou ses données ne sont pas exactes? La seule garantie qu'ait le public de la valeur d'un instrument vient du nom de la maison qui Ta construit. On peut prendre avec confiance les articles sortant de tel ou tel atelier. Lorsque Gambey, par exemple, avait inscrit son nom sur quelqu'un de ces instruments d'astronomie ou de géodésie qu'il créait ou qu'il perfectionnait, Une se trouvait personne, dans les observatoires et dans les cabinets de physique du monde entier, pour en révoquer en doute langoureuse exactitude. Doué à un degré éminent du génie de la construction, cet artiste savait, en outre, joindre l'élégance du travail à la sûreté des calculs. Quand on entend citer ce nom d'un constructeur fiançais dont la réputation est universelle, quand on sait combien les instruments de Gambey sont

aujourd'hui conservés précieusement, on ne croirait guère qu'il n'y a pas plus d'une quarantaine d'années, la France était obligée de tirer de l'étranger, surtout de l'Angleterre, presque tous les appareils destinés aux applications des hautes sciences mathématiques. Cet état de choses a été profondément changé. Depuis longtemps nos instruments de précision ne le cèdent à ceux d'aucun autre pays.

Il est avéré que nos Expositions de l'industrie et les récompenses distribuées avec discernement par les jurys, ont exercé une influence sensible sur la rénovation de cette importante branche de travail. On n'a qu'à parcourir la série de nos solennités industrielles à partir des expositions du Consulat et de l'Empire, et il est facile de suivre les traces des progrès accomplis. On voit successivement paraître dans ces concours nationaux tous les hommes qui ont acquis de la célébrité dans l'arène des arts de précision : les Lepaute, les Breguet, les Lenoir, les Lerebours. les Wagner, les Berlhoud, les Soleil, et bien d'autres encore. Trois fois, en 1819, en 1823, en 1827, Gambey, que nul autre n'égalait en Europe dans la confection des instruments astronomiques, Gambey, lui-même, obtenait dans cette arène la médaille d'or. L'illustre physicien à qui appartient l'honneur d'avoir perfectionné les phares, ou plutôt d'avoir créé un nouveau système de phares, Augustin Fresnel, se trouva légitimement flatté d'entendre proclamer à l'Exposition de 1823 l'immense supériorité de son appareil sur les constructions les plus parfaites exécutées soit en France, soit à l'étranger. Ce savant, qui avait déjà publié ses importants mémoires sur la lumière, était heureux, lui aussi, d'obtenir la grande médaille. En 1855, le buste de Fresnel avait été placé dans la grande salle

du palais des Champs-Elysées , sur le fût d'une colonne élevée par les soins de la commission des phares. Il n'est pas une des nations maritimes du globe qui ne rende hommage à sa mémoire. En léguant sa découverte à tous les peuples, Fresnel a laissé en propre à nos artistes des enseignements et des traditions précieuses qui leur ont assuré une supériorité incontestée sur les constructeurs étrangers. Les commandes qui leur viennent du dehors en sont une preuve irrécusable. Les signes de cette supériorité se retrouvaient, d'ailleurs, intacts dans notre Exposition universelle.

Quatre phares figuraient dans la nef. L'un venait de l'atelier central des phares, appartenant au Gouvernement et relevant du ministère du commerce et des travaux publics. Cet atelier existe à Paris, dans une position admirable, entouré de jardins verdoyants, sur le flanc du coteau de Chaillot, au lieu même où devait être construit le palais du roi de Rome. Le phare de l'administration occupait le sommet même de la colonne portant le buste de Fresnel. C'était un des objets les plus apparents de la grande salle. Il était placé vers l'extrémité occidentale, du côté de la galerie voisine de l'allée d'Antin. On voulait, dans le principe, l'élever au centre même du bâtiment ; au premier abord, cette idée ne semblait avoir rien d'étrange : il était possible de supposer que le globe lumineux serait là dans une situation en rapport avec sa destination ultérieure, quoiqu'il soit fort rare que ces signaux doivent être'vus de tous les côtés. On reconnut bientôt que le phare aurait masqué tout l'ensemble de la décoration intérieure ; il aurait coupé très-désagréablement la ligne du transept. C'est donc par une bonne inspiration qu'on le fit rep rter à l'un des bouts de la salle. Les trois autres phares étaient soudés, non plus

sur des colonnes donnant l'idée de la position ordinaire de ces appareils, mais sur de simples pivots à hauteur d'homme. Deux de ces phares avaient été exposés par des maisons françaises : l'un par MM. Soleil et II. Lepaute, l'autre par M. L. Sauter. Nous n'avons en France que ces deux fabriques pour les constructions de celte nature. Toutes les deux fournissent des phares au Gouvernement. Le dernier appareil de ce genre placé dans la nef venait d'Angleterre. Il avait été monté par MM. Chance frères, de Birmingham.

Avant de revêtir ce caractère propre aux applications scientifiques, qui se révélait si bien dans les phares de notre Exposition, la construction de ces appareils a passé par un grossier empirisme. L'idée mère de ces si* gnaux paraît fort ancienne; mais longtemps on la réalisa delafaçonla plus simple, c'est-à-dire en allumant des feux sur des promontoires élevés. Plus tard, on tâcha d'accroître l'intensité de la lumière au moyen de réflecteurs plus ou moins bien conçus. En commençant à s'emparer du sujet, la science essaya, soit de déterminer le mode d'établir les feux, soit de perfectionner les appareils de réflexion. Il y avait encore bien loin cependant de ces phares déjà transformés au système savant des phares lenticulaires actuellement usités. C'est là une invention toute française. Buflbn avait eu l'idée de construire de grandes lentilles ; mais il ne put obtenir de résultats satisfaisants, parce qu'il voulait tailler ses lentilles dans une seule pièce de verre. Fresnel, au contraire, forma des lentilles de diverses formes à échelons, en juxtaposant des verres travaillés séparément et dont il avait calculé toutes les courbures. Il chercha ensuite un moyen de produire une vive lumière au foyer de ces lentilles, afin de pouvoir envoyer à une grande distance des faisceaux de rayons

lumineux. Il y réussit au moyen de lampes à plusieurs mèches concentriques. Le principe appliqué dans la fabrication des appareils dioptriques des phares réside tout entier dans l'effet que produit un point lumineux placé au foyer d'une lentille. Les rayons de lumière rendus parallèles en traversant la lentille peuvent arriver fort loin. C'est là ce qu'on appelle la lumière renvoyée par réfraction. Ce dernier mode a été ainsi substitué au mode antérieur du renvoi par simple réflexion.

A quelle distance peut-cn apercevoir la lueur des phares lenticulaires? Vous savez que la distance varie suivant la puissance des appareils. Les phares, de même que les armes de guerre, ont des portées différentes. Les Parisiens, qui ont accompli en si grand nombre* des voyages à la mer, grâce au bas prix fabuleux des trains de plaisir, ont pu faire connaissance, au Havre, avec diverses espèces de phares. Ils ont vu les feux des grands appareils du cap de la Hève, qui dominent l'embouchure de la Seine, et les petits feux blancs ou colorés qui indiquent l'entrée même du port. Du bout de la jetée que la lame balaie quelquefois dans les tourmentes, ils ont aperçu sur la côte opposée des feux fixes et des feux intermittents. Certains phares, en effet, brillent toujours, envoyant leur lumière dans une même direction; d'autres s'éclipsent de moment en moment, et leurs feux apparaissent par intermittences; mais comme la durée des éclipses est toujours la même sur un même lieu, cette durée forme une indication sûre pour les navigateurs. Les systèmes lenticulaires destinés aux éclipses sont mis en mouvement au moyen d'appareils d'horlogerie d'une justesse parfaite. Les phares qu'exposaient les maisons françaises sont à éclipses. On pouvait, en les examinant avec quelque attention, se rendre aisément compte de

leur mécanisme. Le phare de Birmingham, au contraire, était établi pour recevoir un feu fixe.

Après ces détails, je reviens à la portée des appareils dioptriques. Avec des lampes munies de quatre mèches concentriques, le foyer de lumière peut être rendu visible à 40 et 50 kilomètres. Si Ton réussit à appliquer aux phares la lumière électrique, la position des côtes, des ports, des écueils, des bancs de sable, pourra être reconnue à une distance plus grande encore. La flamme électrique permettrait d'indiquer la route aux navigateurs, même par les temps de brouillards, au moins à l'approche des côtes.— Faut-il dire que ces nombreuses lentilles qui servent à composer les foyers des phares, sont taillées à la mécanique? Faut-il ajouter que la France est le pays du monde dont les côtes sont le mieux garnies d'appareils d'éclairage? Il est utile de noter ces détails; il est utile encore de rappeler que nous possédons quatre classes de phares dont la puissance est différente et qui sont appropriés à des besoins divers.

On trouvait dans la nef du Palais de l'Industrie d'autres pièces importantes en fait d'instruments d'optique ou de précision. On remarquait, mais à coup sûr sans pouvoir s'en rendre exactement compte, car il aurait fallu y consacrer de patientes études, le modèle tout monté de divers appareils employés à l'observatoire de Greenwich près de Londres. Ce beau système s'adresse aux astronomes qui peuvent seuls l'apprécier.

La maison Lerebours et Secrelan, renommée pour les progrès dont la construction des instruments de physique lui est redevable , exposait une puissante lunette de 24 centimètres de diamètre. On pouvait voir, en outre, une autre lunette de plus petite dimension, appartenant à l'Allemagne; mais on aurait vainement cherché, soit

dans le transept, soit dans les galeries, la plus belle pièce que la France possède en ce genre. Elle est à l'Observatoire impérial, où les savants et les hommes spéciaux peuvent aller l'examiner. On la considère comme un des ouvrages les plus précieux de ce grand établissement. Le constructeur, M. Brunner, dont le rare talent rappelle celui de Gambey, a d'ailleurs paru déjà avec éclat dans nos expositions nationales, et il y a remporté la médaille d'or en 1844 et en 1849.

Page 1