‹ L'industrie contemporaineChapitre 5 sur 61 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Objet de eet Ouvrage.

Pour déterminer les caractères si variés de l'industrie contemporaine chez les différents peuples du globe, il faudrait, nous dira-t-on, avoir vu les choses de ses propres yeux. Oui, assurément; et telle est bien notre pensée. Aussi est-ce une suite de voyages que nous nous proposons d'entreprendre avec nos lecteurs.

Ces pérégrinations doivent nous montrer plus de pays, et surtout des pays plus intéressants, que le plus long voyage de circumnavigation qu'aient effectué les Cook et les Dumont-d'Urville.Nous n'irons pas chez ces tribus sauvages, courbées sous le joug de la nature physique, qui donnent au voyageur le spectacle d'un si profond avilissement de toutes les facultés de l'âme. Nous n'aborderons pas ces régions dont les habitants, sous

l'influence de causes diverses, semblent avoir reculé plutôt qu'avancé sur le chemin de l'humanité. Nous rechercherons, au contraire, les peuples en qui la sévc jaillit avec le plus d'énergie et d'al>ondance ; ceux dont le génie, illuminé par la science, s'exerce sans relâche au grand soleil de la civilisatim. C'est là où les hommes soutiennent du bras le plus robuste et du cœur le plus ferme la lutte contre la matière, c'est là que nous ferons halte et que nous établirons notre séjour. Quand on compare, à l'heure qu'il est, le développement social dans les différents pays, on reste convaincu que l'état de la civilisation chez chacun d'eux est en rapport direct avec les résultats de celte granJe lutte. Le travail industriel a été le principe le plus actif du progrès dan^ notre siècle. Si d'autres époques de l'histoire ont développé avec plus ou moins d'éclat tel ou tel élément social, la nôtre a surtout reçu pour mission d'élargir, dans d' proportions grandioses, le domaine matériel de la civ sation, comme si les merveilles de ce domaine devr avoir pour effet de nous ramener vers les merv bien autrement grandes du monde moral.

Nos voyages nous permettront de faire à chaque pie sa part dans l'accomplissement de cette im tâche. Mais, pour être juste envers tous, il ne nr firait pas de visiter en passaftt quelques points if seulement les localités qu'affectionnent les tou profession. Pénétrant plus avant dans l'intimité de civilisées, nous devons examiner de près les œr laborieux soldats de l'industrie conlemporai étude nous fournira l'occasion de recueillir d curieuses sur chaque branche de la fabrical progrès, et parfois, s'il est permis de le r aventures ; elle pourra en outre jeter du joi

ditions d'existence des populations ouvrières sur lesquelles les événements contemporains ont appelé une si profonde attention et un si légitime intérêt.

Mais où des contemplations aussi multiples , où des scènes aussi variées vont-elles nous conduire? Nous ne prétendons pas vous entraîner à travers des mers inconnues ni sur des rivages inhospitaliers. C'est à Paris même, dans la ville du monde la plus accessible et de l'humeur la plus avenante, c'est au milieu des splendeurs anciennes et des splendeurs nouvelles de la capitale de la France, que ces perspectives se dérouleront devant nos regards. Le monde est venu lui-même nous trouver; il est venu déployer ses œuvres au grand jour.

L'Exposition universelle de 1855 a singulièrement facilité, en effet, les appréciations comparatives en réunissant sous nos yeux tous les éléments de la comparaison. Que d'années n'eùt-il pas fallu pour voir les choses sur les lieux mêmes! La vie d'un homme n'y aurait pas suffi. Comme nous avons visité à diverses reprises presque tous les districts manufacturiers de la France, et exploré certaines régions de l'Angleterre, de la Suisse et de la Belgique, nous savons par expérience combien les observations sont lentes à recueillir. Grâce à l'Exposition universelle, on a pu faire en six mois le tour du monde industriel ; on a pu embrasser l'ensemble des conquêtes que le travail a réalisées au temps où nous vivons.

En contemplant ce magnifique spectacle dans le Palais de l'Industrie, on s'apercevait sans peine qu'aux attraits qui flattent la curiosité excitée par de réels prodiges, se joignait ce contentement plus sérieux qui naît de la réflexion là où l'esprit rencontre un aliment toujours nouveau. S'il est vrai de dire de tous les spectacles offerts à nos regards comme des livres, que les meilleurs

sont ceux qui font le plus penser, l'Exposition universelle a été, sous ce rapport, une scène tout à fait exceptionnelle. L'esprit ne pouvait, en effet, s'y restreindre à la simple contemplation des objets exposés. Il s'élançait dans l'espace par-dessus les 'murailles, et le plus eu* rieux tableau n'était bientôt plus celui que renfermait l'édifice. On y trouvait les moyens d'embrasser le domaine de l'industrie dans toute son étendue. On se représentait les villes de fabrique avec leur population haletante, les grands ateliers avec leurs gigantesques et infatigables appareils. On suivait le travail dans ses opérations diverses, transformant la matière comme avec une baguette magique. On s'interrogeait enfin sur les conséquences de l'immense mouvement. industriel qui caractérise notre siècle.

Dans l'examen que nous nous proposons de faire aujourd'hui, touchant ces industries qui intéressent de millions d'existences, nous nous sentirons pressé r les questions d'avenir. Sans doute, ces question? viennent pas se mêler à des recherches d'un carp un peu spécial comme les nôtres, pour Être dis directement; elles n'en sont pas moins au fou choses. En admirant les ouvrages où se résumr forces si multiples, des facultés si diverses, des naisons si dissemblables, et parfois le génie < bilités très-distinctes, on se demande toujours compte quel bien résulte pour l'homme, dai moral comme dans l'ordre matériel, de la prod chefs-d'œuvre du travail.

Quant à l'objet immédiat de nos études, de le préciser d'après les explications qr Nous voulons tâcher de connaître les f dustrie contemporaine, et rechercher c

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définitive les inventions utiles, les perfectionnements sérieux qu'a mis en relief le vaste assemblage de 1856. En appréciant îe mérite relatif, le degré de perfectionnement des produits similaires chez les divers peuples admis au concours, nous voulons aussi nous préoccuper des différences de prix qui touchent si vivement la masse des consommateurs, et savoir si ces différences tiennent ou non à des causes inattaquables. En un mot, il faut que nous sachions ce que l'industrie a fait pour produire à bon marché et quels résultats elle obtient dans cette voie ; il faut que nous sachions si la réduction des prix', quand elle existe, provient bien réellement d'une fabrication plus habile, plus intelligente ou plus étendue, et non d'une diminution fâcheuse dans la qualité des Objets fabriqués. Sans doute il serait absurde de prétendre réduire l'homme sur la terre au rôle de consommateur ; mais dès que l'homme est obligé de se procurer une multitude de choses pour vivre, pour nourrir et élever sa famille, pour développer toutes ses facultés, c'est une des conditions essentielles du progrès social qu'il puisse acquérir les objets dont il a besoin. Puisque l'Exposition universelle a été le champ de nos investigations, il paraît juste de consacrer d'abord par quelques détails le souvenir de cette grande solennité.

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