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CHAPITRE IL Les Concourt» Industriels du XIX' slèele

De même que les anciens tournois s'accordaient avec les goûts de l'âge féodal, de même les Expositions répondent aux instincts d'un siècle industriel. Ainsi, chaque

époque a ses fêles conformes à son génie. L'idée des Expositions est d'ailleurs une idée française; elle a germé sur notre sol. Elle procède des tendances intimes de notre génie national, qui se complaît à embrasser les choses dans leur ensemble, et dont les mouvements à travers l'histoire ont toujours eu pour caractère distinctif la direction vers l'unité. La pensée même d'une Exposition à laquelle seraient admis les peuples étrangers s était manifestée en France avant qu'elle eût été réalisée au delà du détroit. Si notre pays n'a pas pris en 1849 l'initiative de l'exécution, c'est aux agitations politiques qu'il faut surtout l'attribuer.

Sans doute, lorsqu'à la fin du siècle dernier notre première Exposition s'ouvrait auChamp-de-Mars et dans les bâtiments du Palais-Bourbon où se trouvait aussi alors l'école polytechnique, nul ne prévoyait les futurs développements de l'institution naissante. Elle débutait modestement comme toutes les forces destinées à grandir. On avait voulu embellir les fêtes nationales célébrées à l'expiration de Tan vi, et constituer avec l'Exposition une sorte de marché qui n'était guère qu'un nouveau genre de divertissement. Paris et les départements les plus rapprochés de celui de la Seine avaient fourni presque tous les objets étalés. De ces baraques improvisées à l'extrémité la plus reculée de la grande ville, l'Exposition devait venir cependant, à un demi-siècle de distance, occuper un palais splendide, construit pour elle, dans le plus somptueux quartier de la capitale, entre les Tuileries et l'arc de triomphe de l'Étoile, sur la voie la plus brillante de l'univers. Dans l'intervalle qui sépare l'année 1798 de l'année 1853, on a vu tous nos gouvernements successifs traiter celte institution avec faveur, Tous se sont reposés sur cette pierre que le génie propre

au 19* siècle, le génie de l'industrie, avait, du premier coup, solidement affermie. Dès le début, le Consulat, qui s'appliquait à réunir et à réchauffer tous les germes féconds, donna un corps à la pensée nouvelle et la mit en évidence* Au mois de mars 1801, quelques jours après la paix de Lunéville qu'avaient préparée la victoire de Marengo et la bataille de Hohenlinden, un décret annonçait la prochaine ouverture d'une seconde Exposition nationale. Au lieu de reléguer tîette fois les produits de l'industrie manufacturière dans un endroit solitaire, le premier consul les installa dans le palais des rois, au Louvre ; il doubla la durée de la solennité, qui n'avait été d'abord que de trois jours ; il fit renouveler la même expérience en 1802* Les faits dirent assez haut que la France, échappée à de longues convulsions, se livrait dès lors avec bonheur aux applications industrielles. De 110 en 1 798, le nombre des exposants monta à 220 en 1801 , pour arriver à 540 en 1802. Ce ne fut, néanmoins, qu'à la quatrième de ces exhibi lions, en 1806, dans Tune des années les plus brillantes du règne de Napoléon Ier, qu'on rencontra tous les traits d'une Exposition véritablement nationale. Pour la première fois, on y vit figurer des échantillons de toutes les branches de l'industrie française. Le nombre des exposants atteignait le chiffre de 1,122, chiffre énorme pour une époque où les grands appareils mécaniques étaient à peu près inconnus chez nous et où nous ne faisions, pour ainsi dire, que d'entrer dans la carrière. Comme le Louvre, dans son état d'alors, ne se prêtait guère à des constructions provisoires assez étendues pour abriter des articles aussi nombreux, on leur avait préparé sur l'esplanade des Invalides un vaste* local qui resta ouvert au public pendant vingt et un jours. Celte Exposition de 1806 était si complète,

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qu'elle permit de dresser une sorte de statistique des forces industrielles de la France, publiée d'après les ordres du ministre de l'intérieur, M. deChampagny, et qui mérite encore d'être consultée. C'est une série de notices sur les produits de chaque département, rédigées par M. Costaz, alors chef du bureau des manufactures. De ce moment-là, on put dire que l'institution était fondée; de ce moment-là, l'opinion publique réfléchie avait prononcé son verdict.

Plus tard, sous la Restauration, on rassembla trois fois, en 1819, en 1823 et en 1827, les produits de nos fabriques ; mais le nombre des exposants ne varia presque pas, il flotta entre 1,600 et 1,700. Les deux premières de ces Expositions furent les plus sérieuses. Celle de 1827, d'ailleurs fort mal classée, comptait trop de ces compositions bizarres et coûteuses, étrangères au véritable domaine de l'industrie. De 1830 à 1848, on a eu les trois Expositions de 1834, de 1839 et de 1844, qui eurent lieu, la première dans quatre pavillons séparer construits sur la place de la Concorde, et les deux autr dansunédifice temporaire, aux Champs-Elysées. De 2, 4^ en 1834, le nombre des exposants arriva au chiffre 3,281 en 1839, et à celui de 3,960 en 1844. On T juger par ces nombres, rapprochés de ceux de 18 . 1802, du terrain qu'avait gagné l'industrie dans pays en moins d'un demi-siècle. L'Exposition de \ ouverte au lendemain d'une crise terrible, était la or solennité de ce genre depuis 1798. Elle offrait ; gards du public des produits fort remarquables au: certes, on n'aurait guère osé s'attendre, et elle 4,500 exposants. On peut le dire, elle a fermé 1 Expositions exclusivement consacrées aux prodi naux ; non qu'il ne puisse désormais y avoir

lennités, particulières à la France, mais ce ne sera plus en vue d'une exclusion systématique.

L'idée éclose vers le commencement de ce siècle a donc été considérablement élargie par l'acte qui a décrété une Exposition universelle (1). La solennité ne porte plus le nom d'un seul peuple, elle est devenue commune à tous. A ce titre, l'Exposition de 1855 forme une date importante dans nos annales. Puisque les développements de l'industrie mêlent de plus en plus les intérêts économiques des nations civilisées et tendent visiblement à rendre solidaires les destinées de ces nations, il était naturel qu'à la pensée de montrer réunis les éléments industriels d'un seul pays, succédât celle de grouper les uns auprès des autres les éléments industriels des nations diverses. Notre Exposition universelle a eu l'avantage de consacrer définitivement l'expérience faite en Angleterre en 1851 et renouvelée depuis, mais sur une trop petite échelle, par les villes de Dublin et de New- York. Quelques autres Expositions avaient eu lieu, notamment à Moscou, à Copenhague, à Munich, à Florence, à Madrid, à Lisbonne; elles avaient toutes un caractère purement national. Celle de Munich, conçue dans la pensée la moins étroite , admettait les produits de tous les états allemands. Les trois dernières étaient, en réalité, une sorte de répétition pour l'exhibition universelle de Paris.

Si les Expositions de l'industrie ont obtenu une rapide et haute fortune, si elles ont duré chez nous lorsque tant d'autres institutions s'évanouissaient autour d'elles, c'est qu'elles répondent à ce besoin intime qu'éprouve l'homme de généraliser l'action de ses facultés. Elles étaient, d'ail-

(1) Décret du 3 mars 1853.

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leurs, par leur essence même, la glorification du principe qui domine notre époque : le principe du travail. Mettre en saillie les produits de l'industrie, n'était-ce pas dresser un piédestal au travail môme? La solennité à laquelle nous avons assisté, en 4855, est venue donner un relief tout nouveau à cette même pensée, en la réalisant dans des proportions considérablement agrandies. On ne sau* rait nier qu'elle tend à élargir l'horizon des classes industrielles et à servir ainsi les intérêts du grand nombre.

De plus, les mômes manifestations, les mêmes produits qui témoignent de l'habileté du fabricant, de l'effort et de l'adresse de l'ouvrier, attestent également les triomphes de la science, qui seule, la plupart du temps, en a rendu l'exécution possible. Le mouvement scientifique de notre époque, dont le caractère pratique ne fait pas déserter les hauteurs de la théorie, a trouvé son compte dans l'éclat de la solennité industrielle.

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