CHAPITRE IV
Le» produite de l'Algérie.
Les produits algériens — dont l'arrangement avait été, d'ailleurs, effectué avec beaucoup d'art par les soins de l'administration de la guerre, — présentaient en quelque sorte le résumé de toutes les forces productives de notre
dans ceux qu'occupaient les pays étrangers, notamment l'Angleterre, U Belgique, la Prusse, la Suède, etc. On voyait là des rails de Uetéi 96 mètres de longueur. Tous les principaux établissements de notre ptyti ceux que j'ai nommés déjà, comme le Creuzot, comme divers ateliers de U Loire, et les usines de Fourchambault, d'Audi ncou ri, Comment!?, Anna, Decazeville, Montataire, Douai, Montluçon, Chitillon- sur- Seine, etc., et&, si distinguaient par la qualité et les dimensions des pièces exposées. On avait fabrique des morceaux de tôle pesant ici 700 kilogrammes, là 900, titan jusqu'à 1,550 kilogrammes. Parmi les fers traités au bois, nous dévots m mention à ceux des forges de Verrières et de l'Hommaizé (Vienne). Ces fer» ont subi sans se rompre ou se déchirer l'épreuve de la torsion à un àepi extraordinaire. De plus, on a soumis des essieux au choc d'un moafra il 500 kilogrammes tombant librement d'une hauteur de 9 mètres, et les essieux se sont seulement courbés. Cette force de résistance est, (failko% reconnue à ces fers depuis longtemps , car, après les avoir qualifiés de fan nerveux, le jury de 1849 ajoutait qu'ils résistaient au choc, qu'on ê9êU peine à les rompre par la toreion quand Ut étaient en bandes pkta. J'insiste sur cette qualité, parce qu'elle assimile nos produits aux prodÉ* de la Suède. — Parmi les particularités sans nombre qui ont en place dans U Palais de l'Industrie, je crois juste de signaler un perfectionnement apporté dans les armes à feu du commerce, par un homme étranger à la fabrkUMi des fusils et des pistolets, H. Fontenau, de Nantes. Son ingénieuse iwettion a surtout pour objet d'améliorer les armes en vue d'éviter les accidents dont les annales de la chasse fournissent de si nombreux exesapto M. Fontenau a rendu mobile la partie cylindrique du chien en forant ceur partie dans toute sa longueur et en y adaptant une vis terminée par une tôt* cannelée. Un demi- tour donné à cette vis suffit pour rendre toute explosioi impossible, lors même que le chien s'abattrait sur la cheminée. Le chien s* reposo pas, comme dans les armes ordinaires, sur la tète de la cheminée, mais sur la partie circulaire qui entoure la base, circonstance très- favorable, d'ailleurs, à la conservation du fusil.
colonie africaine. Quand on comparait l'exhibition de l'Algérie en 1855 à celle de 1849, on restait frappé de Ténorme développement qu'a pris la colonisation dans l'espace de six années. C'est que pendant cette période on s'est mis résolument à l'œuvre ; on a obtenu de cette façon des résultats très-significatifs. En 1847, le maréchal Bugeaud, examinant ce qu'on appelait la colonisa* tion civile et la colonisation militaire, écrivait, avec cette autorité qui s'attachait à sa longue pratique des affaires africaines : « D'après mes idées, il faudrait que les lieux fussent préparés à l'avance par l'armée ou l'administration civile avant d'appeler la population. » C'était là une indication excellente; cependant il y avait une mesure d'un autre ordre, qui pouvait seule féconder l'œuvre entreprise. U fallait que les produits récoltés par les colons sur le sol africain ne fussent pas frappés de cette sorte d'interdit qui les privait de tout moyen d'écoulement. Voici, en effet, dans quelle alternative ces produits se sont trouvés placés pendant longtemps : s'ils se présentaient sur les marchés étrangers, on les y taxait comme produits français ; s'ils arrivaient dans nos ports, ils s'y voyaient assimilés aux articles étrangers. La loi du 11 janvier 1851 est enfin venue mettre un terme à cette choquante anomalie. C'est depuis que la majeure partie des matières premières provenant de l'Algérie sont traitées en France comme produits français, que la colonisation a pu prendre de l'essor. L'égalité devant les droits de douane entre un objet d'origine française et un même objet d'origine étrangère ne peut être, dans l'état actuel des choses, qu'une question de fait ; mais quand il s'agissait de la France et de sa colonie africaine, les circonstances, avouons-le, étaient singulièrement favorables à une assimilation complète.
Les produits que l'Algérie comptait à l'Exposition universelle peuvent être répartis en deux classes : l'une concerne l'alimentation publique, l'autre l'industrie.
Les céréales figurent, comme on s'en doute bien, m tête des productions alimentaires. En face de gerbe d'une hauteur extraordinaire, de grains dont le poft spécifique égale ou dépasse celui des plus magnifiques échantillons de la Beauce, le public se rappelait que h terre d'où ils étaient sortis fut jadis un des greniers de peuple romain ; chacun se demandait si la France » pourrait pas aussi trouver là, pour les années de disette, une source précieuse d'approvisionnement. A coup sûr, ai tel espoir paraît légitime ; l'Exposition est venue l'encoorager, en attestant que le sol africain n'a rien perdu de cette fécondité qui rendit tant de services à la Ville éternelle. Peut-être ne sait-on pas assez quelle quantité de céréales nous fournit déjà l'Algérie. Dans le cours de l'année qui vient de finir, ce territoire a expédié, sœti la France, soit à l'armée d'Orient, environ 3 millions d'hectolitres. Dans ce chiffre ne sont pas compris les légumes secs, qui figuraient aussi à l'Exposition, et dort l'importation a été de 4 à 5 millions de kilogrammes. Les vins avaient également une place dans le Palais de l'Industrie; on nous a affirmé que les produits de certains crus étaient d'une excellente qualité. De larges plantations de vignes ont été effectuées dans ces dernières années. Le jour viendra peut-être où la colonie pourra nous prêter une aide utile pour les vins comme pour les céréales; mais en ce qui concerne les vins, ce jour, il faut le reconnaître, semble encore passablement éloigné. Il n'en est pas de même pour les huiles d'olive, qii comptent déjà parmi les produits importants de l'Afrique française, et surtout parmi ceux qui sont susceptibles de
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prendre une très-rapide extension. La production atteint, à l'heure qu'il est, un chiffre annuel de 12 millions de litres, et cependant les moyens de fabrication dont se servent les Arabes, qui exploitent à peu près seuls cette branche de l'agriculture, sont primitifs, et, on peut le dire, très-grossiers. On ne tire du fruit de l'olivier qu'une partie très-minime de sa substance huileuse. Devons-nous craindre que l'Algérie ne vienne, avec ses huiles, faire à nos départements méridionaux une concurrence funeste? Pour rassurer tous les intérêts, il suffit de songer que, dans l'état actuel des choses, nous sommes obligés de demander aux autres pays un supplément considérable, supplément qui, en 1854, touche à 17 millions de kilogrammes.
Arrivons maintenant aux matières dont le travail industriel peut tirer parti. — Le coton mérite d'être placé au premier rang des matières qui s'adressent à nos fabriques ou à nos ateliers. Nous avons déjà eu l'occasion de parler plus haut des cotons de l'Algérie. Ajoutons cependant que le décret du 23 octobre 1853, qui est venu encourager cette culture, au prix de quelques sacrifices temporaires, est une mesure dont l'utilité a été déjà démontrée par les résultats obtenus. Dans la province d'Oran, où se trouvent les terres les plus favorables aux cotonniers, voilà que deux années seulement après le décret, nous trouvons 2,055 hectares couverts par cet arbuste, tandis qu'en 1853, les plantations de l'Algérie tout entière occupaient seulement un espace d'environ 500 hectares. Comme la France a demandé aux États- Unis, en 1854, pour 120 millions de francs de coton, on peut juger quel immense marché s'ouvre au-devant des planteurs algériens. On voyait dans l'étalage de l'Algérie des fils de coton filés par plusieurs de nos industriels ;
ces fils étaient jugés très-favorablement. Il y aviil là aussi un assortiment de mousselines de tous les gras qu'on fabrique à Tarare, ainsi que différents articles soi tissés, soit tricotés, venant d'autres manufactures.— Li laine d'Afrique a donné lieu, de son côté, à plusieurs applications en France. La production de cette matière en Algérie intéresse de près notre fabrication métropolitaine, qui emploie, chaque année, en outre des laines françaises, de 40 à 50 millions de kilogrammes prisa l'étranger. Gomme une routine aveugle et invariable est le propre des Arabes dans V élève des troupeaux aussi bien que dans toutes leurs industries, il n'est pas étonnant que les laines de l'Algérie soient d'une qualité médiocre; mais il est certain qu'elles sont susceptibles de s'améliorer avec le temps. Plusieurs colons ont déjà opéré des croisements qui ont été suivis de très-bons ré* sultats. Les laines actuelles, les plus grossières même, trouvent d'ailleurs un emploi utile, soit dans la fabrication de certaines étoffes communes, soit dans la literie. Un négociant d'Elbeuf, M. Molet jeune, a fait confectionner avec des laines provenant du troupeau de Lagboo* des étoffes pour pantalons et une étoffe croisée pour paletots, qui attestent la bonne qualité de la matière première.
L'exhibition des bois d'Algérie présentait peut-être ui attrait non pas plus réel, mais plus général, que celle des matières textiles. Plusieurs de ces bois sont susceptibles de prendre une place dans notre ébénisterie, et d'ajouter quelques teintes nouvelles fort séduisantes aux teintes trop peu variées des bois actuellement employés. Les plantations forestières de l'ancienne régence ne couvrait pas moins de 1,250,000 hectares. Laissées par les indigènes dans un complet abandon, et livrées jadis à des
dévastations continuelles qui auraient tari cette source de richesses, si, dans un pays où la population était rare, les destructeurs eux-mêmes n'avaient pas manqué à l'œuvre sauvage, les forêts algériennes sont aujourd'hui placées sous une surveillance spéciale qui est destinée à en assurer la conservation. — Quant aux produits minéraux, l'Algérie avait envoyé de» échantillons de différentes natures : du plomb, du fer, du cuivre, etc., provenant de diverses concessions de mines ou gisements, concessions dont le nombre dépasse cent soixante. Les marbres tirés de plusieurs carrières ont été fort remarqués (1).
H est un produit qui occupait une large place à l'Exposition, sous des formes variées, et que nous éprouvons de l'embarras à classer dans la division adoptée plus haut* Ce n'est pas un produit alimentaire ; ce n'est pas non plus un produit destiné à nos fabriques. Il s'agit du tabac. Cette plante satisfait à une consommation trop répandue pour que nous l'appelions un article de luxe ; elle procure à notre budget un appoint trop considérable pour que l'économie politique qualifie d'improductive la dépense à laquelle le tabac donne lieu. Les échantillons de tabacs algériens étaient des plus beaux. Ils ne proviennent pas d'une culture restreinte, comme on pourrait le croire, de la culture d'un jardin botanique. Le nombre d'hectares consacrés à ce végétal a été, en î 855, de 4,000, et il n'était que de 32 il y a dix ans. La régie a pu acheter,
(1) L'ouvrage publié par ordre du Gouvernement, en 1849, sur la Richesse minérale de V Algérie, par M. Henri Fournel, permet d'apprécier quelles ressources le sol africain recèle sous ce rapport. — Un recueil périodique, les Annales de la colonisation algérienne, est spécialement consacré aux intérêts de notre colonie. Celte revue, publié sous la direction de M. Hippolyte Peut, mérite que nous la mentionnions ici à cause des renseignements utiles qu'elle renferme.
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en 1854, près de trois millions de kilogrammes deiabae en Afrique. Trois millions de kilogrammes ! c'est énorme, quand on tient compte de la nouveauté de cette culture en Algérie ; ce n'est rien cependant si Ton Songe que nos importations totales durant la même anfaée 1854 montent à 43 millions.
Que conclurons-nous de- Texamen auquel nous venons de nous livrer? Nousepoyons qu'il ttk résulte, avec la dernière évidence, qu'un progrès notable, solide et suivi, s'accomplit en ce moment, au point de vue de la colonisation économique, sur cette terre d'Afrique qui a été, depuis vingt-cinq ans, le théâtre de tant de généreux efforts, et où se sont formées, dans les rudes exercices de la conquête , des troupes que le monde a pu juger ailleurs. L'Exposition de 1855 restera comme une date importante dans l'histoire du développement de la colonie ; elle semble marquer le point de départ d'une exploitation plus large, également utile à l'Algérie et à la France. En ce sens, elle est une sorte de révélation des ressources de notre établissement, dont l'essor intéresse par tant de côtés l'industrie manufacturière de la métropole.
CHAPITftî V.
Industries principales mises en, relief par les pays étrangers. — • L'Angleterre*— lia Pfelaique. — L'Ântrlehe.— Les divers Etats de l'Allemagne, etc.
Les différâmes existant autre le génie industriel de chaque pays, et qui prêtent tant d'attrait à une Expoafftion universelle, sont d'ailleurs la condition même du progrès de l'industrie. Sans doute, dans une telle arène le but qu'on aperçoit au fond est commun à tous les peuples ; mais, pour atteindre ce but, il faut le concours des aptitudes les plus diverses et des goûts les plus dissemblables. On pourrait dire, en empruntant l'énergique parole d'un écrivain de l'antiquité, qu'il faut à la fois vouloir et ne pas vouloir la même chose : Unum velle, unum nolle. Aussi, même après avoir vu les peuples réunis dans l'enceinte pacifique des Expositions universelles, n'en doit-on pas moins reléguer dans la région des rêves l'opinion que les sociétés humaines tendent à ne former qu'une seule nation. Privée du stimulant de la concurrence, l'individualité n'aboutirait-elle pas inévitablement à l'inertie? Les grandes découvertes contemporaines, telles que les chemins de fer et les télégraphes électriques, auront inévitablement pour effet de rapprocher de plus en plus les peuples les uns des autres ; mais, en leur permettant d'unir plus efficacement leurs efforts , ces applications hardies de la science moderne ne supprimeront jamais le génie des races.
Parmi les pays que notre Exposition universelle avait conviés à ce rapprochement, ceux dent l'industrie semblait être la plus importante possédaient, commç*ûous
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l'avons dit dès le principe, des trophées dans la nef du Palais. Cinq nationalités étaient ainsi représentées par des groupes qui formaient en quelque sorte pour chacune la sentinelle avancée de sa production industrielle. C'étaient l'Angleterre, les fyats-Unis, la Belgique, l'Autriche et le Zollwerein ; le Zollwerein qui embrasse plusieurs États présentait ses produits rassemblés sous un même dais. Il y a de l'intérêt à savoir quelles industries les différents peuples avaient mises en relief dans leurs trophées. Comme le choix à faire leur appartenait sans contrôle, la préférence manifestée indique dans quelles fabrications chacun d'eux croit exceller.
Sur la ligne des trophées anglais, le premier était consacré à l'industrie native de l'Irlande, celle du lin, qu'on pouvait suivre à tous ses degrés. Auprès de tiges telles qu'on les avait récoltées, et encore garnies de leurs graines, on voyait le lin à demi broyé; puis il était transformé en filasse, en étoupes, en fil, et enfin en toile écrue, blanchie ou teinte. La Société royale de Belfast pour l'encouragement de l'industrie linière avait donné ses soins à cette exhibition collective de la province d'Ulster. De ces articles on passait à des produits destinés aux somptueuses habitations de l'opulence britannique. Il s'agit de quelques échantillons de l'industrie métallurgique de Sheffield, dans le comté d'York, notamment de vastes cheminées à grille (stove-grates) en acier poli, d'une dimension et crime forme grandioses inconnues en France. La vue de ces appareils de chauffage pouvait donner une idée des installations domestiques chez nos voisins. Au même ordre de fabrication se rattachaient deux pavillons érigés en l'honneur des cités de Birmingham et de Wolverhampton, qui comme Sheffield, mais avec des variétés caractéristiques, travaillent le fer
et l'acier. Birmingham exposait là deslampes, des lustres, des articles en cuivre fondu et estampé, des meubles en papier mâché et en laque, etc. La ville de Wolverhampton, qui compte près de 80,000 habitants, mais dont le développement ne date pas de loin, est encore peu connue chez nous. Très-active cependant, cette fabrique embrasse deux larges divisions , la serrurerie et la quincaillerie de tôle, d'étain, de cuivre, etc. La quincaillerie seule avait place dans le trophée. Les métropoles de l'industrie textile en Angleterre, Manchester et Glasgow, ces villes de 300,000 âmes, ne pouvaient manquer d'obtenir, l'une et l'autre, un des pavillons d'honneur. La première y avait placé ses soieries, ses velours, ses étoffes pour tentures; la seconde, ses mousselines imprimées et quelques autres tissus délicats. Les industries textiles apparaissaient encore sous le nom des deux villes de Bradford et de Halifax, dont l'importance s'est considérablement agrandie depuis vingt-cinq ans. Un faisceau commun à ces deux cités renfermait des étoffes de laine pure, de laine mélangée avec la soie, et des tapis. Le genre de ces deux fabriques rappelle, comme on le sait, celui de nos villes de Reims, Roubaix et Tourcoing. La céramique anglaise comptait deux trophées qui avaient un caractère plus tranché que ceux de l'industrie textile. Les produits céramiques se faisaient remarquer tantôt par une ampleur inconnue en France, tantôt par des formes un peu bizarres, par des attributs très-singuliers. De tous les produits de la céramique anglaise, ceux qui offraient, à mon avis, l'aspect le plus original, c'étaient les services à thé. Outre ces trophées, l'Angleterre en avait érigé un d'une autre nature, celui de la marine. Le groupe consacré aux arts maritimes par un peuple qui possède un si vaste établissement naval devait
être fort regardé. Il était d'ailleurs d'une vérité pittoresque; on y sentait l'odeur du goudron et de la mer. Si je voulais comparer ce trophée à notre trophée du môme genre, je dirais qu'en face de l'ouvrage anglais on se croyait sur le pont d'un vaisseau, tandis qu'en face du nôtre, pn s'imaginait plutôt visiter un musée de marine.
L'espace réservé aux pavillons américains n'a jamais été qu'incomplètement occupé. Ce quifrappait le plus dans le trophée de l'Union, c'était un cadre garni d'armes et d'ustensiles de chasse envoyesduConnecticut.il s'y trouvait un grand assortiment de ces pistolets tournants dits revolvers, qui reçoivent cinq, six, huit et même dix charges à ïa fois et les tirent sans désemparer, pour ainsi dire instantanément. V Yankee ne voyage point dans son pays, surtout lorsqu'il s'avance du côté des solitudes de l'Ouest, sans avoir son revolver dans sa poche. Sur le devant du panneau occupé par les articles de chasse et de défense personnelle, les Américains avaient placé divers modèles de meubles en caoutchouc durci. Il était impossible de considérer cet étalage comme une expression de l'industrie des États-Unis. Le trophée était le résultat d'une sorte d'improvisation.
La Belgique avait consacré un premier groupe à l'armurerie de Liège, armurerie très-renommée à divers titres, et surtout à cause de la modicité de ses prix. A côté d'armes de luxe, les armuriers belges en avaient d'autres très-communes : ils peuvent livrer des fusils de chasse à 7 fr. 50 c. On en exporte à ce prix-là pour l'Amérique, notamment pour le Mexique. Il arrive parfois qu'un tel fusil est plus dangereux pour le chasseur que pour le gibier. Cette observation n'entend du reste, rabaisser en rien le mérite des armuriers liégeois, qui savent fabriquer des pièces excellentes à côté des
pièces de pacotille. Un second trophée belge se composait de personnages chargés de splendides vêtements sacerdotaux. Une grande maison de Bruxelles qui s'occupe spécialement de la fabrication d'articles pour le culte, la maison Van Halle, avait érigé ce pavillon où les figures étaient de trop. Ces produits bosses etsurbossés d'or peuveotlutter en richesse avec toutes les étoffes du même genre, mais ils sont extrêmement inférieurs aux articles lyonnais sous le rapport de la souplesse et de l'élasticité. A côté de ces étoffes d'or et de soie venait se placer la draperie de Verviers, représentée par une puissante fabrique de cette ville, la maison Biolley. On avait réuni là des tissus de qualités fort diverses ; des draps noirs à 32 fr. le mètre se mêlaient à des draps cotés 10 francs.
Pour composer leurs trophées, les commissaires autrichiens n'avaient eu recours qu'à la céramique. Dans les objets en cristal et en porcelaine qui recouvraient les tablettes de la Bohême, les formes étaient souvent un peu trop cherchées. On semblait avoir pris parfois l'étrange pour l'original. En fait d'ouvrages ornés, tandis que certaines nuances, les bleues et les rouges, étaient généralement d'une belle venue, d'autres, telles que les nuances vertes et roses, étaient presque toujours d'un ton indécis et un peu fade. On admirait sur l'étagère du comte de Harrach, qui possède une importante fabrique de verres à Neuwelt, de très-jolies jardinières dans un genre nouveau, et divers petits vases d'un goût capricieux assez coquet. Toute la verroterie de Bohême est justement renommée d'ailleurs par le bas prix de ses articles. Le Zollwerein avait imité la partialité de l'Autriche pour les arts céramiques. Trois trophées sur quatre leur étaient presque exclusivement consacrés. Pourquoi donc avoir exclu des pavillons d'honneur d'autres produits remarquables? Pourquoi n'en
avoir pas attribué un, par exemple, aux ouvrages en fonte de Berlin? Ces échantillons n'auraient pas mal figuré auprès des produits de la manufacture royale de porcelaine de la capitale de la Prusse. Les contrastes plaisent presque toujours aux regards, et je reproche aux États allemands de n'avoir pas assez compris les effets qu'on en peut tirer. Le royaume de Saxe occupait un compartiment distinct sous le même baldaquin que la Prusse. L'industrie saxonne est assez volontiers dénigrée par les fabrications rivales de l'Allemagne. Grâce au bas prix de la main-d'œuvre dans le pays, elle utilise moins qu'ailleurs les appareils mécaniques. Ses principaux articles sont les porcelaines, les draperies, les dentelles, le linge de table; au lieu de grouper tous ces articles qui auraient pu composer un ensemble attrayant, on s'était borné à en prendre quelques-uns qui n'étaient , il faut le dire, ni heureusement choisis ni artistement rangés.
Les trophées étrangers fournissaient, en somme, des objets dignes d'être étudiés, quoiqu'ils ne continssent pas tous les éléments qu'on aurait pu y placer avec avantage.