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CHAP1THE III

Londre* et Paris. —1851-1855

L'Exposition de Londres de 1851 avait été un précédent fort utile pour l'Exposition de Paris de 1855. Eveillées par l'ardeur de cette première rencontre, les diverses nations devaient naturellement chercher à se surpasser elles-mêmes. Elles étaient appelées assez à l'avance au concours pour avoir le temps de s'y préparer. Elles y ont mis d'autant plus de soin, qu'elles savaient qu'à Paris elles auraient à soutenir la concurrence devant un public qui passe pour avoir un goût plus exercé que celui de toute autre nation , et dont les arrêts, dans tous les arts , sont

infiniment plus redoutés. Aussi, qu'avons-nous vu? Le génie de là civilisation du 19e siècle a étalé toute sa puissance dans le domaine industriel ; il y a déployé toutes ses ressources. Chez nous, le courage qui avait soutenu l'industrie française au milieu des circonstances les plus critiques, son habileté et son bon goût, mis en si grand relief à Londres, au monpent où nous sortions à peine de terribles déchirements intérieurs, ont brillé du plus vif éclat. Aussi, le pressentiment qu'on avait pu avoir de la beauté de notre Exposition a-t-il été confirmé par des faits irréfragables. Au milieu de cet assemblage des merveilles de l'industrie humaine, l'imprévu succédait sans cesse à l'imprévu. La plume serait impuissante à rendre les innombrables impressions qu'on recevait à chaque pas dans ce panorama de l'univers, et que les yeux transmettaient si vite à l'âme étonnée.

Le plan des bâtiments affectés à l'Exposition de Paris n'avait aucun rapport avec celui du Palais de cristal de Londres. Au lieu de former une croix comme dans Hyde- Park, le périmètre de l'édifice principal des Champs-Elysées décrivait un rectangle parfait. La comparaison entre les deux édifices marque les différences mêmes qui séparent dans les arts, surtout dans l'art architectural, le génie anglais du génie français. A Londres, on ayait cherché l'effet dans l'étendue, qui ne manque jamais, du reste, d'exercer du prestige sur les yeux de l'homme . Le sentiment qu'excitait la première vue de l'Exposition de 1851 , quand on y arrivait par l'entrée principale située à l'une des extrémités de la vaste galerie dont l'autre bout semblait se perdre dans un lointain nuageux, c'était l'étonnement, c'était une sorte de stupéfaction devant l'immensité de la nef centrale. La tendance du goût chez nos voisins est presque toujours la même : ils se plaisent ainsi à recher-

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cher la grandeur soit dans retendue des lignes, soit dans la profusion dès détails. Le nouveau palais du parlement élevé à si grands frais près du pont de Westminster, qui le domine et qui l'écrase, en est une preuve plus éclatante et plus durable que celle du monument de Hyde-Park. 11 n'y a guère, dans les capitales européennes, de palais où Ton ait prodigué davantage l'ornementation ; mais, le premier moment passé, cette architecture surchargée de moulures laisse l'âme froide comme les brumes de la Tamise.

Le génie français, qui s'adresse plus à l'esprit qu'aux yeux, va puiser l'inspiration à d'autres sources : c'est par d'autres moyens qu'il cherche à éveiller l'admiration. Certes, dans l'édifice du carré des Champs-Elysées, la salle rectangulaire du rez-de chaussée présente des dimensions grandioses, puisqu'elle couvre près de trois hectares de terrain ; et pourtant ce n'est point son étendue qui tient les yeux émerveillés et captifs, c'est l'harmonie des lignes, c'est le sentiment vrai des proportions.

Les bâtiments de l'exposition parisienne se composaient de trois parties : le Palais de l'Industrie proprement dit, une longue annexe s'étendant sur un plan à peu près parallèle à l'édifice principal, et une galerie de jonction entre ces deux parties. L'édifice principal, dont les murs extérieurs sont en pierres de taille, les compartiments intérieurs en fer et en fonte, et la couverture en châssis vitrés, devant survivre à la solennité de 1855, a été construit dans des conditions plus monumentales que la serre qui abritait à Londres, pour quelques mois seulement, les produits des nations. Ce bâtiment comprend au rezde-chaussée, la salle rectangulaire dont nousavons parlé, et qui est longue de 192 mètres et large de 48, et des galeries latérales ayant 24 mètres de largeur ; au premier

étage, régnent d'autres galeries d'une dimension égale à celles du rez-de-chaussée. L'annexe se faisait remarquer par sa longueur même, qui embrassait en ligne droite un espace de i ,200 mètres, sous une voûte en verre élevée de 17 mètres. D'une extrémité à l'autre, la vue se perdait dans un lointain nuageux. Sur la moitié du parcours, on avait construit des deux côtés, en manière de tribunes, à la hauteur d'un premier étage, deux galeries larges chacune de 6 mètres, et qui laissaient à la vue toute sa liberté et à la perspective toute sa profondeur. Quant à l'aile de jonction partant du centre du Palais de l'Industrie du côté du midi, elle commençait par décrire une ligne droite sur un court espace, jusqu'à ce qu'elle arrivât près d'un bâtiment rond occupé précédemment parle Panorama et qui devenait partie intégrante de l'Exposition ; elle débouchait ensuite de l'autre côté de cette vaste et élégante rotonde, en se dirigeant vers les murs de l'annexe ; mais elle s'arrêtait avant de les atteindre. Pour ménager la libre circulation des piétons et des voitures à travers le large espace couvert par les édifices, on avait construit un pont auquel conduisaient des escaliers doubles partant, les uns de l'extrémité de la galerie de jonction, les autres de l'intérieur de l'annexe.

Ainsi répartie dans des bâtiments connexes, mais diversement ordonnés, notre Exposition avait pour principal caractère la variété des perspectives. En passant de telle partie de l'édifice dans telle autre, on se croyait transporté au sein d'un monde tout nouveau. Le prestige, au lieu de naître comme à Londres, en 1851 , d'un effet d'ensemble résultant du long développement de la nef de Hyde-Park, provenait de la mobilité même d'un panorama déroulant pour ainsi dire à chaque pas un nouvel horizon.

Le nombre des exposants était plus élevé à Paris qu'il ne l'avait été à Londres. En 4851, le chiffre montait k environ 17,000, quand on divisait les agrégations de fabricants d'une môme cité , compris parfois sous un même numéro dans le classement général. En 1855, si l'on procède à la même opération, et si l'on tient compte des exposants qui figuraient à la fois dans plusieurs classes, tout en n'ayant qu'un seul numéro, on n'était pas loin d'atteindre à 25,000 (1). Indépendamment môme de ces additions, et sans compter les industriels tardivement admis, la donnée précise est encore de 20, 157 expo* sants, dont 10,725 pour la France, ses établissements coloniaux et l'Algérie, et 9,732 pour les pays étrangers.

Cinquante-trois États étrangers figuraient dans le total. Ces États se classaient de la manière suivante, d après le nombre afférant à chacun d'eux : le Royaume- Uni et les colonies anglaises comptaient 2,385 exposants, l'Autriche en avait 1,265, la Prusse 1,250, la Belgique 669, l'Espagne et ses colonies 568, la Suède 417, le Portugal et ses colonies 416, les Pays-Bas 411, la Confédération Suisse 396, le Wurtemberg 207, le grandduché de Toscane 193, les États Sardes 173, la Bavière 163, les États-Unis d'Amérique 134, la Grèce 131, la Norwége 121, la république Mexicaine 108, la Saxe 96, le grand duché de Bade 89, le Danemark 86, les États pontificaux 71, le grand-duché de Hesse 65, le duché de Nassau 59, les villes Hanséaliques 56, la ville libre de Francfort-sur-Mein 24, le grand-duché de Luxembourg L22, le Hanovre 18, le duché de Brunswick 16,

(1) Les chiffres de Londres et de Paris laissera fort eu arrière ceux des expositions de N^w-Yurk et de Dublin, q-ii n'avaient, la première, que 4,410 et la seconde, que 1,7111 exposants.

les duchés d'Anhalt-Dessau et Coethen 15 é Télectofrat de Hesse 14, la république de la Nouvelle-Grenade 13, le grand-duché d'Oldenbourg 13, le duché de Saxe- Cobourg-Gotha 11, la république de Guatemala 7, le duché de Saxe-Cobotirg 7, la confédération Argentine 6, l'Egypte 6, le royaume Hawaïen 5, l'empire du Brésil 4, la république de Costa-Rica 4, le duché de Saxe-Meiningen 3, la principauté de Lippe-Detmold 2, le duché de Saxe- Altenbourg 2, la principauté de Schaumbourg-Lippe 2, la république de l'Uruguay 2. Nommons encore la république Dominicaine, la principauté de Reuss branche aînée, la principauté de Reuss branché cadette, le duché de Saxe-Weimar, la principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt, qui n'avaient qu'un seul exposant chacun. Il en était de même de l'empire Ottoman et de la régence de Tunis, mais c'était ici une exposition collective faite par le gouvernement et 9e composant d'éléments multiples- Nos quatre-vingt-six départements figuraient dans lé palais des Champs-Elysées. En 1849, quatre départe* ments n'avaient pas paru au concours: l'Ariége, la Corse, les Landes et le Lot. En 1855, ces derniers ont tenu, comme les autres, à produire des échantillons de leurs ressources et de leur savoir-faire. Quant à no$ districts industriels, accoutumés à fournir un large contingent aux Expositions antérieures, ils s'étaient presque partout dépassés eux-mêmes. Nous avions pu juger par nous-même en visitant , dans le courant de l'année qui avait précédé l'Exposition, quelques-unes de nos régions manufacturières, combien l'idée de ce concours universel était accueillie avec enthousiasme par la population laborieuse. Dans les montagnes du Jura, par exemple, sur un des points où l'on restait le plus

volontiers indifférent aux précédentes convocations, nous avions été témoin d'un vif désir de produire leurs œuvres au grand jour parmi les ouvriers tourneurs des environs de Saint-Claude, qui sont, à vrai dire, de petits fabricants. On les avait appelés à la mairie, où ils s'étaient empressés de se rendre en grand nombre. Leurs articles ont figuré dans le Palais de l'Industrie, soit sous leur nom, soit sous des noms représentant des collections d'individus.

Si l'Exposition était, comme nous l'indiquions plus haut, la fête du travail, la fête de tous ceux qui concourent à un degré quelconque à la réalisation des merveilles de l'industrie, le travail a tenu à y paraître ; et il n'aura pas manqué de trouver dans l'accueil qu'il a reçu de grands encouragements pour se livrer à des efforts nouveaux (1).

Une première opération avait consisté à partager entre les divers peuples l'espace que couvraient les bâtiments. De même qu'à l'exhibition universelle de Londres en 1851 , nous avions admis la division des produits par nation. Chacune formait un groupe à part. Au lieu d'isoler ainsi les envois de chaque peuple, on aurait pu les rapprocher par ordre d'industrie. C'était là une autre méthode. Sans entrer dans l'appréciation comparative des avantages et des inconvénients de l'un et de l'autre système, nous ferons remarquer que le classement par pays de provenance rendait les observations du public

(1) Il est un des côtés de l'Exposition qui reste et doit rester en dehors de nos études, c'est le côté administratif proprement dit. Le public y prendrait d'ailleurs fort peu d'intérêt aujourd'hui. Rappelons seulement, qu'an faite de tous les services, se trouvait placée une Commission désignée sous le nom de Commission impériale et présidée par le Prince Napoléon qui en a dirigé tous les travaux. L'Exposition de 1855 a été ouverte solennellement par l'Empereur le 15 mai et fermée le 15 novembre.

assez difficiles. Comment saisir, en effet, l'ensemble d'une fabrication et le mérite relatif de tous les éléments dont elle se compose quand les objets de même nature sont éloignés les uns des autres? Le classement par ordre de produits n'aurait pas empêché, d'ailleurs, de conserver à chaque pays son individualité distincte. Ainsi les articles provenant de nos diverses villes de fabrique ne se mêlaient point entre eux. Dans la galerie des tissusj l'industrie de Mulhouse avait ses cadres propres tout comme les industries de Rouen ou de Roubaix ; les draps de Sedan étaient séparés des draps d'Elbeuf, de Louviers ou de ceux de nos fabriques méridionales de l'Hérault et du Tarn; les lainages de Reims s'étalaient dans leur rayon particulier comme les mousselines de Tarare et les articles de Saint-Quentin. Il aurait pu en être de même de chacune des fabriques étrangères. Une pareille méthode de classement, qui respecterait les nationalités, tout en les rapprochant par catégories d'articles, serait, certes, préférable à l'isolement absolu des envois de chaque peuple. Elle prêterait à une Exposition universelle un aspect plus original et plus magique. J'avoue, cependant, qu'elle est beaucoup plus difficile à réaliser que l'autre. 11 faudrait des soins et des ménagements extrêmes pour partager l'espace accordé à chaque section industrielle. Avec le classement par pays de provenance, il suffisait de tenir compte du nombre des exposants de chaque nation pour diviser entre elles l'emplacement disponible. Une fois cette part faite, les commissaires étrangers répartissaient eux-mêmes le terrain accordé entre les exposants des pays qu'ils représentaient.

Dans le partage des places, la France a été fidèle à son caractère : elle s'est montrée libérale. Loin de s'être attribué d'une manière exclusive les meilleures positions,

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elle a scrupuleusement divisé, entre les exposants étrangers elles exposants français, les emplacements qui pouvaient être regardés comme le plus avantageux ou qui étaient du moins le plus enviés. Les étrangers avaient même obtenu la plus large part dans le bâtiment principal, où ils occupaient la moitié du rez-de-chaussée et les deux-tiers environ des galeries supérieures. Le côté du nord, c'est-à-dire celui qui regarde l'avenue de l'arc de triomphe de l'Étoile, appartenait à la France ; le côté du midi ouvrant sur la Seine, aux étrangers. Les ailes de retour, à l'est et à l'ouest, qui réunissent les deux grands Cotés du Palais de l'Industrie, fractionnées en deux parts égales au rez-de-chaussée, étaient, au premier étage, entièrement réservées pour les produits de l'étranger. Là, ces produits débordaient même un peu sur le côté du nord attribué à nos propres industries.

Les nations qui comptaient le plus d'exposants, l'Angleterre, l'Autriche, le cercle du Zollwerein, y compris la Prusse bien entendu, et la Belgique, avaient à la fois une place au rez-de-chaussée et une autre place dans la galerie supérieure. Les peuples dont les envois ne présentaient pas une égale importance ne figuraient qu'au premier étage ; mais la division étak faite ici de manière à permettre à chacun d'arriver jusqu'à la balustrade de la nef, et de placer, au-dessus de la travée qu'il occupait, x sa bannière nationale se projetant sur le transept. Les États-Unis d'Amérique, qui n'avaient pas envoyé tous les produits primitivement annoncés, occupaient seulement un compartiment au rez-de-chaussée.

L'annexe de 1,200 mètres était également divisée entre les exposants français et les exposants étrangers. Presque tous les peuples y étaient représentés. Quant à la galerie de jonction, construite en vue surtout de four-

pir les moyens de satisfaire aux réclamations de nombreux industriels parisiens qui n'avaient pu d'abord être admis faute de place, elle était toute française.

II se trouvait dans le Palais principal une sorte de terrain neutre où la division par pays de provenance n'était pas observée. Ce champ ouvert aux produits de tous les peuples , mais seulement aux produits regardés comme exceptionnels soit à cause de leur caractère, soit à cause de leur dimension , c'était la grande salle du rez-de • chaussée. On avait réservé cette arène centrale aux objets de tout genre le plus propres à en remplir l'immensité. Ce mélange prêtait à la nef une originalité particulière.

On avait eu l'idée, pour l'ornementation de cette même salle, d'ériger à l'entour, en les adossant aux parois qui séparaient la salle des galeries latérales , des trophées gigantesques consacrés à chacune des principales industries admises à figurer dans le concours. Les nations étrangères avaient leurs trophées du côté qui leur était affecté, comme la France avait les siens de son côté. Nous avions, par exemple, les trophées des dentelles, des cachemires français, des tissus de Paris, des étoffes d'ameublement de Mulhouse, de l'orfèvrerie, des meu* Mes de luxe, des cristaux, de la porcelaine ; deux tro» phées étaient consacrés à l'industrie parisienne- proprement dite. Enfin, et comme pour prêter k la mise en scène le charme du contraste, on voyait là aussi les tro* phées des machines, du zinc, des instruments de précision, de l'imprimerie, de la marine, de l'art militaire, des instruments de musique, etc. Les orgues de M. Cavaillé-Coll formaient un groupe à une des extrémités de cette longue file. Un trophée avait été primitivement affecté à l'agriculture ; mais on le fit bientôt disparaître. Ce grou-

pe n'était réellement pas digne de la grande industrie qu'il aspirait à représenter. Improvisé en quelques heures, la veille tic l'inauguration, il n'avait pas d'ailleurs reçu, aux yeux môme des agents qui en avaient conçu le plan, sa forme définitive. On l'eût sans aucun doute amélioré; jamais cependant on n'aurait eu assez de place pour mettre en évidence l'ensemble des instruments et des produis agricoles. Il valait donc mieux laisser l'agriculture dans les annexes où elle trouvait un espace suffisant pour étaler ses ressources actuelles. L'emplacement qu'on lui avait affecté dans la nef a été occupé par l'orfèvrerie. C'est l'orfèvrerie d'art qui l'a rempli de ses riches compositions. Avec sa décoration fantastique, avec les drapeaux de tous les peuples flottant au-dessous d'un dôme de cristal, avec les ouvrages saillants dressés au milieu de la salle, le transept produisait un effet vraiment féerique.

Autour de la salle du rez-de-chaussée, sous la galerie même du premier étage, on trouvait, en entrant par la porte monumentale du nord, la céramique à droite, la cristallerie et la verrerie à gauche. Plus loin, en se tournant du coté de l'est, les filés et les tissus de coton, de lin et de chanvre, en écru, blanchis ou damassés, les tulles, puis les objets de confection, la chapellerie, la bonneterie, les corsets, les fourrures, etc. ; de l'autre côté, vers l'ouest, les fiés et les tissus de laine, tels que les mérinos, les flanelles, les draps, les articles mélangés de Roubaix. Dans les compartiments du rez-dechaussée se rangeaient encore la tabletterie, la bimbeloterie, les éventails et écrans, les cannes et parapluies, la vannerie , la photographie et la gravure qui se trouvaient là, pour le dire en passant, dans un assez mauvais jour, etc. Si l'on avançait jusque dans les salles débor-

dant sur le transept, on y rencontrait l'imprimerie, la librairie, la papelerie de bureau et de luxe, la petite ébénisterie d'art, la cristallerie, les émaux d'art et de fantaisie, l'orfèvrerie, la porcelaine, les bronzes, etc. La galerie du premier étage offrait de merveilleuses surprises. C'est là que s'étaient déployées les étoffes de soie de Lyon dans une série de vitrines qui coûtaient, pour la location seulement, 80,000 fr. à la chambre de commerce de la seconde ville de France ; puis, les étoffes de soie de Tours, les châles de Nîmes, les tissus d'Avignon, les tissus de haute nouveauté appelés tissus de Paris, les cachemires et châles de Paris ; les articles de Saint- Quentin, les mousselines et les broderies de Tarare et de Nancy, les rubans de Saint-Étienne, les dentelles, lesfleurs artificielles, la passementerie, les soies grèges et moulinées, etc. ; enfin, le groupe si varié des toiles imprimées de Mulhouse, celui des toiles de Rouen, toutes les impressions sur étoffes et les articles mélangés de Sainte -Marieaux-Mines, etc. Le long de la balustrade donnant sur le transept, on avait ménagé une galerie étroite formée d'arceaux en fonte très-élégamment disposés et sous lesquels brillaient la bijouterie fine et la bijouterie fausse. Des lustres étaient suspendus dans chacun des caissons de cette galerie, et à chaque travée flottaient des portières en moquette ou en étoffes d'ameublement.

La longue annexe parallèle au Palais n'était pas moins curieuse à voir que le bâtiment principal. Des séductions d'un genre particulier y sollicitaient les regards du public. D'abord, il fallait passer pour s'y rendre par la galerie de jonction que nul ne pouvait manquer de visiter, car c'est là, c'est dans la salle centrale de l'ancien bâtiment du Panorama, qu'étaient placés les produits des manufactures impériales, les porcelaines de Sèvres, les tapis-

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séries des Gobelins et deBeauvais. Au centre de la même pièce, sur une estrade tendue de velours grenat, on avait étalé tous les magnifiques diamants de la couronne. La galerie circulant autour du Panorama était réservée aux meubles, aux lampes, aux lapis, aux pianos, aux armes, à la coutellerie et à la quincaillerie, aux papiers peints, aux dessins industriels, etc.

Une fois qu'on avait franchi le pont aérien et qu'on était descendu dans la galerie longitudinale, on se trouvait à peu près au milieu de cette annexe, divisée en deux parties d'une égale étendue, mais consacrées chacune à l'exposition d'objets différents. Dans la première moitié en partant de l'est, tout l'espace était attribué, soit au rezde-chaussée, soit dans les deux tribunes du premier étage, à des produits bruts ou manufacturés. Là se classaient les matières premières de toutes sortes, les produits métallurgiques de grande dimension, quelques-uns des instruments d'agriculture, les articles de chasse et de pêche, les cuirs et peaux, les appareils de chauffage, la sellerie, les articles decampement, l'horlogerie, les instruments de précision, les pièces d'anato mie classique du docteur Auzoux toujours assiégées par de nombreux admirateurs , les produits chimiques et les substances alimentaires. L'intéressante collection des produits de l'Algérie, les envois de nos colonies et des autres colonies européennes s'étalaient aussi dans cette partie des bâtiments. Dans l'autre moitié, c'est-à-dire du côté de l'ouest, la mécanique régnait sans partage : les machines à vapeur mettaient en mouvement , comme dans les ateliers où ils sont destinés à fonctionner, cent métiers et cent outils divers. Si la plupart des visiteurs n'auraient pu, faute de connaissances spéciales, comprendre le mécanisme d'appareils immobiles, ils saisissaient facilement, en les voyant en jeu,

les systèmes des puissants engins dont nos grandes manufactures utilisent le concours. Ajoutons que les locomotives occupaient majestueusement leur place dans ce grandiose ensemble. Les jardins compris dans l'enceinte du Palais contenaient une multitude d'objets en pierre, en fer et en fonte, qui en faisaient la décoration. On y avait construit des hangars pour la masse des instruments d'agriculture, pour la carrosserie, et, vers la fin de l'Exposition, une galerie pour les produits à bon marché. Dans chaque partie du bâtiment, mais surtout dans celles qui étaient consacrées aux objets d'art et aux articles de goût, le mode adopté pour l'étalage des produits constituait une sorte d'exposition d'un genre particulier, qui permettait déjuger du goût relatif de chaque nation. Ce n'était pas là une des faces les moins curieuses à observer, Elle frappait tout de suite les regards du public qui, dès le premier abord, recevait une impression difficile à effacer. L'arrangement de nos propres produits était donc une affaire importantepour nous. Nos fabricants ont montré là leur goût habituel. Mais on a pu voir à Paris, comme on l'avait vu à Londres, certains peuples étrangers déployer aussi une extrême habileté dans ce qu'on peut appeler la parure de leurs marchandises. L'exposition des Indes orientales était ordonnée notamment avec un goût vraiment artistique.

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