ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES
Je distingue les groupements professionnels , les confréries formées entre hommes de même profession et les associations professionnelles proprement dites ou corporations.
Que les hommes se groupent d'après la profession qu'ils exercent, rien de plus naturel. Il y a une sympathie spontanée qui naît entre les hommes de même métier. Le métier est, comme le village, une petite patrie dans la grande. Tous ceux qui y appartiennent parlent la même langue, ont les mêmes usages, et, dans une foule de circonstances et d'événements de la vie, pensent et sentent de même. Mais ces groupements momentanés, en vue d'une fête à célébrer, d'un plaisir à prendre en commun, ne sont pas des corporations. Ce qui fait cellesci, au sens précis du mot, c'est l'intérêt professionnel. Évidemment, les corporations n'ont pas commencé par là : souvent elles ont débuté par être des confréries. Les membres solennisent ensemble l'anniversaire du patron; la fête religieuse a comme suite des réjouissances pro-
(1) Dem. p. Phorm. 13.
(*) C. Apatour. 10.
fanes. Entre gens qui se connaissent et qui s'aiment, les joies et les peines deviennent communes : naissent les œuvres d'assistance mutuelle. Enfin les intérêts mêmes du métiei', la sauvegarde du gagne-pain de chacun, le perfectionnement des procédés de fabrication viennent à l'ordre du jour et dès lors, la véritable corporation est formée.
I/association professionnelle se distingue donc, par le but qu'elle poursuit, de la société commerciale dont il a été question tantôt. Ici, le bénéfice immédiat que les sociétaires cherchent à obtenir et se proposent de partager entre eux : là, le bien des membres ou le bien du métier, le premier se réalisant par les œuvres d'assistance, le second par la réglementation du métier.
L'association professionnelle proprement dite ou corporation diffère du groupement professionnel : la première est, de son essence, permanente, elle ne se comprend que si elle possède la personnification civile qui lui assure une existence capable de dépasser en durée celle des membres actuels; la seconde est formée en vue d'actes à accomplir immédiatement et cesse dès qu'ils sont accomplis.
Il ne faut pas non plus confondre la corporation avec la confrérie formée entre gens du même métier. La confrérie a un but permanent, jouit de la personnification civile. La corporation peut avoir un caractère religieux, être en partie, mais en partie seulement, une confrérie. Elle SL, de plus que la confrérie, comme but, la défense des intérêts de la profession et en particulier la défense des intérêts de ses membres.
Trois types donc : associations professionnelles momentanées ou groupements professionnels; associations professionnelles à caractère uniquement religieux, mais permanentes, ou confréries ; associations professionnelles, proprement dites, avec un but professionnel ou corporations.
Cherchons dans quelle mesure ces trois types ont existé en Grèce.
Je placerai en première ligne les associatiois de marchands et d'armateurs. Strictement, elles sont en dehors de mon sujet, puisqu'elles sont formées entre commerçants ; mais leur étude nous aidera à éclaircir ce qui regarde les associations professionnelles dans l'industrie. Nous rencontrons ces groupements en divers lieux. Il nous suffira de nous arrêter aux associations qui existaient à Athènes et à Délos.
Recueillons d'abord quelques faits; nous chercherons ensuite à les apprécier. Je résume, dans ce qui suit, l'exposé de Ziebarth.
1) CIA 68. Cf CIA I 3f, 35. La plus ancienne des gildes commerciales, Handelsgilden, est celle dont on trouve déjà au V* siècle les traces à Athènes. Elle est établie au Pirée. Elle forme, sous le titre o[ vaùxXr.po'., une « grande et puissante corporation. »
2) CIA II 171 antérieur à OJ. 115. Au IV*^ siècle, elle apparaît sous un titre plus complet : ol stji-opo!, xal va'jx>vrjpo!.. L'inscription est un décret du peuple. Les marchands et armateurs ont exposé qu ApoUonidès, fils de Démétrios de Sidon a manifesté sa bienveillance envers le peuple athénien. L'inscription est mutilée en cet endroit. 11 est probable que ce personnage s'est rendu utile aux négociants athéniens de passage à Sidon En conséquence, le peuple lui décerne divers honneurs et privilèges; entre autres, le titre de prbxène.
3) Dans CIA II 3, 1 339, on retrouve encore ses traces : le texte est une inscription funéraire en l'honneur de son Proxène Argeios, fils d'Argeios de Tricorynthos a-TpaTTiyr.o-a; sttI tov n£',pa!.à.
4) CIA II 475 (!*"■ siècle av. J.-C), la dernière mention de la corporation (') va'jxA'/.pwv xal £[jL7:6pwv tcov cpspôvTwv
(*) Ziebarth " dieselbe Korporation oder eineWeiterbildung,,.
Tr.v o-jvooov TO'j Aw; toO Zsvioj. Ils envoient leur TajjLÎa; à la Boule d'Athènes pour demander l'autorisation de placer l'image de leur proxène Diodoros, dans le local des épimélètes du port.
D'après Ziebarth, tous ces documents émanent de la même corporation. Le fait serait du plus haut intérêt, car nous aurions un exemple de corporation formée entre citoyens de la ville où elle est établie; tout au moins à l'origine, car à l'époque des deux derniers documents, il faut supposer qu'elle s'était ouverte aux étrangers.
D'abord la preuve manque que tous ces documents concernent la même association. Ensuite, rien ne montre que les documents 1 et 2 aient rapport à une corporation : il se peut qu'ils concernent les marchands et armateurs en général, en tant qu'ils exercent leur profession (groupement professionnel) et non en tant qu'ils forment une union de métier (corporation).
Quant aux documents 3 et 4, ils regardent une confrérie ou une corporation, mais il n'est pas certain qu'il ne s'agit pas de deux associations distinctes et ne comprenant que des étrangers.
Nous connaissons aussi à Athènes des associations de marchands étrangers.
1) Celle des marchands de Kition. En 333, les marchands de Kition (') demandent au peuple d'Athènes le droit d'acquérir un terrain pour y fonder un temple d'Aphrodite; ce droit leur est accordé comme il l'a été précédemment aux Egyptiens pour le temple d'Isis.
2) Celle des Égyptiens dont il vient d'être parlé. Les associations de marchands, établies à Délos, sont
particulièrement nombreuses.
Pour cette ville, nous pouvons dresser toute une liste d'associations composées d'étrangers. Je les ai citées
plus haut; ce sont celles des négociants naviguant vers la Bithynie, celle des Poseidoniastes, des Héracléistes('). D'autres inscriptions émanent des Athéniens et des Romains (-) habitant à Délos et des commerçants et des armateurs (^). Avons-nous affaire dans ces derniers cas à des groupements momentanés ? Cela est probable, car la règle générale paraît être que tous les groupements de commerçants, réellement constitués, c'est-à-dire permanents, ont une divinité protectrice dont le culte est l'un des objets principaux de l'association. Ce caractère de permanence se reconnaît certainement dans les exemples d'abord cités, Poseidoniastes, Héracléistes (*).
Nous venons de reconnaître l'existence, à côté de groupements momentanés, d'associations permanentes de marchands.
Quel est leur caractère ? Confréries ou corporations ?
Toutes me paraissent avoir commencé par n'être que des confréries. Il est bien remarquable que les exemples les mieux connus nous fassent connaître des groupements entre étrangers.
Ces sociétés fondées par des étrangers d'une nationalité déterminés ne tardent pas à s'ouvrir à des étrangers d'autres nationalités et même à des citoyens. Tel paraît avoir été le cas de l'association de marchands en Ihonneur de Zeus Xénios. Elle a été citée plus haut sous le n" 4 (").
(i) Ziebartli 30.
[*) Je rappelle encore les associations de Romains et d'Italiques dont il a été question ailleurs. Régies par le droit romain, elles ne doivent pas nous arrêter ici; voir Schultess De conventibus civium Romanorum Berlin 1892 38-56.
(') Autres formules, supra. Livre I, Ch. III.
(*) Voir encore Ziebarth 31, les corporations, moins importantes, d'autres villes.
(°) CIA II 475. Cf. la note du Corpus et CIG avec la note de Boeckh et Wachsrauth Stadt Athen II.
Parmi ses membres figurent des étrangers et des Athéniens. On croit qu'elle était établie au Pirée ('). La communauté d'origine a donné la première impulsion à ces associations de marcliands étrangers. Loin de leur patrie, ils ont éprouvé le besoin de se grouper entre hommes de même race. Ce n'était pas seulement le sentiment : c'était encore l'intérêt qui les poussait à se réunir. La forme qu'ils ont donnée à leurs associations est celle d'une confrérie religieuse. Elle a comme siège un sanctuaire où se célèbre le culte d'une de leurs divinités nationales. La confrérie jouit de la personnification civile, possède des immeubles, reçoit du peuple des privilèges et des concessions. On peut même se demander si la personnification civile a jamais été étendue aux associations autres que les confréries. Elle ne se perd pas, si d'autres buts s'adjoignent dans la suite au but primitif : nos associations de marchands prennent peu à peu un caractère d'institution économique mieux marqué et tiennent de là leur situation d'association professionnelle proprement dite ou corporation. Ce n'est pas que ce caractère nouveau apparaisse avec une entière netteté. Prenons comme exemple, les Poseidoniastes et les Hermaïstes de Délos (-) : chacune de ces corporations a son local, lieu de réunions profanes, où se rencontrent les membres et où, tout en causant et en se divertissant, ils s'occupent de leurs intérêts matériels. Cela suffit pour que ces associations se distinguent des simples confréries. D'après Ziebarth^ le caractère professionnel s'est tellement développé que ces corporations se sont trans-
(1) Homolle Les Romains à Délos BCH VIII 112.
(-) Description du local des Poseidoniastes, BCH VII 462. Cf. la description du local des Hermaïstes, Homolle BCH VIII 116 : l'édifice ne doit pas être considéré comme un dépôt de marchandises, encore moins comme un marché; les caves sont étroites et il n'y a ni greniers ni boutiques.
formées en véritables sociétés. C'est ainsi qu'à propos de la gilde athénienne qu'il croit avoir découverte, il regrette que nous ne sachions presque rien « du montant du capital avec lequel la Gilde travaillait, des entreprises communes réalisées, eu un mot, du contrat conclu entre les membres )>. Tout ce que nous savons, ajoute-t-il, c'est que la société s'est peu à peu éloignée de son but lucratif (Vermôgenszweck) et à la fin a pris la forme ordinaire d'une confrérie religieuse. Il reproduit cette môme observation au sujet de la Gilde des Héracléistes à Délos.
Les documents qui nous sont parvenus ne me paraissent pas permettre ces conclusions. Nulle part, on ne voit trace d'une activité commune en matière commerciale. Tout au plus les confréries fondées à Athènes et à Délos entre marchands sont-elles arrivées à former des corporations.
J'arrive aux associations professionnelles dans l'industrie : si l'industrie avait eu la même importance que le commerce, elle aurait fait surgir des associations du même genre; elle aurait établi entre hommes exerçant le même métier, entre petits patrons, certains liens de nature religieuse ou professionnelle et créé des confréries d'abord, puis des corporations.
Des groupements d'individus de même profession n'ont pas été inconnus en Grèce. Ainsi CIA II 3, 1327, douze TcX'jvr,; (') font ensemble une offrande : ol tîA-jvt.ç N'j|jLcpa',5 £'jçâ[jL£vo', àviOeo-av xal Ôsolç Trà^^v; mais est-ce là autre chose qu'une rencontre fortuite ou momentanée en vue d'un objet unique ?
A Cos (^) : dans une inscription du IV'' siècle sont nommés les médecins CoL-zpoi, les forgerons ^/yly,z\ç, les potiers
(*) Ouvriers de bains ou foulons.
(-; Prott Fasti Saci i 5 = Ch. Michel 716 -= Waltzing Corporations professionnelles T. III 179.
xspatjisr;. Une part des victimes leur est attribuée dans les sacrifices. Une autre inscription, déjà citée, impose des sacrifices aux fabricants de rames toC xw-oq-jcrTai, aux marchands de poissons, aux ouvriers qui tirent les navires à terre toI vstoXxai. Ces obligations imposées aux hommes de certaines professions ne prouvent pas l'existence de corporations, ni même de confréries. Nos lois sont remplies d'articles qui concernent des catégories déterminées de personnes. Elles attestent l'existence de ces catégories : rien de plus.
Jusqu'ici, nous avons bien rencontré quelques mentions de groupements professionnels dans l'industrie. Ces mentions se multiplient à l'époque romaine, en Asie Mineure, et cette fois, ce sont bien de véritables associations permanentes et non plus de simples groupements momentanés. Il suffit de donner comme preuves, CIGr 3498 et BCH XI 100 n. 23, inscriptions honorifiques qui mentionnent les services rendus à la corporation. Celle-ci constitue donc une association permanente ('). Ziebarth a dressé la liste de ces associations. Pour donner un exemple : à Thyatire, on cite to Ipyov twv [jaciÉwv les teinturiers, ol xe^y-i^elç les potiers, ol iu.y.zz'jôjjLSvo'. les tailleurs, ol dp-coy.ÔTzo'. les boulangers, ol [i'j^iielç les corroyeurs, ol XoLvàpioi les ouvriers en laine, ol Xt.vo'jpyo( les tisserands, ol yjXxel;, yyXxoTJTzoï les forgerons, ol 7X'jTOTÔ[jio!. les tanneurs, ol toO (jTCf.'zy.^ioy éprao-Tal xal TrpoçsvY.Tal 7W|j.âTwv les ouvriers du marché aux esclaves (?) et les marchands d'esclaves.
Ici, se posent deux questions : quelle est l'origine de ces associations ? Quel est leur but ?
Quelle est leur origine ? Deux solutions se présentent. Ces corporations sont tout simplement romaines, nées de l'introduction du droit et des coutumes romaines.
(') Clerc De Rébus Thyatirenorum Paris 1893 89.
ou elles sont antérieures à la conquête et continuent, même sous une forme romanisée, des institutions du droit grec.
Dans l'état de nos sourrcs. cette questionne laisse pas d'être embarrassante. Les corporations d'Asie offrent, quand on les compare aux corporations romaines, de fréquentes et parfois singulières particularités. Celles-ci s'expliquent par la situation" spéciale faite en Asie aux corporations vis-à-vis du ;>()uvoir central. La loi Julia de CoUegiis soumettait l:i création des corporations à l'autorisation de l'Empervur ('). A cet égard, les villes d'Asie, tout au moins es villes libres (-), jouissaient d'une situation privilégiée. On leur avait laissé presque intacte leur ancieniu onstitution. Elles organisaient leurs collèges à leur gié. Il reste deux lettres intéressantes dans le recueil de Pline. Les Amiséniens avaient demandé la faculté de conserver leurs éranes contrairement à l'édit du gouverneur. L'empereur répond : « si leurs lois permettent aux Amiséniens d'établir des éranes, nous ne pouvons pas les empêcher d'en établir. » Et il ajoute : ce Dans les cités soumises à nos lois, cette faculté ne peut être accordée. » Les particularités que l'on signale tiennent donc à l'indépendance que les cités avaient gardée en cette matière. Autorisent-elles une conclusion en ce qui regarde l'origine même des corporations ? C'est l'opinion de M. Ziebarth : partant de ce fait que les cités d'Asie avaient conservé leur ancienne constitution, il écrit p. 107 : « la supposition que les corporations industrielles aient été introduites par les Romains dans les cités d'Asie, manque dès lors de toute vraisemblance ». Cet argument n'aurait de force que si nous savions en vertu de quelle disposition de leur
(ï) Waltzing I 123.
(«; Ibid. 128.
constitution, les cités étaient souveraines dans ce domaine. Rien ne nous dit que nous ne sommes pas en présence d'une application de leurs pouvoirs généraux en matière d'association, lesquels s'étendirent aux corporations professionnelles, quand, à l'exemple des Romains, les citoyens grecs d'Asie commencèrent à les multiplier.
Deux indices me paraissent devoir être relevés, car il ne peut s'agir de preuves décisives : d'abord l'absence de traces laissées par de véritables corporations à l'époque anté-romaine ; ensuite leur rareté dans la Grèce propre même à l'époque romaine ('). Il semble donc vraisemblable que les groupements momentanés ou purement religieux qui existèrent de tout temps en Grèce reçurent une vie nouvelle au contact des Romains et s'appropriant le droit de ceux-ci, devinrent des associations professionnelles.
Il reste une difficulté : pourquoi en Asie Mineure et pas dans le reste de la Grèce ? On comprend que les corporations se soient multipliées en Asie Mineure, mais non qu'elles ne se soient pas créées en Grèce d'Europe. La nécessité de demander l'autorisation de l'empereur n'était pas un obstacle insurmontable.
Il faut supposer une cause économique. Où en était à cette époque la Grèce d'Europe ? Les anciennes villes étaient expirantes ; la population descendait peu à peu : tout déclinait. Les cités d'Asie étaient mieux partagées. Les métiers plus prospères, exercés par plus d'individus, purent donner naissance aux associations professionnelles permanentes.
(') On cite : Athènes, tô xo-.vov twv spYa^ojjisvcov CIA II 1332. Argos CIG 1134 ol aiTra ?)ToXrjaa-ai; 1135 oî. Aro-.oajxat (?i; 113G o'. \izi~.%'. dans lesquels Boeckh voit des artisans. Cf. Waltzing Corporations professionnelles III, Achaïa.
Quel était le caractère de ces groupements ? J'ai résolu implicitement la question dans ce qui précède. Ce n'étaient certainement plus de ces réunions accidentelles comme nous en avons signalé. C'étaient de véritables associations permanentes; c'étaient des corporations et non de simples confréries.
Il ne nous reste que de faibles témoignages de leur activité : dédicaces, offrandes, décrets honorifiques, tout cela constitue la plus grande partie des souvenirs qu'elles nous ont laissés. A cela ne se bornait pas leur action. Je remarque d'abord qu'elles ont un caractère laïc bien marqué. Elles n'ont pas dans leur titre le nom d'une divinité; dans leurs décrets, peu d'actes du culte. Elles s'occupaient donc d'intérêts profanes.
Ces corporations se mêlèrent parfois d'une façon fort active à la vie politique des cités et on peut même se demander si on ne se trouve point parfois devant de simples clubs ('). On a été jusqu'à supposer que dans certaines villes, les corporations étaient des groupements officiels de la cité. C'eût été le cas pour Philadelphie. Nous avons de cette ville deux inscriptions qui citent l'une, la tribu sacrée des ouvriers en laine, y, Ispà cp'j).T, Twv £pî.o'jpYwv, l'autre, la tribu sacrée des cordonniers, Ti lepà cp'jXr, Twv o-x'jtswv. Une troisième inscription plus importante est un décret honorifique pour un bienfaiteur de la cité : on y lit que sept tribus votent des statues et que les ouvriers en laine sont chargés d'en élever une C)- On e^i ^ conclu qu'à Philadelphie « les corporations d'ouvriers formaient la base de la division politique » ("').
(1) Levy Rev. Et. Grecques 1895 209.
(') CIG 3422.
(3) Waltzing 174.
A Apamée ('), une particularité plus curieuse encore nous est révélée par une inscription : les corporations étaient localisées dans les divers quartiers ou rues de la ville (2).
Les corporations ne négligeaient pas non plus les intérêts professionnels et autres de leurs membres. Il nous est resté le souvenir de la grève des boulangers à Magnésie du Méandre.
D'autre part, nous n'avons pas, dans les inscriptions, de traces d'institutions d'assistance mutuelle comme il en existait dans les corporations romaines (•'). Cependant à Hiérapolis en Phrygie, au collège des teinturiers en pourpre se rattache une soyao-'ia 8p£|i.ti.aT!.x'/i. Wagener y voit une corporation de jeuues ouvriers, un atelier pour les enfants pauvres, M. Waltzing suggère que ce pourrait être une institution de bienfaisance. Dans ce même ordre didées, rappelons l'exemple des tailleurs de Thyatire (^) qui « avaient bâti, en l'honneur des Césars, avec les revenus de leur travail et à leur frais (?), un tripyle conduisant à des portiques et des habitations ouvrières » : nous avons ici un emploi tout à fait particulier des ressources communes dont nous ne connaissons pas d'autre exemple {^).
L'esprit d'association en Grrèce, à l'époque antérieure à la conquête romaine, ne s'est guère manifesté ni dans
i') CIG3960^
(^) Ziebarth 108.
(^) Jo parle du " but funéraire „ des collèges romains. Voir sur ce point Waltzing I 300: Les corporations et la charité. Sur les corporations d'Hiérapolis, Cichorius Altertiimer von Hiérapolis IV Erganz.heft des Jahrb. d. K. Arch. Inst. 1898.
(*) CIG 3480.
{^') "Waltzing 188. Je renvoie pour d'autres détails à cet ouvrage.
le domaine industriel, ni dans le domaine commercial. Il a été au contraire d'une fécondité extraordinaire dans le domaine religieux (*). Le contraste est significatif. Toute idée, tout sentiment puissant poussent les hommes à se réunir pour le défendre en commun. Les causes qui sont faibles par elles-mêmes n'ont que des protecteurs isolés. Il en est de même pour les intérêts matériels : leur importance peut se mesurer par le nombre et la force des associations qu'ils suscitent.
(') Foucart Associations religieuses.