IV 705 A
(*) VIII 842 D : vauxXiiptxùiv txèv yàp xal £(j.7roptxtov xal xar-rj- XsuTixiov xal 7ravôox£ua£(ov xal xeXwvixwv xal [JLî-aXXstcov xal Ôavs'.a- (Awv xal ÈTrtToxtov to'xwv xal àXXo)v (jiupûov xotoûxcov xà TroXXà aTCT^XXaxxai ^^aipsiv aùxotc siTtwv 6 Trepl xaûxTjv xtjv tco'X'.v vojxoBéxTjç.
Platon a devant l'esprit : il s'agit maintenant de la reproduire sur le papier avec tous ses détails.
La première opération du fondateur de la cité sera un partage des terres. Le nombre des citoyens ne doit pas être trop considérable : Platon le fixe, à titre d'exemple, à ô.OiO (') La terre et les habitations seront divisées en autant de lots et ce nombre sera immuable (^); car d'une part, chaque père n'instituera héritier qu'un seul de ses enfants et d'autre part, les lois sur la génération ou l'émigration préviendront l'accroissement anormal de la population (^).
Par Je premier de ces points, les plans de Platon prennent presque une physionomie moderne; le fond de l'idée est vrai : la propriété est une fonction sociale (*) ; elle ne nous est pas donnée pour en jouir d'une façon égoïste. Elle nous est donnée pour nous, et ceci, peut-être le philosophe grec ne l'aurait-il pas admis, comme un instrument de progrès individuel et une garantie de liberté individuelle ; mais elle nous est donnée surtout pour les autres, comme un gage de stabilité pour l'Etat, un moyen de protection des faibles par les forts, un ressort de l'activité s'exerçant pour le bien de tous. Et s'il en est ainsi, on peut soutenir que, tout
(1) V 737 C. Ce nombre a l'avantage d'avoir 59 diviseurs parmi lesquels tous les nombres de 1 à 10. Dareste Science du droit 36.
(*) En réalité, chaque citoyen obtient deux lots, l'un situé près de la ville, Pautre à la campagne.
(*) Platon fait dire carrément par le fondateur de la colonie : '' Je vous déclare que vous-mêmes vous ne vous appartenez pas, et de même pour vos biens, qui appartiennent à toute votre race.... bien plus, que toute cette race et tous ses biens appartiennent à l'État „. 923 A. Cf. 877 Ç.
au moins dans certaines circonstances données, l'État doit assurer la perpétuité de la propriété dans la famille et que la pleine liberté testamentaire est le fruit d'une conception individualiste, à l'excès, du droit de propriété.
Poursuivons l'exposé du plan du philosophe grec : qui cultivera la terre? Qui en tirera la nourriture, le vêtement, etc. des citoyens ? Ceux-ci, on le comprend aisément, ne travailleront pas de leurs mains. Ils auront à leur service des esclaves (').
Le partage des fruits de la terre est réglementé d'une façon précise. Les produits de la terre sont mis en commun : un douzième en est attribué à chacune des douze parties du territoire; puis de chaque douzième, il sera fait trois parts : « une pour les personnes libres, » une autre pour leurs esclaves, une autre pour les » ouvriers et en général pour les étrangers, tant ceux » qui ayant quitté leur patrie sont venus s'établir à » demeure chez nous que ceux qui s'y rendent de temps » en temps pour affaires de l'Etat ou de quelque par- » ticulier (") ». Les deux premières seront partagées en nature : les citoyens pourront distribuer ces deux parts à leur famille et à leurs esclaves; mais eux-mêmes devront assister aux repas en commun (^). La troisième sera vendue et par là les citoyens pourront acquérir quelques biens. Platon renonce à supprimer totalement le stimulant de l'intérêt personnel. Travail et gain, pour l'immense majorité des hommes, doivent marcher de pair. Le travail est une peine que. la perspective d'une récompense immédiate et personnelle fait seule accepter à la plupart.
La concession que vient d'accorder Platon est dan-
(1) Vn 806 E.
(5) Vm 842 B.
gereiise; même limitée, la propriété individuelle des objets de consommation est destructive du principe socialiste : elle permet une certaine accumulation des richesses, une certaine reconstitution des capitaux privés ; aussi doit-elle être réglementée de très près : la vente des produits du sol ne pourra avoir lieu qu'au marclié et à des jours déterminés ; les étrangers seuls et parmi cenx-ci spécialement les artisans pourront acheter; les citoyens ne pourront ni acheter, ni vendre; ils chargeront de ce dernier soin des esclaves ou des étrangers (').
Une certaine inégalité des fortunes va donc .s'introduire. Platon ne la redoute pas ; il suppose même qu'elle peut exister dès l'origine. Ce serait trop demander aux individus qui se réuniront pour ccnstituer la cité que de leur imposer un acte de dépouillement complet. Cet acte exigerait une vertu héroïque, surhumaine : chacun arrive donc avec ce qu'il possède (-) ; cependant l'Etat se réserve d'en prendre une partie et de la distribuer entre ses membres, afin d'égaliser autant que possible les fortunes mobilières (^). Chacun aussi peut augmenter sonavoir; mais la richesse et la pauvreté vont reparaître... Platon y a pourvu. Rien de si simple : un petit bout de loi suffit. Pas de pauvres, car chaque citoyen a son lot de terre; pas de riches, car personne ne peut acquérir au delà du double, du triple, ou même du quadruple de celui-ci. « Quiconque possédera quelque chose de plus, soit qu'il l'ait trouvé, soit qu'on le lui ait donné, ou qu'il l'ait acquis par son travail;, devra abandonner ce surplus à l'Etat ou aux dieux protecteurs de la cité (*) ».
Mais, remarquez-le bien, le seul mode d'acquisition permis aux citoyens est la vente des produits de l'agriculture. On ne peut travailler à s'enrichir par de vils métiers, par des usures, par des trafics honteux de bétail (*), mais par le seul commerce des choses que produit l'agriculture et encore, de manière que le soin de gagner des richesses ne fasse pas négliger l'âme et le corps pour qui les richesses sont faites.
Le prêt à intérêt est défendu; l'emprunteur est autorisé à garder intérêt et capital [-). L'ami peut obtenir un prêt de son ami ; mais en cas de contestation, la loi n'intervient pas ("'). Défense absolue de posséder ni or, ni argent, mais il circulera une monnaie pour les besoins de chaque jour, comme le payement des salaires aux ouvriers, mercenaires, esclaves. Cette monnaie ne sera d'aucune valeur aux yeux des étrangers (*).
Nous venons de voir citer les ouvriers : évidemment la ville ne pourrait subsister sans certains métiers, ni certains arts mécaniques. Les ouvriers ne peuvent être citoyens. Aucune des voies basses et serviles de faire fortune n'est légitime, ni permise; rien de plus opposé à la noblesse des sentiments que les professions mécaniques [^). Aucun citoyen, ni esclave de citoyen n'exerce de profession mécanique. Les citoyens doivent tous leurs soins au bien de l'État et personne ne peut s'acquitter convenablement de deux besognes différentes (").
(^) V 743 D : Xeyofxîv Ôtj jj.TjT£ XP'^'^^'^ ^^"^^^ ^^^''' FH'- à'pyupov èv T7) TToXei, (XT^x'a'j ypT(|j.aTta[j.ov -TToXùv 3tà ^avautTiaç xal to/.cov îJLTjoi: {3oaxTj[jLdtTwv aîaypàiv, àlV ôaa yscopyia 8t5co(T'. xal ^spst.
(') XI 915 E. Il s'agit ici du prêt connu sous le nom d'érane.
(^) V 741 E : xaG' ô'aav eTroÔet'viaToç XsyojxévTj PavauŒta Ti^o<; àroxpÉTTSt eXeûôepov.
A quelle classe delà société appartiennent 'ces ouvriers ? Ce sont des étrangers ; tout étranger qui sait un métier est autorisé à s'établir dans le pays ('). Ce peuvent être aussi des aâranchis. Platon légifère abondamment et minutieusement à leur sujet : dans un passage des plus intéressants et qui a été cité plus haut (-), il règle les rapports de l'employeur et du salarié, s'inspirant, sans doute, du droit athénien en matière de contrat de louage de services. De plus, défense d'exercer deux métiers à la fois ; c'est toujours le principe cher à Platon : à chacun sa fonction ("'); il n'y a, pour ainsi dire, personne qui soit capable d'exercer avec talent deux professions ou deux arts. « Qu'aucun ouvrier en fer ne travaille en même temps le bois; pareillement, qu'aucun ouvrier en bois n'ait sous lui des ouvriers en fer dont il conduise le travail en négligeant le sien sous prétexte qu'ayant à surveiller un grand nombre d'esclaves qui travaillent pour lui, il est naturel qu'il leur donne sa principale attention, parce que leur métier lui est d'un plus grand rapport que le sien propre. »
Ce passage est curieux : il prévoit, dirait-on, la concurrence servile avec ses effets redoutables; mais Platon ne s'en alarme pas. L'industrie n'est tolérée qu'en raison des services qu'elle est appelée à rendre à l'État : que la destinée des ouvriers soit dure, pénible, il n'a pas à s'en inquiéter. Tout au contraire, plus faibles seront leurs bénéfices, et moindre sera l'attrait que les professions mécaniques pourraient exercer sur les citoyens. En elles-mêmes, elles sont un mal qu'il est impossible de supprimer, une nécessité à laquelle on se résigne. L'État
(2) Livre II, Ch. II.
(') VIII 846 E : ôûo oè £7:iTTjÔ£Ô{jLaTa t) ôûo ley va<; ày.pi^<X>ç /'.azovîfjôa'. jysoôv o'jO£ij.ta cp-jj'.ç '.xav-rj twv àv6pt07rtvtov.
reçoit des ouvriers les services qu'ils peuvent lui rendre : quand il s'occupe d'eux, ce n'est jamais pour améliorer leur sort, c'est uniquement pour en tirer une plus grande utilité ou pour diminuer les inconvénients de leur présence.
Aussi les parque-t-il en groupes (') de façon à les rapprocher de ceux qui peuvent en avoir besoin : on fera treize parts du corps des artisans, qui seront distribuées dans toutes les parties de l'Etat, en sorte qu'une partie habite dans la cité où elle sera répartie également entre les 12 quartiers et que les autres demeurent dans les bourgades d'alentour. « Dans chaque bourgade, résideront toutes les espèces d'ouvriers nécessaires à l'agriculture. Ce sera aux chefs des agronomes à veiller sur tout cela, à voir le nombre et la qualité des ouvriers dont chaque canton a besoin et comment il faut les placer pour qu'ils soient aussi peu incommodes et aussi utiles aux laboureurs qu'ils peuvent l'être. Les astynomes prendront le même soin par rapport aux ouvriers qui travaillent dans la cité ».
Un grave danger peut surgir : les artisans arriveront-ils à s'enrichir? Aussitôt les citoyens se sentiront inférieurs aux affranchis et aux étrangers et chercheront-ils à s'appliquer clandestinement à ces professions déshonorantes. Un petit bout de loi ici encore : tout affranchi ou même tout étranger, dont les biens monteraient au-delà d'une certaine limite, sera obligé, dans l'espace de trente jours, à compter du jour où il sera parvenu à ce degré de richesse, de sortir de l'Etat avec tout ce qu'il possède et les magistrats ne lui permettront point de demeurer au-delà de ce terme (-).
Platon tolère l'industrie ou du moins l'exercice des métiers indispensables : il est beaucoup plus rigoureux