C-) Thuc. I
(') Cypsélos renverse le gouvernement des Baccbiades en 657. Son tils Périandre lui succède et gouverne de 627 à 586 15. Psammétique lui succède. Bientôt la tyrannie est remplacée par une oligarchie modérée.
celle des Pisistraticles le fat pour Athènes. Périandre essaya de faire rentrer Corcyre dans l'obéissance et y réussit pour un temps. On raconte même qu'il tenta de percer l'isthme (') : c'est sans doute à cette époque que remonte l'établissement d'une sorte de plan incliné sur lequel on traînait les navires, de façon à les faire passer d'une mer à l'autre. La seconde moitié du VU" siècle paraît être aussi l'époque de la grande expansion coloniale de Oorinthe (^) dans les régions de la mer Ionienne et de l'Adriatique. C'est alors que sont fondées Anactorion, Ambracia , Leucas, Épidamne, Apollonie et, dans la Thrace, Potidée, où elle va s'approvisionner du bois nécessaire à la construction de ses navires.
Après la chute de la tyrannie, au VP siècle, Corcyre se détacha définitivement. Ce que Corinthe perdait de ce côté, elle chercha à le regagner dans le reste de la Grèce et dans les régions de la mer Egée. Elle se heurtait dans ce domaine à la concurrence d'Égine. Au commencement du V*' siècle, elle s'unit contre celle-ci avec Athènes (^). Egine sortit très affaiblie de la lutte et ne fut plus en état d'arrêter l'envahissement du Péloponèse par le commerce corinthien (').
En aidant Athènes, Corinthe n'avait envisagé que le résultat immédiat. Elle ne s'était pas doutée de ce qu'elle se préparait une rivale beaucoup plus redoutable. Les
(') B. Gerster L'Isthme de Corinthe. Tentatives de percement dans l'antiquité, BCH 1884 VIII 225.
(-) Vers le milieu du VII^ siècle, la drachme corinthienne domine en Achaïe et avant 600, dans les villes de l'Italie méridionale, Curtius Hermès X 1876 228.
C) Hérod. VI 89. Thuc. I 41,2.
(^) Wilisch Geschichte Korinths von den Perserkriegen bis zum dreissigjàhrigen Frieden Zittau 1896 8 progr.
relations entre les deux cités furent d'abord amicales : ■c'est ainsi que Thémistocle fut choisi comme arbitre pour prononcer entre Corinthe et Corcyre au sujet de Leucas ('). Bientôt, elle vit clair et quand, après les guerres médiques, ce même Thémistocle songeait à entourer Athènes d'une enceinte et à fortifier le Pirée, Corinthe fut la première à s'alarmer et l'on sait avec quelle insistance, elle poussa Sparte et ses alliés à engager contre Athènes les guerres dites du Péloponèse. Quand son ennemie fut tombée à ses pieds, elle fut encore celle qui réclama les châtiments les plus cruels. Sa haine ne pouvait être satisfaite que par la disparition d'Athènes. Je m'imagine que les Corinthiens ne furent pas les moins empressés à travailler à la destruction des Longs Murs : ils prenaient joyeusement, au son des flûtes, leur revanche de la ferme habileté de Thémistocle. Tout jusqu'ici nous montre une ville vivant surtout du négoce et dirigeant sa politique d'après ses intérêts commerciaux. Une remarque que nous fournit la numismatique confirme cette appréciation. Corinthe s'est rangée au système monétaire de l'Eubée (-) et ce système, elle retend 4 ses colonies. Elle frappe même leurs' monnaies (^). Aussi n'y a-t-il aucune cité en Grèce dont les relations avec ses colonies soient aussi étroites (^).
(i) Plut. Them. 24.
(-) Sur ce point : Momir.sen Rômiscli. Miliizenwesen 62.
{^) Curtius Studien zur Geschichte von Korinth Hermès X 1876 247. L'indépendance de Corcyre s'affirme par l'adoption du système d'Égine Ibid. 224.
(*) Thuc. I 38, 3. Wilisch Gescli. v. d. Perserkriegen 41 répartit les colonies de Corinthe en quatre classes d'après la nature de leurs relations avec la métropole : 1" les petites villes corinthiennes sans vie politique indépendante; à proprement parler, de simples établissements commerciaux, Chalcis sur la côte
La fortune de Corinthe suivit toutes les vicissitudes du commerce. Les faits que nous avons rencontrés toutà-l'heure dans notre esquisse de l'histoire économique l'ont déjà montré.
A l'époque des guerres du Péloponèse, la cité était à l'apogée de sa prospérité (') et voici comment Thucydide en écrit l'histoire et en analyse les éléments (-) : tout d'abord le commerce se fait par la voie de terre; à Corinthe, s'entrecroisent les produits qui viennent du Péloponèse et ceux qui en sortent; plus tard, les Grecs se familiarisent avec la mer; les Corinthiens construisent des navires et établissent un entrepôt pour les
d'Êtolie, Sollion (Acarnanie), Astacos ; 2° les colonies indépendantes mais sous le contrôle de la métropole, Potidée ; 3° les colonies delà mer Ionienne, indépendantes mais sous l'influence de Corinthe, Leucas, Anactorion, Ambracia, Apollonia : 4** les deux plus importantes, Corcyre et Syracuse : Corcyre qui s'est tout-à-fait détachée de Corinthe ; Syracuse qui entretient avec la mère patrie des relations amicales.
Q-) Beloch Bevôlkerung 121 évalue la population, au commencement des guerres du Péloponèse, seulement à 12.000 citoyens.
(-) I 13, 5 : olxouvTîç Y^p "V' ~oÀ'.v ol KoptvO'.ot i-nX toO 'Ia6;xoO ad 07J r.OT£ £[JL7:op'.ov £iyov, ttov 'EXXv/tov tô T.ÔLkoLi xaxà Y^jv Ta TiAstco r^ y.a-à ôàXaajav, tiov tî evtoç IIîXoTrovvTjfTO'j -/.ai twv s^oj, otà triv sxEtviov 7:ap' àXXTjXoui; ÈTrtjxKr^ovrtov, yprjjjiaji -zi ryyrx-.rA -^jav, ojç /.al to7; TîaXatol; Troir^Ta"?; OcOTjXojTai • àcpvsiôv y^P £7rtovd;jLOjav tô ycopi'ov. 'Etts'.Ôtj tî ot "EXXtjVc;; txaXXov sTrXtuï^ov, -olc, vtjç, xTT,aâ[JLSVo'. to XTiOTtxôv xa6T,po'jv, xal £{j.-op'.ov -oioé'/ov-z^ à;jLcpoT£pa O'jvaTTjV è'ayov ypTjfxâxojv 7rpo!Toô(|j -rV-' tto'X'.v.
Voyez encore ce passage où les Corinthiens insistent sur l'intérêt que les cités continentales ont à la prospérité des cités maritimes. C'est évidemment leur propre ville qu'ils ont en vue : I 120 : 'zo'jci 02 jj,£!TOYa'.av [xaXXov xal (xt) £v Tropiu xatqjxTQjjLEVouç £'.Ô£vat ypTi, oTt, xoi(; xdtTO) rjv [jlt) à[j.'jvtO(T'., yaXîrwTÉpav è'^ouai xrjv xaxaxou.t8Tjv Tûiv a>pato)V xal TraX'.v àvTiXTjtj/'.v tov yj OâXajaa 7r, iQTreiptp ôt'Ôcoai.
marchandises provenant des deux mers que sépare risthme (').
Cependant il y avait une industrie à Corinthe : je n'en donnerai pas comme preuve le passage (-) connu d'Hérodote sur l'estime relative dont jouissaient dans cette ville " ceux qui travaillaient de leurs mains „. L'expression ne vise pas spécialement l'industrie et si elle la vise, elle ne nous dit rien de son importance. Bien moins encore songeons-nous à invoquer le célèbre texte de Timée (J'} : cet auteur attribue à Corinthe 460.00C» esclaves, nombre excessif et qui. réduit à des proportions raisonnables, s'expliquerait par les nécessités du négoce et par l'aisance générale. Je veux m'en tenir uniquement à des faits précis. Bien qu'il faille se garder de faire de l'histoire avec des légendes, il est permis de noter celles qui attribuent aux Corinthiens diverses inventions ou divers perfectionnements industriels. Elles prouvent tout au moins la haute antiquité dans laquelle se plaçait,
(') Je ne reviens pas sur les autres faits de l'histoire économique de Corinthe : la ville souffrit beaucoup pendant la guerre du Péloponèse et pendant la guerre de Corinthe ; puis elle eut à soutenir la concurrence de Rhodes, d'Alexandrie, de Délos ; elle sortit meurtrie des guerres contre les Romains: mais elle se releva bientôt.
[-) II 167 : rjx'.jta 0£ KopivOio-. ry/ryz-xi -zo-j: yz'.po-iy'/o^;.
(^) Wilisch Beitr. z. inneren Gesch. des alten Korinth Zittau 3 887 25 admet qu'il y avait 460.000 esclaves à Corinthe, et il propose le rapprochement que voici : Hambourg, avec un territoire de 7 I/o 1- c., a 100.000 habitants : pourquoi Corinthe, avec 12 1. c , n'aurait-elle pas eu 500.000 habitants (donc seulement 40.000 citoyens) ? Encore un de ces rapprochements entre les temps modernes et l'antiquité contre lesquels tout ce livre proteste. Pour que la comparaison fût à peu près exacte, il faudrait se représenter Hambourg non tel qu'il est aujourd'hui, mais tel qu'il était il y a plusieurs siècles.
d'après l'opinion des Corinthiens eux-mêmes, l'apparition dans leur ville des principaux métiers. Un écho de ces légendes est arrivé jusqu'à Pindare, dans les vers où il loue la vieille habileté des Corinthiens {-^).
Cette habileté se manifestait dans la construction navale {^). Plus anciennement encore, elle avait créé des poteries artistiques qui avaient joui d'une grande vogue. Cette industrie a été de bonne heure atteinte dans sa prospérité, sans doute par la concurrence d'Athènes. Cependant la céramique corinthienne ne périt pas complètement. On en retrouve quelques maigres mentions par ci par là (''). Les productions premières de la céramique revirent le jour dans de curieuses circonstances que rapporte Strabon (^) : " César, frappé des avantages de la position de Corinthe, voulut relever la ville de ses ruines ; il y envoya une forte colonie. En remuant les décombres, les nouveaux habitants mirent au jour un grand nombre de tombeaux et ils y trouvèrent une grande quantité de vases et aussi beaucoup de bronzes précieux. La vue de ces chefs-d'œuvre les ayant remplis d'admiration, ils ne laissèrent pas une seule tombe inexplorée et quand ils en furent richement pourvus, ils mirent en vente, à des prix fort élevés, tout ce qu'ils avaient trouvé, inondant en quelque sorte la ville de Rome, de leurs Nékrokorinthies, car c'est ainsi que l'on appelle les objets trouvés par eux et surtout ceux de
(*) Oly^mp. XIII 16 : izollà o'ev xapôta-; àvôpôiv sjBaXov 'Qpa- TToÀjavOîjj-oi àpya"ia a-ocpiT[jLa6' • aTrav ô' î'jpo'vToç spyov. Cf. Plin. H.N. 35, 64.
(2) Cf. supra p. 30 n. 5.
(3) Cf. infra, Livre I, Ch. IV. Biichsenschutz 17 n. 10. Diphil. Ath. YI, 236 B. Philocli. ap. Poil. X 71. Eustath. ad II. XII 312 p. 907 cite Kop'vô'.ojpysT; 'j-iXai.
terre. Au début, ces poteries furent estimées à d'aussi hauts prix que les bronzes; ensuite la mode en passa, les trouvailles devenant plus rares et les pièces exhumées moins remarquables „.
Ce texte signale l'existence dans une haute antiquité d'une seconde industrie, celle des métaux, à côté de la céramique (').
Ces deux arts eurent-ils les mêmes destinées et la fabrication des objets en métal déclina-t-elle aussi vite que celle des poteries peintes? Je n'oserais l'affirmer. Je constate cependant combien sont rares les mentions anciennes des produits de l'industrie métallurgique.
La plus ancienne que je connaisse se trouve dans Hérodote (-). Il y parle d'un peuple de Lybie, ol A-jo-ésc;, et décrit le combat que, chaque année, les jeunes filles se livrent. Elles arment, dit-il, la plus belle d'entre elles d'un casque corinthien et d'une panoplie grecque, x-jvsr, T£ Koc',v8{r, xal Travo-A'ir, 'EAAY.v.xr,. Mais il semble bien que l'historien a plutôt en vue la forme du casque que sa provenance (^). Au IV" siècle, Hippolochos cite £v ya/vxw Tiivax». twv Kop'.vO'iwv xaTa^xsuaT^uaTcov, (^). Nous connaissons encore les deux vases d'or, ouvrages corinthiens xop'.vffwjpysr;, qui figuraient dans le cortège qu'organisa Ptolémée Ph' ladelphe à Alexandrie (^). Enfin
('; Strab. VIII 6, 23 : fj jj-èv Ôtj ttoX'.; ^ twv Kop'.v6ttov ixt^iAri xi xal TiXooata O'.à Travroç uiTTJp^sv, àvopùiv te TjÙTropTjjôV àyaôùiv si; zt ta TToXixtxà xat ck tài; zéy^oLii ta;; o-r]|tioupYtxàç • [JiaXt<7':a yàp xal svTauôa xal £V Stx'jtoV'. Tjù^(Q0T) yp'xovAT] zi xat 'ûXaa-r'.XTi xal Ttaaa -f, TO'.aÔTTj OTjjX'OupYta.