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CHAPITRE III

Les principaux centres de l'industrie :

Corinthe, Athènes, Délos.

Je réunis dans ce chapitre quelques renseignements qui concernent plus spécialement quelques grandes places industrielles ou commerciales de l'antiquité : Athènes, Corinthe, Délos. Il n'3^ a d'autre raison .de choisir ces villes que l'état de nos sources.

J'aurais pu, il est vrai, en ajouter quelques autres, comme Rhodes, dont il a déjà été question plus haut. Les villes que j'ai citées serviront d'exemples; elles nous offriront, dans leur variété, une série complète des types qui ont été reproduits ailleurs. Enfin, en disant quelques mots de deux places tout à fait secondaires, Téos et Cos, j'aurai formé toute l'échelle des nuances et des modalités diverses.

COEINTHE,

Je mets en première ligne Corinthe : sa longue prospérité jusque dans l'époque romaine, demande à être signalée et expliquée. Il n'est en outre pas de cité en Grèce dont il soit plus important de bien marquer le caractère.

Les renseignements directs sur le commerce et Fin-

dustrie corinthienne sont rares (^) et il faut bien nous aider de ce que nous savons de l'histoire de la cité.

Tout d'abord sa situation la prédestinait à un avenir autre que celui de beaucoup de villes grecques. Celles-ci ne sortirent pas de la phase agricole : le sol de Corinthe était particulièrement pauvre ; même la vigne n'y produisait qu'un vin médiocre, c< bon à donner la question », dit un poète (-). Il n'était même pas propre à l'élevage .du mouton : Corinthe ne figure pas dans la longue liste des états grecs, producteurs de la laine. Enfin il ne renfermait point de filons de cuivre ni de fer. Sa seule richesse était des gisements d'une excellente teyre à. poterie.

Ceux qui les premiers s'établirent sur ce point da pays furent séduits par la facilité avec laquelle il était possible de se créer sur l'Acrocorinthe ('), un abri svir contre les ennemis et contre les pirates. Quand, de leurs hauteurs, ils apercevaient les deux mers que sépare l'isthme et de l'autre côté de celui-ci les montagnes du Péloponèse, ils ne se doutaient pas de ce qu'ils voyaient le théâtre sur lequel devaient se dérouler les futures destinées de leur ville.

Corinthe, posée au point où ces deux mers se rejoignent presque, était appelée à jouer le rôle d'intermédiaire commercial entre les régions qu'elles baignent (*).

(1) H. Barth Corinthorum comraercii et mercaturae historiée particula Berlin 1844 Diss.

r-) Alexis, Ath. I 30 F. Cf. Diphil., ibid. VI 228 B.

[^) Plut. Aratqs 16:6 ô' 'Axpoxopiv6oç ut];7iXov opo; sx ixé(jr\^ àva7:£'^'j>cà); tt);; 'EXXàôoç oTav Aâ^r^ cppoupàv, IviaTaxai xal aTroxoTrTôt TTjV evTOî 'Ia0(jLou TTÔcaav £7î'[j.içic5v te xal Trapdotov xal ffxpaxe'.wv, ipyoLmoiQ T£ xaxà y^v xal xaxà ôàXaxxa'.v.

(*) Liv. XXXIII 32 : quia propter opportunitatem loci, per duo diversa maria omnium rerum usus ministrantis humano generi concilium, Asiœ Grseciseque is mercatus esset.

Placée à l'endroit où le Péloponèse se rattache au reste de la Grèce, elle en détenait la clef (') ; elle seule pouvait ouvrir la porte par laquelle devaient passer les produits et les marchandises entrant dans cette partie de la péninsule ou en sortant. Le commerce trouvait donc là une de ces situations privilégiées, comme il en est quelques-unes dans le monde (Carthage, Gênes), dont les fautes ou les malheurs des hommes ne réussissent jamais à détruire les avantages naturels.

Cependant, il y eut ici comme ailleurs une phase purement agricole. On en trouve la preuve dans cette loi de Phidon de Corinthe, « l'un des plus antiques législateurs », laquelle assurait l'inaliénabilité du lot de terre primitivement attribué à chaque famille (^). A quelle époque Corinthe commença-t-elle à sortir de son enfance ?^ Elle avait été devancée par Egine et par Chalcis. Egine avait accaparé le marché du Péloponèse. Pausanias ('') raconte que sous le roi Pompos, les navires des Eginètes venaient dans le port de Cyllène et que de là, à dos de mulets, on transportait leurs marchandises chez les Arcadiens. Plus significative que cette légende est l'extension du système monétaire d'Egine qui règne dans le Péloponèse, en Crète et m 'me dans les Cyclades et à Cnide.

(1) Strab.VIIie, 20.

(*) Arist. Polit. I 1265 b 2 : 4>£Îoa>v (jlèv o'jv 6 Kopiv6to;, wv voîJLOÔSTTi? Ttov àpyato'ràTwv, to-jç oI'xo'j^ tjouç cûrfiT^ ostv o'.a|jL£V£tv xat To 7:Àrj6o; Tiov ttoXitcov, xal si to TrpwTOV xoi>^ xXrjpou; àvîaou; ^yj^'^ -àvTa; xatà ixiyzdo^. On remarquera surtout cette préoccupation de maintenir le nombre des citoyens, plus justement des familles auxquelles un lot a été assigné. Cette disposition atteste une situation encore toute primitive, incompatible à coup sûr avec un grand développement industriel et commercial.

Corinthe eut à reconquérir sur les Chalcidiens et les Eginètes sa clientèle naturelle ; mais tout d'abord, elle chercha à s'en créer une autre : elle se porta vers le Sud, chez les peuples qui touchent au golfe de Corinthe et surtout chez ceux dont le territoire est baigné par la mer Ionienne : l'Acarnanie, l'Étolie et l'Epire. Elle prit pied sur un point de la plus haute importance, Corcyre, et de là, elle ne tarda pas à gagner la Sicile où elle fonda Syracuse. Elle ne se porta guère du côté de la mer Egée, où elle rencontrait sans doute la concurrence d'Egine, de Chalcis et des cités de l'Asie.

A la fin du VHP siècle, Corinthe est devenue une puissance maritime, et d'après Strabon ('), la famille des Bacchiades, qui la gouverne, veille à étendre et à rendre productives les relations commerciales de la cité.

Elle rencontra de bonne heure un grave obstacle dans les régions vers lesquelles elle se portait de préférence : Corcyre rompit avec elle et se posa comme sa rivale ; leurs dissentiments donnèrent lieu, en 664, à la plus ancienne bataille navale que mentionnent les annales des Grecs (-). C'est néanmoins depuis le milieu du YIP siècle, que le progrès s'affirme surtout. La tyrannie des Cypsélides ('') fut bienfaisante pour Corinthe, comme

(^) VIII 6, 20 : xal ol Baxyiaoai tupavvfjjavTsc; TrXoJaioi xai tîoXXoI xal ysvo; Xa|X7rpol ô'.axo'a-a èxT, crysoov -rt v.cL-zhyo^ -zr^'^ a^/yj y.7.\ -zb £}AT:dptov àocwi; sxap-oj^avTO. Je ne vois pas comment de ce texte on peut conclure que les Baccbiades s'adonnaient personnellement au commerce. Il ne s'agit ici, me semble-t-il, que de leur gouvernement qui tirait des ressources notables du négoce des particuliers.

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