II. XXII
(«) Od. VI.
(') L'esclavage cependant n'est pas encore aussi répandu qu'il le sera plus tard.
(*) II. XVIII 28 : A{Awal oolç 'A/àzhç Ir^h^joLTO Ui^poylô^ te. XX 193 : Àr;tàôa<; oè Y'jvaixac;, lÀsuôspov ^[xap àîro'jpaç. XXI 35 :
terre, gardent les troupeaux. Laërte, retiré à la campagne dans son domaine, représente bien le propriétaire d'alors : il vit dans ses champs lointains, seul, avec « une vieille servante qui lui sert à boire et à manger, quand il a fatigué ses membres à se traîner dans les fertiles vignobles de son enclos » ('), et quand Ulj^sse vient pour se faire reconnaître, il surprend son père seul, bêchant dans le verger, au pied d'un arbre, tandis que les esclaves assemblent des épines pour servir de haie à l'enclos.
Telle est aussi la vie que mène le paysan chez Hésiode ; il cultive sa terre et l'idée qu'après lui, elle pourrait être divisée, l'inquiète : « il est bon qu'il n'y ait qu'un fils et qu'il conserve la maison paternelle » (-) ; car, dans les classes inférieures, la communauté familiale se dissout plus rapidement qu'ailleurs ; chacun, obligé de se faire son sort, réclame sa part de l'héritage paternel et cherche à s'élever par son propre labeur. Comme Laërte, le paysan des Œuvres et des Jours travaille au milieu de ses esclaves, tandis que sa femme file la laine auprès de son foyer.
La maison, suivant le mot que rappelle Aristote, comprend nécessairement l'esclave et le bœuf de labour; ces deux instruments sont aussi nécessaires l'un que l'autre. Le paysan d'Hésiode sait les mettre en œuvre ; car il pense, comme Mélanthe dans l'Odyssée, qu'il vaut mieux gagner soi-même son pain que de le mendier. 'i Le travail donne aux hommes des troupeaux et des
biens nombreux et la vertu et la gloire accompagnent
la richesse. »
Lycaon a été enlevé par Achille et vendu comme esclave. Od. XIV 115 : Ulysse a acheté Eumée; 449 : Eumée a acheté Mesaulios à des pirates Taphiens.
(1) Od. I 190.
(2) 0. et J. 376.
Les esclaves sont aussi occupés à l'intérieur de la maison : de nombreuses captives travaillent sous la direction de la femme. Pénélope possède 50 esclaves que c( nous avons, dit Euryclée('), instruites aux travaux de leur sexe, à peigner la laine et à supporter la servitude». Achille (-) comme Télémaque ont des captifs à leur service. Télémaque est parti pour Pylos : « qui l'accompagne? Ses mercenaires et ses esclaves? » se demandent les prétendants : r, soi a'jToO Gy^ts; ts oulcos; tô (^).
Jusqu^ici, malgré l'esclavage, la famille forme un cercle fermé. Rien n'en sort, rien n'y entre. Comme on l'a dit, poussé à ses dernières limites, le protectionnisme tue la civilisation. Aussi le régime de la prohibition complète du travail et des travailleurs étrangers à la famille ne se rencontre-t-il qu'aux époques de la barbarie. Les Grecs d'Homère n'en sont plus là. La famille est encore la cellule très visible et très agissante de la société ; mais elle fait partie d'un organisme. Entre les diverses familles qui constituent l'Etat, s'établit un échange de services et de produits.
Tout d'abord, la famille a besoin de mercenaires libres, de journaliers : nous venons précisément de les voir apparaître dans la domesticité, confondus presqu'avec les esclaves Bf.Tsç, oij.co£;. Bien misérable est leur destinée ; Achille, dans les enfers, la prend comme terme de comparaison pour marquer tout ce que la mort a d'horrible : il vaut mieux encore être journalier auprès d'un pauvre homme, mais vivre, que de régner dans les enfers sur tous les morts {^). Ulysse feint de vouloir
(1) Od. XXII 420.