‹ L'industrie dans la Grèce ancienne (volume 3)Chapitre 32 sur 42 · II. XXIV · texte numérisé non relu

II. XXIV

(5) Od. IV 643.

•(') Od. XI 489 : j3ooXot{j.r)V x'èTràpoupo? iwv ÔTi-rsusiJLSv àXXijj | àvôpi Tiap'àxÀTjpa», u) [xr) '^io-o:^ roÀùç sWj, | •^^ Traatv vr/.'Jsja'. xa'racp6t[j.£vo'.atv àvàaac'.v.

entrer au service des prétendants : il excelle, dit-il, à allumer le feu, à fendre le bois, à préparer les repas, rôtir les chairs et verser le vin, à s'acquitter des soins que rendent aux nobles les inférieurs (').

Ces mômes mercenaires apparaissent dans les travaux agricoles. Et quand Ulysse se présente, déguisé en mendiant, accompagné d'Eumée, Mélanthe s'adresse à celui-ci : laisse-le moi, dit-il, laisse-le moi comme palefrenier, pour garder mes étables, nettoyer mes cours, porter des feuilles à mes chevreaux (-).

Le sort de ces ouvriers, plus honorable que celui des mendiants, ainsi que le dit Mélanthe, est parfois moins heureux encore : c'est par suite d'un châtiment de Zeus que Poséidon et Apollon (") sont entrés au service de Laomédon. D'après ce passage, les mercenaires Oyïts;, sont employés dans les travaux agricoles et dans d'autres travaux manuels : Poséidon travaille aux murs de Troie; Phébus garde les bœufs dans l'Ida; mais l'année écoulée, Laomédon ne veut rien leur paj^'er, il les menace de leur couper les oreilles et de les vendre dans des îles éloignées et les deux malheureux s'en vont a'.o-fjo'j yo)6<j.zyrj<, zoy

En quoi consistait le salaire promis ? La question se pose non seulement pour les journaliers, mais encore pour les artisans, dont il sera parlé tantôt. Eurymaque qui veut engager Ulysse comme mercenaire Gy.TS'jsasv (*) sur son champ, lui otîre comme un « salaire honorable » : tjLt.a-6o<; 0£ TO'. apx'.o; sa-Ta;., la nourriture pendant un an CLTOV [JL£V £7:Yi£TavGV, Ics vêtcmeuts el'iJ^y.Tx, 'JTzooy.aaTa. C'est là l'une des formes les plas anciennes du salaire.

[') Od. XV 317.

{^) Od. XVII 223.

(5) II. XXI 440. Cf. Eurip. Aie. 1 s.

(i) Od. XVIII 357.

L'exemple d'Apollon et de Poséidon montre que ce dernier comprenait parfois, outre l'entretien, une certains rénumération. De même, la pauvre fileuse de l'Iliade subvient, par son travail, à l'entretien de ses enfants. Comment se paj^ait cette rénumération? Probablement en natnre, par l'abandon d'ane partie de l'objet produit ou par la remise d'objets précieux, de têtes de bétail, de matières premières.

Les mercenaires sont désignés aussi sous le nom d' £p'/io', (^) : le bouclier d'Achille (-) nous les montre la faux à la main; les femmes préparent leurs repas, et dans l'Odyssée, une amie de Nausicaa s'offre à l'accompagner au lavoir xal to». lyw a"Jvspt.8o; a|jL' st{>o[jt.a'., ocppa

Les mercenaires hr^'zzq, on l'a vu, apparaissent enfin dans l'exercice de certaines professions manuelles, de certains métiers : Apollon travaille, en cette qualité, aux murs de Troie.

Il existe aussi des artisans qui semblent être d'un rang plus élevé que les simples journaliers, car leur métier est désigné sous un nom spécial. E-iedenauer a

(1) W. Arnold Das Autkoinineu des Handwerkerstandes im Mittelalter Bâle 18G1, p. 20 écrit ceci au sujet des artisans du M.-Age : " Dièse Arbt-iter erhielten von ihreni Herrn den RohstofFuad tliaten um Kost und Unterlialt die Arbeit liinzu; ein wahrer Lolin war, nur in Ausnahmsfallen gegebenund batte dann mehr den Cbarakter derBeiobnuug be-sonderen Geschicklichkeit oder Anstrengung , (cité par Ried«naucrj.

(-) Cf. lliedenauer 168 n. 61.

^j II. XVIII 560.

e*; Od. VI 32. Cl'er. lies. 0 et J. 600 : (r^-zà -S aoixov ixoiûabo^i, y.oLi aTS/.vov è'p'.Oov | ottôaGai xÉÀofJiat, yaÀcrr) o bizô-zop^i^ e'ptôoç Hymn. III i. Merc. 276 : -:XT,[j.ova yoLty-zpoç È'ptOov, àtaaOaXov iyys.-

X'.OJTTjV.

particulièrement bien étudié ce point. Il distingue les professions où la division du travail s'est incomplètement développée : production et préparation : 1) de l'eaa, 2) du bois, 3) de la viande, 4) du pain, 5) du vêtement. Ces professions sont encore exercées sous la forme domestique (Hausfleiss) par les membres, libres ou esclaves, de la famille et plusieurs d'entre elles ne se sont jamais tout-à-fait émancipées jusqu'à devenir des métiers. Il en est particulièrement ainsi de la fabrication des vêtements, l'industrie domestique par excellence. Hésiode (') conseille au paysan de tisser lui-même sa tanique et son manteau. Notons cependant la pauvre femme qui travaille la laine. Elle reçoit un salaire as-'/ia [jiia-6ov qui l'aide à nourrir ses enfants, c'est donc qu'elle travaille pour autrui (-).

Il faut mettre à part les professions de téxt'jùv, yaAxs-j;, o-x'jTOTOfjio;, potier, pêcheur et constructeur de navires. Celles-là sont dans les mains d'artisans, d'hommes de métier. Il est remarquable de constater combien, dans les principales d'entre elles, la division des métiers est peu avancée. Le même mot téxto^v [") désigne le tailleur de pierres, le charpentier, l'ouvrier qui travaille la corne, le menuisier, le charron, l'ouvrier en ivoire. Le titre de forgeron yyXxzùc, s'applique à l'armurier^ à l'orfèvre, etc.; o-x'jTOTÔjjLo; se dit du tanneur, du corroyeur, etc. Veut-on un exemple qui montre exercés par le même homme des métiers multiples ? Pour fabriquer les meubles de sa

(^) 0. et J. 537.

('^) toaTî TaXaVTa y-jv-r) yspvrjT'.c; àXrjOr);; | r^zz crtaôaov eyojioL :<al sTpiov àfxcptt; àvsXxst, lo-à^oucr' Iva -aiaiv oLS.ly.ioi jjlictÔov àpTjXa'..

i^) 11. VI 313. Hector va chercher Paris. Il le trouve dans son palais qu'il a construit : aùv àvopàaiv ol tôt ap-iToi | ^jav in Tç^oi-^ Èp'.pu)Àax'. T£XT0V£ç, àvopôç I 01 01 ETTOtTjaav ôâXaijLov xal ôcojxa xal aùXfiV. Ct'er I 110, XIII 303, XV 410.

chambre et son lit, Ulysse doit être tout ensemble maçon, menuisier, ouvrier en ivoire, orfèvre et sellier. Tychios quia fabriqué le bouclier, garni de métal, d'Ajax est désigné sous le titre de o-x-jtotôuo;.

Dans quelles conditions ces ouvriers sont-ils employés ? Leur fournit-on la matière première et eux-mêmes ne fournissent-ils que leur travail? Le doreur que Nestor (') appelle pour recouvrir de métal précieux les cornes du bœuf qui va être immolé aux dieux, reçoit la matière première; mais cet exemple n'est pas décisif à raison de la valeur de cette matière. Ce qui me paraît bien plus convaincant, c'est la présence de lingots de fer dans les trésors des héros, et plus significatif encore est ce passage du Chant XXIII de l'Iliade (-) : Achille expose comme prix un bloc de fer brut et il encourage ses compagnons à se le disputer : " Si vastes que soient ses champs fertiles, celui qui l'emportera sera dispensé pendant cinq ans, d'envoyer à la ville chercher du fer pour ses pâtres ou ses laboureurs : ce disque lui en fournira. „ Ce passage permettrait même de croire que l'exploitation rurale comptait dans son personnel des ouvriers spéciaux, capables de travailler le fer; mais si cette supposition est exacte, elle ne s'applique qu'à des ouvrages ordinaires. Le métier de forgeron, exigeant

(•) Od. III 423. II. IV 105 ; Pandaros remet à l'ouvrier xEpaoço'o; 'Tc'y.Twv, les cornes avec le;iquelles il devra faire un arc.

(-) A rapprocher cet autre fait de la vie rurale : comme le paysan de l'Iliade se fabrique à lui-même ses outils, ainsi Eumée se fait ses chaussures et a construit l'étable des porcs et dans Hésiode 0. et J, 423 : àX[jt.ov [jiàv TptTrooTjV ■rajji.ve'.v, 'jTrspov Ôi TptTTTj^'jv I à^ovà 6' liTTaTToÔT^v • tjiàXa yàp vu toc apfxsvoç au-rw; | ... roXXà £7cl xaixirûXa xa/a • cpsps'.v oï Y^■^^'^ o"^' ^tv supr^ç j ûç 6ïy.o'^, xa-:' opo? ôt^rj|JL£Vo^ t, /.t.-' opo-jpav | rpt-ivov • ô'ç yàp ^ouaiv àpo\j'/ oyjptoxaTO^ sjTtv | zZ~' av 'AÔTjvaiTj- ôatoo; £v ihjixot-i rrr^ça:: | ôo"?a oï dhOoL: àpo-rpa rov/ijàjxîvo; xax' oTxov.

des aptitudes spéciales, a dû se constituer de bonne heure, comme une profession distincte de toute autre. Les paysans d'Hésiode se réunissent dans la forge, en hiver, pour se chauffer tout en devisant f).

C'est aussi apparemment l'une des rares professions qui ne s'exercent pas d'habitude au domicile des clients et encore, dans l'exemple que je viens de citer, est-il possible que les outils et ustensiles nécessaires à l'exploitation rurale soient fabriqués sur place par l'homme de métier.

La coutume du travail au domicile du client est bien attestée par l'existence d'ouvriers errants et la présence de cette classe de travailleurs atteste à son tour le faible développement des métiers dans la Grèce homérique. Le passage où ils sont cités mérite d'être reproduit tout entier. Les prétendants reprochent à Eumée d'avoir amené au milieu d'eux un mendiant; Eumée répond : Quels hommes de leur plein gré appellent un étranger survenant des contrées lointaines, s'il n'est de ces démiurges £'' ar. twv o'! 07,;j.w£pyol â'a.T'.v, un devin, un médecin expérimenté, un charpentier habile à façonner le bois, Tsx-ova Zoùpiùy ou un chanteur divin qui nous charme? Voilà ceux des mortels que par toute la terre on aime à inviter (-).

Dans l'organisation sociale que nous venons de décrire, le commerce est appelé à joiier un bien faible rôle. Le commerce intérieur n'existe que dans des rudiments insignifiants : c'est ainsi que les campagnards vont acheter le fer à la ville. L'échange des produits se fait en général sans intermédiaire. Il existe cependant un commerce maritime. La mer sollicite de toutes parts et provoque la hardiesse du Grec; mais il ne se rend pas

(ij 0. et J. 493.

(■') Od. XVII 380.

du premier coup. Tout d'abord, il tient sa barque à portée des côtes et quand la tempête est menaçante, le frêle esquif du pêcheur regagne en toute hâbe le port. Plus tard; et il en est ainsi à l'époque d'Homère, la barque est devenue navire : la rame et la voile permettent de plus longs voyages et la mer offre au marin de nouveaux dangers et de nouvelles ressources. Le pêcheur enhardi se fait pirate. Il court les mer.-.^, à la recherche d'une proie. De préférence, il s'en prend aux paisibles habitants de quelque rivage éloigné. Telle est déjà la coutume des Cretois, ces incorrigibles écumeurs de la mer ('). Le coup fait, le navire revient chargé de bestiaux, d'esclaves, de meubles et d'ustensiles et les pirates cherchent à se débarrasser de leurs richesses par le commerce. N'est-ce pas un trait de corsaires que méditent les prétendants dans l'Odyssée, lorsqu'ils se demandent s'ils ne pourraient se saisir des étrangers importuns, les jeter à bord d'un navire et les vendre à bon prix en Sicile (-)? Le commerce a quelque peine à se séparer de la piraterie. De tous les moyens de se procurer une cargaison, celui-ci est le plus commode. De là sans doute, le peu d'estime dont semble jouir le négoce. Euryale (''} interpelle Ulysse et non sans quelque intention méprisante, il dit : étranger, en vérité, je ne puis te considérer comme un homme habile dans la lutte : tu ressembles à un navigateur, chef des matelots, occupé de sa cargaison, attentif aux affaires et au gain, plutôt qu'à un vaillant lutteur.

(^) Od. XIV 230, XVII 424.

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