CIA IV 2 179^ = MAI VIII
Pour l'orge, le prix de 3 drachmes est bas : Phainippos (*) vendait le médimne à 18 drachmes, prix tout à fait extraordinaire. Le prix habituel était 6 drachmes (-).
Voici les prix du médimne de froment et de farine d'orge à Délos, dans les différents mois, en 282 ('').
Lenaion, m Hieros,
édimi
ae de froment, 7 drac » 6
3hr
nés
3 oboles.
Galaxion,
1 obole.
Artemision,
3 oboles.
Thargélion, Metageitnion, Bouphonion, Apatourion,
médi
imne de farine d'orge,
4 drachmes.
Arésion,
Posidéon,
Le prix moyen du froment est d'un peu moins de 7 drachmes par médimne ; le prix moyen de la farine d'orge est de 4 dr. 4 oboles.
Une autre inscription de Délos (') nous fait connaître les prix du froment en 180. Le roi Massinissa envoya.
(•; Dem. c. Phain. 42, 31. Vers 380, le médimne d'orge était monté à 12 dr., celui de froment à 10 dr. Voir encore Beloch G. G. II 356 n. 4.
(^) Voir le tarif des sacrifices de laTétrapole athénienne Prott et Ziehen Leges graec. sacrae I 26, (commencement du IV© siècle) : le médimne de farine d'orge àXot-ra revient à 4 drachmes.
ri
Les prix des 6® et 7© mois manquent : les travaux auront
été interrompus pendant cette période.
(*) Homolle BCII VI 1882, 1.
cette année-là, du blé à Délos; il fut vendu au profit de la caisse du temple, le premier lot au prix de trois drachmeslemédimneC), les autres au prix de 4 drachmes 1 obole C).
On aura été frappé de l'extrême variabilité des cours. L'on ne songera pas à s'en étonner, si l'on se rappelle que les marchés d'Athènes et de Délos étaient approvisionnés par l'étranger. Les moyens de transport étaient peu perfectionnés et la spéculation opérait sur les prix. De plus, pour Athènes, ceux-ci dépendaient encore de la récolte locale. Pour toutes ces raisons, la loi de l'offre et de la demande agissait avec de brusques soubresauts.
Et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est, en présence de ces cours si variables, la fixité des salaires, comme celui .des esclaves à Délos (2 oboles par jour), des hommes libres là-même (4 oboles par jour), celui des esclaves à Athènes Eleusis (3 oboles par jour).
Ces chiffres représentent évidemment des moyennes, établies une fois pour toutes.
Je possède un chiffre certain : celui du coût du blé entrant dans la ration forte à Délos ^= 74 drachmes et environ 1 obole pour 12 mois. (Elle a coûté pendant les dix mois dont l'inscription relate la dépense : 61 drachmes 5 oboles). Que coûte la ration faible ? — Je calcule comme suit : la ration forte à Délos ^= 3 oboles par jour; la ration faible — 2 oboles par jour, soit les deux tiers du prix de la première. J'applique cette proportion à la ration de blé et j'arrive pour Délos, ration faible, à une dépense annuelle de 49 drachmes environ.
A peu de chose près, ces deux sommes (dépense annuelle de blé : 74 drachmes 1 obole et 49 drachmes)
s'appliquent ensuite à Athènes (IV^ siècle, Eleusis) ; à ce moment le médimne de froment coûtait 6 drachmes (à Délos, en moyenne 7 drachmes) ; le médimne d'orge coûtait, d'après l'inscription CIA II 884'\ 3 drachmes, mais vers la même époque, d'après les témoignages littéraires, ce prix était de G drachmes; la moyenne est de 4 drachmes, 8 oboles (à Délos, 4 drachmes, 4 oboles).
Ces sommes descendent pour Athènes (V^' siècle Érechtheion), si on admet le prix de 3 drachmes pour le médimne de froment ou même si on prend la moyenne des deux prix connus (6 drachmes et 8 drachmes), soit 4 drachmes 8 oboles. Dans cette supposition, ration faible : 8 médimnes coûtant 86 drachmes; ration forte : Il '/j médimnes coûtant 49 drachmes environ; je suis obligé, faute de données pour le prix de l'orge, de supposer que les Athéniens de cette époque ne consommaient que du froment; dans la seconde moitié du IV" siècle, (Athènes, Eleusis), je puis également faire entrer l'orge dans leur alimentation.
En résumé :
Prix fie iiinitt' en (Iriicliincs et en oboles. lîmion forte. liation faible.
P'romcnt Orge en Jraclniics et en oboles
liélos moyenne = 7 moyenne ^= 4,i 7i-,l 49
Athènes i 3 i
(Lieusis) / G /
Athènes \ 3 \
(Érechtheion) ) 0 / = "'*'^ ^'^ ^^
Le second élément de l'alimentation est Topsonion; la somme que lui consacrent les ouvriers libres de Délos est de 120 drachmes par an ou 2 oboles par jour; le pain représente 88 % de ce que coûte leur alimentation. li représente une quotité plus forte pour les esclaves et même pour les citoyens libres des classes inférieures.
Je remarque que rien n'est prévu à Délos pour la
boisson et je suppose qu'elle est comprise dans la somme globale de dix drachmes par mois pour l'opsonion.
Appliquons la proportion constatée entre la dépense faite pour le blé et le prix de l'opsonion, pour la ration forte à Délos, à nos autres hypothèses. Entre ces deux quantités, il existe certainement un rapport. Elles montent et descendent l'une avec l'autre. On a vu comment étaient rationnés les Spartiates bloqués cà Sphactérie : les serviteurs recevaient la moitié de ce que recevaient les maîtres. L'écart entre la ration faible et la ration forte est moins considérable dans mes calculs. Il en résulterait que mes évaluations de la ration faible sont supérieures à la réalité. Je crois qu'il en est ainsi et je crois en outre que la somme consacrée à l'opsonion est (ration faible) exagérée. En effet, d'après les témoignages anciens, le blé est l'élément essentiel de la ration faible, ce qui n'est pas dans mes calculs.
Prix par ati, en drachmes et en oboles.
Blé Opsotiion Total
Ration forte R. faible R. forte R. faible R. forte R. faible
Délos ' 74 («) 49 120 79 194 128
Athènes (Eleusis) 74 49 120 79 194 128
Athènes (Érechtheion) 49 36 79 58 128 94
Prix par jour en oboles.
Ration forte
Ration faible
Délos
Athènes (Eleusis)
Athènes (Erechtheion)
1 Vo
Je retrouve les deux oboles que coûte à Délos la nourriture des serviteurs subalternes du temple : on
(•) Exactement 74 dr. 1 ob. J'arrondis le chiÉPre pour plus de facilité dans les calculs qui suivent.
leur alloue pour cet objet, 120 drachmes par an. Les chiffres d'Athènes, ration faible, sont particulièrement importants. Ils sont, je le rappelle, plutôt trop hauts. Nous pouvons d'après cela, apprécier la valeur des soldes que l'Etat paj'ait aux citoyens : trois oboles, qui en étaient le taux ordinaire, suffisaient largement à la nourriture d'un citoyen de goûts modestes. Elles pouvaient même aider en partie à couvrir la dépense d'une famille pas trop nombreuse ni tr p exigeante.
Supposons que l'adulte soit marié et père de famille. En lui attribuant assez arbitrairement, il est vrai, trois enfants, cela ferait un ménage de cinq personnes. Quelle sera leur consommation ? Je propose pour la femme la même consommation que pour l'adulte et pour chaque enfant, le tiers. Je suis ici S. Bauer (') qui établit le tableau de l'unité de consommation pour chaque âge :
Garçon ou fille de
5 ans
1,5 unités.
Homme ou femme de
En ne prenant que le tiers de la consommation d'un adulte pour chaque enfant, je suppose que ces enfants sont en bas âge. Bauer donne cet exemple : un ouvrier de 36 ans = 3,6. Sa femme âgée de 30 ans == 3,6. Enfants âgés de 10, 9, 7, 5, 3, 1 = 9,4. Total = 16,6 unités.
Dépevues de son Dépense d'un ménage.
adulte. (la femme et 3 enf.) Total.
Ration forte E. faible R. forte R. faible R. forte R. faible
Délos 194 128 388 256 582 384
Athènes (Eleusis) 194 128 388 256 582 384
Athènes (Érechtlieioii) 128 94 256 188 384 282.
{*) Handw. der Staatswiss. IV 831.
Comparons ces dépenses avec les recettes : il en résulte que l'ouvrier de l'Ereclitheion qui 'gagne au maximum 360 drachmes par an ne peut prendre que la ration faible : elle lui laisse un excédent de 78 drachmes.
L'ouvrier d'Eleusis qui gagne 1 drachme 3 oboles par jour, ou par an 540 drachmes, ne peut consommer non plus que la ration faible; mais l'excédent serait de 156 drachmes ('). S'il gagne 2 drachmes par jour, ou 720 drachmes par an, la ration forte donne un excédent de 138 drachmes et la ration faible, 356 drachmes. L'ouvrier de Délos qui gagne deux drachmes arrive au même résultat.
Essayons maintenant de compléter le budget. D'abord le vêtement : les hommes libres de Délos coûtent, de ce chef, 15 ou 22 drachmes.
Je propose pour l'ouvrier marié : l'homme et la femme 40 drachmes ; les trois enfants 30 drachmes. Total : 70 drachmes.
Il reste pour le loyer et les autres dépenses :
Reste pour les dépenses Salaire quotidien autres que la nourriture
et le vêtement.
Athènes (Erechtheion) 1 drachme 8 drachmes
Athènes (Eleusis) 1 drachme 3 ob. 86 dr. (il a consommé
la ration faible)'.
Athènes (Eleusis) 2 drachmes 68 dr. (id. forte)
Délos 2 » 68 )) )) )) .
Comme point de comparaison, je donne ces rensei-
(') Je rappelle encore uue fois que le coût de la ration faible paraît supérieur à la réalité. L'excédent serait donc plus fort.
(«) CIA IV 2 834^, col. 1,1. 25 ljj.àTtov-18 Va dr.-ôicpOspa,!. 27. oTîoÔT^IJLaTa, 1.28. — xaxxûatç xtov uTroOTjixaTwVjII 2, 834^, col. II, 1.54 4 (Jr. — TTtXoç, ibid. col. 1, 1. 70 : dépenses faites pour les démosioi d'Eleusis.
gnements obtenus par l'enquête décennale de la société de Mulhouse (1878) (') :
Logement
Vêtement
Nourriture
Divers
8 Vo.
Nous avons :
Salaire
Autres
(juoiidicn Nourriture
Vêtement
dépenses
Athènes i^Érechlheion) 1 drachme ration faibie 78 ^'/o
Athènes (Eleusis) i dr. 3 ob.
Athènes (Eleusis) :2 drachmes ration forte 80 "/o
iO^^lo
Délos 2
Eleusis et Délos 2 » »
faible oS^jo
Je puis aborder la seconde question
: quel
était le
niveau de l'existence de l'ouvrier ?
Si l'on peut juger d'après les résultats de la statistique moderne, plus le salaire est élevé et plus fa-ible devient la part dévolue à la nourriture (-). On {^) a dressé le tableau suivant :
Salaires faibles
Intermédiaires
Forts
Nourriture
Vêtement
IH
Logement
Combustible et Éclairage
Divers
(^) Grad Économ. français 6 nov. 1880.
(-) Mulhall Progrès? of tlie World 1880 p. 6^
[^) Fr. Walk-er The Wages question p. 117.
D'après cela, on peut établir cette échelle :
Athènes (Érechtheion) = l drachinô par jour ration faible salaire faible
Athènes (Eleusis) = 1 (irachine, 3ob. » » » » élevé Athènes (Eleusis) et
T)élos = 2 drachmes » >■> faible » élevé
» » » » 0 » forte » faible.
On le voit, depuis les travaux de l'Érechtheion, une amélioration très sensible a été apportée à la situation de l'ouvrier.
Mais comment mesurer cette amélioration? Le tableau ci-dessus laisse la question incertaine : l'ouvrier ne prend pas nécessairement la ration forte complète. En se contentant d'une mo3^enne entre cette ration et la ration faible, il lui est facile d'augmenter la somme à consacrer aux autres dépenses.
Il suffit d'examiner un seul cas, celui de l'ouvrier d'Athènes (Eleusis) dont le salaire est de 1 drachme 3 oboles par jour = 540 drachmes par an. Coïncidence singulière, ce dernier chiffre se rencontre ou du moins peut-être replacé dans un document de la même époque : Le demandeur dans le discours de Démosthène contre Phainippos, raconte que son père leur a laissé à son frère et à lui, à chacun 45 mines, somme, dit-il, dont il est difficile de vivre. Admettons un intérêt de 12 "/„ : l'orateur a un revenu de 540 drachmes.
Quelles sont les charges de famille que le client de Démosthène supporte difficilement ? Dans mes calculs j'ai supposé une famille de cinq personnes ; mais rien ne nous dit les conditions dans lesquelles se trouvait le demandeur dans la Phainippée.
Une autre base d'appréciation nous est fournie par Lysias. Dans le discours contre Diogeiton, il expose qu'une dépense de 1000 drachmes par an ou 3 drachmes environ par jour pour deux garçons, leur sœur, un pédagogue et une servante, doit être considérée comme
excessive. Jamais dans aucune famille, assure-t-il, on n'est arrivé à pareille somme : o'7o^^ o'Joel; -w-ots év -zr^ tA\z'. ('). Voilà donc cinq personnes vivant avec un revenu double de celui dont jouit le client de Démostliène et vivant sur le pied des gens riches.
Pour bien juger ce que représente le niveau de l'existence, dans un ménage dont les revenus ne dépassent pas 540 drachmes, il faudrait pouvoir calculer la valeur nutritive de la ration faible : en d'autres termes, ces gens sont-ils bien ou mal nourris ?
La ration faible a pour élément principal, ou par an, 9 médimnes de farine d'orge, litres 472 '/^ ou litre 1,31 par jour (la chénice = litre 1 ,094). La bonne moyenne du poids de l'orge est de 640 grammes le litre; par an ^ kil. 302,40; par jour 840 grammes. Le litre de farine pèse '/j. environ de moins que le litre de grain ; la consommation annuelle = 241 k. 92; par jour, 672 grammes.
Voici comment Meinert établit la ration quotidienne d'un homme :
Travail pénible Travail moyen Travail léger
Quantité de Nourriture 1422 1185 948
contenant : Albumine 141,6 118,0 94,4
Graisse 67,2 56,0 44,8
Hydrocarbonés 600,0 500,0 400,0.
Comparons ces chiffres avec la ration faible à Athènes :
gr-
Quantité de gr. ( Albumine 87,36
Nourriture 672 / contenant : Graisse 14,74
Farine d'orge ( Hydrocarbonés 450,24 .