‹ L'industrie dans la Grèce ancienne (volume 3)Chapitre 42 sur 42 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Ces chiffres se rapportent aux graines, donc à la farine complète, son compris.

On remarquera que la farine d'orge ne constitue pas toute la ration faible : il y faut ajouter les fruits, légumes, viande, poisson, vin, etc. Nous avons supposé que l'ouvrier ajoutait pour ces suppléments, une somme assez considérable : d'après nos calculs, la ration faible pour Athènes (Eleusis) coûte par an : blé, 49 drachmes ; opsonion, 79 drachmes; mais nous avons fait remarquer que cette dernière somme était exagérée. Même en la réduisant, la ration faible reste suffisante, tout au moins pour un travail moyen.

Je puis conclure que la situation des ouvriers libres d'Eleusis, au IV" siècle, était loin d'être mauvaise, en ce qui regarde les salaires : si les ouvriers qui touchent

1 dr. 3 ob. peuvent vivre, les ouvriers qui touchent

2 drachmes sont presque dans l'aisance ; de même pour les travailleurs de Délos au siècle suivant.

Cette conclusion découle des calculs qui précèdent, si même, dans le détail, ils laissent place à quelque inexactitude. Il va de soi que les matériaux dont nous disposons ne permettent que des calculs approximatifs : le résultat ne s'en dégage pas moins avec une entière netteté.

L'esclavage n'avait pas exercé une action déprimante. En a-t-il toujours été ainsi? Quand la plaie de l'esclavage envahissait une région nouvelle, il devait certainement se produire une crise ; l'équilibre était profondément troublé; mais, au bout de quelque temps, les situations se tassaient, si on peut le dire, et les .choses reprenaient leur cours normal.

Il me reste à justifier cette conclusion. Il n'y a que deux explications : les prix de la main d'œuvre se maintenaient par l'abondance de la demande ou par la rareté de l'offre de travail. Cette dernière explication est. la vraie; le développement économique d'Athènes n'était

pas assez avancé pour que l'industrie pût procurer à un très grand nombre d'ouvriers des salaires suffisants.

Dans tout ce qui précède, j'ai eu en vue une situation normale ; elle était souvent dérangée.

Petits et grands patrons avaient leurs mauvais jours. Dans certaines professions surtout, ils souffraient de l'absence de débouchés. Obligés de se restreindre presque complètement à la clientèle locale, ils subissaient le contre-coup des moindres crises. Enfin l'approvisionnement de places comme Athènes, Délos, Rhodes, Corinthe, dépendait en très grande partie, sinon même pour quelques-unes uniquement, de l'étranger. Elles lui demandaient le blé, le poisson, le vin ; des arrivages rares ou irréguliers faisaient subitement monter les prix. On a vu quels soubresauts ils effectuent à Délos en dix mois ; à Athènes, à un moment, d'après le discours contre Phainippos, ils sautent da simple au triple. Le plus grand bienfait que nous devions au développement des voies de communication est une certaine fixité des prix; de tous les maux anciens, le plus cruel, la famine, est ignoré dans les pays civilisés. Il visitait souvent Athènes et les autres centres de la Grèce et dérangeait tout l'équilibre du budget des petites gens.

tJ'

Page 1