C-) Meyer 1. c. II
(^j Orsi Monumenti antichi II 34.
(*) Meyer 1. c. II 208. Voir sur cette identification douteuse des Shardanas et des Sardes Busolt Gr. Gesch. I- 110.
Bulletin de la Soc. nation, des Antiquaires de France 1897 : D'après E. de Rougé, des figurines du musée de Cagliari semblent être des représentations de ces guerriers Shardania ou Shardagnes autrefois soudoyés par les souverains d'Egypte. M. Babelon croit que les Sh. n'étaient pas un peuple localisé mais un rameau s'étendant sur toute l'Europe du Sud.
(^) Meyer 1. c. 165.
De nouvelles découvertes vinrent encore multiplier les difficultés du problème : ce n'était plus seulement la civilisation mycénienne que l'on rencontrait en dehors du lieu d'origine qui lui avait été attribué; la civilisation antérieure, la civilisation égéenne, se révélait tout à coup sur les points les plus opposés, en Egypte, en Italie, en Espagne. Pour expliquer cette apparition, il suffisait de reculer dans le temps les expéditions commerciales des Phéniciens. Dès une très haute antiquité, ces hardis navigateurs servent d'intermédiaires entre les habitants des côtes et des îles de la mer Egée et ceux de l'Italie. Les Egéens ne restent pas inactifs et ce sont eux qui visitent l'Espagne entre l'an 3000 et l'an 2000 avant notre ère.
L'existence de très anciennes relations des habitants de la Grèce avec l'Asie et même avec certains peuples de l'Europe est un fait qui est hors de doute. Déterminer les résultats réciproques de ces relations, rechercher ce que la Grèce emprunta à l'étranger, ce qu'elle lui donna en retour ne rentre pas dans notre tâche. Nous nous contenterons d'observer que ces relations ne furent pas aussi étroites ni aussi dépendantes du côté de la Grèce qu'on ne se l'imagine parfois sous l'influence de ce que M. S. Reinach a appelé le mirage oriental.
Personne ne contestera " d'une façon générale, l'influence de l'Egypte, de la Chaldée, de la Phénicie, sur la civilisation ancienne de la Grèce et l'Italie „ (*).
(\) S. Reinach Le mirage oriental L'Anthropologie IV 1893 539 et 699. '' D'une mimière générale l'influence de l'Egypte, de la Chaldée, de la Phénicie sur les civilisations anciennes de la Grèce et de l'Italie ne peut être révoquée en doute par aucun archéologue bien informé. Mais on doit essayer d'en préciser la nature et les dates, de mettre en lumière ce que le courant européen a fourni de matériaux, de formes et d'idées à une œuvre évidemment très complexe, qui doit être analysée avec patience et non jugée en bloc „.
D'autre part, de quel droit représente-t-on les Grecs de Mycènes, comme des barbares qui ont besoin de tout apprendre d'autres peuples? Qui saurait dire quel était le patrimoine commun des peuples aryens ('), ce que les Hellènes en apportèrent avec eux dans leur pays, ce qu'ils y ajoutèrent? Enfin, est-on bien sûr que l'Orient n'ait jamais rien reçu de l'Occident ? On peut trouver audacieuse " l'hypotlièse d'une civilisation néolithique primitive ayant rayonné en éventail de l'Europe du Nord „ : on ne saurait nier la possibilité et la réalité de réactions exercées par l'Occident sur l'Orient.
Si grande que l'on fasse la part de l'originalité dans la civilisation mycénienne, elle a reçu un appoint sérieux de l'Asie; d'un autre côté, elle offre des analogies avec la civilisation primitive de l'Europe : ces analogies s'expliquent ou par des emprunts faits à une source orientale commune, ou c'est Mycènes qui imite, ou c'est elle qui est imitée. De toutes façons, entre l'Asie et l'Europe et entre les différentes régions de celle ci, des relations ont existé à une époque très reculée.
J'arrive à la question qui nous intéresse surtout. Sous quelle forme ces relations s'exercent-elles? Par la voie de mer ou simplement par la voie de terre, de proche en proche, les idées et les formes artistiques passant de l'un à l'autre ?
Si elles prennent la voie de mer, par qui s'exercentelies, par les Phéniciens seuls, ou par eux et par les Egéens d'abord, puis par les Mycéniens ?
Chez tous les peuples qui n'ont pas dépassé l'état de nature, les migrations d'idées et d'objets artistiques
(') S. Reinach Casques mycéniens et illyriens Anthrop. 1896 270 affirme l'existence d'un capital artistique primitif. Cette civilisation était celle de l'Europe entière. Elle était la civilisation des peuples aryens, commune à tous.
suivent d'abord la voie de terre. Elles supposent non un commerce maritime, ni même un véritable commerce terrestre, mais seulement des échanges de voisin à voisin. Les produits d'une nation circulent ainsi cbez les autres peuples et parfois, franchissant de nombreuses étapes, arrivent bien loin de leur point de départ.
D'où proviennent ces haches de jade que Schliemann (*) a rencontrées à Hissarlik? Leur provenance la plus lointaine est le centre de l'Asie, dans les monts Kuen-Lun. La précieuse pierre a passé de main en main depuis son lieu d'origine jusqu'aux rives de l'Asie- Mineure.
Un autre exemple nous est fourni par ces petites idoles grossièrement modelées, qui représentent une femme dont les mains croisées sur la poitrine pressent les seins. C'est la déesse qui personnifie l'éternelle fécondité de la nature. " C'est en Ch aidée que ce type a dû prendre naissance, puis, de proche en proche, il s'est répandu chez les nations voisines. Il paraît être arrivé, par l'intermédiaire des populations syro-cappadociennes, jusqu'aux riverains de la mer Egée „ (^). Et faut-il rappeler les migrations mystérieuses de l'ambre et de l'étain ? (=)
Est-ce là le seul moyen par lequel, aux époques égéenne et mycénienne, l'Europe et l'Asie ont été mises en communication ?
Les premiers, les Phéniciens ont créé le commerce maritime et international. Ce petit peuple était admirablement placé pour accaparer tout le marché des pays que baigne la Méditerranée. Il avait derrière lui ou à côté, les grands empires de l'Orient, l'Assyrie, la Perse,
(') Schliemann Ilios 299.
(2) Perrot Hist. de l'Art VI 740.
(5) Infra, Livre I, Ch. II.
l'Egypte ; devant lui, la mer. Il prenait pied d'abord dans l'île de Cypre ; de là, une courte navigation conduisait à Rhodes où s'entrecroisaient les routes commerciales vers la mer Egée ('). De Rhodes, trois lignes se dirigent, par la mer Egée : l'une, le Ipng de la côte occidentale de l'Asie vers le Nord, l'autre à travers les Cyclades, vers le golfe Saronique et la baie d'Argos ; la troisième par la Crète et Oythère vers la côte Sud du Péloponèse et la mer Ionienne et la mer de Corinthe. Les Phéniciens prirent possession de ces lignes ; ils ne tardèrent pas à les prolonger et ainsi s'établirent en Afrique, en Sicile, en Sardaigne et poussèrent même jusqu'en Espagne.
Mais de quand date leur domination dans la mer Intérieure ? De quand datent leurs relations suivies avec la Grèce ? Comment, si le commerce international des Phéniciens est dans toute sa prospérité, dès l'époque mycénienne, comment retrouve-t-on à Mycènes, si peu d'objets que l'on puisse, d'une façon certaine (*), attribuer à l'art phénicien (^) ?
{^) 0. Noël Histoire du commerce du monde Paris 1891 T. I Temps anciens et moyen-âge.
(^) Images d'Astarté, etc. Helbig Hom. Epos- 33. Et de même pour l'Espagne : on n'y a découvert qu'un seul monument phénicien de la basse époque.
(^) S. Reinach Le Mirage oriental 729. Il y a eu un temps où, dans le premier acte de l'histoire grecque, les Phéniciens tenaient le rôle principal. On ne se contentait pas d'en faire de hardis navigateurs : on les appelait en Grèce même. Ils y fondaient des colonies. Corinthe était l'un de leurs premiers établissements. Depuis lors, ils ont considérablement déchu : on est généralement d'accord pour leur refuser des colonies. Même leurs relations commerciales avec la Grèce ont perdu de leur intensité. Meyer Gesch. d. Alt. II 174 retire l'opinion émise I 204 que la plupart des objets de métal trouvés dans le domaine
Ce n'est point un fait fortuit, si, chez Homère, les marchands Phéniciens sont plus rares dans les parties anciennes que dans les parties modernes des épopées : un certain intervalle de temps s'est écoulé depuis la
de la civilisation mycénienne et à Troie seraient phéniciens et que le style géométrique serait d'origine phénicienne.
Les Phéniciens ont de nouveau regagné du terrain depuis le mémoire de W. Helbig sur la question mycénienne Mém. Acad. Inscr. XXXV 1896 ; tous les produits de la civilisation mycénienne seraient phéniciens; les objets en métal et même les céramiques auraient été importés par le commerce phénicien. D'après M. Pottier, la céramique serait indigène, mais fabriquée d'après les modèles orientaux, Musée national du Louvre, Catalogue des vases en terre cuite Ire partie. Cf. du même auteur Rev. Et. Gr. VII 1894 117.
Je ne puis donner ici à l'examen de ces questions tous les développements qu'elles méritent : deux thèses sont en présence, la thèse " phénicienne „ de Helbig et la thèse " anti-phénicionne „ de Be^och. Les considérations sur lesquelles s'appuie cette dernière thèse me paraissent très fortes. Il me semble en outre que, pour rendre son argumentation tout à fait probante, M. Helbig devrait dater d'une façon certaine, les objets trouvés à Mycènes, qu'il attribue aux Phéniciens. Il est vrai, dans l'épopée, ce sont ces derniers qui apportent en Grèce les œuvres d'art les plus précieuses; il ne nous est pas démontré que les trésors artistiques de Mycènes [ne se sont pas formés, eti partie, dans les derniers temps de l'époque mycénienne.
L'hypothèse de M. Helbig peut rendre compte de certains faits, tels que l'extension des types mycéniens; mais elle manquera de base solide, tant que nous resterons dans l'ignorance des productions anciennes et de l'histoire de l'art phénicien. La thèse " antiphénicienne „ n'exclut d'ailleurs pas toute relation entre la Grèce et la Phénicie: c'est l'intensité du commerce, à ces époques reculées, qui est contestée. On pourrait admettre l'importation de bon nombre des objets mycéniens : encore le commerce qui les aurait apportés ne serait-il pBs nécessairement un " grand commerce maritime et international „, puisque cette importation se répartirait sur plusieurs siècles.
composition des premiers chants ('). Les Phéniciens, durant cet intervalle ont étendu leurs entreprises; dans les siècles contemporains des premiers essais de l'épopée, ils sont semblables à ces oiseaux de passage qui ne se montrent que de loin en loin, selon les hasards des saisons ou des années : plus tard, ils vont et viennent de l'Asie à l'Europe ; les Grecs se sont familiarisés avec eux, leur ouvrent leurs ports et s'habituent à recevoir de leurs mains les marchandises qui forment la cargaison des navires.
Si même, dès avant Homère, les Mycéniens ont été visités par les commerçants phéniciens, ils ne se sont pas laissé tenter par leur exemple. Ils n'étaient pas étrangers à la navigation (^). Mais à l'époque d'Homère encore, le Grrec contemple la mer avec terreur. Son imagination peuple les régions lointaines, de monstres redoutables. Lisez tout spécialement l'Odyssée : vous aurez cette impression que la mer est cruelle, que son immensité est peuplée d'épouvantes, que ses colères sont subites et irrésistibles. Le poète qui a conté les voyages d'Ulysse n'appartenait pas à une race habituée à la mer. Les peuples maritimes aiment l'Océan, même dans ses fureurs. Les Vikings d'autrefois se raillaient de ses
(') Beloch G. G. I 73. Le même Die Phoeniker im aegeischen Meer Rh. Mus. 48 1893. Voir encore sur l'apparition relativement tardive du commerce phénicien dans la Méditerranée, v. Duhn Gescli. Campaniens 142; cf. Helbig Hom. Epos"^ 21. D'après les découvertes archéologiques, relations commerciales actives entre la Phénicie et la Crète au 8e et au 7e siècle, F. Halbherr et P. Orsi Museo Italiano II 1888 689.
(") On a même remarqué que les Grecs se sont familiarisés avec la mer, à une époque antérieure à celle de leurs relations avec les Phéniciens. On en donne comme preuve que les termes de marine sont purement grecs, Schrader Handelsgeschichte und Warenkunde lena 1886 43.
emportements et de ses mystères. Sur leurs frêles embarcations, ballottées par les ilôts et les vents, ils luttaient des avirons et de la voile et, entraînés par les courants ignorés, ils s'en allaient hardiment à la découverte des nouveaux mondes.
Il faudra bien longtemps pour que le Grec acquière cette hardiesse, pour que la mer cesse de lui inspirer une certaine peur. Cette impression ne s'est pas dissipée à l'époque d'Hésiode (VU* siècle) (') ; le marin ne se risque pas en toute saison; l'on dirait un novice qui craint de perdre de vue la côte et qui, au moindre coup de vent, tremble pour sa vie.
Mais où sont, dans l'Iliade et dans l'Odyssée, le's commerçants grecs? Et cependant ces poèmes marquent le sommet de la civilisation mycénienne : faudrait-il admettre qu'en se développant, elle serait retournée en arrière, à la phase agricole (-) ? On l'a remarqué d'ailleurs, les plus anciennes cités de la Grèce sont bâties à une certaine distance de la mer (^). My cènes en est éloignée de 15 kilomèti es, Troie et Tirynthe en sont plus rapprochées, mais elles paraissent avoir été bâties plutôt pour dominer la plaine. S'il n'y a pas eu, chez les Égéens ni chez les Mycéniens, de commerce maritime, bien moins encore y a-t-il eu une véritable industrie. Certes les remparts de Mycènes ne sont pas l'œuvre grossière d'une peuplade de sauvages : ils attestent la connaissance de l'art des fortifications. A Tirynthe,
(') Œuvres et jours.
(*) C'est ce que ne craint pas de soutenir Sclmchhardt : les Achéens étaient un peuple de navigateurs et entretenaient des relations commerriales avec les îles de la mer Egée et les côtes d'Asie. Plus tard ils abandonnèrent le commerce avec ces régions aux Phéniciens, Schuchhardt Schliemann's Ausgrabungen.
(') Thucydide a déjà fait cette remarque I 7.
comme à Mycènes, des peintres, des ornemanistes, des sculpteurs ont travaillé à la construction des palais. Les vases sont l'œuvre d'artistes expérimentés : les objets d'or demandent des mains habiles et exercées.
De tous les produits de l'art mycénien, ce sont surtout, sinon uniquement, les vases qui se sont répandus en dehors de la Grèce. Admettons même qu'ils aient été tous fabriqués en Argolide, ce qui est douteux; ils ne peuvent fournir un aliment à un commerce considérable, ni susciter une industrie prospère. Ils supposent quelques artistes, créant les formes et les décors. Ils représentent des objets de prix, qui, tant qu'ils sont apportés de l'extérieur, ne sont encore acquis que par les princes et les nobles (').
L'érudition contemporaine se figure volontiers, dans une très haute antiquité, les mers traversées par des
(1) Ce que dit Sittl, vrai pour l'époque historique, l'est encore bien plus pour l'époque mycénienne. Sittl Kunstarch. 168 : Das Altertum kennt, wie das Mittelalter, nur Hausindustrie welche je nach den Leben-und Vermôgen Verhàltnisse eines Volkes vorwiegend von Sklaven oder Frauen, auch von dem Herrn des Hanses ausgeiibt wird und das professionsmàssige Handwerk, dagegen keinen eigentliclien Fabrikbetrieb ; dadurch ist die geisttôtende Massenherstellung nach einem Modell ausgeschlossen. Die ordinàre Arbeit Flechtwerk, Gewebe, grobe Tôpfervp'aaren und Holzarbeiten) verbleibt zum grossen Teile der Hausindustrie ; der strebsame Geworbetreibende grûbelt also nicht ùber Verbilligung und Beschleunigung seiner Arbeit nach, sondern bemûht sich nur um deren Verwollkomnung. Das antike Handwerk ist im grossen und ganzen Kunstgewerbe und Luxusindustrie. Jeder einzelne arbeitende bedeutet ausser der mechanischen Arbeitskraft auch eine Sumrae von erlerntem Kônnen und est ist kein Wunder dass die Wôrter « ts'/vtj » und « ars », Wissenschaft, Handwerke und Kûnste in dem Gedanken dass jegliche nicht maschinenmàssige Arbeit eine Kunst sei, eintrachtig umfaseen.-
navires chargés de marchandises : la mer était encore une vaste solitude dont les chemins n'étaient parcourus que par de rares explorateurs. Elle voit à côté du palais du roi, l'atelier, même l'usine, le travail industriel créant la richesse : les Grecs de Mycènes, comme ceux d'Homère, soldats et pillards, s'enrichissent par la guerre. Ils ont de vastes domaines, des troupeaux, des vignobles. L'épée (') et la charrue : voilà les deux instruments qui alors créent le capital.
Notre deuxième période (VHP, VII^ Vr siècles) voit naître et se développer le commerce et l'industrie. Cependant, ils ne marchent pas de front : le commerce devance l'industrie.
Comme on l'a vu, les Grecs ont commencé par habiter dans des villages ouverts : ceux-ci n'ont entre eux que des relations peu suivies. Il n'existe que l'unité assez relâchée de la peuplade. Cependant, par-ci par-là, certains villages sont montés au rang de villes et de capitales d'états. L'unité d'un gouvernement régulier, se faisant sentir sur tous les points d'un canton et fondant tous les habitants en un même état, devient de plus en plus solide. Dans certains cantons, particulièrement au Nord de la Grèce, cette transformation ne s'accomplit pas et jusque bien tard^ ils ne connaissent que les groupements de villages {-). Ailleurs, à Corinthe, à Athènes, à Mégare, etc., elle est achevée ou en voie de s'achever au YIIP siècle. L'unification du pays
(') Cf. les vers du Cretois Hybrias Ath. XV 695 F. "Ejti ixo- TrXo'jTOs (JLsya;; oo'pu xat ^'.z>o^ | xal -zo xaXov Xa'j£Ïov, rrpo'jSÀTjaa
(-) Kulm Die Entstehung der Stàdte der Alteu.
s'opère sous la direction du gouvernement central et l'indépendance première des bourgades s'efface peu à peu.
A ce premier fait s'en rattache immédiatement un autre, car il reçoit de celui-là son caractère.
Depuis qu'il s'est manifesté, c'est-à-dire depuis plusieurs siècles déjà, le mouvement colonisateur ne sembl-e pas s'être un instant ralenti. Mais le théâtre sur lequel il se produit, s'est bien élargi. Dans l'0d3^ssée, l'horizon géographique est déjà plus étendu que dans l'Iliade. Elle connaît d'une façon plus précise l'Italie, l'Egypte. Les Grecs se familiarisent avec ces régions éloignées et peu à peu les débarrassent des monstres dont l'Odyssée les peuplait encore et c'est vers l'Italie que tout d'abord se dirige l'émigration. Celle-ci a pris un nouveau caractère. Aux siècles antérieurs, elle est livrée au hasard : ce sont des bandes qui s'en vont au-delà des mers et se répandent en désordre. A pr&sent l'émigration est mieux disciplinée et mieux dirigée : c'est qu'elle part d'états plus fortement organisés et qu'ici comme ailleurs, l'autorité substitue des plans raisonnes aux entreprises aventureuses des individus. Toutefois ce changement ne s'accomplit pas du premier coup : ainsi la colonisation achéenne et la colonisation locrienne en Italie ressemblent encore aux anciens exodes qui ont peuplé l'Asie Mineure. Il n'est pas inutile de nommer les états de la Grèce propre qui, au VHP et au VIP siècle, prirent une part prépondérante à la colonisation de l'Italie et de la Sicile; ce furent Chalcis (fonda Naxos, Cumes avec Ere trie) (*), Oorinthe (fonda Corcyre, Syracuse). Athènes à qui l'on attribue un si grand rôle dans
(^) Ces fondations de Chalcis, d'Érétrie et de Corinthe ne sont citées qu'à titre d'exemples. On trouvera plus de détails dans Busolt G. G. V, Beloch G. G. I.
la première colonisation s'abstient : les villes que je viens de citer l'ont dépassée au point de vue de la richesse et de la puissance.
Bientôt, le mouvement se dirige vers les côtes de la Thrace et ici encore Chalcis et sa voisine Érétrie tiennent la tête.
Au VIP siècle (^), les Grecs tentent la colonisation des côtes de la Mer Noire et cette fois, c'est Milet qui joue le rôle principal. Elle établit dans le Pont 90 villes. La côte européenne , comme la côte asiatique , se couvrent de cités grecques. Mégare mérite aussi une mention pour la fondation de Mégara Hyblaea en Sicile et pour celle de Byzance et de Chalcédoine.
Au milieu du VIP siècle^l'Égypte s'ouvre aux Grecs et ils y fondent d'importants établissements.
Tout à la fin du VIP siècle, de nouvelles régions sont découvertes. Hérodote raconte qu'un vaisseau samien allant en Egypte fut saisi par la tempête et jeté en Espagne, à Tartessos, le ricbe pays de l'argent (^).
Vers la même époque (vers 600), Phocée fondait Alalia, dans l'île de Corse, et Marseille. Marseille ellemême envoyait comme autant d'essaims peupler Emporiae vers la côte d'Espagne, Nice, Antipolis, etc. sur la côte de Ligurie.
Enfin sur la côte de la Lybie, s'élevait Cyrène. Les Grecs prenaient pied en Afrique.
Au VP siècle, un arrêt se produit. La Grèce se heurte à des puissances rivales. La principale est Carthage. Les Grecs rencontrent les Phéniciens en Afrique d'abord.
(') Les dates de fondation des colonies sont, on le comprend, fort incertaines. Cf. Pauly-Wissowa : Apoikia.
(*) Hérod. IV 152. Hérodote remarque que ce marché était encore intact, n'avait pas encore été visité, x6 oè £[jL7ropiov touxo ■^v àxTQpaxov TouTov xov '^po'vov. Il était tout au moins encore ignoré des Grecs.
puis en Sicile, enfin en Espagne. En Sicile, les deux nations se tiennent en échec. En Espagne, les Phéniciens acquièrent un monopole. Ils s'en constituent un pour le commerce avec l'Atlantique : les navires étrangers sont exclus des eaux carthaginoises ('j.
Les G-recs eurent aussi à compter avec un peuple, alors dans tout son éclat, avec les Etrusques : ils les trouvèrent en Campanie. Ils les rencontrèrent sur mer et la bataille d'Alalia (vers 535) livrée contre les flottes réunies des Carthagin is et des Etrusques, détermina l'abandon de la Corse par les Phocéens et l'arrêt de la colonisation dans ces régions.
Je ne crois pas que ce soit la seule cause : il y en a une autre dans les changements qui s'opéraient alors dans le régime économique de beaucoup de cités grecques. La coutume ancienne, qui faisait de la terre un patrimoine inaliénable et indivisible, s'en allait. Autrefois l'aîné seul avait eu l'administration (-) du lot de terre, du kléros ; le plus souvent il ne suffisait pas à l'entretien de la famille entière et les cadets, plutôt que de rester à la charge de l'aîné et de vivre avec lui et les siens dans la misère, émigraient; ou bien si ce n'était pas la misère qui les chassait de chez eux, fatigués d'être dans la dépendance d'autrui, ils partaient pour la conquête de la fortune et de la liberté. Au VI® siècle, dans beaucoup d'états, ces vieilles coutumes se dissolvaient et d'ailleurs les cités, enrichies par le développement relativement considérable du commerce et même de l'industrie, subvenaient plus aisément aux besoins d'une population plus nombreuse.
L'empire que la Grèce avait conquis restait immense et jamais peuple de l'antiquité ne fut mieux placé pour
(1) Strab. XVII 1, 19.
(*) Peut-être même, la propriété. Cf. Swoboda Kolonisation (griechische) Handwort. der Staatsw. Suppl. J897.
le commerce et pour l'industrie. Cet empire ne formait qu'une frange, une bordure tout autour des mers ('). Les Grecs étaient semblables à des grenouilles au bord d'une mare (^). ^
Derrière cette bordure, il y avait des peuples industrieux et riches, comme l'Egypte ou les empires de l'Asie; ailleurs, des peuples barbares encore, simples dans leur vie, mais nombreux, comme les Gaulois et les Italiens. La Grèce pouvait acquérir chez tous ces peuples une vaste clientèle.
Les cités grecques elles-mêmes offraient un marché des plus étendus et de besoins fort variés. La Sicile et l'Italie avaient leur blé ; la Grèce d'Europe et les îles (Athènes, Chio, Rhodes, etc.) avaient le vin ; les villes de la Crimée, le blé encore ; ailleurs, comme en Thrace, le bois; dans le Pont, le poisson, le cuir, les métaux; en Asie (Milet), en Europe (Mégare, Athènes), la laine.
Quand se place le changement que nous venons de constater, quand apparaît le commerce en tant que facteur social, à côté ou en dessous de l'agriculture?
On peut fixer comme date le VHP siècle, mais surtout le VIP siècle {').
(^) Cic. de Rep. II 4. Ita ut barbarorum agris quasi adtexta qusedam videretur ora esse Grœcise.
(^) Plat. Phed. 109 B.
(^) Beaucoup d'auteurs, par exemple Millier Privatalt. 476 et Grote Hist. of Greece III Chap. XXI introduisent ici et même au siècle précédent, un événement qui, s'il était certain, serait considérable. La Grèce, disent-ils, s'affranchit alors des Phéniciens et de leur monopole commercial, bien plus, elle institue contre ses anciens fournisseurs une concurrence victorieuse. Sans doute au VII© siècle, le commerce grec est né, il va grandir, mais il n'a pas chassé les navires phéniciens des ports grecs, qu'ils ne visitent d'ailleurs d'une façon régulière et suivie que depuis le siècle précédent. J. Beioch article cité Rh. Mus.
Le VIP siècle est le siècle de rapparifcion de la monnaie en Grèce. Aristote (') en a admirablement décrit la fonction : les hommes débutent par des échanges en nature; mais le cercle des échanges s'élargit et pour assurer, malgré l'éloignement, la circulation des produits dont les uns ont besoin, dont les autres possèdent un surplus, on emploie tout d'abord une matière comme le fer ou l'argent. Cette matière utile par elle-même était aisément maniable ; on la pesait et on la mesurait. Plus tard on y frappa une empreinte qui en indiqua la valeur. Et la conséquence fut le commerce de détail, excessivement simple dans l'origine, mais qui, perfectionné bientôt par l'expérience, révéla, dans la circulation des objets, les sources et les moyens de profits considérables o.
Aristote n'exagère pas la portée du fait qu'il signale : monnaie et commerce sont deux phénomènes concomitants. De plus sous cette nouvelle forme, la richesse devient plus mobile ; une plus vaste carrière est ouverte à la spéculation ; la monnaie facilite l'enrichissement des uns, la ruine des autres. Enfin, sous cette forme maniable, la richesse est plus tentante : elle sollicite davantage l'avidité, elle excite la cupidité. L'or et l'argent fournissent à l'avarice des joies inconnues et des moyens de les satisfaire. Tels sont les crimes que Platon et Aristote lui reprochent. A leurs yeux, ils ne compensent pas ses bienfaits. Tout n'est pas imaginaire dans ces accusations (^). Pour le moment, il suffit de marquer la grande date que fut, dans l'histoire économique et sociale, l'introduction de la monnaie.
(1) Polit. I 1257 a 30, trad. B. Saint-Hilaire.
(^) Cunningham Western civilization in its économie aspects Cambridge 1898 81 : les effets de l'invention de la monnaie y soDt heureusement décrits.
(5) Cf. infra, Livre IV, Ch. II.
Les premières monnaies officielles furent frappées en Lydie, sous Gygès, dans le premier tiers du VIP siècle. Cet exemple fut imité par les cités ioniennes, Milet, Samos, etc. Enfin, un peu avant le commencement du VI* siècle, Egine adopta la monnaie, puis Chalcis et Érétrie, plus tard Corinthe et enfin, au début du VI® siècle, Athènes.
Cette histoire de la monnaie est l'histoire même du développement économique des cités grecques d'Europe : elle marque le rang et l'importance de chacune dans l'ordre même où elles viennent d'être nommées.
Le Vil" siècle n'est pas seulement le siècle de la monnaie, il est aussi celui des inventions industrielles et d'abord la soudure du fer; jusque là, l'ouvrier, fabriquant une cuirasse ou un bouclier, forgeait chaque pièce à part et formait un ensemble à l'aide de rivets et de crampons. C'est ainsi que s'y prend Héphaïstos pour le bouclier d'Achille dans l'Iliade ('). Glaucos de Chios, au dire d'Hérodote (-) trouva le moyen de souder le fer. Peu après, deux Samiens, contemporains de Crésus, Hhoecos et Théodore découvrirent la fonte et le coulage du bronze (^). La céramique fait de son côté de notables progrès (*). Au VHP et au VII*^ siècle, les types commencent à se diversifier et à se perfectionner.
Il faut noter la création des premières flottes de guerre : elles attestent de grands progrès dans la construction des navires (^;. Elles assurent aussi la liberté des mers
(5) Paus. VIII 148.
(*) Pour plus de détails sur l'industrie de la céramique. Livre I, Ch. II.
(^) Thuc. I 13 : Corinthe est la première ville d'Europe qui construit des trières ; Ameinocles de Corinthe construit pour Samos quatre trières à la fin du VP siècle. Hérodote 1 163 reven-
— Blet du commerce contre la piraterie. Egine, Corintlie, Corcyre sont, en Grèce d'Europe, les trois premières grandes puissances maritimes. Dans la guerre contre Égine, en 488, Athènes est obligée de prendre en location, chez les Corinthiens, 20 navires.
Depuis l'époque d'Homère, la situation économique s'est donc modifiée. Il ne faut pas s'exagérer le changement. D'abord, il n'est pas général : une grande partie des cités grecques ne sont jamais sorties d'un régime presque exclusivement agricole. Ensuite, là où il s'est produit, il n'est pas aussi profond qu'on pourrait le croire.
Je n'en veux d'autre preuve pour le moment que la lenteur avec laquelle l'usage de la monnaie se répand. Ainsi à Athènes, les lois de Dracon indiquaient encore les peines en nature et c'est, en nature encore et non en argent, que Solon évalue les fortunes.
Les villes où un changement économique notable s'est produit ont été énumérées tout à l'heure. Dans la Grèce d'Europe, Egine. Etablis sur un rocher stérile, les Eginètes furent obligés de demander à la mer de quoi vivre ('). Leur monnaie se répand dans le Péloponèse
dique pour Phocée l'honneur d'avoir, la première, construit de longs navires. Pernice Ûber die Schiffsbilder auf den Dipylonvasen MAI XVII 304. Les plus anciennes représentations de vaisseaux grecs, sur les vases du Dipylon. Kroker Jahrb. arch. Instit. I, signale l'influence exercée sur les artistes par les modèles de l'art égyptien. Helbig Les vases du Dipylon et les naucrariesMém. Acad. Inscr. 36 Ire p. — Assmann : « Ailes spricht dafiir dass die Dipylonschiffe den geltirchteten phoenikischen Seeraiibern homerischer Zeit angehôrt haben », Woch. fur klass. Philol. 1895 701.
(') Arist. Polit. VI 1291b 24 £jj.7ropix6<; Se èv Alyw-^ xat Xttf».
Hésiod. Cata]. fr. 96 Kinkel ol 8' r^zoï irptoxot Çeû^av vsa^ àjjLcpisXiaaai; J TipÛTOi ô' la^îa Qivxo vswt; Ttxépa. TroVTOTiopoio.
Hés. V. AlYiva"ta, xà pwTi'.xà cpopxia xai ol TrtTrpaaxovxsi; auxà atyivoTiiôXat IXévovTo. Blûmner Gewerbl. Thàtigkeit 89.
et ailleurs, preuve de leurs relations commerciales étendues. Ils s'adonnent aussi à l'industrie, surtout à la fabrication des objets en métal et des poteries, d'où le surnom de l'île : yjj-zooizCjiXi^ « marchande de marmites ».
Pour exercer ces industries avec quelque activité, Egine se trouvait dans des conditions fort défavorables, car elle n'avait chez elle ni terre à poterie, ni cuivre, ni fer. Aussi vivait-elle surtout de trafic et de transport. C'est ce que dit clairement Ephore (').
Plus tard, Egine eut grandement à souffrir du voisinage de Corinthe et d'Athènes (^). Malgré tous les revers, elle garda une certaine vitalité, grâce à sa favorable position géographique.
En Eubée, Chalcis et Ere trie. La forme la plus ancienne de gouvernement que nous connaissions à Chalcis semble indiquer un régime agricole. Le pouvoir est aux mains des riches, « les gras », comme dit énergiquement Hérodote ('') et ces riches s'appellent les Hippobotes, « ceux qui élèvent des chevaux » ; cependant le système monétaire, créé par cette ville et qui était distinct de celui d'Égine, révèle une certaine activité commerciale et
(') Strab. VIII 6,16 : sfXTroptov yàp yîVÉaôai, ôtà ttjv X'JTrpoTTjTot 'zr^^ ^topa; Twv àvôpcoTTcov ôaXaTTO'jpyo'jV'riov £[x7roptxw<;, ào o\j tôv pÛTrov Aly-votav £{X7îoÀriv AsysaSai. Busolt G. G. P 450, si enclin à voir partout de grandes villes industrielles, remarque que les Eginètes ne fondèrent pas de colonies et se contentèrent d'établir des factoreries: Die ^Egineten beschrânkten sichdarum wesentlich auf Warenhandel, und Transportgeschàft und begnûgten sich mit Handelsfaktoreien.
(*) Au Vile siècle, guerre d'Egine et de Samos, Hérod. III 59. AuVe, guerre contre Athènes soutenue par Corinthe, Hérod. VI 89. Nouvelle guerre d'Athènes contre Egine, soutenue cette fois par Corinthe, pendant les 50 ans. Wilisch Gesch. Korinths von den Persernkriegen bis zum 30^ Kriege Zittau 1896, Progr. 36.
(5) Hérod. V 77.
industrielle. Ce système était commun à Chalcis et à Érétrie ; il remontait donc à une époque où les deux villes étaient étroitement unies. Elles se brouillèrent au sujet de la possession de la plaine de Lélante. Il éclata une guerre ('), à laquelle prirent part d'autres cités grecques et qui aboutit à la défaite d'Erétrie. Les détails que les anciens nous ont transmis ne mentionnent aucune bataille navale : ce sont deux armées qui combattent avec la lance et l'épée, car un traité formel exclut les armes de jet (-). Enfin ce qui achève de marquer le peu d'importance de .l'industrie de ces villes, c'est que leurs colonies de la Thrace sont purement agricoles (^). Chalcis a dû sa grande réputation industrielle à l'heureuse fortune qui l'avait placée tout près des mines de TEubée ('). Il paraît même que, dans certains filons, on rencontrait à la fois le cuivre et le fer. On le sait, les mines de cuivre étaient rares en G-rèce. Chalcis possédait donc un avantage tout à fait exceptionnel et une activité industrielle, même assez médiocre, comme elle l'était probablement, devait être hautement appréciée par les autres Grecs et bientôt exagérée.
(') Mandes s'est occupé de cette guerre dans Griecliische Studien H.Lipsius dargebracht Leipzig 1894. La conclusion est que le lait même de la guerre est historique, mais que déjà dans l'antiquité, les circonstances n'en étaient pas connues avec certitude. (Cité d'après Bauer Die Forschungen zur Griechischen Geschichte Munich 1899 481.)
(*) Strab. X 1, 12.
(^) Voir la description do Chalcis dans [Dicéarche] Mûller Geogr. minores I 105 : L'emporion reçoit de nombreux commerçants; le pays produit beaucoup d'huile, mais la mer aussi est « bonne », àyaÔTj oè /.al Tj ôocXaTsa : l'agriculture, le commerce; rien de l'industrie.
(') Bliimner 87. Sur l'industrie de Chalcis, cf. infra, ch. II et IV.
Chalcis ne tarda pas à se heurter à sa toute-puissante voisine, Athènes. Elle fut réduite au rang de colonie par rétablissement sur son sol de 4000 clérouques' athéniens (') et dès ce moment^ elle n'eut plus qu'à déchoir.
Corinthe prend rang un peu plus tard.
En Asie, je trouve à citer Milet. On raconte une histoire assez confuse, dont il serait possible de tirer quelque indication sur le caractère économique de cette ville. Après la mort de Thrasybule (fin du Vil", commencement du VP siècle), les riches et les pauvres étaient en guerre. Ils finirent par prendre, comme arbitres, les Pariens. Les arbitres parcoururent le territoire et prirent note des cultivateurs dont les champs étaient dans le meilleur état et décidèrent qu'il y avait lieu de leur remettre le gouvernement, car ils seraient aussi capables d'administrer les affaires publiques que les leurs (^).
Cependant les nombreuses colonies fondées par elle, montrent qu'elle ne resta pas étrangère au commerce. Au V** siècle, elle était la première ville de l'Ionie ; elle reçut un coup terrible dans les événements qui précèdent les guerres médiques.
Après Milet, on pourrait encore citer Phocée (^) ; mais l'histoire de cette ville est mal connue et à l'époque dont nous nous occupons, son activité commerciale ne se révèle que par la fondation de ses colonies et aussi par l'extension de son système monétaire (^).
(1) Hérod. V 77.
(2) Holm Gr. Gesch. I 323, 356.
(5) D'après Hérodote I 63, les Phocéens naviguèrent les premiers vers l'Etrurie, dans la mer Adriatique et jusqu'en Espagne.
(*) Il ne faut pas exagérer la valeur de cet indice. Dans quelques siècles, Dieu sait quels systèmes l'on échafaudera,
Enfin Chio (') et Samos(-). Eemarquez cependant pour cette dernière ville le caractère des révolutions qui l'agitent vers la fin du V° siècle (') : en 412, les riches semblent être de grands propriétaires fonciers, leur nom l'indique, les gamores ; les démocrates en tuent deux cents, en bannissent quatre cents et se partagent leurs terres et leurs maisons.
Plusieurs de ces villes étaient destinées à devenir les intermédiaires des relations commerciales entre l'Orient et l'Occident : la grande route de l'Asie centrale aboutit à Smyroe ou à Éphèse ('). Cette dernière ville surtout devait profiter de son heureuse situation, spécialement
quand on constatera qu'en Abyssinie avaient cours au XIXe siècle les thalers de Marie-Thérèse, Industrie de Phocée : céramique, construction des navires, Blûmner Gew. Thàtigk. 37.
(') Hérod. I 165 : Chio reluse de vendre aux Phocéens les îles Oenussae, dans la crainte qu'ils n'y fondent des établissements commerciaux qui nuiraient à son propre commerce [xr, a'. ;j.iv Èarov.ov ^^hi^y^-y.'. y; oi aÙTtov vr^jo; à-oy.ÀT/'.^fJr, to-JTO-j eIvsxsv. En suite de ce refus, les Phocéens se tournent vers la Corse.
Fustel de Coulanges Mémoire sur l'île de Chio Questions historiques Paris 1893 Ch. IV. Commerce de Chio dans l'antiquité. Les objets en sont : le vin, les figues, le mastic. L'industrie consiste dans la fabrication de l'amidon, des poteries, lits de luxe, coupes ciselées. Les Chiotes font aussi le négoce avec les produits d'autres peuples : le blé, etc.
" Byzance et Tarente sont peuplées de pêcheurs, Athènes de matelots, Ténédos de pilotes, Chio et Égine de négociants. „ Arist. Polit. IV 1291 b 25.
(*) Surtout à l'époque de Polycrate.
(3) Thuc. VIII 2, 1.
(*) Strab. XIV 2, 29 dit qu'Ép'.èse est le point de départ de la route vers l'Asie.
" La grande route de l'Asie centrale a de tout temps abouti en face de Chio, soit à Éphèse, soit à Smyrne. C'était, dit Hérodote, une route sûre, fréquentée, garnie d'hôtelleries à
à partir du commencement du IV^ siècle ('), et elle sut en garder les avantages jusque bien tard dans l'histoire. En Italie (-), au VI'' siècle et même après, la grande majorité des villes est avant tout agricole. Un exemple frappant est Syracuse qui n'arrive jamais à être une place industrielle de quelque notoriété. Au commencement du Vr^ siècle, le gouvernement était encore aux mains des grands propriétaires fonciers, gamores, qui faisaient cultiver leurs terres par des serfs semblables ^ux hilotes de Sparte (').
î Agrigente prend une certaine importance commer- *^ ciale : elle exporte l'huile et le vin en Afrique ('). Syracuse se livre surtout au commerce du blé. Au Y** siècle, ces deux villes sont les premières de Sicile.
Sur le continent, Crotone et Tarente possèdent seules un port convenable. Crotone reste une cité agricole (^). A l'époque d'Aristote (^), la majeure partie des habitants de Tarente vivaient de la pêche. Cependant Polybe (^)
chaque station. „ " Tous ceux qui voyagent en Orient, dit Strabon. suivent la route qui part d'Éphèse et qui, traversant la Phrygie, la Cappadoce, la Sophène, se prolonge en ligne droite jusqu'à l'Inde. „ Fustel de Coulanges Questions historiques Paris j 893 260. — Blumner Gew. Thàtigk. 37 cite comme produits de l'industrie d'Ephèse, les parfums et les objets en argent ( Act. apostol. 19, 24).
. (*) Beloch Die Bevôlkerung derantikenWelt Leipzig 1886 230.
(■*) Quelques détails sur le commerce de la Grèce avec l'Italie dans Droysen Athen und der Westen vor der sicilischen Expédition Berlin 1882.
f ) Hérod. VII 155. Cf. Beloch Gr. Gesch. I 419. ' (*) Diod.XIIISl.
: (5) BusoltG. G.IM02.
. («) Polit. IV 1291b 25.
■ (') Cf. Busolt G. G. I- 410. Plus tard la concurrence deBrindisi lui fut dommageable.
vante l'activité de leur commerce avec les cités grecques et les indigènes de l'Italie. Aucune ville de leur voisinage ne pouvait lutter avec eux; mais ce commerce portait ou sur les produits de leur agriculture, le vin, l'huile, la laine, ou sur les produits étrangers dont ils faisaient le transit. En fait d'industrie, on ne peut citer chez eux que le tissage et la teinturerie ('). Pline (0 parle aussi de la fabrication d'objets de métal ; cette fabrication était peu active.
Malgré l'absence d'un bon port, Cumes a fait pénétrer dans le Latium et en Campanie, son blé et même les produits de la céramique grecque (").
Sybaris, dont(^)on a voulu faire une cité industrielle, tire sa richesse de son sol et de ses vignobles; comme le dit Timée, elle n'avait pas de port p); cependant elle vendait à l'étranger une partie de son vin et, sans aucun doute, aussi de son blé (^•). Elle achetait, en Etrurie et en lonie, tout ce qui pouvait contribuer au luxe et à la mollesse de ses habitants. Spécialement, elle se procurait à Milet^ la laine dont on fabriquait les vêtements.
Enfin on pourrait citer Marseille et Cyrène, si heureusement situées au point de vue commercial, mais nous sommes mal informés en ce qui les regarde. Cyrène (')
{') Loreiitz De civitate veterum Tarentinorum Leipzig 1833 chap. II r,
r-j H. N. 34, 6. Infra, Livre I, Ch. III.
(5) Duhn Gesch. Carapaniens 145.
(V) Grote Hist. of Greece III, Ch. XXII (éd. américaine). (^) Timée F H G I 205.
(6) Diod. XI 90, 3: XII 9, 2 : v£;xo;j.£vo, tto/ÀV' x^'^ xocpTto'^opov yiopav |j.£YaXojs sxTTjcravTO rXo j-rouç,
{') Gottschick Gesch. der Grtindung und Blute des helleiiischeii Staates iii Kyrenaika Leipzig 1858.
exportait la plante connue sous le nom de silphion. Ses chevaux, ses moutons étaient célèbres ; on vantait la fertilité de son sol, le blé, l'huile et le vin qu'il produisait. Derrière la Cyrénaïque et à côté, se trouvaient les peuplades indigènes de l'Afrique, une clientèle qui n'était pas à dédaigner. Nous ignorons dans quelle mesure les Grecs profitèrent de ce voisinage. Les seuls produits industriels de Cyrène que nous connaissions sont les vases; ils figurent parmi les œuvres les plus originales des céramistes grecs.
Marseille était à l'embouchure d'un grand fleuve, par lequel ses commerçants pouvaient pénétrer jusqu'au centre de la Gaule. Cette circonstance avait décidé les Phocéens à s'établir en cet endroit ('). Ici encore tout moyen d'apprécier la prospérité et l'étendue des relations commerciales de Marseille font défaut.
Dans toutes les villes qui viennent d'être citées ou du moins dans la plupart, l'agriculture est encore la source principale de la prospérité matérielle. En très grande partie, le commerce a pour objet ses produits. L'industrie est à peine visible.
Les yi% V" et IV* siècles forment la période de l'histoire grecque qui nous est le mieux connue : elle occupe donc dans toutes les parties de ce livre la place la plus
(*) Strab. IV 1, 4. On trouvera quelques indications dans une thèse récente : P. Masson De Massiliensium negotiationibus Paris 1896. D'après cet auteur, la grande prospérité de Marseille commence seulemant vers l'an CC. Ce qu'il dit du commerce avant cette époque ne donne pas l'idée d'une activité quelque peu considérable. Il semble même que le célèbre voyage du Marseillais Pythéas cà la recherclie du pays de l'étain et de l'ambre n'apporta pas grand proUt à ses compatriotes (p. 18).
considérable. Je pourrai être bref en cet endroit et caractériser la période en peu de mots. C'est, dirai-je, la période athénienne.
Jusqu'à présent, Athènes a été dans l'ombre : Egine, Chalcis, Erétrie ont d'abord été au premier rang; puis est venue Corinthe. Celle-ci se maintient; mais elle trouve une rivale en Athènes. Égine, Chalcis, Érétrie reculent.
Au IV° siècle, Isocrate(') compte quatre grandes villes en Europe : Argos (-), Thèbes, Corinthe, Athènes. Il parle de la population; mais Corinthe et Athènes possèdent seules une réelle importance commerciale et industrielle. Les circonstances qui ont favorisé Athènes à ce point de vue sont les mêmes que celles qui lui ont donné un empire colonial. Sa prospérité repose sur la ligue de Délos.
Cette remarque est importante : l'empire colonial d'Athènes est un domaine qu'elle exploite à son profit. Elle noue avec ses alliés d'étroites relations et obtient d'eux un régime de faveur ou parfois un monopole ; mais les exemples en sont rares. La grande source de la richesse, pour elle, ce sont les taxes qu'elle lève, les contributions qu'elle exige. Chaque année, il entre ainsi dans les caisses publiques, tantôt 400 talents, tantôt la somme énorme de 1200 talents (''). Le trésor athénien regorge d'argent et se déverse dans la poche des particuliers, sous forme de soldes, de salaires ou autrement. Chaque année, des capitaux considérables tombent, comme une manne, sur les Athéniens. Aussi du jour où cette pluie bienfaisante cesse, la fortune publique et
(1) Paneg. 64.
(^) Lysias 34, 7 : Argos aussi peuplée qu'Athènes. (5) Pedroli I tributi degli alleati d'Atene Studi di storia antica I 1891.
privée se dessèche, comme une plante sur un sol stérile, quand on ne l'arrose plus. Elle ne meurt pas du premier coup; elle vit encore longtemps, puis végète, enfin se flétrit définitivement.
Les embarras des finances publiques se révèlent les premiers : la ruine des particuliers suit celle de l'État. -Athènes, quand elle a perdu ses alliés, est comme un parvenu obligé de diminuer son train de maison. Pour commencer, il vit de son reste et quand celui-ci a disparu à son tour, il n'y a plus que la misère sans issue.
La cité se releva des désastres de la guerre du Péloponèse et durant la plus grande partie du IV" siècle, elle parut supérieure à tous les coups de la mauvaise fortune. On peut même soutenir qu'au point de vue matériel, le IV" siècle dépassa le V^ Le commerce et l'industrie prirent plus d'extension. Le prix de la main d'oeuvre s'éleva. Le mouvement des affaires et la circulation monétaire devinrent plus actifs. Les faiblesses d'Athènes ne se révélèrent qu'à l'époque macédonienne. Le grand édifice de sa richesse et de sa puissance se désagrégea au cours du IIP siècle.
Vers 370, Xénophon (') écrivait que la plupart des Athéniens vivaient de la mer : cent ans après, la décadence avait pris son cours d'une façon qui devait être irrésistible (^).
La situation de Corinthe semble tout autre. Cette ville ne tombe que bien tard dans la décadence : encore faut-il pour l'y jeter des circonstances exceptionnelles. Ses habitants se sont sans doute, plus que les Athéniens, habitués à compter sur eux-mêmes et ils ont assis leur fortune sur le travail personnel.
(1) Hellen. VII 1, 4. Cf. Isocr. de antid. 208. (^j F. Blass Dio socialen Zustànde Atheiis im IV Jahrhundert V. Chr. Kiel 1885.
Ces villes ne sont pas les seules dont la situation économique apparaît comme florissante : Corcyre se soutient jusqu'aux guerres du Péloponèse. Elle en subit les tristes effets, aggravés encore par de violentes dissensions.
La prospérité des villes que j'ai citées tout à l'heure, Milet, Chio, etc. continue. Quelques autres arrivent à une fortune nouvelle, comme Byzance.
Dans d'autres régions, où pendant longtemps s'est maintenue une organisation exclusivement agricole^ la richesse mobilière commence à s'accroître et tout d'abord elle est meurtrière pour les classes inférieures ; car, sans commerce ni industrie qui puisse assurer sa circulation, concentrée sur quelques points, elle continue à tout attirer à elle et à édifier la fortune de quelques-uns sur la misère du plus grand nombre. Athènes, plusieurs siècles auparavant, avait eu à franchir ce dur passage : elle avait subi les crises économiques, qui, maintenant, se répétaient ou S3 préparaient en Laconie,. en Étolie et ailleurs. Athènes en était sortie : ces régions ne goûtèrent que les amertumes de la transformation économique qui s'opérait ; elles n'eurent pas le temps de jouir de ses avantages (').
L'histoire de cette dernière période, si confuse à certains égards, se présente très simple, quand on l'envisage au point de vue économique.
Elle se divise en deux époques : l'époque macédonienne et hellénistique qui comprend la moitié du IV" siècle et le IIP siècle; l'époque romaine qui comprend le IP et le I"" siècle.
Dans la première époque, un fait surgit tout d'abord
(') Cf. infra, L. IV, Ch. Les premières crises.
devant nous : le déplacement vers l'Asie de la puissance politique et de la prospérité matérielle. En Europe, les anciennes cités qui ont commandé à la Grèce déclinent : de nouveaux peuples apparaissent sur la scène.
C'est bien un des épisodes les plus merveilleux et les plus grandioses de l'histoire, que cette course d'Alexandre à travers l'Asie, par les régions les plus ignorées. Rien ne peut l'arrêter, ni les distances, ni les accidents du sol, ni le nombre, ni la nouveauté des ennemis à combattre; sur son passage, il renverse les vieilles monarchies, disperse les armées immenses et jusque dans les déserts , va chercher les peuples indomptés du steppe. Ses exploits sont ceux d'un soldat heureux et hardi, en qui ses compagnons ont foi, et qui, avec lui, sont prêts à passer par les flammes.
Alexandre n'est pas un Attila, l'un de ces fléaux de Dieu envoyés pour épouvanter et pour punir le monde. Il est bien plus que cela : grand général et grand homme politique, il est de la race d'où sortent de loin en loin les César et les Napoléon.
Bien plus étonnantes que ses victoires sont les mesures d'organisation qu'il adopte pour son vaste et récent empire. Il pense et agit en Grec : chez lui, c'est la cité qui est la base du régime politique et administratif. Le plat pays, comme on disait autrefois, dépend de la ville : celle-ci, siège d'un gouvernement indépendant sous le contrôle du pouvoir central, fait rayonner son action tout autour d'elle. Etre maître des villes, c'est l'être aussi des campagnes. En homme que rien n'arrête, Alexandre sème partout des villes sur la route qu'il parcourt. Elles surgissent sur son ordre, comme par enchantement. Il ordonne aux nomades d'abandonner la tente et de se flxer sur le point qu'il leur a indiqué : ils obéissent. Ailleurs il décrète qu'une bourgade deviendra ville : son ordre est exécuté ('}.
(1) Arrien Ind. 40.
La population de ces centres qu'il crée, il la compose des habitants mêmes du pays, d'étrangers qu'il y appelle et enfin de mercenaires ou de soldats invalides qu'il détache de son armée ('). Ces éléments hétérogènes, par la puissance de sa volonté, il les mêle et les imprègne de l'esprit et des idées de sa race et partout il sème la langue et le génie grec. Le monde barbare, conquis les armes à la main, dompté matériellement, subit une seconde défaite, bien plus glorieuse pour le vainqueur, défaite morale et intellectuelle. Ses successeurs n'oublièrent pas les exemples que leur maître leur avait donnés : Appien dit (^) de Séleucus qu'il fonda, dans son empire, 16 Antioche d'après le nom de son père, 5 Laodicée en l'honneur de sa mère, 9 Séleucie d'après son propre nom, 3 Apamée et 1 Stratonicée en l'honneur de ses épouses. Bien d'autres villes furent dénommées d'après des villes grecques ou macédoniennes ou en mémoire de ses propres actions ou en souvenir d'Alexandre. Appien cite en Syrie, Beroia, Edesse, Périnthe, etc., dans le pays des Parthes, Soteira, Calliope, etc., dans les Indes, Alexandropolis, en Scythie, Alexandreschata, en Mésopotamie, Nikephorion et Nicopolis en Arménie.
Il serait trop long d'énumérer, dans toutes les parties de l'Asie, les fondations d'Alexandre et de ses successeurs. Celles des Lagides méritent cependant une mention spéciale : ils reçurent d'Alexandre lui-même leur ville principale, à laquelle il laissa son nom, Alexandrie. Avec cette sûreté du génie qui devine tout, sait tout, même ce qu'il n'a pas appris, il avait pressenti les
(M ArrienlV, 22 Fondation d'Alexandrie au Caucase IV 22, 4. Diod. XVII. 83 Fondation d'autres villes dans la même région. Arrien IV 4, 1 Fondation d'Alexandrie en Sogdiane.
(-) Appien Syr. 57.
grandes destinées commerciales de la cité nouvelle ('). Strabon (-) a fait ressortir tous les avantages de la situation d'Alexandrie, et le mouvement de ses deux ports, l'un sur la mer d'Egypte, l'autre sur le lac Mareotis. Il remarque que ce second port exporte plus qu'il n'importe. Cette ville, dit-il, (') est l'entrepôt de toute la terre. Les marchandises de l'Inde et de la Troglody tique viennent de ces deux contrées, en Egypte, puis se répandent dans le monde entier (').
Quand on jette un coup d'œil sur la carte du monde, telle qu'elle s'est faite au IIP siècle et même encore au IP siècle, c'est an monde nouveau qui est devant nous. La population, les sciences, les lettres, la force, le gouvernement, tout s'est déplacé. La race grecque sortie, il y avait quelques dizaines de siècles, de l'Asie, est remontée vers sa source. Elle l'avait quittée, pauvre peuple nomade, poussant devant lui ses troupeaux; elle y rentrait avec la plus haute civilisation que l'antiquité eût conquise.
Si l'on considère la carte de plus près, on sera frappé de l'habileté avec laquelle les villes sont disposées comme des étapes sur les grandes routes commerciales.
(\i Arist. Oacon. II 33 : Alexandre avait donné l'ordre à Cléoinène oixtjai tzoX'.v Tzpb^ loj tI>âp(o xal £|jL-op'.ov xo TrpoTspov o'v ÈttI tou Kavtojjou svTaOÔa -o'-r^^oL'..